‹ Lecons sur les proprietes des tissus vivantsChapitre 96 sur 140 · COURANT FORT · texte numérisé non relu

COURANT FORT

Couranl oscendanl.

Fermelure du circuit lUen.

Ouverturii Contraction.

Couranl descendant.

Fermelure du circuit Contraction

Ouverture Rien.

On obtient donc toutes ces variations sur un môme nerf en modifiant la force du courant, ce qui prouve que tous les changements observés pai* Kitter tiennent uniquement aux variations d'inlensitc du courant, sinon à des variations absolues, du moins à des variations relatives k l'oxcitabilité du nerf moteur et k son irritabilité plus ou moins grande. En effet, que le courant soit plus fort ou que le nerf devienne plus irritable, c'est toujours la môme chose quant à l'effet produit. Il faut donc distinguer l'état physiologique du nerf moteur et son état anormal qui survient quand il meurt.

Si nous prenons un courant faible, soit en luimôme, soit relativement à la résistance qu'il rencontre dans le nerf moteur, nous aurons toujours, qu'il soit ascendant ou descendant, une contraction k la fermeture du circuit, et rien à l'ouverture. En prenant des courants plus forts, on produit des phénomènes différents, mais qui tiennent k des électroysations particulières, à des actions physiques diverses. 11 ne faut janjais enq)loyer ces courants trop

286 l'élément niîrvlux.

forts qui sortent des coiiilitions physiologiques ordinaires, car les courants physiologiques sont toujours faibles à l'état normal. Ces expériences de Ritter, dont nous avons donné les résultats, sont cependant bonnes à conserver, comme représentant des phénomènes très réels et qui correspondent à des faits qu'on pourrait retrouver peut-être dans certains états pathologiques.

L'électricité est donc un irritant commun du nerf moteur et du muscle : mais le nerf y est bien plus sensible; un courant très-faible lui suffit, tandis ([u'il faut pour le muscle un courant bien plus fort. Ainsi, prenons un courant d'une intensité suffisante, et faisons-le passer à travers le muscle sans qu'il atteigne le nerf : en diminuant de plus en plus l'intensité de ce courant, on finira par ne plus obtenir de contraction ; au contraire, en le portant alors sur le nerf, on aura tout de suite une contraction trèsmarquée. Quand un courant électrique traverse la masse du corps, il peut produire des contractions tout à la fois en excitant directement les muscles, et en excitant les nerfs moteurs qui excitent à leur tour les muscles. C'est ce qui a fait dire qu'il y avait un heu d'élection pour l'action de l'électricité. Ce lieu, c'est l'entrée du nerf dans le muscle, parce qu'en portant là l'action électrique on excite à la fois le nerf et le muscle. De môme, quand on n'obtient aucun résultat en faisant passer un certain courant électrique à travers un muscle encore pourvu de

EXrÉlUliNCE DE LA PATTE GALVANOSCOl'lQUE. "287

son nerf moteur, mais disposé de telle sorte que ce nerf soit placé sur son prolongement, on obtiendra presque toujours une contraction en repliant le nerf sur le muscle, parce qu'alors l'irritation électrique s'étendra également aux nerfs. Tous ces faits montrent clairement que le nerf moteur est bien plus excitable que le muscle par l'électricité.

Voici une autre expérience. On prend un muscle sur lequel on fait une section presque complète, et l'on écarte un peu les deux lèvres de la plaie musculaire. — Nous avons déjà dit, en parlant de l'électricité musculaire, que l'extérieur du muscle est électrisé positivement, tandis que l'intérieur est électrisé négativement. — Puis on prépare ùn second muscle, — ordinairement le muscle du mollet, — en lui conservant son nerf, et au moyen de ce nerf nous réunissons la surface extérieure du premier muscle avec l'intérieur de la coupe que nous y avons pratiquée. Comme l'une est électrisée positivement et l'autre négativement, il doit nécessairement se produire un courant dans le nerf, et, par suite de cette excitation, une contraction dans le muscle auquel il aboutit. L'expérience de la patte galvanoscopiqiie se fait ordinairement sur des muscles de grenouille, mais on peut parfaitement la répéter sur les muscles du lapin à sang froid que nous vous avons montré précédemment.

