‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 190 sur 200 · CL. BERNARD · texte numérisé non relu

CL. BERNARD

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apporte aux organes le sang qui les anime; et le système du cœur droit emporte le sang qui les a fait vivre un instant.

Quand, en physiologie, on veut comprendre les fonctions d’un organe, il faut toujours remonter aux propriétés vitales de la substance qui le compose : c’est, par conséquent, dans les propriétés du tissu du coeur que nous pourrons trouver l’explication de ses fonctions. Cela ne nous offrira d’ailleurs aucune difficulté, car, ainsi que nous l’avons déjà dit, le coeur est un muscle, et il en possède toutes les propriétés physiologiques. Or il me suffira de vous rappeler que ce tissu charnu ou musculaire est constitué par des fibres qui ont la propriété de se raccourcir, c’està-dire de se contracter.

Lorsque les fibres musculaires sont disposées de manière à former un muscle allongé, dont les deux extrémités viennent s’insérer sur deux os articulés ensemble, l’effet nécessaire de la contraction ou du raccourcissement du muscle est de faire mouvoir les deux os l’un sur l’autre en les rapprochant; mais quand les fibres musculaires sont disposées de manière à constituer les parois d’une poche musculaire, comme cela a lieu dans le cœur, l’effet nécessaire de la contraction du tissu musculaire est de rétrécir ou de faire disparaître plus ou moins complètement la cavité, en expulsant le contenu. Cela nous permet de comprendre comment, à chaque

contraction des cavités du cœur, le sang qu’elles contiennent se trouve expulsé suivant une direction déterminée par la disposition des valvules ou soupapes cardiaques.

Fig. 81. — Coupe longitudinale du cœur de l'homme pour montrer le mécanisme de la circulation dans les diverses cavités.

od. Oreillette droite. — vd. Ventricule droit. — o<j. Oreillette gauche. — vrj. Ventricule gauche. — Les flèches placées à l’embouchure des divers vaisseaux aboutissant aux cavités du cœur indiquent le sens du courant sanguin dans ces vaisseaux.

Quand l’oreillette se contracte (lig. 81), le sang est poussé dans le ventricule parce que la valvule auriculoventriculaire s’abaisse; quand le ventricule se contracte, le sang est chassé dans les artères parce que

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la valvule sigmoïde ou artérielle s’abaisse, pour laisser passer le liquide sanguin, en même temps que la valvule auriculo-ventriculaire se relève pour empêcher le sang de refluer dans l’oreillette. La contraction des cavités du cœur, qui les vide de sang, est suivie d’un relâchement pendant lequel elles se remplissent de nouveau de liquide sanguin, puis d’une nouvelle contraction qui les vide encore, et ainsi de suite. 11 en résulte que le mouvement du cœur est constitué par une succession de mouvements alternatifs de contraction et de relâchement de ses cavités. On appelle systole le mouvement de contraction et diastole le mouvement de relâchement. Les quatre cavités du cœur se contractent et se relâchent successivement deux à deux : d’abord les deux oreillettes, puis les deux ventricules. Un intervalle de repos très-court sépare la contraction des oreillettes de la contraction des ventricules, puis un intervalle un peu plus long succède à la contraction du ventricule.

Il serait complètement hors de notre objet de décrire ici en détail le mécanisme de la circulation dans les différentes cavités du cœur. Dans nos explications ultérieures, nous aurons seulement à tenir compte du jeu du ventricule gauche, qui, ainsi que nous l’avons déjà dit, est le ventricule nourricier alimentant et animant tous les organes du corps. Il nous suffira donc de dire qu’au moment de la contraction de ce ventricule le cœur se projette en avant,

et vient frapper, comme ferait le battant d’une cloche, entre la cinquième et la sixième cote, au-dessous du sein gauche : c’est ce qu’on appelle le battement du cœur. A ce même instant de la contraction du ventricule gauche, le sang est lancé dans l'aorte et par là dans toutes les artères du corps avec une pression capable de soulever une colonne mercurielle d’environ 1 50 millimètres de hauteur. C’est ce qui produit le soulèvement observé dans toutes les artères, et qu’on appelle le pouls.

