SÉCRÉTION D£ LA BILE
de la bile. Nous en étions restés à la question de savoir si elle devait être considérée comme un liquide excrété ou sécrété ; et nous avons vu que si l'on doit considérer comme produit de sécrétion tout liquide qui renferme des principes qui n'existaient pas dans le sang, la bile serait un liquide sécrété.
Si on considère un autre caractère pour apprécier la nature de ce liquide, les conditions physiologiques d'intermittence ou de continuité de sa production, on se trouve encore conduit à ranger la bile parmi les produits de sécrétion.
La sécrétion biliaire est intermittente; mais lorsqu'il s'est agi d'en déterminer les conditions de temps, on a dit que la sécrétion de la bile se faisait pendant la digestion. C'est là une erreur : la bile est sécrétée après ta digestion.
Étudiant la sécrétion biliaire dans les rapports de temps avec la formation du sucre, on serait d'abord porté à penser qu'il n'y a pas de rapport entre elles, l'une se faisant pendant la digestion et l'autre après. Mais pour bien juger cette question, il faut observer l'écoulement de la bile sur des animaux munis de fistules biliaires. Dans ces conditions, on voit qu'avant la digestion, l'animal étant à jeun, rien ne coule. Si on lui donne à manger, l'écoulement de bile ne commencera qu'un certain temps après l'ingestion alimentaire, et persistera longtemps après la digestion.
La sécrétion de la bile qui se fait ainsi après une digestion, ne saurait donc être utilisée pour cette digestion : elle sert à la digestion suivante. La vésicule se vide
bien pendant la digestion; mais elle sétait remplie avant. C'est pour cela que, lorsqu'on veut établir une fistule biliaire, c'est à jeun qu'il faut opérer, parce qu'alors on trouvera plus facilement la vésicule qui est pleine.
Des faits analc^ues s'observent chez les animaux in-' férieurs.
Lorsqu'on examine le foie chez les limaces, on voit sortir d'abord par le canal cholédoque un liquide transparent et sucré ; puis, plus tard, un liquide coloré, non sucré, amer : c'est la bile, qui séjourne dans l'estomac jusqu'à la digestion suivante. L'estomac, chez ces animaux, joue le rôle de la vésicule biliaire.
Chez les chevaux, qui n'ont pas de vésicule bihaire, les conduits cholédoques se dilatent, et en tiennent lieu : il y a chez eux un sphincter à l'extrémité duodénale du canal cholédoque.
On doit donc dire : c'est après la digestion finie que commence la sécrétion biliaire. C'est là, vous le voyez, un fait qui semble général chez les animaux.
On a fait un grand nombre d'expériences dans le but de déterminer quelle est la quantité de bile sécrétée. Voici quelques résultats donnés par Bidder et Schmidt, dans leur ouvrage sur la digestion. Leurs expériences ont été faites en pratiquant des fistules bîUaires.
Ces observateurs ont toujours ramené la quantité de bile fournie à 1 klogramme du poids de l'animal et considéré la quantité sécrétée par heure en faisant une
t20& SÉCRÉTION BiUAlHË.
moyenne, divisant par 2/l la quantité fournie pendant vingt-quatre heures. Ils ont ainsi trouvé :
Chez le chat (par kilogramme et par heure) . 0s%608 Soit, pendant vingt-qaatre heures l/^8'',5i0
Dans cesl4«'510 de bile sécrétée pendant vingtquatre heures, ils ont trouvé en matière sèche 0,816.
Un chien a donné (par kilogramme, pendant
une heure) Oî'fi^à
Soit, pendant vingt-quatre heures IQsrJGG
Ils ont fait des expériences sur divers animaux : sur le mouton, le lapin, le corbeau, et ont vu ainsi que la quantié de bile sécrétée est plus considérable chez les herbivores.
