‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 17 sur 61 · MU · texte numérisé non relu

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la retrouver dans les excréments, reoonnaissable à sa couleur. Ou a conclu de là que la sécrétion biliaire se faisait aux dépens du sang de la veine porte.

Toutefois cette conclusion a été attaquée ; on lui a opposé des faits de ligature ou d'oblitération de la veine porte avec continuation de la sécrétion biliaire.

Chez tous les vertébrés, le sang qui sort des intestins traverse le foie avant d'entrer dans la circulation générale. Mais chez les mammifères seulement, la veine porte forme un système clos qui ne communique avec le système général que par Tintermédiaire du foie. Dans les autres classes des vertébrés, il n'en est point ainsi; outre la communication par le foie, la veine porte communique avec la veine cave inférieure par de larges anastomoses qui forment le système veineux deJacobson.

Abernethy a noté quequelquefois même,chez l'homme, la veine porte ne traverse pas le foie. D'autres obserteurs ont trouvé, chez des sujets qui avaient vécu sans accidents du côté des fonctions digestives, des exemples de l'abouchement de la veine porte dans la veine cave inférieure, au-dessous du foie, un peu au-dessus des veines rénales. Il y avait cependant chez ces sujets de la bile dans la vésicule. On a conclu de là que la bile se faisait aux dépens de l'artère hépatique, comme l'avait supposé Bichat.

Dans ces derniers temps la question a été reprise, à la suite d'observations faites sur l'homme. M. Gintrac (de Bordeaux) a réuni un certain nombre de cas d'oblitérations de la veine porte chez l'homme, à la suite de

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phlébites. Il est arrivé que certains individus ont présenté à leur mort la veine porte hépatique complètement oblitérée, sans que la sécrétion biliaire ait été supprimée.

 la suite de ces observations, recueillies en grand nombre, M. Oré (de Bordeaux) a tenté sur des animaux des expériences d'oblitération de la veine porte afin de voir ce qui en résulterait relativement aux fonctions du foie. Dans ce cas, c'est l'anatomie pathologique qui a suggéré à la physiologie l'idée d'une expérience à instituer.

Mais lorsqu'on fait simplement la ligature de la veine porte, on produit la mort sinon instantanément, au moins très rapidement. L'opération est bientôt suivie de faiblesse, d'affaissement, et la mort survient au bout de quelques heures. Les intestins deviennent noirs, gorgés de sang ; le canal intestinal est le siège d'hémorrhagie et on voit apparaître une diarrhée sanguinolente. Ces phénomènes sont plus prononcés et plus prompts à se produire quand l'opération est faite sur des animaux en digestion.

Voici des expériences dans lesquelles vous trouverez la preuve de ce que nous venons de vous dire :

Exp. — Un chien de taille moyenne, à jeun depuis la veille, fut soumis au chloroforme, et on lui fit la ligature de la veine porte à l'entrée du foie. L'opération fut faite très régulièrement, la plaie recousue et l'animal remis en liberté.

Peu à peu l'animal revint des effets du chloroforme et il ne paraissait pas éprouver de symptômes fâcheux. Mais

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environ deux ou trois heures après l'opération, l'animal éprouva des symptômes singuliers : il restait couché avec de la répugnace au mouvement, et il était parfois comme haletant, la gueule ouverte et respirant rapidement ; il paraissait insensible, particulièrement dans le train postérieur, quand on lui pinçait les pattes. Enfin, ranimai mourut dans la même soirée. Le lendemain on fit son autopsie et on trouva ce qui suit :

Tout le tube intestinal était comme sphacélé et gorgé de sang noir. Il y avait dans toute retendue de la surface muqueuse intestinale, depuis l'estomac jusque vers la fin du gros intestin, une exsudation sanguine extrêmement abondante. Le rectum était exempt de ces congestions (probablement à cause des communications avec les veines hémorrhoïdales). Il n'y avait pas du tout d'hydropisie du péritoine. Le foie contenait encore du sucre ; le chien était mort trop rapidement pour qu'il en fût autrement.

