IRRITANTS CHIMIQUES DU NERF SENSITIF. O
ressentir. On pouvait donc supposer qu’on aurait pu rechercher la quantité, ou, si l’on veut, l’intensité de douleur nécessaire pour agiter le cœur de chaque animal dans chacune des situations où il pouvait se trouver placé. Mais c’était là un moyen bien détourné, bien variable et bien difficile à appliquer; car la mesure qu’on proposait avait elle-même besoin d’être mesurée, et elle n’était guère susceptible de l’être d’une manière précise. On manquait donc là des conditions premières et essentielles de toute mesure, conditions qui se trouvent plus facilement appréciables dans l’action des irritants chimiques.
Les irritants chimiques du nerf sensitif sont particulièrement des acides. Les alcalis n’agissent sur lui que lorsqu’ils sont capables de corroder son tissu, comme la potasse caustique par exemple : ce qui constitue alors une action chimique, mais non plus une action physiologique. Si l’on plonge, par exemple, l’extrémité de la patte postérieure d’une grenouille dans de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, le nerf sensitif est excité, et, sous l’influence de la douleur qui en est la suite, la grenouille retire vivement la patte plongée dans l’acide. On peut ainsi mesurer la sensibilité de l’animal, soit par la quantité d’acide qu’il faut mettre dans une quantité d’eau déterminée pour amener l’irritation du nerf sensitif, soit par le temps que la patte reste plongée dans une eau acidulée d’une manière constante, jusqu'à ce que la douleur se manifeste. Le moment où se produit l’action de
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l’acide sur le nerf est, du reste, très-simple à constater, puisque l’animal retire immédiatement les pattes, et les agite vivement comme pour se débarrasser de quelque chose, ainsi que vous pouvez le voir sur cette grenouille. Pour faire cesser la douleur aussitôt que le phénomène a été constaté, on trempe dans l’eau pure la patte attaquée par l’acide.
Nous pourrions reproduire les mêmes phénomènes sur un chat, ou tout autre animal à peau épaisse et recouverte de poils, en mettant à nu l’épiderme par l’action de l’ammoniaque. Voici maintenant la même expérience répétée sur une grenouille dont la moelle a été coupée un peu en dessous du cerveau. 11 vous est facile de voir que la section de la moelle et même la séparation de la tête ne gène en rien le phénomène. La sensibilité est même notablement plus vive chez cette grenouille mutilée que chez la grenouille intacte, car nous employons toujours la même eau acidulée, et les pattes se retirent maintenant bien plus vite que tout à l’heure. Nous verrons plus tard, en parlant des actions réflexes, qu’il devait en être ainsi, et nous expliquerons en même temps pourquoi.
La sensibilité que nous venons d’observer chez celte grenouille mutilée, c’est ce que nous sommes bien forcés d’appeler sensibilité inconsciente, quoique cette expression ne soit peut-être pas orthodoxe au point de vue philosophique. En effet, il n’y a plus de communication avec le cerveau, et, par conséquent,