‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 11 sur 61 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

30 AYftiL 1858.

SOMMAIRE : Des causes de rhypersécrétioD da sucre dans le foie. — Mécanisme de la formation du sucre dans le foie. — Cette fèrm»* tion se fait en deux temps. ^ État de la question de la glycogéole bépatique.

Messieurs,

ExamiDant avec vous à quelles conditions organiques devait être lié le passage du sucre dans les urines, nous avons vu qu'il était avant tout nécessaire que le sang en contint un excès , que la quantité minimum de sucre contenu dans le sang d'un animal dont les reins n'en laissent pas passer est, d'après Lehmann , 3 dixièmes pour 100 du résidu sec du sang.

Lorsque, partant de ce premier fait, nous avons cherché à expliquer par quel mécanisme pouvait se produire cette accumulation de sucre, nous nous sommes trouvé en présence de deux opinions possibles : l'une faisant dépendre l'accumulation du sucre de sa non-destruction dans l'économie; l'autre la faisant dépendre d'une plus grande activité dans la production. C'est à cette dernière opinion que nous avons dû nous rattacher.

Restaient à déterminer les causes de cette hypersécrétion du sucre et le mécanisme de leur action. Peutêtre les causes sont-elles multiples. Quoi qu'il en soit, nous avons pu vous en signaler au moins une, et vous montrer la glycosurie apparaissant comme conséquence

ACCUlfULATION DU SUCRE DANS LE SANG. 89

d'une lésion du système nerveux. Depuis que mes recherches ont appelé Tattention sur la possibilité d'une action de cette nature pour produire le diabète , on a observé les malades au point de vue des phénomènes de l'innervation, et toujours on a pu reconnaître chez eux la coïncidence d'une lésion de cette nature. M. Rayer a observé un diabétique chez lequel apparaissait du sucre dans l'urine toutes les fois qu'il éprouvait une contrariété un peu vive.

Quant au mécanisme prochain de l'hypersécrétion du sucre qui produit le diabète, vous savez maintenant qu'il consiste dans une accélération de la circulation du foie produite par le nerf sympathique Cette accélération de la circulation du foie multiplie le contact entre le sérum du sang et la matière glycogène insoluble que sécrète le foie. De l'étendue plus grande de ce contact entre une matière susceptible de fermenter et le ferment qui la change en sucre, résulte une production plus considérable de celte dernière substance qui, soluble, est entraînée dans le torrent circulatoire. Je veux aujourd'hui vous rendre témoins de la série des faits les plus propres à fixer dans votre esprit les notions expérimentales sur lesquelles repose la théorie du diabète, que je vous ai développée dans nos dernières réunions.

Voici un lapin que nous sacrifions par la section du bulbe. Immédiatement après, nous lui ouvrons l'abdomen pour arriver sur le foie, que nous allons débarrasser par un lavage du sucre qu'il contient (Voyez fig. 1, p. 106). Un tube est engagé dans la veine porte

90 FOBVATION BU SUCRE DANS L'OHGA]!fISllB:

qui la met en communication avec un irrjg^teiir çlq 500 grapjmes environ de capacité. Un autre tiibe engagé dans l'une (îes vejnes s^s-^lép2^tiq^e§ nous per-. mettra de recueillir d'abord le sîmg que Firrigîttioa c\i^ sera du foie, puis la dernière eau de lavage qui mrs^ traversé cet organe.

Les tubes sont fixés à la veine porte pt à la veine sus-hépatique par des ligatures qui isolent ^ans le foie les voies circulatoires afférentes et efiFérentes.

Le lavage du foie terminé par le passée rapide d'un litre d'eau environ, cet organe ne contient plus de sucre , mais il renferme encore la matière glycogène dont la transformation est susceptible de donner ^^ sucre. Si, au lieu d'eau, nous avions employé pour laver le foie un courant de sang difibriné chaud, nous aurions encore du sqcre dans le foie et n'y trouverions plus la matière glycogène amyloïdp dont la présence y sera tout à l'heure constatée.