Toute la mécanique des mouvements du cœur a été l’objet de travaux extrêmement approfondis, et la science moderne a étudié les phénomènes de la circulation à l’aide de procédés graphiques qui donnent aux recherches une très-grande exactitude. Le seul point que nous tenions à rappeler, c’est que le cœur est une véritable machine vivante, qui fonctionne comme une pompe foulante dans laquelle le piston est remplacé par la contraction musculaire. Le cœur peut retracer lui-même sur le papier chacune de ses contractions avec leurs moindres modifications, et l’on peut dire alors, sans métaphore, qu’on lit dans le cœur humain. Nous allons vous donner une idée de ces moyens graphiques. M. le docteur Marey, à qui l’Académie des sciences a précisément, cette année même, décerné un prix pour ses importants travaux sur la circulation du sang, va exécuter devant vous des expériences avec

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des appareils qu’il a lui-même inventés ou perfectionnés.

Pour l’homme, l’appareil cardiographique (fig. 82)

Fig. 82. — Appareil cardiographique ou sphygmographe de M. Marey pour l’inscription directe des pulsations du cœur.

A. Tambour stéthoscopique qu’on place sur la poitrine pour percevoir les battements du cœur. — ir. Deux membranes de caoutchouc bombées en sens inverse l’une de l’autre et comprenant entre elles un espace lenticulaire rempli d’eau. — B. Tambour enregistreur terminé par une membrane de caoutchouc légèrement bombée h, sur laquelle repose un petit prisme qui supporte le levier L. — C. Tube de caoutchouc destiné à transmettre les vibrations du tambour récepteur A au tambour enregistreur B. — c. Soupape permettant de régler la quantité d’air contenue dans le tube de caoutchouc C. — L. Levier très-léger, articulé à une de ses extrémités de manière à se mouvoir librement autour d’elle dans un plan vertical; il repose sur un petit prisme fixé à la membrane de caoutchouc h du tambour enregistreur B et s’élève ou s’abaisse avec lui; son extrémité libre repose contre le tableau noir ab. — cib. Tableau noir se mouvant régulièrement sur un chemin de fer de b en a et qui reçoit l’inscription des mouvements du levier /. représentant les battements du cœur.

se compose de deux parties essentielles : un tambour stéthoscopique A, destiné apercevoir les battements du cœur, et un tambour enregistreur B destiné à les écrire. Le tambour stéthoscopique A destiné à recevoir les pulsations doit être appliqué sur la région du cœur; il est formé par un entonnoir dont le pavillon est bouché exactement par deux membranes de caoutchouc i, ï , dans l’intervalle desquelles on introduit de l’eau de manière à les faire bomber sous la forme d’une ampoule lenticulaire. Le tambour enregistreur B est formé par un autre entonnoir dont le pavillon est bouché par une seule membrane de caoutchouc h sur laquelle repose un petit levier L léger comme une plume ; puis ces deux entonnoirs sont reliés par un tube de caoutchouc G, qui transmet les vibrations du tambour récepteur A au tambour enregistreur B.

Chaque battement du cœur vient retentir contre l’ampoule pleine d’eau de l’entonnoir stéthoscopique. L’air placé en arrière de l’ampoule entre en vibrations ; ces vibrations se transmettent, au moyen de l’air qui remplit le tube de caoutchouc, à la membrane du tambour enregistreur qui, vibrant à son tour, fait mouvoir le petit levier dont la pointe vient écrire la forme des battements du cœur sur un papier mobile enduit de noir de fumée. On obtient ainsi une écriture tracée par le cœur lui-même et qui permet de lire dans ses fonctions intimes.

Le cardiographe est un instrument d’autant plus

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délicat et plus fidèle qu’il peut mieux s’appliquer sur le cœur et qu’il en est moins séparé par les parois de la poitrine. On concevra dès lors, sans que je l’explique, pourquoi il est plus aisé de lire dans le cœur des enfants que dans celui des adultes, et pourquoi aussi il est naturellement plus difficile de lire dans le cœur des femmes que dans celui des hommes.

11 n’entre point dans mon sujet de vous initier au déchiffrement de toutes les écritures cardiaques à l’état normal et à l’état pathologique. Je veux simplement mettre sous vos yeux quelques tracés représentant les battements du cœur, soit chez l’homme, soit chez différents animaux, afin de vous donner une idée exacte de ce que l’on peut obtenir à l’aide de ces moyens graphiques.

Voici d’abord le tracé des battements ou pulsations du cœur chez un jeune homme il l’état naturel ou normal (fig. 83).

Voici le tracé des pulsations du cœur chez un lapin (fig. 84).

Si nous passons maintenant aux animaux à sang froid, dont le cœur se simplifie, nous verrons le tracé des battements se simplifier aussi d’une manière parallèle (1).

(I) Pour obtenir le tracé chez les animaux à sang froid, on simplifie l’instrument cardiographique. I! consiste simplement dans le levier enregistreur qui repose directement sur le coeur de l’animal.

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