‹ Lecons sur les proprietes des tissus vivantsChapitre 33 sur 140 · CL. nEUXARD. r · texte numérisé non relu

CL. nEUXARD. r

l'irritabilité.

moins occasionnelles des phénomènes vitaux ; mais il ne distinguait pas les incitants spéciaux les uns des autres, et, ne tenant compte que de leur intensité, il semblait admettre qu'ils avaient tous la même nature, en tant qu'incitants, et la môme action sur tous. les tissus vivants. Ce point de vue ne pouvait suffire : il faut distinguer à la fois la qualité et la quantité de l'incitant, et cette dernière, comme nous allons le montrer tout à l'heure, varie, soit par la quantité du corps incitant lui-môme, soit par l'incitabilité plus ou moins grande de la fibre vivante qui réagit.

Brown admettait l'incitabihté dans tous les tissus solides. Quant aux liquides, il ne les croyait pas incitables, mais les considérait comme contenant des incitants intérieurs, qui agissaient sur les tissus sohdes de la même manière que les incitants eitérieurs. Il est facile de voir que cela revient exactement à la distinction que nous avons faite entre les milieux extérieurs et les milieux intérieurs de l'organisme.

Lamarck ne fît pas grand'chose de neuf dans la question qui nous occupe, et elle ne lui dut pas de progrès bien notables. Dans sa Zcologie philosophique, il distingue, à côté de l'irritabilité, une propriété spéciale qu'il appelle orgasme, et qu'il définit à peu près l'intensité de vie existant dans chaque organe. Du reste, cette distinction introduite par Lamarck,

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et le mot nouveau qu'elle rendait nécessaire, furent bien vile oubliés après lui.

Avec Tietlemann , la terminologie se modifie de nouveau. 11 appelle eœcùabililé ce que Bvomi avait nommé incilahilité, et Glisson irritabilité. Les irritants de Glisson devenus les incitants de Brown, changent donc encore une fois de nom pour s'appeler excitants. Mais, au fond, c'est toujours la môme chose, et ces variations de mots sans importance, dont il suffit d'être prévenu, n'empêchent pas de voir dans toutes ces doctrines un développement naturel des idées de Glisson.

Tiedemann va plus loin que Brown, car il admet l'excitabilité même dans les liquides de l'organisme : tout ce qui vit est excitable ; l'œuf est excitable, le sang est excitable , les plasma ou blastèmes sont eux-mêmes excitables, et peuvent amener dans leur sein la production d'êtres vivants au milieu d'une matière amorphe. Il admettait donc la génération spontanée. En résumé, tout excitant peut solliciter à entrer en action la matière organisée et vivante , quelle qu'elle soit.

Mais Tiedemann ne s'arrête pas là; il distingue les excitants entre eux, suivant que les mouvements produits dans l'organisme sous leur influence sont apparents , comme les mouvements des membres , ou invisibles, comme ceux de la nutrition : dans ces

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doux cas, ce sont toujours des excitants, mais leur nature n'est plus la même.

Tiedemann a voulu aussi distinguer nettement les excitants des actions physico-chimiques. Dans une action chimique, il y a entre les corps intervenants, entre l'action et la réaction, un rapport mécanique, c'est-à-dire que la composition des corps intervenants est changée, et qu'ils cèdent une partie de leur substance au nouveau corps qui se forme. L'action vitale ne présente rien de semblable ; l'excitant est tout à î'àii étranger aux modifications qui se produisent dans l'intérieur de l'organisme. Il y a en chimie des phénomènes, pour lesquels on a créé un terme spécial, et qui font bien comprendre ce genre d'action : c'est ce qu'on appelle les phénomènes catalytiques ou actions de présence. L'excitation serait donc une sorte d'action de présence, le corps excitant ne cédant rien au corps excité et n'agissant que par sa seule présence.

Virchow^, qui vient ensuite, suit les idées de Tiedemann et de Brown, qui n'avaient fait eux-mêmes que reprendre celles de Glisson ; parmi les diverses expressions proposées, il préfère celle de GUsson, l'irritabilité, et il admet, comme ses devanciers, que tout ce qui est vivant est irritable et que tout ce qui est mort ne l'est pas. C'est un point sur lequel on est universellement d'accord aujourd'hui. Seulement, Yirchow distingue mieux que ne l'avait fait Tiède-

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nianii, la spécialité des irritants et des irritabilités diverses. Ainsi, le muscle a sa propriété particulière, le nerf en a une autre, et les cellules épitbéliales ou glandulaires également. 11 considère l'organisme, ainsi qu'on l'a fait souvent du reste, comme une sorte d institution sociale organique. A côté des irritants physiologiques , il admet explicitement des irritants pathologiques , source des maladies qui nous affligent. Enfin, il reconnaît trois espèces d'irritabilité : Virritabilité fonctionnelle^ V irritabilité nutritive et l'tVritabililé de formation ou de développement, qui préside à la formation des parties vivantes. Il n'y a, en efifet, que trois choses dans un être vivant, sa fonction, sa nutrition, son développement; et chacune de ces trois choses a ses irritants spéciaux, comme son irritabihté particuhère. Encore l'irritabihté de développement peut-elle, suivant moi, se ramener à l'irritabilité nutritive, dont elle n'est, à vrai dire, qu'une des manifestations.