Nous faisons bouillir l'eau sanguinolente recueillie d'abord par les veines sus -hépatiques, puis l'eau qui en est sortie lorsque le lavage du foie s'est continué. Ces deux tubes renferment : le premier, la décoction de l'eau sanguinolente qui a été recueillie d'abord; le second renferme le produit de l'ébulUtion d'qne certaine quantité d'eau recueillie toujours par la veine sus-l^épatique vers la fin de l'opération du

Déjà la transparence de ces liquides nous montre qu'ils ne renferment pas en suspension de matière glycogène ; le réactif cupro-potassique nous montrera que

je premier liquide de laysige du foie renferme beaucoup de sucre; que le second, provenant de la décoctipfi de I4 demièrp eau de lavc^ge n'en renferme plH3; pptte dernjère eau pe renferme pa^ non plus d'albumine ni ^e pialière colorante du sang.

C'est pn effet ce qui arrive niaiptenant que pous essayons la réaction : le premier liquide réciuit très abondamment par le liquide cupro-potassique ; quant au troisième, il ne réduit pas. Si ropérjition du lavage, qui ^ duré environ deux ou trois miqijtes, eût été moins prolongée, Ip dernier liquide recueilli eût peut-être encore réduit avec 1^ solqtion cqpropotassique.

Le lavage du foie l'a donc débarrassé du sucre qu'il contenait; vous allez voir maintenant qu'il y a lotisse la matière glycogèqe destinée ^, §e changer plus tard en sucre.

Voici qn morceau de ce foie lavé qu'on vient de faire bouillir avec de l'eau, après quoi on a recueilli le liquide dans lequel avait eu lieu la coction. Ce liquide, vous le voyez, est fortement opalin. Cela tient à ce qu'il renfprme en suspension une quantité notable de matière glycogène que nous allons reconnaître à ses réactions, qui sont en quelque sorte intermédiaires entre celles de l'amidon et celles de ladextrine.

Notre liquide traité par l'eau iodée donne une forte coloration d'un violet rougeâtre, qui disparaît lorsque nous chauffons le tube, pour reparaître ensuite lorsque nous le refroidissons. C'est là une réaction que donne Vamidop, à la coloration près, qui est un peu diffé-

92 FORMATION DU SUCEE DANS L'oRGANISME.

rente ici. Quant à ladextrine pure, vous savez que l'iode ne la colore pas.

Un autre caractère, commun cette fois à Tamidon et à la dextrine, est de ne pas réduire les sels de cuivre- Ce caractère nous allons le rechercher dans notre eau de décoction du foie lavé. Il n'y a pas, vous le voyez, de réduction sensible; il aurait pu y avoir légère réduction par suite de TinsufiSsance du lavage du foie, si cette opération n'avait pas été faite complètement.

Prenons maintenant dans un autre tube une certaine quantité de ce liquide opalin, qui ne réduit pas les sels de cuivre, et l'agitant avec de la salive tiède, nous le voyons s'éclaircir ; et maintenant il donne avec la solution cupro-potassique une réduction très abondante.

Le liquide s'est éclairci au contact de la salive parce que celle-ci a agi comme ferment, pour transformer en sucre soluble la matière glycogène qui n'était que sus* pendue dans le liquide. L'abondance de la réduction que nous venons d'obtenir est le résultat de cette transformation.

La matière glycogène en suspension dans le liquide de décoction du foie en est précipitée par l'alcool.

Ici, sur ce filtre, nous en avons recueilli une certaine quantité, qui provient d'un animal sacrifié ce matin. C'est une substance blanche que la dessiccation rendrait pulvérulente. Nous en desséchons une certaine quantité, nous la mêlons à de l'eau, puis la traitons par de la salive; elle de\ient claire et réduit abondamment le liquide bleu. Une autre portion de la même

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solution opaline est portée à Tébullition avec le réactif cupro-potassique, et elle ne donne aucune réduction. Ici la matière était exempte de sucre : l'alcool qui a servi à la précipiter, en avait dissous et entraîné les dernières traces. Nous retrouvons donc dans notre précipité par Talcool, les mêmes réactions que nous avait données la matière obtenue directement sous vos yeux.