Il est singulier que cet animal ait succombé si rapidement et avec ces symptômes bizarres. Cela doit reconnaître une autre cause que la congestion sanguine de l'intestin.

Les effets ne seraient pas probablement les mêmes en liant la veine porte au-dessous de la veine splénique.

J'ai fait deux expériences, et j'ai vu que si on lie la veine porte au-dessous de la veiiie splénique, la circulation, d'abord interrompue, se rétablit ensuite; les intestins redeviennent blancs, et quand on ouvre les veines hépatiques, on voit encore du sang passer dans le foie. Quand on lie, au contraire, la veine à l'entrée du foie, les

intestins restent très noirs et le foie est exsangue ; quand on veut obtenir tout le sang de la veine porte, il faut donc nécessairement faire la ligature au-dessus de la veine splénique.

Exp. — Sur un pigeon adulte on fit la ligature de la veine porte (12 février 1856) par le procédé suivant:

Sur le côté droit de l'abdomen, immédiatement audessous des muscles pectoraux, on fit une incision oblique en suivant le bord inférieur du sternum. Après avoir pénétré dans la cavité abdominale, avec une sonde cannelée, on abaissa le gésier et on aperçut la veine porte entrant dans le foie accompagnée du canal cholédoque coloré en vert par la bile qu'il contenait. Avec une pince à ressort on saisit la veine en fermant la pince, puis aussitôt on isola la veine autour de laquelle on passa une ligature; la plaie fut refermée. L'animal ne sembla pas d'abord incommodé de l'opération, mais le lendemain il était mort, malgré qu'il existe chez les animaux entre la veine porte et la veine cave des communications naturelles considérables.

Ces expériences montrent qile les opérations sur la veine porte, comme toutes celles qui apportent des troubles dans le jeu des fonctions, doivent être établies lentement et peu à peu, si l'on veut que les animaux résistent à l'opération.

Il fallait donc recourir à un autre procédé, et imiter en cela les moyens de la nature qui, toutes les fois qu'elle produit une modification considérable sans que la mort survienne, le fait graduellement et avec lenteur* Voici comment M. Oré a imité ces procédés naturels

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en déterminant une sorte de phlébite de là veine porte : n a découvert la veine porte à l'entrée du foie, au mopient où elle a reçu toutes ses branches ; Ta dégagée des nerfs qui Tentourent, et a passé au-dessous d'elle une forte ligature d'attente en a^se. Après quoi la plaie étant recousue, on laisse sortir l'extrémité de la ficelle qui entoure la veine. Le contact de cette ficelle suflSt déjà à exercer pne action irritante locale qu'on augmente de temps en temps par des tractions. Peu à peu l'oblitération se fait. Au bout de cinq, six ou huit jours, la veine se rompt et la ficelle tombe dès qu'on exerce sur elle une légère traction. Il faut avoir soin, dans ces opérations, de mettre l'extrémité pendante de la ligature à l'abri des dents des animaux qui la mâcheraient, l'enlèveraient et feraient manquer l'expérience.

On peut, après cette opération, conserver les animaux longtemps. Il faut les garantir contre l'influence du froid, qui leur est funeste pendant les premiers jours qui ont suivi l'opération.

Voici une pièce provenant d'un animal sur lequel flous avons oblitéré la veine porte par ce procédé. L'injection de la veine porte a montré que le sang ne pouvait passer de ce vaisseau dans le foie.

Je dois à ce propos vous signaler un fait intéressant.

Il y a entre le foie et le moignon de la veine porte ainsi oblitérée de petites veines non décrites dans les ouvrages d'anatomie et que j'ai déjà montrées ici : ce sont les veines qui répondent à l'artère hépatique et que j'appellerai veines biliaires. Ces veines, qui rapportent le sang du foie dans la veine porte, établissent

une commuoicatioa du foie à la veine porte, mais non de la veine porte au foie. Une de ces veines, plus grosse, suit le canal cholédoque. La direction suivie par le sang dans ces vaisseaux est telle qu'ils ramènent du sang veineux du foie dans la veine porte.

