CL. BERNAUD
SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR
Zi GG
festation des sentiments, quoique le cerveau en soit le siège exclusif. Dans les organismes élevés, la vie n’est qu’un échange continuel entre le système sanguin et le système nerveux. L’expression de nos sentiments se fait par un échange entre le cœur et le cerveau, les deux rouages les plus parfaits de la machine vivante. Cet échange se réalise par des relations anatomiques très-connues, par les nerfs pneumogastriques qui portent les influences nerveuses au cœur, et par les artères carotides et vertébrales qui apportent le sang au cerveau (tîg. 94). Tout ce mécanisme merveilleux ne tient donc qu’à un fil, et si les nerfs qui unissent le cœur au cerveau venaient il être détruits, cette réciprocité d’action serait interrompue, et la manifestation de nos sentiments profondément troublée.
Toutes ces explications, me dira-t-on, sont bien empreintes de matérialisme. A cela je répondrai que ce n’est pas ici la question qui est enjeu. Si ce n était m’écarter du but de ces recherches, je pourrais vous montrer facilement qu’en physiologie le matérialisme ne conduit à rien et n’explique rien ; mais un concert en est -il moins ravissant parce que le physicien en calcule mathématiquement toutes les vibrations? Un phénomène physiologique en est-il moins admirable parce que le physiologiste en analyse toutes les conditions matérielles? 11 faut bien que cette analyse, que ces calculs se fassent, car, sans cela, il n’y aurait pas de science. Or la science physiologique nous
apprend que, d une pari, le cœur reçoit réellement l’impression de tous nos sentiments, et que, d’autre
Eig. 94. — Les rapports anatomiques du cœur avec le cerveau par les artères carotides et les nerfs pneumogastriques, pour expliquer les réactions de ces deux organes l’un sur l’autre.
C. Cœur. — a, Artère carotide se rendant au cerveau. — n. Nerf pneumogastrique dont les rameaux se distribuent dans le cœur.
part, le cœur réagit pour renvoyer au cerveau les conditions nécessaires de la manifestation de ces sentiments. D’où il résulte que le poète et le romancier
SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR
s’adressent à notre cœur pour uous émouvoir, que l’homme du monde exprimant à tout instant ses sentiments en invoquant son cœur , font des métaphores qui correspondent à des réalités physiologiques.
Quelquefois un mot, un souvenir, la vue d’un événement, éveillent en nous une douleur profonde. Ce mot, ce souvenir ne sauraient être douloureux par eux-mêmes, mais seulement par les phénomènes qu’ils provoquent en nous. Quand on dit que le cœur est brisé par la douleur , il se produit des phénomènes réels dans le cœur. Le cœur a été arrêté, si l’impression douloureuse a été trop soudaine : le sang n’arrivant plus au cerveau, la syncope, et des crises nerveuses en sont la conséquence. On a donc bien raison, quand il s’agit d’apprendre à quelqu’un une de ces nouvelles terribles qui bouleversent notre àme, de ne la lui faire connaître qu’avec ménagement.
Nous savons, par nos expériences sur les nerfs du cœur, (pie les excitations graduées émoussent ou épuisent la sensibilité cardiaque sans produire l’arrêt des battements. Quand on dit qu ’on a le cœur gros , après avoir été longtemps dans l’angoisse et avoir éprouvé des émotions pénibles, cela répond encore à des conditions physiologiques particulières du cœur. Les impressions douloureuses prolongées, devenues incapables d’arrêter le cœur, le fatiguent et le lassent, retardent les battements, prolongent la
diastole, et font éprouver dans la région précordiale un sentiment de plénitude ou de resserrement.
Les impressions agréables répondent aussi à des états déterminés du cœur. Quand une femme est surprise par une douce émotion, les paroles qui ont pu la faire naître ont traversé l’esprit comme un éclair, sans s’y arrêter; le cœur a été atteint immédiatement, avant tout raisonnement et toute réflexion. Le sentiment commence à se manifester après un léger arrêt du cœur, imperceptible pour tout le monde, excepté pour le physiologiste ; le cœur, aiguillonné par l’impression nerveuse, réagit par des palpitations qui le font bondir et battre plus fortement dans la poitrine , en même temps qu’il envoie plus de sang au cerveau, d'où résultent la rougeur du visage et une expression particulière des traits correspondant au sentiment de bien-être éprouvé. Ainsi, dire que l’amour fait palpiter le cœur n’est pas seulement une forme poétique, c’est aussi une réalité physiologique. Quand on dit à quelqu’un qu’on l’aime de tout son cœur , cela signifie physiologiquement que sa présence ou son souvenir éveille en nous une impression nerveuse qui, transmise au cœur par les nerfs pneumogastriques, fait réagir notre cœur de la manière la plus convenable pour provoquer dans notre cerveau un sentiment ou une émotion affective. Je suppose ici, bien entendu, que l’aveu est sincère : sans cela, le cœur n’éprouverai I rien, et le sentiment ne serait que sur les lèvres.
SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR
Quand on dit que les grandes pensées viennent du cœur, cela équivaut à dire que les grandes pensées viennent du sentiment, car nos sentiments, qui ont leur point de départ physiologique dans les centres nerveux, agissent sur le cœur comme les sensations périphériques. Chez rhomme, le cerveau doit, pour exprimer les sentiments, avoir le cœur à son service. Deux cœurs unis sont des cœurs qui battent à l’unisson sous l’influence des mêmes impressions nerveuses, d’où résulte l’expression harmonique de sentiments semblables.
Les philosophes disent qu’on peut maîtriser son cœur et faire taire ses passions. Ce sont encore des expressions que la physiologie peut interpréter. On sait que par sa volonté l’homme peut arriver à dominer beaucoup d’actions réflexes dues à des sensations produites par des causes physiques. La raison parvient sans doute à exercer le même empire sur les sentiments moraux. L’homme pourrait donc arriver, par la raison, à empêcher certaines actions réflexes de se produire sur son cœur : mais plus la raison pure tendrait à triompher, et plus le sentiment tendrait à s’éteindre.
La puissance nerveuse capable d’arrêter les actions réflexes est en général moindre chez la femme que chez l’homme : c’est ce qui lui donne la suprématie dans le domaine de la sensibilité physique et morale, c’est ce qui a fait dire qu’elle a le cœur plus tendre que l’homme.
Mais je m’arrête dans ces considérations qui nous entraîneraient trop loin, et je terminerai par une conclusion générale.
La science ne contredit point les observations et les données de l’art, et je ne saurais admettre l’opinion de ceux qui croient que le positivisme scientifique doit tuer l’inspiration. Suivant moi, c’est le contraire qui arrivera nécessairement. L’artiste trouvera dans la science des bases plus stables, et le savant puisera dans l’art une intuition plus assurée. Il peut sans doute exister des époques de crise dans lesquelles la science, à la fois trop avancée et cependant encore trop imparfaite, inquiète et trouble l’artiste plutôt qu’elle ne l’aide. C’est ce qui peut arriver aujourd’hui pour la physiologie à l’égard du poète et du philosophe. Mais ce n’est là qu’un état transitoire, et j’ai la conviction que lorsque la physiologie sera assez avancée, le poète, le philosophe et le physiologiste s’entendront tous.
L’IRRITABILITÉ
Fig’. 1. — Formation de cellules dans un blastème 4 9
Fig. 2. — OEuf-cellule (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 20
Fig. 3, 4, 5 et 6. — Plusieurs stades du processus de segmentation qui rendent sensible la multiplication des cellules par division (d’après Leydig) 20
Fig. 7. — Multiplication des cellules par bourgeonnement
(d’après Leydig). (Fort grossissement.) 21
Fig. 8. — Cellule nerveuse ganglionnaire multipolaire
(d’après Leydig). (Fort grossissement.) 28
Fig. 9. — Fibres nerveuses (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 28
Fig. 10. — Cellules et fibres nerveuses réunies (d’après
Leydig). (Fort grossissement) 29
Fig. 11. — Cellules et fibres musculaires simples et ramifiées (d’après Leydig). (Fort grossissement.). . . 30
Fig. 1 2. — Fibres musculaires réunies en nouvelles unités ou
- faisceaux (d’après Leydig). (Fort grossissement.). 31
Fig. 1 3 — Tissu conjonctif gélatineux (tissu muqueux de
Virchow) (d’après Leydig) 31
Fig. 14. — Tissu conjonctif dont les corpuscules sont devenus des cellules graisseuses et des cellules pigmentaires (d’après Leydig).. 32
Fig. 15. — Tissu conjonctif rigide (d’après Leydig). (Fort
grossissement.) 32
Fig. 16. — Tissu conjonctif dont la substance fondamentale s’est en partie condensée en fibres élastiques (d’après Leydig) 33
Fig. 17. — Cartilages hyalins (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 33
Fig. 18. — Tissu conjonctif cartilagineux (d’après Leydig).
