‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 13 sur 61 · PASSAGE DE L^ALBUMINE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE L^ALBUMINE

Il ne faudrait pas cependant nous arrêter à cette explication exclusive. Des observations précises nous conduiront à nous faire d'autres idées relativement à ce phénomène pathologique. On a vu, en effet, Talbumine passer dans les urines dans des cas où ce symptôme ne pouvait être expliqué par une maladie des reins.

Je ne vous parlerai pas de l'albuminurie qui accompagne l'éclampsie ; c'est une question non jugée et pour la solution de laquelle il ne paraît pas encore y avoir de données suffisantes. Je vous ferai seulement remarquer qu'il est des états pathologiques du système nerveux dans lesquels il y a passage de l'albumine dans l'urine sans qu'on puisse l'expliquer par une lésion du rein. Lorsque j'ai fait des piqûres de la moelle allongée, il m'est le plus souvent arrivé de produire le diabète; mais souvent aussi j'ai produit en même temps de l'albuminurie, quelquefois même l'albuminurie a existé seule. En gé« néralj'ai vu dans ces opérations, que lorsque la pointe de l'instrument tombe sur la partie la plus inférieure du plancher du quatrième ventricule, on produit seulement de la polydipsie ; un peu plus haut, on fait apparaître le sucre dans l'urine; un peu plus haut encore, c'est l'albumine. Mais comme ces points sont très rapprochés, il est rare que l'on n'obtienne pas à la fois plusieurs lésions. Cependant il suffit d'avoir obtenu ces résultats isolément pour que la possibilité de leur existence séparée soit démontrée, et c'est ce qui nous est quelquefois arrivé. La polydipsie, le diabète, l'albuminurie, sont donc trois symptômes qui se pré--

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sentent assez rapprochés physiologiquement pour qu'on puisse souvent les rattacher pathologiquement à un mécanisme initial commun. L'albumine peut donc passer dans les urines par suite d'un état particuUer du système nerveux.

L'albumine peut passer encore dans l'urine lorsqu'on en a ingéré une grande quantité dans les voies digestives. En général, l'albumine n'est pas ingérée dans l'état où elle se trouve dans le sang. Je vous ai dit qu'une grande quantité de sucre prise le matin, à jeun, déterminait de la glycosurie ; il en est de même pour l'albumine. Il y a longtemps déjà que, faisant des recherches sur l'urine, mon attention s'était portée sur la possibilité du passage accidentel dans l'urine de certaines substances alimentaires prises en grande quantité et dans les circonstances les plus favorables à l'absorption. Or j'ai vu dans un cas que l'ingestion à jeun, de six œufs frais avalés crus, fit apparaître l'albumine dans l'urine. Mais cette albumine ne fut que temporaire, et, examinant l'urine deux ou trois heures après, elle contenait beaucoup moins d'albumine ; au bout de cinq à six heures, on n'en trouvait plus du tout.

Ainsi il est des cas dans lesquels l'albumine passe dans les urines sans que les reins soient malades. Vous avez vu ce passage déterminé par une lésion de la moelle al^ longée, et par l'ingestion d'une grande quantité d'albumine. M. Rayer a signalé depuis longtemps Talbaminurie sans lésions des reins; elle existe dans l'ana* sarque, les maladies du cœur, etc. Dans ces cas, il y a passage de ralbumine comme lorsqu'on l'injecte

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dans le sang. J'ai cru quelquefois déterminer une albuminurie tout à fait comparable à celle de Tanasarque en injectant du sérum sous la peau des lapins, mais il faut que la quantité d'albumine injectée soit considérable. Une autre circonstance dans laquelle l'albumine passe dans les urines a été mise en évidence par une expérience intéressante faite autrefois par Magendie. Il avait vu Talbumine passer dans les urines toutes les fois qu'on injecte dans le sang une certaine quantité d'eau : dans ces conditions l'urine devient albumineuse et même sanguinolente. M. Kierulf qui a refait ces expériences a vu les mêmes résultats et y a ajouté quelques autres faits fort intéressants^ Il engageait préalablement un tube dans l'uretère pour recueillir l'urine avant, pendant et après l'injection d'eau dans les veines. Alors M. Kierulf injectait de l'eau distillée dans une des veines jugulaires, à la dose de 500 grammes environ pour un gros animal. L'urine qui coulait normale depuis plusieurs heures devenait^ quelque temps après rinjectioo, albumineuse; ensuite la proportion d'albu* mine augmentait en même temps qu'elle devenait de plus en plus rougeâtre. En laissant vivre l'animal, on voyait l'urine redevenir normale; mais cela n'avait lieu qu'au bout d'un temps assez long, de dix ou douze heures. Voilà donc un cas, celui où il suffit d'injecter de l'eau dans les veines pour produire Talbuminurie, phénomène qu'il n'est pas possible d'expU* quer par une maladie de rein. 11 faut admettre là une action particulière de l'eau sur les éléments du sang, qui sans doute doivent garder entre eux des rapports de

l&O URINE.

quantité tels qu'où ne peut les faire varier sans que ce liquide s'altère et change de nature.

