‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 21 sur 200 · ÉLÉMENTS DU CORPS HUMAIN · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DU CORPS HUMAIN

Corps simples.

Oxygène.

Chlore.

Hydrogène.

Azote.

Sodium.

Carbone.

Potassium.

Calcium.

Soufre.

Magnésium.

Phosphore.

Silicium.

Fluor.

Fer.

Combinaisons

inorganiques.

Eau.

Acide carbonique (combiné avec la chaux, la potasse et d’autres bases).

Ammoniaque.

Cyanogène (en combinaison).

Acide sulfurique (en combinaison).

Hydrogène sulfuré.

Acide phosphorique (en combinaison).

Chlorures divers.

Combinaisons de l’oxygène avec le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium, le silicium et le fer.

Combinaisons organiques non azalées .

Sucres de raisin, de lait, etc.

Glycogène.

Graisses et acides gras.

Acides butyrique, lactique, formique.

L IRRITABILITÉ

Combinaisons organiques azotées.

Albumine.

Fibrine.

Caséine.

Gélatine.

Mucine.

Urée.

Acide urique.

Acides glycocholique et taurocholique (acides de la bile).

Acide hippurique.

Leucine.

Tyrosine.

Créatine, créatinine.

Acide inosique.

Diverses matières colorantes ou ferments, comme la diastase, etc.

Ainsi, tout cela se ramène à quatorze corps simples de la chimie minérale. BufFon avait supposé que les corps organisés devaient contenir une espèce particulière de matière qui ne se retrouverait que chez eux, et serait l’origine de leurs propriétés; mais cette hypothèse a été complètement démentie par les faits. Seulement, sous l’influence de la vie et avec ces mêmes corps simples qui forment la base du monde minéral, il se forme des combinaisons dites organiques , parce qu’elles sont des produits de l’organisme , et qu’on les chercherait en vain autre part.

Voilà les éléments qui entrent dans la composition du corps vivant le plus complexe, celui de l’homme; mais si nous prenions une cellule de levure de bière, elle nous montrerait, comme bien vous pensez, une constitution tout autrement simple. Cette différence de complication dans les organismes s’accompagne d’une différence parallèle dans les milieux. En effet,

DE L’AIR COMME MILIEU DES ÊTRES VIVANTS. l\ï

il faut que l’être vivant trouve clans le milieu cosmique qui l’entoure tous les éléments constitutifs de son corps : il habitera donc forcément un milieu d’autant plus composé, qu’il réalisera un type plus élevé et que sa constitution sera elle-même plus complexe. Ainsi, M. Pasteur a montré que la levûre de bière se développe dans de l'eau distillée où l’on met un peu de sucre, une matière calcaire et de l’ammoniaque. 11 est évident que l’on ne pourrait faire vivre dans un pareil milieu un animal tant soit peu élevé.

Parcourons maintenant les principales circonstances extérieures qui influent sur les phénomènes vitaux.

Air.

L’air est une des conditions les plus immédiatement indispensables à la a ie. L’être organisé, quel qu’il soit, à qui l’on enlève l’air, périt plus ou moins rapidement, mais périt toujours.

Chez les végétaux, cette asphyxie est extrêmement lente.

Les animaux inférieurs résistent aussi assez longtemps, et Biot a tenu des insectes pendant plusieurs heures, dans le vide de la machine pneumatique, sans qu’ils parussent incommodés. Les animaux à sang chaud, au contraire, sont bien plus vite asphyxiés. Tous ces faits peuvent se ramener à cette loi

Ii2 l’irritabilité.

générale : un animal privé d’air meurt d'autant plus rapidement , que les phénomènes vitaux sont plus actifs chez lui.

Cela se comprend très-bien, car si la vie est pins active, elle consomme plus d’oxygène, et la mort arrive, non pas quand il n’y a plus d’oxygène à l’extérieur, mais quand il n’y en a plus à l’intérieur en contact avec les éléments organiques de l’être vivant qui ressentent cette privation d’oxygène. En effet, l’oxygène de l’air se dissout dans le sang des animaux, et c’est par l’intermédiaire du sang qu’il agit sur les éléments organiques.

Cuvier, frappé de la rapidité avec laquelle les animaux supérieurs, comme les oiseaux, mouraient par la privation d’air, tandis qu’ils résistent bien plus longtemps à la privation de nourriture ; Cuvier, pour expliquer cette différence, avait émis l’idée que la respiration est une fonction continue, et la nutrition une fonction intermittente. Mais cette idée est erronée, car tous les animaux, et surtout les animaux supérieurs, ont dans leur corps des réservoirs d’air et de matières nutritives : la mort arrive quand ils ont épuisé ces provisions. Les animaux périssent donc plus ou moins rapidement, parce qu’ils consomment plus ou moins vite ces réserves qu’ils portent en eux-mêmes, ce qui tient évidemment à l’activité plus ou moins grande de la vie. Le mammifère périt en quelques minutes quand on lui enlève l’air, tandis qu’une grenouille meurt fort lentement. Mais le

INFLUENCE DE L OXYGÈNE DE l’aïII. [\o

mammifère résisterait tout aussi longtemps, si on le mettait dans les mêmes conditions que la grenouille, c’est-à-dire si on le transformait en animal à sans?

froid, parce qu’alors l’activité de ses fonctions vitales serait considérablement diminuée. Tout ce que nous disons ici n’est pas une explication plus ou moins plausible et ingénieuse ; c’est le résultat d’expériences directes, nombreuses et irréfragables ; en effet, on ne trouve plus jamais dans le sang d’un animal asphyxié l’oxygène qui fait partie de sa constitution normale.

