CONTRADICTEURS DE HALLER
nerfs qu'il contenait, opinion que partage encore aujourd’hui un petit nombre de physiologistes. Ils confondirent l’irritabilité avec la force nerveuse, et ils érigèrent cette dernière propriété en force fondamentale de la vie animale. Au fond, il ne restait donc plus que la sensibilité et les nerfs qui en sont le siège exclusif. Cette fusion des deux propriétés vitales reçut plus tard de notables développements, et, comme nous le disions à l’instant, elle compte encore, aujourd’hui même, quelques partisans.
Pour ce qui nous concerne, notre opinion est bien arrêtée depuis longtemps, et nous sommes pour Haller contre Whytt, Lary et tous les autres ; mais nous nous rendons parfaitement compte des raisons qui ont empêché cet assentiment de devenir tout à fait général. En effet, quand on excite un muscle, on ne sait jamais si l’on n’excite pas un nerf en même temps. Il est bien vrai qu’alors qu’on n’obtient plus rien en irritant un tronc nerveux mis il nu, on trouve encore le muscle irritable ; mais les adversaires de Haller répondent avec beaucoup de force, que les nerfs meurent de la périphérie vers le centre, et qu’on ne sait jamais si l’on n 'obtiendrait pas quelque chose eu irritant l’extrémité du nerf.
Cette opinion, qui attribue toute T irritabilité aux nerfs, ne se rapproche qu’en apparence de celle de Stahl; elle en diffère en ce que l’on admet pour le nerf la possibilité d’agir indépendamment de l’àme ;
L IRRITABILITÉ
c’est là, en quelque sorte, les mouvements réflexes, tels qu’on les connaît aujourd’hui.
Au fond, ce que l’on cherche toujours, c’est le principe de la vie ou la propriété fondamentale des êtres vivants; aussi a-t-on donné le nom de névrisles à ceux qui placent dans les nerfs la propriété essentielle des êtres vivants. Cette théorie ne pouvait évidemment s’appliquer qu’aux animaux, car les plantes n’ont ni muscles, ni nerfs. Comme elle ne s’appuyait
pas d’ailleurs sur des preuves suffisantes, elle ne pouvait se soutenir et fut bientôt abandonnée pour une autre hypothèse, celle des vitalistes. C’est ainsi que des hypothèses sans cesse renouvelées succédèrent aux expériences de Haller, parce que l’esprit, trop impatient dans son essor, voulait obtenir un système complet, sans attendre les résultats toujours fort lents de l’observation et de l’expérimentation.
Stahl avait établi une différence radicale entre les phénomènes de la nature brute et ceux de la nature vivante. On conserva ce fait intéressant, mais la théorie de l’âme fut abandonnée. De même, l’irritabilité de Glisson, l’irritabilité et la sensibilité de Haller parurent obscures, insuffisantes et mal définies. On eut donc recours à l’admission d’une autre force fondamentale, de laquelle dépendent toutes les manifestations de la vie, dans les plantes comme dans les animaux, et qu’on désigna sous le nom de force vitale on principe vital. Cette force, qui régit tous