Les nerfs moteui sont, connue les muscles, des cou-

-^^^ LELliMIiNT NliKVliUX.

ranls électriques propres, qui ont été étudiés d'une manière toute particulière par M. du Bois-Reymond à l'aide de l'appareil que nous avons déjà décrit plus haut en parlant de l electricité musculaire (flg. 50). Le

Fig. 56. — Appareil de M. du Bois-Keymond pour l'élude des propriétés électriques des muscles et des nerfs.

N. Muscle placé entre les deux coussiiiels (la flg'ure représente un muscle j mais on peut supposer également un nerf placé dans la même position). — G G'. Vases de verre contenant une dissolution de sulfate de zinc. — P P'. Lames de zinc amalgame communiquant en K avec les lits D D' du galvanomètre. — S S'. Supports isolants. — M. Galvanomètre.

nert est électrisé positivement à la surface et négativement à l'intérieur, absolument comme le muscle à

ÉLlir.TRlClTÉ NKKVliUSE. — ÉLECTROTONISMli. 289

l'état noniial. Mais ces phénomènes ne se conservent aussi sons cette forme dans le nerf moteur que tant (ju'il reste à son état ordinaire. S'il se trouve dans lies conditions anormales, son état électrique change complètement ; il prend, pendant la contraction du muscle, un état électrique qui lui est propre, et auquel M. du Bois-Reymondadonnéle nom d'éleclrolonisme. La coïncidence de cet état particulier avec la contraction musculaire pourrait faire croire qu'il serait la cause de l'influence nerveuse : il se produirait alors dans le nerf un état électrique tout spécial qui modifierait par influence l'état électrique du muscle, et, par suite, produirait son irritation. Tel serait le mécanisme de l'influence nerveuse et de la contraction musculaire.

Terminons en disant quelques mots de ce qu'on a souvent appelé la contraction paradoxale. Je suppose qu'on prépare une patte de grenouille, en lui conservant son nerf aussi long que possible. Si l'on ij*rite avec l'éleciricité l'extrémité libre du nerf, après avoir pratiqué une section vers le milieu de sa longueur, on n'obtiendra évidemment rien dans le muscle, puisque l'influence nerveuse ne peut plus se transmettre jusqu'à lui. Mais si l'on replace les deux bouts l'un sur l'autre, on produira alors une contraction marquée. Comment cela peut-il se faire, puisque la section complète du nerf doit arrêter toute influence physiologique qui le parcourt? \ oici l'explication de ce singulier phénomène. Sous l'in-

r.i.. nicriNAiiD. 19

-^.K) l.'ÉLÉiMENT NERVEUX.

flueiice do l' irritation électrique, il se produit, ii l'extrémité excitée du bout du nerf détaché, un état électrotoniqne que nous pourrions constater à l'ex- * trémité opposée de ce bout eu y plaçant un galvanomètre. Mais la partie du nerf restée fixée au muscle, que nous avons mise précisément en cet endroit, joue absolument le même rôle et reçoit le courant électrique comme le ferait le galvanomètre le plus sensible : elle se trouve donc excitée à son tour, et il n'est pas étonnant dès lors qu'elle fasse contracter le muscle avec lequel elle est toujours en rapport.

Ainsi, l'électricité joue un grand rôle dans le nert moteur comme dans le muscle, et il n'est pas impossible que l'influence mutuelle de ces deux élémenls anatomiques l'un sur l'autre ne puisse se ramener dans une certaine mesure à des phénomènes électriques.

Le nerf moteur que nous venons d'étudier est l'irritant naturel du muscle; mais il a lui-même un irritant normal d'une grande importance, c'est le nerf de sensibilité dont nous commencerons l'étude dans la prochaine séance.

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