Puisque nous en sommes sur la matière glycogène et sur le mécanisme de la transformation en sucre, je vous signalerai quelques observations nouvelles faites sur la formation de cette matière dans le foie. Je dois résumer d'abord l'état de la question.

Mes travaux sur le foie remontent à 18û7. Une loi physiologique alors universellement acceptée voulait que le sucre fût une production exclusive du règne végétal. En 1848, l'expérimentation me mit en présence de faits qui ne me permettaient pas de partager plus longtemps l'opinion reçue. Je fis connaître alors des expériences qui montraient qu'il se fait du sucre chez les animaux.

Ces faits, en contradiction avec les idées régnantes, devaient soulever une opposition qui dure encore, malgré les nombreuses confirmations que des travaux ultérieurs sont venus apporter aux résultats de mes premières expériences.

Il est un organe, le foie, qui est constamment chargé de sucre; le sucre qu'à l'état physiologique on rencontre dans le foie, est bien formé dans cet organe, puisque le sang qui y entre ne contient pas de sucre, tandis

94 FOBMATION DtJ feUCKE bANS L^OBGANISME.

tjuô le sati^ qui en sort éb contient une prdportioii notable.

Il est blefa entendu qu'en abordant cette ëtude, je m'étais placé en face du cas le plus simple, et que poilr éviter d'èrabatràssei- la question d'éléments étrangers â sft solution, j'opérais siir des animaux qui hé recevaietii |)às de sucre : sur dès chiens exclusivement nourris de viande dépourvue de cette matière, on ne pouvait eh fournir par aucud des procédés digestifs coniiUs.

Apt-ès avoir établi ces faits, j'ai cru pouvoir en conclure que le sucré qui, n'existant jpas avant le foie, se rencontrait au sortir de cet organe, s'était formé dans le foie.

Y à-t-il eu quelque chose de Changé à ces faits? — t'est ce que nous allons d'abord rechercher;

Personne n'a jamais contesté la présence d'une quantité notable de sucre dans le foie à l'état normal.

Les objections ont porté seulement sur la question de Savoir s'il se formé dans le foie.

On à prétetidu que chez les animaux nourris de viande, il y avait du sucre dans le sang qui atrivë àU fbie par là veine porte. Ce fut la première contradiction. Comme les suivantes, elle porte sur un fait. Or ce fait est d'une constatation facile : je vais vous le motitfeUci.

Nous allons, sur un chien vigoiireux, en digestiôii de tiande, examitier le sang qui entre dans le foie, le sang qui en sort, le tissu du foie lui-même et voir que le sang qui à l'entrée du foie ne contient pas de sucre, en renferme, ail contraire^ à sa sortie.

SON kÉCANISBfC. 95

Nous avons saisi la veine poHfe de ce chien que nous tenons de sacrifier devant vous par la section du bulbe tachidien, et nous allons en faire la ligature. C'est à dessein que nous sommes arrivé sur le vaisseau en ouvrant le moins possible Tabdomen , parce que le défaut de pression des parois abdominales ouvertes, pourrait causer un reflux du sahg du foie dans la veine porte.

Nous posons ensuite une seconde ligature sur la veine t^ve immédiatement au-dessous du foie et au-dessus de Tabouchement des veines rénales; puis une troisième itnmédiatement au-dessus de veines sus- hépatiques. Ces deux ligatures comprennent entre elles Taboucheiiieût dés veines sus-hépatiques dans la veine cave.

