NERVEUX
empoisonné pour que la moelle soit également atteinte, et par suite tous les autres nerfs sensitifs : car, dans le système nerveux sensitif, l’intoxication se fait au centre, tandis que dans les nerfs moteurs elle se fait à la périphérie. Un ébranlement parti d’un point quelconque du système nerveux sensitif se transmet donc immédiatement partout, au moyen de communications particulières ou d une sorte de réseau nerveux. Ce résultat ne doit pas nous étonner, car le retentissement du nerf sensitif se fait sur la moelle, tandis que le retentissement du nerf moteur a lieu sur le muscle.
Donnons maintenant la preuve de tout ce que nous venons de dire. Voici deux grenouilles. La première a été empoisonnée par le curare ; mais on a réservé le train postérieur au moyen d’une forte ligature pratiquée par le milieu du corps, et comprenant toutes les parties molles, sauf les nerfs lombaires, de telle sorte que le sang empoisonné ne puisse plus parvenir dans cette région (fîg. 75). La seconde grenouille a été empoisonnée par la strychnine, et on l’a soumise à une ligature tout à fait semblable : nous allons voir si les résultats en seront les mêmes.
En observant ces deux grenouilles, que voyons-nous se produire ? La première est paralysée de ses nerfs de mouvement, sauf dans le train postérieur, comme nous l’avons déjà expliqué autre part. La seconde perd d’abord les propriétés de ses nerfs sensitifs, et
ON PEUT LOCALISER L ACTION DU CURARE. o39
elle les perd partout, malgré la ligature qui a empêché l’accès du sang dans le train postérieur. En effet, nous
Fig. 75. — Grenouille préparée pour montrer que l’empoisonnement par le curare peut être localisé dans une certaine partie du corps.
AA. Nerfs lombaires au-dessus de la ligature. — B. Aorte au-dessous du lit et comprise dans la ligature.
E ELEMENT NERVEUX
constatons des convulsions très-fortes dans cette région du corps comme dans les autres, preuve qu’elle n’a été nullement préservée par la ligature, et que l'empoisonnement s’est propagé au moyen de la moelle épinière. Bientôt la sensibilité disparaît d’une manière complète chez cet animal, et il n’y a plus aucune espèce de mouvement réflexe possible, de quelque façon qu’on le pince. Cependant les nerfs moteurs ont encore conservé intactes leurs propriétés physiologiques; car, si on les excite au moyen de l’électricité, on obtient très-facilement des contractions dans les muscles. Revenons maintenant à la grenouille empoisonnée par le curare, et nous reconnaîtrons immédiatement que le train postérieur a conservé intacts ses nerfs moteurs, grâce à la ligature que nous avions pratiquée ; car, en pinçant les membres postérieurs, on produit tout de suite des contractions dans ces membres. Au contraire, nous avons beau pincer les membres antérieurs, nous ne parviendrons jamais à les faire contracter; mais nous pourrons obtenir ainsi des mouvements dans les pattes de derrière, ainsi que nousl’avonsmontrédéjà. Tout cela fait bien comprendre la différence qui sépare les actions du système nerveux moteur et celles du système nerveux sensitif.
Les expériences de Stannius ne sont pas moins concluantes. Elles consistent à ouvrir le canal vertébral d’une grenouille, et à couper toutes les racines des nerfs sensitifs à leur entrée dans la moelle épi-