‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 93 sur 200 · TEMPÉRATURE DU SANG · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE DU SANG

d'une importance capitale. La preuve, disait-on, que le poumon est bien le siège de la combustion respiratoire, c’est qu'il est le centre de production de la chaleur animale, qu'il réchauffe le sang. Des expériences établissaient, en effet, que le sang artériel est plus chaud que le sang veineux. Ce raisonnement serait en effet, irréfutable si sa base était solide, c’està-dire si le fait qui lui sert de point de départ était aussi bien démontré qu’on le prétend: car il est incontestable que la combustion respiratoire est la source principale, sinon unique, de la chaleur animale. Malheureusement, le fait sur lequel on s’appuie n'est pas démontré, bien au contraire; les expériences qui prétendent le prouver sont entachées d’erreur : il faut renverser les termes de la proposition, et dire que le sang veineux est plus chaud que le sang artériel. Aristote avait déjà dit que le poumon rafraîchissait le sang. Les expériences qui semblaient prouver le contraire étaient vraies comme fait brut , mais mal interprétées et prises dans de mauvaises conditions. Ce n’était pas erreur de raisonnement, car les hommes ne se trompent pas logiquement : la logique leur est naturelle à tous; et ils l’appliquent comme par instinct, mais, s’ils ne se trompent point en route, en revanche ils partent souvent de faits mal observés, ce qui fait qu’ils n’arrivent pas moins à l’erreur tout en raisonnant juste.

C’est qu’en effet, il n’est point facile de prendre la température du sang. On avait opéré sur un animal

mort. Pour cela, on le sacrifiait instantanément, soit en lui coupant le bulbe rachidien, soit en lui ouvrant la poitrine, et l’on plongeait le plus vite possible des thermomètres dans les deux ventricules du cœur; on trouvait alors que le thermomètre du ventricule gauche indiquait une température plus élevée que celui du ventricule droit, et l’on en avait conclu que le sang artériel est plus chaud que le sang veineux. Mais ce résultat est obtenu dans de mauvaises conditions. En effet, les parois du ventricule gauche sont beaucoup plus épaisses que celles du ventricule droit, et par suite, elles protègent beaucoup mieux contre la réfrigération extérieure le sang qui s'y trouve en stagnation au moment où l’ouverture de la poitrine donne libre accès à l’air bien moins chaud que le sang. Cela est si vrai, que si l’on remplit les deux parties du cœur avec de l’eau chaude, et qu’on laisse ensuite refroidir le cœur à l’air, le côté gauche conserve toujours une température un peu plus élevée, preuve irréfutable que ce résultat est uniquement dû aux conditions dans lesquelles on opère. Nous avons fait dans les abattoirs de Paris un grand nombre d’expériences sur des moutons ; nous introduisions des thermomètres dans les vaisseaux du cou, et nous les poussions jusque dans le cœur : nous trouvions toujours un demi, un tiers de degré, quelquefois même un degré entier de plus dans le ventricule droit que dans le ventricule «anche .

température: du sang.

Restent les expériences faites en enfonçant des aiguilles thermo-électriques dans les veines : toutes les veines sur lesquelles on a opéré ainsi, qu’elles ramenassent le sang de la tète, des membres ou de toute autre partie, ont fourni des résultats qui montraient le sang veineux plus froid que le sang artériel. Cependant les expériences que nous avons faites sur des moutons et dont nous venons de parler prouvent que c’est le contraire qui est vrai, lorsqu’on prend la température du sang, soit dans le cœur, soit plutôt à l’entrée de cet organe.

Comment peut-il donc se faire qu’on trouve le sang veineux plus froid dans les veines que le sang artériel, tandis qu’il est certainement plus chaud dans le ventricule droit ? La raison de cette apparente contradiction est bien simple : c'est qu’on a toujours pris la température du sang veineux dansles veines superficielles du corps, comme les veines du bras, la veine jugulaire externe, etc., bien plus commodes sans doute pour l’expérimentation, mais qui sont refroidies par un contact incessant avec l’air extérieur. Mais si nous opérons sur des veines situées plus profondément dans le corps et mieux protégées contre les influences extérieures, nous trouvons des résultats tout opposés : le sang veineux est alors plus chaud, et sa température dépasse celle du sang artériel, mesurée dans les mômes circonstances. Dans cer-

taines veines, la différence est considérable. Ainsi, le sang veineux ramené par les veines hépatiques, et

qui revient des intestins et du foie, est le plus chaud de tous : il a quelquefois ü 2 degrés de plus que le sang artériel; en se mélangeant avec le sang veineux provenant des membres et des vaisseaux superficiels, il produit un sang veineux total d’une température moyenne, mais encore plus chaud que le sang artériel. C’est dans cet état qu’il arrive au ventricule droit du cœur où nous avons pris sa température.

De tout ce que nous venons de dire il résulte clairement que le siège de la combustion respiratoire n’est pas dans les poumons, puisque le sang s’y rafraîchit, suivant l’opinion ancienne d’Aristote. Ces considérations nous mènent également à chercher le siège de cette combustion vers l’extrémité commune des veines et des artères dans les tissus, puisque nous avons constaté un notable excès de température en laveur du sang veineux sur le sang artériel. On a fait des expériences pour démontrer que la combustion respiratoire se fait surtout dans les muscles, ce qui peut être mis en évidence d’une manière bien simple. Voici une éprouvette où ont été placés des muscles de grenouille; cette éprouvette contenait tout à l’heure de l’air à l’état naturel, tel que nous le trouvons dans l’atmosphère qui nous entoure, c’està-dire avec une proportion d’acide carbonique inappréciable. Maintenant, au contraire, l'air renfermé dans cette éprouvette contient une quantité notable d’acide carbonique, ce qui est accusé par le dépôt

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