VINGT-CINQUIÈME LEÇON
IÎ\IFLUEIVCE DU SYSTÈME I^ERVEUX SUR LES PHÉ!«0- MÈWES CHIMIQUES DE L'ORGANISME.
28 juin 1864.
SOMMAlRIil. — Divers centres des actions réflexes. •- Difficultés (jue présentent ces questions. — Influence du système nerveux sur les phénomènes de nutrition; il n'est pas indispensable à la production de ces phénomènes. — Les animaux de même que les végétaux forment des principes immédiats. — Formation de la graisse, du sucre, etc. — Le système nerveux agit sur les phénomènes chimiques par l'intermédiaire du système vasculaire. — Les vaisseaux reçoivent deux ordres de nerfs : des nerfs du grand sympathique qui produisent leur resserrement, et des nerfs du cérébro-spinal qui provoquent leur dilatation. — La paralysie du grand sympathique augmente l'activité des phénomènes chimiques. — L'irritation d'un nerf sensitif du cérébro-spinal produit le même résultat en réagissant sur le grand sympathique.
CENTRES DES ACTIONS RÉFLEXES. Zl03
— Constitution du système capillaire. — Double voie offerte au courant sanguin : deux ordres de capillaires. — Conséquences de cette disposition en ce qui concerne la circulation et les sécrétions. — Le système nerveux n'agit pas directement sur les phénomènes chimiques ; il se borne à mettre en présence les éléments qui doivent réagir les uns sur les autres en vertu de leurs propriétés spéciales. — Comparaison générale du système cérébro-spinal et du grand sympathique. — Obscurité qui enveloppe encore les fonctions de ce dernier système.
En piquant la moelle épinière, on provoque des mouvements, mais des mouvements différents suivant l'endroit auquel on la pique. Ainsi, quand la blessure est produite à la hauteur des bras, on obtient des mouvements particuliers dans ces membres, parce qu'il y a là un centre spécial. Il y a du reste dans la moelle épinière bien d'autres centres encore pour les actions réflexes, par exemple, le centre respiratoire appelé aussi nœud vital, parce que les animaux supérieurs périssent aussitôt que ce point de la moelle est détruit d'une manière quelconque; chez les animaux inférieurs, au contraire, la lésion de cette partie de la moelle ne produit pas des résultats aussi prompts ni surtout aussi complets. Nous pouvons citer encore le centre cilio-spinal, placé à la hauteur des deux premières racines rachidiennes dorsales, ainsi que le centre génito-spinal, situé dans la région lombaire, d'où partent les nerfs de la vessie, des organes génitaux et des parties voisines. Enfin, il y a des centres distincts pour certaines
(iOli LËLÉMIÎNT NERVEUX.
actions réflexes, dans le cerveau lui-môme, et surtout il y a là le centre général qui domine tous les autres.
Malheureusement, l'étude des centres des actions réflexes est extrêmement difficile, parce qu'il faut s'en rapporter aux phénomènes extérieurs pour interpréter ce qui se passe dans les profondeurs les plus intimes des organes nerveux et les plus difficiles de toutes à explorer.
C'est à peine si de loin en loin quelques rares accidents ont permis de faire sur l'homme d'utiles observations. Enfin, cette partie de la physiologie des nerfs est restée jusqu'ici fort obscure; presque tous les résultats obtenus y sont encore plus ou moins contestés, même aujourd'hui, et il est difficile, inutile même pour l'enseignement, d'épuiser ces questions à peine explorées dans leurs premiers fondements par quelques travaux tout récents, et livrées aux ardeurs comme aux incertitudes des premières controverses. Laissons le temps faire son œuvre et attendons que tout cela s'éclaircisse un peu. Développer maintenant tout ces débats, ces discussions de détails, (^es résultats souvent contradictoires, ce serait risquer bien souvent d'exposer comme une théorie ce qui n'est tout au plus qu'une opinion personnelle, et entrer d'ailleurs dans des détails que nous devons écarter ici, en traitant des phénomènes essentiels de la vie, qui se reproduisent les mêmes chez tous les êtres vivants.
INFLUENCE DU SYST. NERV. SUR LA NUTRITION. Zl05
Laissons donc de côté la ([uostion des différents contres des actions réflexes, pour exposer des phénomènes beaucoup plus étudiés et surtout beaucoup mieux connus.
Dans les leçons précédentes, vous avez vu que le système nerveux exerce une action aussi importante qu'incontestable sur tous les phénomènes de nutrition et de sécrétion qui se produisent dans l'organisme; son influence peut même s'étendre jusqu'aux phénomènes chimiques. Ce sont là des faits extrêmement remarquables : aussi n'est-il pas inutile d'exposer nos idées sur ce point, en expliquant comment nous comprenons le mécanisme de ces différentes actions.
La première chose à dire, c'est que le système nerveux n'est pas indispensable à la production de ces phénomènes, auxquels il prend pourtant une part si considérable, dans l'état normal, chez les animaux supérieurs. En effet, la nutrition s'opère trèsbien chez l'embryon, quoiqu'il n'ait pas encore de système nerveux, et les végétaux qui ne possèdent jamais d'organes de ce genre n'en forment pas moins des principes immédiats distincts. Quel est donc précisément le rôle du système nerveux dans l'accomplissement de ces phénomènes ? voilà ce que nous tâcherons de faire comprendre tout à l'heure. ) On a cru longtemps que les végétaux seuls pi-oduisaient des principes immédiats, et que ces prin-
LiOù l'élément nerveux.
cipes, une fois formés, passaient ensuite par les voies ordinaires de la nutrition, dans le corps des animaux qui se nourrissaient de ces plantes. Comme conséquence de ces idées, on comparait les végétaux à des appareils de réduction, et les animaux à des appareils de combustion ; les premiers préparaient toutes les substances que les animaux devaient brûler ensuite. Voilà des idées absolues auxquelles il faut renoncer, car elles ne sont plus admissibles aujourd'hui. Les animaux, comme les végétaux, préparent des principes immédiats : c'est un point bien démontré. Chaque être est complet en lui-même et ne dépend pas directement des autres pour accomphr les fonctions essentielles de la vie; chaque être, enfm, présente également ces deux parties de la fonction générale de nutrition, ces deux faces d'un même phénomène, qui s'appellent réciproquement et ne se conçoivent pas l'une sans l'autre, à savoir l'assimilation et la désassimilation .
Ce n'est donc pas un point de vue physiologique que de considérer les végétaux comme faits pour les animaux. Les végétaux sont faits pour eux-mêmes, tout aussi bien que les autres êtres, et ils vivent à leur manière, d'une façon autonome (Quoique dépendante. Cependant, dira-t-on, les plantes peuvent être et sont en fait utilisées par les animaux pour leur nourriture. — Sans doute; mais cela ne prouve rien. Il y a aussi des animaux qui servent à en nourrir d'autres, des herbivores qui sont dévorés par des