DIRECTION DU COURANT NERVEUX
Ce courant, dans tous les uert's seusitifs sans exception, se traduit comme s'il allait de la périphérie au centre. Dans les nerfs moteurs, au contraire, il se traduit dans une direction précisément inverse, et il agit toujours du centre à la périphérie. Cette opposition complète dans le sens des influences nerveuses fournit môme le seul moyen pratique de distinguer les nerfs sensitifs des nerfs moteurs; car les différences anatomiques sont à peu près nulles, ou, dans tous les cas, trop minimes pour être facilement constatées. C'est à peu près la même chose (|ue si l'on distinguait les artères et les veines d'après la direction qu'y suit le courant sanguin. Mais là on a des moyens de séparation plus simples dans la constitution diverse de ces deux espèces de vaisseaux.
Voilà donc une différence bien nette entre le nerf sensitif et le nerf moteur : la direction du courant nerveux. Mais si l'on descend dans l'intimité du phénomène, on s'aperçoit bien vite que la direction de ce courant ne tient pas à l'essence môme de la propriété nerveuse. En effet, le môme nerf peut transmettre indifféremment des courants nerveux dans tous les sens. M. du Bois-Reymond a montré que la propriété électro-tonique se dirige dans tous les sens, aussi bien dans les nerfs de mouvement que dans les nerfs de sentiment. La direction apparente du courant à l'état normal ou physiologique dépond donc uniquement des connexions anatomiques du
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iiei'f et des rapports physiologiques qu'il ciitretieul. Mais si l'on change sa situation, si on l'arrache à la chaîne d'influences successives dont il formait un des anneaux, pour l'intercaler au milieu d'une série différente d'actions physiologiques, le sens du courant nerveux pourra parfaitement se modifier en même temps que les rapports du nerf. C'est ce qui résulte notamment des récentes expériences de MM. Philipeaux et Vulpian. En effet dans la suture du nerf grand hypoglosse avec le nerf lingual, telle que l'ont pratiquée ces expérimentateurs, l'irritation de l'hypoglosse au-dessus de ce nerf lingual se transmet jusqu'au cerveau comme auparavant, bien que le sens du courant nerveux se trouve renversé.
Les expériences de M. P^ml Bert, préparateur du cours, sur la greffe animale, sont dans le même sens. M. Paul Bert, opéranl sur des cochons d'Inde, a greffé la queue de l'animai en engageant son extrémité dans une incision pratiquée sur le dos. Au bout d'un certain temps, les chairs se réunissent et se cicatrisent; les nerfs, comme les vaisseaux sanguins, se soudent en cet endroit. Évidemment tous les rapports physiologiques se trouvent alors renversés, puisque le bout de la queue qui était autrefois son extrémité périphérique en est devenu la base et sert maintenant d'une manière exclusive à la mettre en communication avec le reste de l'organisme. Cependant les courants nerveux du nerf sensitif sont encore transmis jusqu'au cerveau. H est
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facile de s'en convcaincre sur ce cochon d'Inde préparé par M. Paul Bert. En effet, si nous le pinçons à l'extrémité de cette nouvelle queue, implantée depuis un certain temps au milieu du dos, l'animal se met aussitôt à crier, preuve évidente que la sensation douloureuse est parvenue jusqu'aux centres nerveux.
Mais comment cette transmission a- 1- elle pu s'opérer? Évidemment le long des nerfs sensitifs et en se propageant du bout qui joue maintenant le rôle d'extrémité périphérique vers celui qui est implanté dans le dos. Or, avant que l'animal ait subi cette opération, et lorsque la queue était encore à sa place naturelle, les mêmes nerfs sensitifs transmettaient bien les sensations douloureuses, mais dans un sens précisément opposé. Ces expériences prouvent donc que la direction du courant nerveux dans le nerf sensitif n'a rien d'essentiel en elle-même ; qu'elle dépend uniquement des circonstances dans lesquelles se trouvent placé le nerf sensitif ou des rapports qu'il entretient, et qu'elle peut parfaitement changer sans inconvénient lorsque ces circonstances ou ces rapports viennent à être modifiés (1). Toutefois il ne faut pas oublier qu'après leur section les
(1) Voyez l'arlicle consacre par M. Paul Berl à ses Expériences sur la greffe animale, dans le Journal de l'anatomie et de la physiologie nromales et pathologiques de l'homme et des animaux, dirigé par M. Charles Robin, année 4 864, livraison.