Examinons maintenant comment se rétablit la circulation quand on a oblitéré la veine porte.

Je vous ait dit que dans les trois dernières classes de vertébrés existe un système anastomotique, système de Jacobson, entre la veine porte et la veine cave inférieure. Lorsque, chez les mammifères, on a détruit la veine porte, il se produit des anastomoses constantes avec la veine rénale, anastomoses qui représentent alors l'équivalent du système de Jacobson. L'expérience donne donc comme résultat expérimental chez les mammifères ce qui .existe normalement dans les autres classes de vertébrés.

Après l'oblitération lente de la veine porte, les chiens se rétablissent et vivent. M. Oré, qui en a sacrifié à des époques difiérentes, a vu que chez eux la vésicule était remplie de bile; d'où il a conclu que la ligature de la veine porte ne met pas obstacle à la formation de la bile : car il parait impossible que la vésicule biliaire fût restée pleine pendant plusieurs mois qu'avait sur* vécu l'animal (cependant il eût été préférable d'établir une fistule biliaire au commencement de Texpérience). Les matières excrémentitielles étaient toujours restées colorées par la bile.

M. Oré a conclu de ses expériences que le sang de la veine porte ne sert pas à la sécrétion biliaire, laquelle serait exclusivement alimentée par l'artère hépatique.

Cette conclusion est basée sans doute sur une expérience très intéressante ; mais, comme épreuve contradictoire, il faudrait encore lier l'artère hépatique et constater si la sécrétion de la bile continue ou non, et l'on ne saurait légitimement tenir compte de l'une seulement des deux observations. Si Ton veut juger la question, il faut nécessairement faire concorder les deux expériences sur l'artère et sur la veine, et en varier le plan pour trouver la raison de la contradiction qui parait exister entre les faits observés.

Je vous indiquerai en passant que dans les oblitérations de la veine porte la formation sucrée du foie n'est pas plus interrompue que celle de la bile : toutes les fonctions du foie semblent donc continuer à s'accomplir. Ce fait répond suffisamment à des opinions qui faisaient venir le sucre des intestins, objections purement théoriques d'ailleurs et ne reposant sur aucun fait bien observé.

Tels sont, dans leur ensemble, les résultats très intéressants obtenus par la ligature de la veine porte, mais il reste à les examiner dans les détails. L'examen microscopique devrait être appelé à montrer notamment ce que sont devenues dans le tissu du foie les ramifications de la veine porte supprimée.

Une autre question devait être l'objet de nos recherches : celle de savoir si la bile est un liquide excrété ou un produit de sécrétion. Celte question a été encore jugée dans les deux sens.

On pouvait d'abord rechercher si les produits caractéristiques de la bile (acide cholique, matière colo-

rante, etc.) existent primitivement dans le sang. C'est ce qu'a fait Kunde, et il ne les a pas trouvés. Kunde a fait, sur un grand nombre de grenouilles, des extirpations du foie. Il est clair que si les matériaux de la bile venaient du sang, ils devaient s'y accumuler après cette opération. En liant le canal cholédoque, Tiedemann et Gmelin, il est vrai, avaient observé les effets de Taccumulation de la bile dans le sang : ils avaient déterminé de riclère; le sang et l'urine examinés contenaient de grandes quantités de biie^ mais c'était là un fait de résorption de la bile, car si la bile était simplement séparée du sang par le foie, on devrait produire les mêmes effets en extirpant le foie. Or, il n'en est rien : quand on a enlevé le foie, on ne trouve pas la bile dans le sang comme on y trouve l'urée après l'extirpation des reins.

Le foie présente donc, à l'égard de la bile, les caractères des organes sécréteurs. Il offre seulement celte particularité que la bile y est résorbée avec une facilité extraordinaire ; mais il y a là une résorption qu'il ne faut pas confondre avec une accumulation.

La bile paraîtrait donc devoir, à ce titre, être considérée comme un produit de sécrétion.