Il est nécessaire de faire la ligature de la veine poHe avant d'ouvrir largement l'abdomen, afin de n'avoirpas un mélange du sang des divers troncs vasculaires. C'est 'pout éviter ce mélange par suite des mouvements auxquels se livrerait l'animal, que nous avons eu la précaution de le sacrifier par la section du bulbe au moment de commencer l'opération.

Nous ouvrons actuellement la vdine porte qui est gorgée de sang; ce sang s'écoule par un tube de verre qbe nous avons intt*oduit dans la veine ; nous en obtenons uiie assez grande quantité, car l'animal est fort. Cette saignée locale dégorge le système veineux intestinal, et les intestins perdent leur coloration foncée.

Nous allons recueillir avec un tube semblable le sang des veines sus-hépatiques. Pour cela, nous coupons les côtes afin d'arriver sur la veine cave inférieure que nous

96 FORMATION DU SUCRE DAMS l'oRGANISME.

avions déjà liée immédiatement au-dessus du dia* phragme, après avoir fait une ouverture à ce plancher musculaire. Maintenant, nous dénouons cette ligature pour introduire le tube de verre jusqu'au niveau des veines sus-hépatiques, et alors nous faisons couler le sang en soulevant un peu le foie de manière que le tube soit placé dans une position plus déclive.

Examinons maintenant ces deux sangs au point de vue du sucre.

Nous prendrons ensuite un peu du foie, du poumon, de la rate, du tissu musculaire (tous les tissus pourraient être pris), et nous y rechercherons la présence du sucre que nous rencontrerons seulement dans le foie. On va préparer ces épreuves dont nous vous montrerons tout à l'heure les résultats.

Toujours, opérant dans les conditions physiologiques^ vous trouverez du sucre dans le foie ; vous en trouverez toujours au sortir du foie ; vous n'en rencontrerez pas dans le sang qui arrive au foie.

Voici, du reste, sous quelle forme s'est présentée l'objection :

Sans doute le foie contient du sucre, a-t-on dit, mais qui prouve qu'il le fabrique, que ce sucre ne vient pas des végétaux? — Le sucre existe dans les végétaux, les herbivores l'y prennent, leur sang le contient et par conséquent leur chair; les carnivores mangent donc du sucre. Quoi d'étonnant dès lors qu'ils en contiennent? Est-il besoin pour cela qu'ils en fabriquent?

Assurément, si le sucre arrive aux carnivores, de l'alimentation, ce n'est pas sous forme de sucre : la

sort MÉCANISME. 97

viande cuite que nos animaux mangeaient n'en contenait pas, et jamais on n'a pu, par aucun procédé, y démontrer la présence du sucre.

C'est d'après cette hypothèse que la viande contenait du sucre, qu'on avait été conduit à affirmer qu'il y en a dans la veine porte.

Vous voyez, Messieurs, le peu de fondement qu'avait cette objection, si toutefois on peut regarder comme une objection une aflBrmation aussi gratuite.

Néanmoins, la question a été examinée avec le plus grand soin par les hommes les plus compétents et par une commission de l'Académie des sciences composée de MM. Pelouze, Dumas et Rayer. La commission de l'Institut cherchait simplement à s'éclairer sur la réalité du fait. Elle s'est assurée que le sang de la veine porte ne contient pas de sucre ; voici quelles sont ses conclusions : « Votre commission se borne à établir, comme conséquence de son travail :

!• Que le sucre n'a pas été appréciable dans le sang de la veine porte d'un chien nourri de viande crue ;

2° Que la présence du sucre a été facile à constater, au contraire, dans le sang des veines sus-hépatiques recueilli dans le même moment sur le môme chien. » [Compte rendu des séances de l\4cadémie des sciences^ t. XL, n" 25, 18 juin 1855).

Quant aux résultats qu'ont obtenus divers chimistes dans des analyses quantitatives, j'en ai réuni quelquesuns dans le tableau suivant ;

n. LiQUiD. DE l'ORGAN. — H.

98 FOaMÂTION DU SUCRE DANS l'oRGANISME.

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