Il ne parait pas admissible que l'albumine passe dans l'urine à l'état où elle existe dans le sérum. Déjà nous savons que la plus petite quantité d'albumine d'œuf injectée dans les veines passe dans les urines. Berzelius avait conclu de là à la non-identité de l'albumine d'œuf et de Talbumine du sang. Cette interprétation de Berzelius ne saurait être admise par les physiologistes. Sans doute l'albumine d'œuf diffère de l'albumine qu'on retire du sang ; mais la cause de son passage dans les urines ne semble pas tenir à cette différence, car lorsqu'on vient à injecter dans les veines d'un animal du sérum pris à cet animal lui-même, Talbumine passe dans l'urine malgré que l'albumine injectée ait bien une constitution identique avec celle du sang.

n est probable que dans le sang la fibrine et l'albumine forment une combinaison qui se détruit dès que ce liquide est sorti des vaisseaux. Si, dans le cas que nous examinons, nous devons admettre avec Berzelius que le passage de l'albumine dans l'urine tient à une modification qu'elle aurait éprouvée, il faut croire que l'injection d'eau a changé l'état moléculaire du sang, à moins qu'on admette que l'injection du sérum agit comme une injection d'eau et fasse par cela même apparaître l'albumine dans les urines.

Dans les expériences de M. Kierulf , l'uretère était mis à nu, avons-nous dit; on recueillait l'urine avant, pendant et après une injection d'eau faite par la veine jugulaire.

PASSAGE DE L^ALBUMINE. l&l

Une saignée était pratiquée en même temps pour permettre de comparer parallèlement aux urines les variations de composition et de propriétés physiques du sang.

La quantité d'urine obtenue avant l'opération pendant une minute fut en moyenne de 0*',108.

Après l'injection, cette quantité s'éleva à 0«%237.

Le résidu obtenu par Tévaporation de l'urine normale différait en outre notablement de celui que donnait l'urine sanguinolente recueillie après l'injection. Cette dernière donnait un résidu moins abondant. Ainsi sur 100 parties d'urine, on trouva de résidu sec : urine normale, 11 parties ; urine après l'injection, 3.8 parties.

Cette diminution énorme du résidu solide après l'injection de l'eau porte sur les sels. L'injection a donc fait apparaître dans l'urine de l'albumine et des globules en même temps qu'elle en a fait disparaître les sels. L'inverse eut lieu dans le sang où la proportion des sels avait augmenté.

Une même quantité de sang étant recueillie comparativement avant et après l'injection, on trouva que celui recueilli après l'injection donnait plus de cendres. L'injection d'eau distillée dans le sang a donc pu modifier les urines et le sang, et rompre l'équilibre normal des proportions relatives des éléments organiques et minéraux. Par les exemples que je viens de citer on voit que les considérations auxquelles se rattache le passage de l'albumine dans les urines sont excessivement variées.

La néphrite albumineuseest aussi une cause d'albuminurie; mais celte fois l'albuminurie est liée à une altération du rein et est permanente, tandis que nous

l'avons vue passagère dans les cas qui nous ont occupés jusquMoi.

L'albuoiîne et les globules ne sont pas les seuls éléments du sang qui passent accidentellement dans les urines : on y trouve aussi quelquefois de la graisse. Nonseulement la graisse ne passe pas normalement dans l'urine, mais on n'a jamais pu l'y faire passer en l'injectant dans le sang. Sous ce rapport, elle se comporte donc tout autrement que l'albumine et les autres substances.

Pour injecter la graisse dans le sang, il faut prendre de grandes précautions : son injection directe causerait à l'instant la mort par un procédé tout mécanique. Lorsqu'on injecte dans le sang de l'huile ou de la graisse fondue, elle se mélange au sang dans le cœur droit et s'y divise en gouttelettes assez grosses pour obstruer les vaisseaux du poumon. On peut cependant injecter de la graisse dans le sang avec la précaution de l'émulsionner, sous forme de lait, par exemple. Faite dans ces conditions, l'injection n'est pas suivie d'accidents particuliers, mais la graisse ne passe pas dans les urines.

