‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 189 sur 200 · CONFERENCE FAITE A LA SOHRONNE LE 27 MARS · texte numérisé non relu

CONFERENCE FAITE A LA SOHRONNE LE 27 MARS

PAU M. CLAUDE BERNAUD

SLR LA

PHYSIOLOGIE DU CŒUK

i:r SES 1{ APPORTS AVEC LE CERVEAU.

Messieurs,

J'ai l’intention de vous entretenir de la physiologie du cœur d’une manière générale, mais en m’attachant plus particulièrement aux points qui me semblent propres à éclairer la physiologie du cœur de l’homme.

Pour le physiologiste, le cœur est l’organe central de la circulation du sang, et, à ce titre, c’est un organe essentiel à la vie. Mais par un privilège singulier, qui ne s’est vu pour aucun autre appareil organique, le mot cœur est passé, comme les idées que l’on s’est faites de ses fonctions, du langage du physiologiste, dans le langage du poète, du romancier et de l’homme du monde, avec des acceptions

SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR

fort différentes. Le cœur ne serait pas seulement un moteur vital poussant le liquide sanguin dans toutes les parties de notre corps qu’il anime, il serait aussi le siège et l’emblème des sentiments les plus nobles et les plus tendres de notre âme. L’étude du cœur humain ne serait pas uniquement le partage de l’anatomiste et du physiologiste ; cette étude devrait aussi servir de base à toutes les conceptions du philosophe, à toutes les inspirations du poète et de l’artiste.

Il s’agira ici, bien entendu, du cœur anatomique, c’est-à-dire du cœur étudié au point de vue de la science physiologique purement expérimentale. Mais cette étude rapide que nous allons faire des fonctions du cœur renversera- 1- elle les idées généralement reçues? La physiologie devra-t-elle nous enlever des illusions, et nous montrer que le rôle sentimental, attribué dans tous les temps au cœur, n’est qu’une fiction purement arbitraire? En un mot, auronsnous à signaler une contradiction complète et péremptoire entre la science et 1 art, entre le sentiment et la raison ?... Je ne crois pas, quant à moi, à la possibilité de cette contradiction. La vérité ne peut différer d’elle-même, et la vérité du savant ne saurait contredire la vérité de l’artiste. Je crois au contraire que la science, qui coule de source pure, deviendra lumineuse pour tous, et que partout a science et l’art doivent se donner la main en

s’interprétant et en s’expliquant l’un par l’autre. Je pense enfin que, dans leurs régions élevées, les connaissances humaines forment une atmosphère commune à toutes les intelligences cultivées, dans laquelle l’homme du monde, l’artiste et le savant doivent nécessairement se rencontrer et se comprendre.

Dans ce qui va suivre, je ne chercherai donc pas à nier systématiquement, au nom de la science, tout ce que l’on a pu dire, au nom de l’art, sur le cœur considéré comme organe destiné à exprimer nos sentiments et nos affections. Je désirerais au contraire, si j’ose ainsi dire, pouvoir affirmer l’art par la science, en essayant d’expliquer au moyen de la physiologie ce qui n’a été jusqu’à présent qu’une simple intuition de l’esprit. Je forme là, je le sais, une entreprise très-difficile, peut-être même téméraire, à cause de l’état encore si peu avancé aujourd’hui de la science des phénomènes de la vie. Cependant la beauté de la question, et les lueurs que la physiologie me semble déjà pouvoir y jeter, tout cela me détermine et m’encourage. D’ailleurs, il ne s’agira pas de parler ici de la physiologie du cœur en entrant dans tous les détails d'une étude analytique expérimentale et complète, étude qui serait impossible pour le moment : c’est une simple tentative que je veux faire, et il me suffira d’exprimer mes idées physiologiques en les appuyant par les faits les plus clairs et les plus précis de la science. .

SLR LA PHYSIOLOGIE DH COEUR

Avant tout, le cœur est une machine motrice vivante, une véritable pompe foulante destinée a distribuer à tous les organes de notre corps le fluide nourricier excitateur des fonctions. Ce rôle mécanique caractérise le cœur d'une manière absolue, et, partout où le cœur existe, quel que soit le degré de simplicité ou de complication qu’il présente dans la série animale, il accomplit constamment et nécessairement cette fonction d’irrigateur organique.

Pour un anatomiste pur, le cœur de l'homme est un viscère, c’est-à-dire un des organes qui font partie des appareils de nutrition situés dans les cavités splanchniques. Tout le monde sait que le cœur est placé dans la poitrine, entre les deux poumons, qu'il a la forme d’un cône, dont la base est fixée par de gros vaisseaux charriant le liquide sanguin, et dont la pointe libre est inclinée en bas et à gauche, de façon à venir se placer entre la cinquième et la sixième côte au-dessous du sein gauche. Quant à la nature du tissu qui le compose, le cœur rentre dans le système musculaire : il est creusé à l’intérieur de cavités servant de réservoir au sang : c’est pourquoi les anatomistes ont encore appelé le cœur un muscle creux.

