‹ Lecons sur les proprietes des tissus vivantsChapitre 125 sur 140 · MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION

L'I contenant encore beaucoup d'oxygène : souvent même, on ne peut plus le distinguer du sang artériel par sa couleur. Enfin le sang passe très-rapidement, et en très-grande masse, à travers la glande, parce i(ue les vaisseaux se sont dilatés dans des proportions considérables ; la veine donne des pulsations comme l'artère, et, lorsqu'on la coupe, elle émet un jet de li([uide de plusieurs centimètres.

Eh bien, cherchons maintenant à comprendre ce qui se passe, mais en restant toujours à cheval sur les faits bien observés; car, si les interprétations peuvent changer, les faits doivent rester les mêmes, et toutes les théories doivent pher devant eux pour s'y adapter. Prenons donc chacune des circonstances de l'expérience et cherchons-en l'explication. Cette dilatation de l'artère et de la veine, c'est une paralysie des vaisseaux : seulement, le point nouveau qu'il faut admettre ici, c'est que cette action paralysante se porte, non pas directement sur l'élément musculaire, mais d'abord sur le grand sympathique, lequel contracte certainement les vaisseaux quand son influence n'est pas entravée ou détruite : il suffit en effet de l'irriter d'une manière quelconque, par exemple en coupant un de ses nerfs, pour amener une diminution immédiate du volume des vaisseaux. Ainsi, dans notre expérience, nous paralysons l'action incessante du grand sympathique qui tend à resserrer les vaisseaux, et ceux-ci se dilatent aussitôt par le relàch(i-

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meut clc leur tunique musculaire déljarnissée de l' influence du grand sympathique.

Dans la glande sous-maxillaire nous avons donc sur les mêmes fibres musculaires des actions nerveuses de deux genres : celle du grand sympathique, qui fait contracter ces fibres, et celle de la corde du tympan, qui les dilate en paralysant le grand sympathique. L'action de la corde du tympan correspond à l'activité de la glande, celle du grand sympathique à la période de repos. Ainsi, la sécrétion est une conséquence de l'action paralysante de la corde du tympan sur le grand sympathique.

11 y a encore d'autres faits à expliquer. Si nous paralysons complètement cette glande, en détruisant tout à fait les nerfs qui s'y rendent, elle se met à fonctionner d'une manière continue : ce qui prouve bien que l'action exercée sur eUe par le système nerveux est une action de contention. En opérant ainsi nous rendons cette sécrétion continue, mais seulement à partir de deux ou trois jours après la section du nerf. Ce retard du phénomène vient de ce qu'on ne peut couper le nerf qu'à son entrée dans la glande, et il faut alors, pour que toute action nerveuse soit supprimée, attendre que les derniers filaments de nerf qui se distribuent dans la glande soient complètement détruits par défaut de nutrition.

Pour démontrer d'une autre manière que les ])hé-

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iioniènes qui se produisent alors sont bien dus à lu suppression du nerf, on peut empoisonner l'aninml par le curare qui, on le sait, n'agit que sur les nerfs moteurs ; on met un tube au conduit de la glande pour amener à l'extérieur la salive produite et mieux apprécier la force de la sécrétion : quand la paralysie du muscle est devenue complète par la mort du système nerveux moteur, on obtient alors une sécrétion extrêmement abondante.

Nous avons fait cette expérience de la manièi'O suivante. Elle consiste à injecter, avec une seringue munie d'un tube d'argent excessivement fin, quel- ([ues gouttes de curare à l'origine de la petite artère qui va à cette glande sous-maxillaire ; puis on ouvre la veine glandulaire pour laisser échapper le sang empoisonné par l'action du curare et l'empêcher de porter ses funestes effets dans l'organisme, de manière que la glande se trouve Seule empoisonnée. Quand on fait ainsi cette injection, la sécrétion se produit tout de suite d'une manière continue; puis, après un temps plus ou moins long, la glande reprend peu à peu son état normal, et il est possible ensuite de recommencer un certain nombre de fois sur le même sujet : on obtient toujours les mêmes résultats. Il n'y a pas d'erreur possible dans cette expérience, car nous avons injecté de la même manière divers liquides, — notamment de l'eau et même des liquides excitants, — sans produire aucun effet sur la sécrétion delà glande. Les résultats obtenus ne

kOO l'élément nerveux.

peuvent donc èira rapportés qu'à la paralysie des libres musculaires de la glande, paralysie résultant de l'empoisonnement par le curare des filamenls nerveux qui s'y distribuent.

Nous avons voulu savoir ce que devenait la glande qui sécrétait ainsi d'une manière continue et trèsabondante par suite de la section et de la dégénérescence des nerfs. Cet état de sécrétion incessante dura quelques semaines, et la glande diminuait de plus en plus de volume en subissant des changements notables dans la structure de ses tissus. Plusieurs glandes soumises à l'action de ces phénomènes anormaux ont été envoyées à M. Robin qui a pu constater et déterminer ces changements. Peut-être aussi la composition chimique de la sécrétion est-elle modifiée dans ces circonstances. Au bout de cinq ou six semaines, quand on opère sur un chien de moyenne force, la sécrétion s'arrête tout à fait ; alors elle reprend, au bout d'un certain temps, son volume et son état normal : c'est que dans l'intervalle les nerfs se sont régénérés, et la glande elle-même a pu se nourrir. Ainsi donc, la période de repos ou de sommeil de la glande est le moment pendant lequel s'opère sa nutrition.

Il faut beaucoup de sang pour fournir la quantité d'eau nécessaire à la salive qui se forme, et nous avons constaté que la différence entre la quantité de

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ce liquide contenue dans le sang artériel qui pénètre dans la glande et celle que contient le sang veineux (jui en sort, que cette différence, dis-je, correspond exactement à ce que la salive lui a emprunté.

Ces explications de phénomènes fonctionnels par les actions réflexes paralysantes ponrront peut-être se multiplier, surtout dans les parties si obscures encore delà physiologie qui touchent au rôle du grand sympathique.

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