(Fort grossissement.) . 33
Fig. 19. — Ossification des cartilages (d’après Leydig). (Fort
grossissement.) 34
Fig. 20. — Tissu conjonctif osseux (d’après Leydig). (Fort
grossissement.) 34
Fig. 21, — Ossification d’un cartilage branchial du Polyp-
ier us bichir (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 34
Fig. 22. — Diverses formes d’épithéliums (d’après Leydig). 35
Fig. 23. — Cellules épithéliales et cellules restées autonomes
(d’après Leydig). (Fort grossissement.) 35
L’ÉLÉMENT CONTRACTILE
Fig. 24. — Cellules vibratiles (d’après Leydig). (Fort grossissement.). 125
Fig. 25, — Infusoires ciliés : Cercomoncis Davaini et autre
variété de Cercomonade 126
Fig. 26. • — Infusoires ciliés : Trichomonas vaginalis 126
Fig. 27. — Pédicule d’une vorticelle (d’après Leydig).. . . 127
Fig. 28. — Muqueuse nasale de la grenouille avec son épithélium vibratile et ses glandes (d’après Leydig).
(Fort grossissement.) 130
Fig. 29. — Épithélium nasal des poissons et des reptiles
(d’après Leydig). (Fort grossissement) 130
Fig. 30. — Spermatozoïdes et cellules du sperme 134
Fig. 31. — Œsophage de grenouille pour montrer Faction des cils vibratiles qui font pénétrer les substances dans l’estomac... 4 39
Fig. 32. — Appareil de M. Callibureès pour mesurer les
variations d’intensité des mouvements vibratiles. 1 41
Fig. 33. — Amibe diffluente comme exemple de t issu sar-
codique loi
Fig. 34. — Le pied d’une hydre d’eau douce avec des cellules contractiles (d’après Leydig). (Fort grossissement)., , , 1 59
Fig. 33. — Fibre musculaire striée (d'après Kolliker). (Grossissement de 250 diamètres.). . . . , 159
Fig. 36. — Cellule végétale contractile vue avant et après la contraction (d’après Kühne). (Fort grossissement.) 164
Fig. 37. — Cellules et fibres musculaires simples et ramifiées (d’après Leydig). (Fort grossissement.). . 165
Fig. 38. — Fibres musculaires réunies en nouvelles unités ou
faisceaux (d’après Leydig). (Fort grossissement.). 167
Fig. 39. — Muscle et tendon (d'après Leydig). (Grossissement faible.) 169
Fig. 40. * — Coupe longitudinale à travers le tendon et la substance musculaire, à leur point de réunion (d'après Leydig). (Fort grossissement.) 169
Fig. 4 ) . — Grenouille préparée pour montrer que le curare détruit les propriétés des nerfs moteurs sans atteindre celles des nerfs sensitifs 180
Fig. 42. — Grenouille préparée à la manière de Galvani pour montrer les effets du curare sur les nerfs moteurs. ........... 182
Fig. 43. — Appareil de M. Helmholtz pour déterminer la
vitesse de l’acte musculaire 195
Fig. 44. — Courbe représentant les différentes périodes
d’une contraction musculaire (d’après Helmholtz). 1 97
Fig. 45. — Appareil pour l’inscription directe des contractions musculaires 197
Fig. 46. — Appareil de M. du Bois-Reymond pour l’étude
des propriétés électriques des muscles 206
L’ÉLÉMENT NERVEUX
Fig, 47. — Les deux racines nerveuses rachidiennes près de leur origine dans la moelle épinière (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 241
k 76 TABLE DES FIGURES.
Fig. 48, — Fibres nerveuses (d’après Leydig). (Fort grossissement.) 244
Fig. 49. — Cellules et fibres nerveuses réunies (d’après
Leydig). (Fort grossissement.) 245
Fig. 50. — Terminaison des nerfs moteurs (d’après Kühne). 248
Fig. 51, — -Représentation schématique (d’après Kühne) de la terminaison d’un nerf moteur dans la colline
nerveuse d’une fibre musculaire (coupe suivant l’axe du muscle) 2 49
Fig. 52. — Grenouille préparée pour montrer que le curare détruit les propriétés des nerfs moteurs sans atteindre celles des nerfs sensitifs 255
Fig. 53. — Appareil de M. Helmholtz pour mesurer la vitesse de la transmission nerveuse 2 fi fi
Fig. 54. — Expérience pour montrer la sensibilité du nerf
moteur aux changements d’état électrique 279
Fig. 55. — Contraction métallique 280
Fig. 56. — Appareil de M. du Rois-Reymond pour l’étude
des propriétés électriques des muscles et des nerfs. 288
Fig. 57. — Les deux racines nerveuses rachidiennes près de leur origine dans la moelle épinière avec le ganglion intervertébral (d’après Leydig). (Fort
grossissement.) 293
Fig. 58. — Cellules de sensibilité et cellules motrices dans
la moelle épinière (d’après Jacubowitch) 29 i
Fig. 59. — Papille nerveuse chez l’homme (d’après Leydig).