Dans le cœur de l'homme (fig. 79), on voit quatre compartiments ou cavités; deux cavités forment la partie supérieure ou la base du cœur, et sont appelées oreillettes : elles reçoivent le sang de toutes les parties du corps au moyen de gros tuyaux nommées

veines; les deux autres cavités forment la partie inférieure ou la pointe du cœur : elles portent le nom de ventricules et sont destinées à chasser le liquide sanguin dans toutes les parties du corps au moyen de gros

Eig. 79. — Coupc longitudinale du cœur de l'homme montrant

ses quatre cavités.

od. Oreillette droite. — vd. Ventricule droit. — ug. Oreillette gauche. — vg. Ventricule gauche. — Les flèches placées à l’embouchure des divers vaisseaux aboutissant aux cavités du cœur indiquent le sens du courant sanguin dans ces vaisseaux.

tuyaux nommés artères. Chaque oreillette du cœur communique avec le ventricule qui est au-dessous d’elle du même côté; mais une cloison longitudinale

sépare latéralement les oreillettes et les ventricules; de telle sorte que le cœur de l’homme, qui est réelle-

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ment double, se décompose en deux coeurs simples formés chacun d’une oreillette et d’un ventricule, et situés l’un à droite, l’autre il gauche de la cloison médiane. Chaque cavité ventriculaire du cœur est munie de deux soupapes appelées valvules. L’une, placée à l’orifice d’entrée du sang de l’oreillette dans le ventricule, est nommée valvule auriculo-ventri culaire ; l’autre, située à l’orifice de sortie du sang du ventricule par l’artère, s’appelle valvule sygmoïde.

Le cœur de l’homme, ainsi que celui des mammifères et des oiseaux, est donc un cœur anatomiquement double et composé de deux cœurs simples, appelés l'un le cœur droit , l’autre le cœur gauche. Chacun de ces cœurs joue un rôle bien différent (fig. 80). Le cœur gauche, nommé encore cœur h sang rouge, est destiné à recevoir dans son oreillette, par les veines pulmonaires, le sang pur et rutilant qui vient des poumons, pour le faire passer ensuite dans son ventricule, qui le lance dans toutes les parties du corps, ou il devient impur et noir. Le cœur droit, appelé aussi cœur à sang noir, est destiné à recevoir dans son oreillette, par les veines caves, le sang impur qui revient de toutes les parties du corps, et à le faire passer ensuite dans son ventricule pour le lancer dans le poumon, où il devient pur et rutilant. En un mot, le cœur gauche est le cœur qui préside à la distribution du liquide vital dans tous nos organes et dans tous nos tissus; et le cœur droit est le cœur qui préside à la révivification du sang dans les pou-

Schéma destiné à lai Ce comprendre le mécanisme de la circulation.

Oreillette gauche. — vg. Ventricule gauche. — or. Oreillette droite. — ucl. Ventricule droit. — Le système circulatoire du sang rouge, constitué par les artères et auquel préside le cœur gauche o vg, est représenté en blanc sur la figure. — Le système circulatoire du sang noir, constitué par les veines et auquel préside le cœur droit or vd, est représenté en teinte grise. — Les flèches indiquent le sens du courant sanguin dans les différents vaisseaux. — On voit en haut et en bas les réseaux capillaires des parties supérieures et inférieures du corps où le sang artériel se transforme en sang veineux, et au milieu le réseau capillaire des poumons où le sang veineux se révivifie pour redevenir artériel.

SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR

mous, pour le restituer au cœur gauche, et ainsi de suite.

Ces prémisses

étant établies, nous n’aurons plus

ici à considérer le cœur que comme un organe distribuant la vie à toutes les parties de notre corps, en leur envoyant le liquide nourricier qui leur est indispensable pour vivre et manifester leurs fonctions. Quant au liquide nourricier lui-même, il est représenté par le sang, qui est sensiblement identique chez tous les animaux vertébrés, quelles que soient d’ailleurs la diversité de l’espèce animale et la variété de son alimentation.

Dans les phénomènes extérieurs de la préhension des aliments, le zoologiste distingue le carnassier féroce qui se nourrit de chairs palpitantes, le ruminant paisible qui se repaît de l’herbe des prés, le frugivore et le granivore qui se nourrissent plus

spécialement de fruits et de graines; mais quand on descend dans le phénomène intime de la nutrition, la physiologie générale nous apprend que ce qui se nourrit, à proprement parler, dans les animaux, ce n’est pas le type spécifique et individuel, qui varie à l’infini, mais seulement les organes élémentaires et les tissus, qui partout se détruisent et vivent d’une manière identique. La nature, suivant l’expression de Goethe, est un grand artiste. Les animaux sont constitués par des matériaux organiques semblables; c’est l’arrangement etladispo-

sition relative des matériaux qui déterminent la variété de ces véritables monuments organisés, c’està-dire les formes et les propriétés animales spécifiques. De même, dans les monuments de l’homme, les matériaux se ressemblent par leurs propriétés physiques, et cependant leur arrangement différent peut réaliser des idées diverses et donner naissance à un palais ou à une chaumière. En un mot, le type spécifique existe, mais seulement à l’état d’une idée réalisée. Pour la physiologie, ce n’est pas le type animal qui vit et meurt, ce sont les matériaux organiques ou les tissus qui le composent; de même, dans un édifice qui se dégrade, ce n’est pas le type idéal du monument qui se détériore, mais seulement les pierres qui le forment.

En physiologie générale, on 11e saurait doue déduire de la grande variété d’alimentation des animaux aucune différence de nutrition organique essentielle. Chez l’homme et chez tous les animaux, les Oman es élémentaires et les tissus vivants sont sanguinaires, c’est-à-dire qu’ils se repaissent du sang dans lequel ils sont plongés. Ils y vivent comme les animaux aquatiques vivent dans l’eau; et, de même qu’il làut renouveler l’eau qui s’altère et perd ses éléments nutritifs, de même il faut renouveler, au moyen de la circulation, le sang qui perd son oxygène et se charge d’acide carbonique. Or c’est précisément là le rôle qui incombe au cœur. Le système du cœur gauche

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