Cependant si l'expérimentation n'a pu arriver encore à produire l'apparition de la graisse dans l'urine, il est des cas pathologiques dans lesquels on l'observe. On a donné à ces urines le nomd'urineschyleusesou lactées. Ces urines sont extrêmement singulières; elles sont en général blanches comme du lait et très souvent en même temps sanguinolentes. Elles ressemblent au sang tiré des veines d'un animal en digestion, ou plutôt à celui des

PASSAGE ne LA GftAlSSG. (&3

oies que Ton engraisse. On a pu remarquer que dans ces urines la quantité de graisse varie suivant les périodes de la digestion : elle est moins considérable quand le su jet est à jeun.

Les urines cbyleuses sont rares dans ce pays ; on ne les a encore rencontrées que chez les créoles; elles sont assez fréquentes dans les pays chauds. C'est là un singulier caractère, et le mécanisme de ce passage de la graisse est tout à fait inconnu.

M. Leconte a fait ici récemment l'analyse de deux urines chyleuses. En voici les résultats :

Sur 100 parties. if urine. 9e urine.

Matières sèches 3,73 IXfli

Eau 96,27 95,29

Urée 0,73 1,13

Matières grasses sol iibles dans ralcool. • 0,19 ^ . .^

— ■— insolubles dans Talcool. 0,20 j '

Matières insolubles dans Talcool » l,i3

Gendres 0,19 1,53

La graisse, qui dans le sang existe à l'état de graisse neutre émulsionnée, peut donc passer dans les urines, émulsionnée et aussi à l'état de graisse neutre. Ce sont là des cas curieux sur lesquels nous n'avons encore que des données très imparfaites. Nous ne pouvons qu'ap** peler ici votre attention sur ces faits et les indiquer comme un sujet d'études intéressantes.

En résumé, nous avons rencontré dans l'urine tous les éléments du sang.Xes uns y passent normalement, les autres accidentellement. Tous y ont été rencontrés isolément; mais il n'est pas rare d'y en trouver à la fois plusieurs.

ii& URINE.

D'autres substances étrangères au sang peuvent encore se trouver accidentellement dans l'urine : elles sont très noinbreuse!3 et je ne m'y arrêterai pas. J'aurais seulement à vous en citer quelques-unes, surtout parmi celles qui éprouvent des modifications en passant par le sang, avant d'apparaître dans l'urine, telles que l'es* sence de térébenthine, l'acide benzoïque. Certains sels et quelques matières colorantes telles que la garance; enfin l'acide pyrogallique semble passer dans les urines sans altération.

Je vous rappellerai que parmi les substances minérales qui se trouvent accidentellement dans le sang, toutes ne sont pas éliminées par le rein. Parmi les substances métalliques, les unes, telles que l'arsenic, passent dansTurine ; les autres, telles que le mercure, le cuivre, le fer, n'y passent pas. La non-élimination de ces substances par l'excrétion urinaire a été expliquée par leur localisation dans quelque organe ; mais cette explication n'est pas tout à fait satisfaisante. Ces phénomènes d'élimination n'ont d'ailleurs rien d'absolu et ne sont que des affaires de quantité. Ainsi le fer ne passe jamais dans l'urine quand il a été introduit dans les voies digestives. Faut-il conclure à ce qu'il n'est pas apte à être éliminé par le rein ou admettre sa non-absorption ? — Les deux raisons doivent être prises en considération. En effet, le fer est difficilement absorbé: les quantités qu'on en trouve dans les excréments lorsqu'il a été ingéré, montrent combien peu il a pu en pénétrer dans le sang. Mais si au lieu d'ingérer le fer dans l'estomac, on l'injecte dans les veines à l'état de lactate (forme sous

laquelle îl se rencontre dans les voies digestives) on en trouve dans les urines. Sa non-élimination par celle voie tient donc en grande partie à ce qu'il est très diflacilement absorbé et à ce que le sang n'en peut contenir, dans les circonstances habituelles, un excès suffisant.

Dans certaines écoles vétérinaires, il est d'usage, pour des raisons d'économie, d'administrer les médicaments par voie d'injection dans les veines. Si le fer était administré ainsi, on aurait des résultats très différents au point de vue de sa recherche dans les urines.

Je ne m'arrêterai pas davantage sur cette observation, que je voulais seulement soulever pour vous donner un nouvel exemple du caractère général de relativité des phénomènes physiologiques.

B. LlQUlD. DE L'OBGAN. — U. 10

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