‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 22 sur 200 · DE L’EAU COMME MILIEU POUR LES ETRES VIVANTS · texte numérisé non relu

DE L’EAU COMME MILIEU POUR LES ETRES VIVANTS

curieux de vie latente. Ces animaux, convenablement desséchés, perdent toute propriété vitale, au moins en apparence , et peuvent rester ainsi des années entières; mais dès qu’on leur rend un peu d’eau, ils recommencent à vivre comme auparavant, pourvu qu’on n’ait pas dépassé un certain degré dans cette dessiccation. Les animaux un peu élevés ne sont évidemment plus susceptibles d’entretenir ainsi la vie à l’état latent; chez eux, la privation d’eau entraîne la cessation définitive de la vie, avec divers phénomènes variables suivant les circonstances dans lesquelles on opère.

Tous les êtres ne périssent pas ainsi avec une égale rapidité, par la soustraction d’eau, et, dans le même être, les différents tissus sont affectés plus ou moins vite. Ainsi la grenouille est l’un des animaux qui éprouvent le plus vivement ce besoin d’humidité, et parmi les organes qui la composent, le premier de tous qui est attaqué dans ce cas, c’est le cristallin de l’œil : cette altération se traduit par une opacité considérable qui constitue une véritable cataracte ; mais, dès qu’on remet l’animal dans l’eau, la transparence reparaît immédiatement, et il devient propre de nouveau à remplir toutes ses fonctions dans la vision. La cornée transparente subit des modifications analogues. Dans tous les cas, c’est sur les éléments organiques que l’absence de l’eau produit ses effets.

l’irritabilité.

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Les aliments comprennent trois ordres de substances correspondant aux trois matières diverses qui se trouvent nécessairement clans tout organisme, comme nous l’avons dit plus haut. Les animaux supportent bien plus longtemps la privation d’aliments que la privation d’air. Cependant ils finissent tous par mourir d’inanition, plus ou moins vite dans les diverses espèces, suivant la rapidité plus ou moins grande des phénomènes vitaux, et particulièrement de la combustion respiratoire. Le cheval et le chien peuvent quelquefois vivre jusqu’à trente jours sans manger; la grenouille peut vivre bien plus longtemps encore, et il n’est pas rare d’en voir dans nos laboratoires qui passent six mois ou un an sans prendre aucune nourriture.

On raconte une foule de faits merveilleux sur des crapauds retrouvés au milieu de blocs de pierre où ils devaient être enfermés depuis des milliers d’années. Sans croire à ces anecdotes plus ou moins fabuleuses, nous aurions voulu éclaircir la question, On avait déjà enfermé des crapauds ainsi que d'autres animaux à sang froid, dans une masse de plâtre où ils étaient morts assez rapidement. Mais cette expérience ne prouvait rien, car le crapaud entouré de tous côtés par un corps très-avide d’humidité, avait été dépouillé rapidement de l’eau que contenait

RÉSISTANCE A LA PRIVATION I)’ ALIMENTS. /il)

son organisme, et qui était indispensable à son action ; il y avait donc là deux causes de destruction non isolées, et il était impossible de faire la part de chacune d’elles.

L’expérience était donc à recommencer, et voici comment nous la disposâmes : Un crapaud fut enfermé dans un vase poreux, clos, entouré de terre saturée d’humidité, pour que l’animal ne fût soumis à aucune action desséchante. Ce vase était placé dans le sol à une certaine profondeur, et abrité de manière que sa température restât à peu près constante. Au bout d’un an, exhumation du crapaud, qui n’avait point cessé de vivre. La seconde année, il vivait encore, malgré ce jeûne si prolongé; mais il était considérablement amaigri. À la troisième exhuma-

tion, faite il y a très peu de temps, le crapaud était mort : mais il était peut-être mort accidentellement. L’hiver, plus rigoureux que les précédents, avait permis à la gelée de pénétrer plus avant dans la terre, et le crapaud avait été saisi par le froid. Cette expérience suffit toutefois à démontrer que ces animaux à sang froid supportent la privation de nourriture pendant une durée tout autrement longue que ne pourraient le faire les animaux supérieurs. En effet, un petit oiseau meurt de faim au bout de deux ou trois jours tout au plus.

Nous avons déjà parlé de l’erreur de Cuvier qui considérait la nutrition comme une fonction inter-

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