Ainsi , pour nous résumer, on est arrivé aujourd'hui à considérer l'irritabilité comme le caractère essentiel de la matière vivante. S'il y a encore quelques dissidences d'opinions, elles sont peu importantes, et tout le monde s'accorde au moins pour reconnaître deux choses comme indispensables à la manifestation des phénomènes vitaux :

1° Une organisation et des propriétés données par cette organisation, c'est-à-dire une matière vivante.

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Les forces inhérentes et spéciales à cette matière \^ivante ne peuvent évidemment lui venir de la matière brute; elles sont un résultat de l'oreanisation .

2° La matière vivante ne manifesterait jamais ses propriétés , si le milieu qui l'entoure ne lui en donnait l'occasion par des irritants spéciaux qui constituent des conditions extérieures à la partie excitée.

La théorie de l'irritabilité comprend ces deux éléments, et toutes les fois que nous voudrons analyser un certain ordre de phénomènes, nous nous attacherons à faire ressortir parallèlement ces deux conditions.

On peut dire que l'irritabilité est de deux espèces, car nous avons déjà reconnu avec Virchow l'irritabihté fonctionnelle et l'irritabilité nutritive, qui comprend l'irritabilité de développement , et il faut y ajouter les irritants toxiques ou anormaux. Il est difficile, dans une leçon générale, de faire l'histoire des différents irritants. Mais, pour mieux indiquer quelles sont nos idées sur cette question fondamentale, nous allons prendre quelques exemples.

Il faut d'abord constater qu'il y a des irritants de plusieurs natures; et nous les répartirons en trois classes très-distinctes; les irrilants physiques, les irritants chimiques et les irritants vitaux.

Les irritants physiques sont très-nombreux ; ce sont la chaleur, l'air, la lumière, l'humidité, etc.; ils peu-

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vent être des irritants fonctionnels, nutritifs, ou de développement, suivant qu'ils concourent à la manifestation de phénomènes fonclionnels, nutritifs ou de développement; mais, au fond, ils ne diffèrent pas sensiblement dans ces divers cas. Ainsi, la lumière est souvent un élément nutritif; il nous suffit de citer les phénomènes qui se produisent dans les parties vertes des plantes : plongées dans l'obscurité, ces organes ne sauraient assimiler leur aliment propre, l'acide carbonique, qui les baigne pourtant de toutes parts ; il leur faut un irritant qui détermine cette absorption, et cet irritant c'est la lumière.

Le rôle d'irritant nutritif peut être également remph par un irritant d'une autre nature, par exemple, par un irritant chimique. Ainsi, d'après des travaux récents, et notamment d'après ceux de M. Pasteur, la fermentation alcoolique serait un phénomène de nutrition de la levûre de bière, qui augmenterait de volume et se multiplierait rapidement de cette façon. Pour que cette levûre de bière se nourrisse, il lui faut d'abord un aliment, une matière azotée ou terreuse ; mais cela ne suffit pas : il lui faut encore un irritant particulier, un irritant nutritif; et cet irritant, c'est le sucre. Il est l'excitant nutritif propre de la levûre de bière; mais ce n'est point là pour lui une propriété générale, car son influence ne développe pas de phénomènes analogues dans d'autres substances organisées ; bien plus, M. Dujardin a constaté qu'une quantité déterminée

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de sucre mise clans un liquide y donnait immédiatement la mort à certains infusoires qui s'y développaient auparavant d'une manière régulière. Ce sont là du reste des faits exceptionnels qui ont encore besoin d'être étudiés.

Un autre exemple, non moins intéressant, c'est la fermentation du tartrate double d'ammoniaque, qui ^ fournit deux acides tartriques présentant exactement

la même composition chimique, mais caractérisés par une dyssymétrie moléculaire très-remarquable, l'un déviant à gauche la lumière polarisée, et l'autre la déviant à droite. Ces deux acides, identiques par leur composition chimique, ne le sont plus quand on les considère comme irritants nutritifs, car ils agissent d'une manière différente sur certains ferments organisés. Beaucoup de corps peut-être sont dans le même cas au milieu des organismes vivants.

Un irritant vital est celui qu'on ne trouve que dans certaines conditions particulières créées par l'organisme. Quelques exemples vont mieux faire sentir ce qu'on doit entendre par là. En distinguant les irritants des parties organisées, nous avons dit que l'irritant est tout ce qui est extérieur à l'organisme; mais nous n'avons point voulu dire par là que l'irritant soit nécessairement hors du corps orgfinisé. Ainsi, le nerf est l'irritant du muscle, et il fait partie du corps; mais il est extérieur au muscle. Le nerf de sentiment est l'irritant du nerf moteur, qui n se comprendrait pas sans cela; le nerf du mou-

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