COMPLEXITÉ DES ANIMAUX INFÉRIEURS
s’agite et se dirige dans le liquide où il a pris naissance, possède évidemment la propriété de se mouvoir ; il doit être doué de sensibilité pour déterminer ses mouvements ; enfin, il peut se reproduire, puisque l'espèce 11e périt pas. Voilà donc la vie à son degré le plus infime, avec toutes les fonctions qu’elle manifeste chez les animaux élevés. Mais quand on cherche les organes de chacune de ces fonctions, on ne peut plus rien distinguer, et c'est à ce point de vue seulement qu’on doit parler de la prétendue simplicité des animaux inférieurs.
Beaucoup de physiologistes croient même qu'il faut admettre chez ces animaux inférieurs tous les éléments qui se développent chez les animaux élevés : ceux-ci se constitueraient par une transformation successive des éléments organiques qui les ferait passer par des degrés de perfection successive. Ainsi l’œuf est d’abord une cellule simple, qui se développe ensuite par une différentiation progressive de ses parties, jusqu’à devenir un être très-complexe. Il en est de même dans ’échelle animale : à mesure qu’on monte, la différentiation est plus nette, plus avancée, et c’est elle qui constitue la perfection de plus en plus grande des êtres animés.
L’animal le plus élevé, c’est donc celui chez lequel toutes les fonctions sont isolées les unes des autres autant que possible. Mais de ce qu’un animal élevé a des moyens de manifestation bien mieux isolés, c’est-à-dire plus perfectionnés, il ne faudrait pas
l’irritabilité.
croire que tous les mouvements qui s’opèrent en lui sont exclusivement le résultat de ces moyens d’action perfectionnés; il possède également tous les modes d’activité imparfaits qu’on trouve chez les animaux inférieurs , et ces modes d’activité jouent un rôle notable dans l’accomplissement des phénomènes qu’ils manifestent. Ainsi , les animaux les plus inférieurs n’ont que des cils vibratiles; chez d'autres, nous trouvons le sarcode , substance rétractile produisant des mouvements toujours lents, quoique nets ; plus haut dans l’échelle des êtres, nous rencontrons des fibres musculaires, organes propres à déterminer des mouvements bien plus puissants, quoique encore avec une perfection différente : ce sont d’abord des mouvements lents qui ne sont dirigés par aucun
système nerveux apparent; puis nous trouvons des nerfs, d’abord des nerfs de mouvement et enfin des nerfs de sentiment.
Si maintenant nous considérons un animal placé au sommet de l’échelle, l’homme, par exemple, il possède tous ces mouvements que nous avons observés chez les êtres moins parfaits que lui. Ainsi, il possédera des fibres musculaires et un système nerveux à son état de développement le plus complet; mais il aura aussi des mouvements sarcodiques et des cils vibratiles, organes de certains mouvements intimes dont il n’a pas conscience. 11 est donc permis de dire que l’animal élevé représente et résume tous ceux qui le précèdent dans l’échelle des perfections suc-
CLASSIFICATION 1)L BICIIAT.
eessives. Mais au fond il n’est en réalité ni plus parfait ni plus élevé ; il ne possède pas de fonctions essentielles que les autres ne possèdent aussi : seulement ces fonctions sont mieux isolées chez lui et manifestées avec une sorte de luxe, et voilà tout.
La seconde espèce de classifications des phénomènes vitaux dont nous avons parlé comprend celles qui prennent surtout l’homme pour point de départ. Au fond, toutes ces classifications n’offrent entre elles que des différences fort légères.
La classification de Galien n’est pas, à proprement parler, une classification des fonctions, elle est purement anatomique. Son traité De asu partium n’est pas autre chose qu’une étude des usages de chaque organe.
Haller donne encore une classification purement anatomique ; seulement , au lieu d’étudier chaque organe en particulier, il étudie chaque groupe de fonctions, ce qui est déjà plus philosophique.
La première classification de ce genre qui doive nous arrêter, c’est celle de Bichat. Buffon avait déjà indiqué l’idée fondamentale de cette classification ; mais c’est Bichat qui l’a développée en déterminant ses conséquences, et elle lui appartient ainsi véritablement.
Bichat distingue les fonctions vitales communes aux animaux et aux végétaux, et les fonctions propres
l’irritabilité.
aux animaux seulement. Ce sont, d’une part les fonctions de la vie organique ou végétative, et d’autre J part les fonctions de la vie animale ou de relation. ; Bicliat va plus loin : il ne se contente pas de distinguer les fonctions, au point de vue physiologique ; il veut faire une distinction parallèle au point de vue anatomique dans les organes qui accomplissent ces fonctions. Il pose donc en principe que les organes de la vie organique sont simples, tandis que les organes de la vie animale sont doubles et symétriques. Mais bien des objections peuvent être opposées à cette classification absolue. Ainsi les reins et les poumons, qui appartiennent sans conteste au système de la vie
organique, sont des organes doubles. Il est vrai que
Bicliat avait surtout en vue les organes de la digestion ; mais là encore son idée est contestable, car il y a des organes doubles dans l’appareil intestinal à certaines époques du développement embryonnaire.
Pour ne citer qu’un seul exemple, le fœtus présente d’abord deux pancréas distincts, qui se réunissent ensuite et n’en forment plus qu’un seul.
Mais Bicliat faisait avant tout une distinction profonde, et très-juste, entre les phénomènes de la vie individuelle et les phénomènes de la vie de l’esprèce.
En effet, la génération est évidemment inutile au point de vue de l’individu, car les animaux peuvent parfaitement vivre sans accomplir cette fonction, puisque chez certaines espèces, il y a des neutres , c’està-dire des individus totalement dépourvus de sexe.