On a cependant attaqué la même question en se plaçant à un autre point de vue, et déclaré la bile un produit excrémentitiel, en se basant sur sa prétendue inutilité dans l'accomplissement des phénomènes de la digestion. Cet argument repose sur une antre distinction entre les excrétions et les sécrétions, distinction

fondée sur l'inutilité des premières et l'utilité des seoondes.

Les observations sur lesquelles on s'est appuyé pour prétendre que la bile est inutile, sont très nombreuses.

Haller avait bien dit autrefois qu'il n'était pas admissible qu'un liquide excrémentitiel fût versé précisément dans la partie de l'intestin la plus importante physiologiquement. C'était là une vue de l'esprit; elle doit céder le pas aux faits observés.

MM. Schwann, Blondlot,Bidderet Schmidt, Nasse,etc. , ont étudié la question en pratiquant des fistules biliaires à des animaux.

Pour cela, on prend un chien (ces animaux résistent bien à l'opération), on le prend à jeun, parce qu'alors la vésicule biliaire distendue est plus facile à trouver. On incise l'abdomen, on pose une ligature sur le canal cholédoque à sa sortie du foie, après son abouchement avec le conduit cyslique, une autre sur son abouchement avec l'intestin, et l'on excise la partie intermédiaire. Sans celte précaution, un nouveau canal cholédoque pourrait se réformer et rétablir l'écoulement de la bile dans l'intestin. La vésicule biliaire est ensuite saisie par son extrémité, fixée aux parois abdominales pour y établir des adhérences, et enfin ouverte au centre de ces adhérences. Après l'opération la vésicule diminue de diamètre et devient un véritable canal cholédoque se rendant au dehors. Après cela, on abandonne les animaux et on les observe.

Ces^xpériences, faites d'abord par Schwann, l'avaient conduit à conclure que la bile est utile, et qu'elle

l'est d'autant plus que les animaux sont plus jeunes. Après son détournement de l'intestin, Schwânn avait vti les animaux être pris d'une grande voracité maigrir, avoir de la diarrhée et succomber.

Dans quelques cas, Schwann avait vu des animaui qu'il avait opérés ainsi, survivre, mais il s'était assuré que chez eux les voies biliaires s'étaient rétablies, tandis que dans tous les cas où ce rétablissement des voies biliaires n'avait pas lieu, les animaux succombaient au bout de peu de temps.

Ces expériences ont été également faites par M. Blondlot, qui, ayant opéré deux chiens, les a vus vivre longtemps et conserver la santé. Il explique la mort dés animaux observés par Schv^ann, par ce fait qu'ils auraient léché la bile qui s'écoulait par leur fistule ; l'ingestion de la bile dans les voies digestives aurait été la cause de désordres graves.

Cependant, je dois vous dire que d'autres expérimentateurs, et que moi-même j'ai répété une fois cette expérience avec les mêmes résultats que Schwann. A la suite d'une fistule biliaire, un chien a présenté un amaigrissement extrême coïncidant avec une grande voracité. L'animal a survécu deux mois.

Il me semble que la bile peut être considérée comme nécessaire sans que pour cela sa suppression doive amener une mort rapide. Il est des degrés dans l'utilité des organes; et nous ne saurions déclarer un liquide inutile parce qu'il est moins immédiatement néeessaire que le sang ou le chyle.

En résumé, je ne crois pas qu'on puisse décider si

la bile est un liquide sécrété ou excrété d'après ses caractères d'utilité ou d'inutilité. En reconnaissant que ces caractères ont une valeur réelle pour faire distinguer les excrétions des sécrétions, ils ne sont pas assez tranchés ici pour servir de base à une définition physiologique.

Toutefois nous pouvons recourir à un autre caractère que nous avons examiné, et qui permet de reconnaître les sécrétions à la formation dans l'organe sécréteur de certains produits spéciaux qui n'existent pas dans le sang. Or, ce caractère, vous le savez, messieurs, nous désigne la bile comme un produit de sécrétion.

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