C’est à la présence de l’oxygène que l’air doit ses propriétés comme milieu propre à entretenir la vie. L’air normal contient en effet un cinquième environ de son volume d’oxygène ; les quatre autres cinquièmes sont formés par de l’azote, gaz inerte ou à très-peu près, avec quelques dix -millièmes d’acide carbonique. Sous l’influence de diverses causes, la constitution normale de l’air peut être sensiblement altérée ; ses propriétés sont alors plus ou moins modifiées, et il peut même devenir tout à fait impropre à entretenir la vie.

Et tout d’abord l’air n’est propre à servir de milieu pour les êtres vivants qu’à la condition de contenir au moins une certaine proportion d’oxygène. La proportion normale, c’est-à-dire pour 100 environ, n’est pas absolument nécessaire ; mais lorsqu’elle diminue d’une manière sensible, l’activité des

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l’irritabilité.

phénomènes vitaux diminue parallèlement et il arrive un moment où l’animal finit par succomber à une véritable asphyxie.

Mais quand ce résultat se produit-il, c’est-à-dire quand l’oxygène restant dans l’air commence-t-il à devenir insuffisant? C’est là une question qui ne peut recevoir de solution générale. D’abord tous les animaux ne sont par également sensibles à cette privation d’oxygène ; telle atmosphère dans laquelle un moineau ou un chien périraient en quelques instants pourrait être facilement respirable pour un animal inférieur.

Même en ne considérant qu’un seul animal, on trouve encore les variations les plus considérables. Ainsi les animaux hibernants supportent très-bien, pendant leur sommeil d’hiver, une atmosphère où ils périraient presque aussitôt, s'ils se réveillaient, comme MM. Régnault et Reiset font constaté dans leurs expériences sur les marmottes. D’un autre côté lorsqu’un animal se trouve placé dans une atmosphère qui s’appauvrit progressivement en oxygène, — ainsi que cela a heu sous l’influence de la respiration, — son organisme tend à se mettre en équilibre avec le milieu qui l’entoure, et il peut ainsi en arriver à respirer impunément un air qui tue presque immédiatement un animal de même espèce et parfaitement semblable mais se trouvant à l’état normal lorsqu’on l’introduit dans cette atmosphère viciée. C’est ce qui explique pourquoi un animal peut vivre, dans une

QUANTITÉ D’OXYGÈNE INDISPENSABLE DANS l’AIR. l\ 5

chambre où périrait un homme bien portant qui y entrerait.

MM. Magendie et Claude Bernard ont fait autre-

fois des expériences pour déterminer autant que possible la limite inférieure de la quantité d’oxygène que doit contenir un milieu respirable, ils opéraient sur des lapins placés sous une cloche et, à l’aide d’une disposition particulière d’appareil, ils enlevaient de cette atmosphère confinée les gaz produits par la respiration et qui auraient pu troubler les résultats de l’expérience. La proportion d’oxygène restant dans l’atmosphère de la cloche lorsque les lapins succombaient n’était plus en général que de 3 à 5 pour 100 au lieu de 21 pour 100 que contient l’air nor-

mal.

La diminution de la proportion d'oxygène contenue dans l’atmosphère amène un affaissement général des fonctions vitales; l'augmentation de celte proportion d’oxygène produit naturellement un effet inverse, c’est-à-dire un accroissement d’énergie des phénomènes vitaux qui finit par occasionner la mort, surtout si l’on emploie de l’oxygène pur.

Enfin l’atmosphère , bien que contenant une quantité d’oxygène très-suffisante pour entretenir la respiration, et même une quantité dépassant de beaucoup celle que possède Y air normal, l’atmosphère, dis-je, peut devenir impropre à entretenir la vie, parce qu’il s’y trouve en même temps que de

46 l’irritabilité.

l’oxygène d'autres gaz exerçant une action délétère. Nous ne parlons pas ici bien entendu des gaz toxiques, comme l’oxyde de carbone ou l’acide sulfhydrique ; l’action de ces gaz produit un véritable empoisonnement, c’est-à-dire un phénomène tout différent de ceux qui nous occupent ici. Mais l’acide carbonique par exemple, lorsqu’il est mêlé à l’air en proportion suffisante le rend complètement irrespirable bien qu’il n’ait cependant aucune propriété vénéneuse proprement dite. Ainsi un oiseau meurt rapidement dans une atmosphère artificielle formée de 50 pour 100 d’oxygène avec 50 pour 100 d’acide carbonique bien que l’air normal ne contienne que 21 pour 100 d’oxygène.

Eau.

L’eau est indispensable à l’accomplissement des phénomènes de la vie et des phénomènes physico-chimiques qui l’accompagnent. Un poisson retiré de l’eau meurt bien vite, parce qu’il ne peut pas respirer l’air directement. Mais les animaux aériens sont à cet égard dans la même situation que les animaux aquatiques; ils ne peuvent également respirer ou exercer leurs autres fonctions qu’au moyen de tissus sans cesse lubrifiés par une certaine humidité : les membranes desséchées perdent leurs propriétés vitales.

La soustraction de l’eau amène, chez certains infusoires et chez les rotifères , des phénomènes

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