(Fort grossissement.) 296
Fig. 60. — Deux papilles nerveuses de la glande du male
de la grenouille (d’après Leydig) 29C
Fig. 61. — Corpuscule de Pacini chez l’homme (d’après
Leydig), 297
Fig. 62. — Cellules nerveuses apolaires et unipolaires dans
la moelle épinière (d’après Jacubowitch) 308
Fig. 63. — Cellules bipolaires dans la moelle épinière
(d’après Jacubowitch) 308
Fig. 64. — Cellule nerveuse ganglionnaire multipolaire
(d’après Leydig). (Fort grossissement) 309
Fig. 65. — Un ganglion sympathique avec cellules multipolaires (d’après Leydig). (Fort grossissement.). 309
Fig. 66. — Cellules de sentiment et cellules de mouvement
dans la moelle épinière (d’après Jacubowilch). . 310
Fig. 67. — Communications des cellules de sentiment et des cellules de mouvement dans la moelle épinière (d’après Jacubowitch) 3 H
Fig. 68. — Commissures des cellules d’un côté à l’autre de
la moelle épinière (d’après Jacubowitch) 312
Fig. 60. — Schéma expliquant le trajet des fibres dans la
moelle épinière (d’après Leydig) 313
Fig. 70. — Coupe transversale de la moelle épinière du
Salmor salar (d’après Owsjannikow) 314
Fig. 71. — Cellules du grand sympathique dans la moelle
épinière (d’après Jacubowitch) 313
Fig. 72. — Coupe transversale de la moelle épinière du Salmo
salar (d’après Owsjannikow) 328
Fig. 73. — Communications des cellules de sentiment et des celules de mouvement dans la moelle épinière (d’après Jacubowitch) 333
Fig. 74. — Cellules de sentiment et cellules de mouvement
dans la moelle épinière (d’après Jacubowitch).. . 33 3
Fig. 75. — Grenouille préparée pour montrer que l’empoisonnement par le curare peut être localisé dans une certaine partie du corps 339
Fig. 76 et 77. — La glande salivaire sous-maxillaire du chien et les nerfs en rapport avec elle, pour montrer que cette glande peut, entrer en sécrétion sous l’influence d’une action réflexe dont le centre est dans le ganglion sympathique sous-maxillaire. . . 345, 365
Fig. 78. — La glande salivaire sous-maxillaire du chien et les nerfs en rapport avec elle, pour étudier le mécanisme de la sécrétion 395
- Coupe longitudinale du cœur de l’homme montrant ses quatre cavités 4 29
— Schéma destiné à faire comprendre le mécanisme de la circulation 431
Fig 79.
Fig. 80.
Fig. 81.' — Coupc longitudinale du cœur de l’homme pourmontrer le mécanisme de la circulation dans ses diverses cavités 435
Fig. 82. — Appareil cardiôgraphique ou sphygmographe de M.Marey, pour l’inscription directe des battements du cœur. . » 438
Fig. 83. — Tracé des pulsations du cœur chez un jeune
homme à l’état normal » 4 i l
Fig. 84. — Tracé des pulsations du cœur chez un lapin. . . 441
Fig. 85. — Tracé des pulsations du cœur chez une grenouille 442
Fig. 86. — Tracé des pulsations du cœur chez une anguille 442
Fig. 87. — Tracé des pulsations du cœur chez une tortue, 4 43
Fig. 88. — Tracé des pulsations du cœur chez un crabe. . 443
Fig. 89. — Area vasculosa ou champ germinatif représentant la circulation primitive du poulet dans l’œuf. 443
Fig. 90. — Périodes successive du développement du cœur
chez le poulet 447
Fig. 91. — Le cœur avec les rameaux nerveux qu’il reçoit
du cerveau 451
Fig. 92. — - Tracé représentant les battements du cœur d’un cheval , pour montrer l’influence paralysante qu’exerce l’irritation du nerf pneumogastrique sur les contractions du cœur 45 4
Fig. 93. — Tracé représentant les contractions des muscles d’une patte de grenouille, pour montrer que l’irritation des nerfs provoque ces contractions. . 454
Fig. 94. — Les rapports anatomiques du cœur avec le cerveau par les artères carotides et les nerfs pneumogastriques, pour expliquer les réactions de ces deux organes l’un sur l’autre 4 67
L IRRITABILITE.