Mouton, en une heure (par kilogramme) • . • 1,059
— en vingt-quatre heures 25,ùl6
Matières sèches, pendant vingt-quatre heures. . i ,SliU
Lapin, une heure 5,762
— vingt-quatre heures. 136,8/iO
Matières sèches, pendant vingt-quatre heures. . 2,470
Corbeau , une heure 3,006
— vingt-quatre heures • 72,960
Matières sèches, pendant vingt-quatre heures . 5,256
Ces chiffres montrent encore que la proportion de l'eau varie considérablement. Nous ne trouvons chez le lapin que 2«',ft70 de matière sèche pour 136^,840 de bile, tandis que 72«',960 de bile de corbeau en donnent 5s%7-2. Toutefois, ces résultats ne sont ni assez nombreux ni assez physiologiquement comparables pour permettre d'en tirer des conclusions ; ce seraient des faits à poursuivre. En vous disant qu'au point de vue physiologique ils ne sont pas comparables, je fais allusion à la réduction à un poids constant d'un
kilo^mme ; cette opération élimine une donnée qui a une valeur réelle : la taille de Tanimal sur lequel on expérimente.
Nous allons vous citer des expériences. Voici d'abord le procédé que nous suivons pour établir des fistules biliaires :
On prend un chien à jeun et on pratique une incision sur la ligne médiane au-dessous de l'appendice xyphoïde» On passe le doigt au-dessous du paquet formé par le canal cholédoque, la veine porte et l'artère hépatique ; on isole le canal cholédoque ; on le divise et on introduit un tube dans sa portion hépatique en ayant soin de faire également une ligature sur la portion qui tient à l'intestin à cause d'un vaisseau qui accompagne le conduit et qui donne du sang.
On peut, si l'on veut, faire arriver au dehors de la plaie le tube qu'on a introduit dans le canal cholédoque, et on a ainsi un écoulement de la bile qui se fait au dehors, soit que l'on conserve le tube, soit que l'on établisse directement des adhérences entre les parois abdominales et le canal cholédoque.
Si l'on veut employer le procédé de Schwann, on Hera les deux extrémités du conduit cholédoque réséqué, et on fixera le fond de la vésicule contre les parois abdominales, de façon à établir dans ce point une fistule par où s'écoulera la bile.
Enfin on pourra encore, pour dévier la bile de l'intestin grêle, fixer le conduit cholédoque coupé dans le gros intestinqui se rencontre immédiatementen arrière del'anse du duodénum et se trouve ainsi assez rapproché du foie.
S06 SÉGitÉTION BIUAIRB,
En suivant ce même procédé opératoire, on pourrait §jgiT sur les conduits biliaires avant la vésicule du fiel.
Relativement à sa composition, la bile contient, comme principe caractéristique, une matière colorante dont les variations de nuance sous l'influence de Tacide nitreux bien connues n'ont pas à nous occuper ici. On trouve encore dans la bile de la soude en quantité notable; elle y est combinée aux acides taurocholique, glycocholique.
En outre, la bile peut, comme tous les liquides oi^aniques, donner passage à des substances introduites accidentellement dans le sang. On a intérêt à bien connaître la nature et la quantité de ces éliminations qui se font par la bile, en raison de la faveur dont ont joui et jouissent encore les théories thérapeutiques basées sur les actions électives qu'exerceraient les médicaments sur les organes chargés de leur élimination. C'est ainsi qu'on a cru pouvoir expliquer l'action diurétique de certaines substances par leur élimination dans l'urine, Taction »idorifique par l'élimination dans la sueur, etc. La bile a été examinée ainsi au point de vue des substances médicamenteuses qui passent dans cette sécrétion.
Je vais vous citer quelques observations faites dans ce but par M. Moser, observ^^tions faites sur des animaux chez lesquels avaient été pratiquées des fistules biliaires :
La bile ne contient pas d'albumine à l'état normal, mais une grande quantité d'un mucus filant, précipitable par les sels minéraux et qu'il ne faudrait pas prendre pour de l'albumine.
EtPÉHIENGES. â07
Âyaot iDJecté435 centimètres cubes d'eau h 36° dans la veine jugulaire d'un chien de taille moyenne, M. Moser trouva qu'au bout d'une demi-heure à trois quarts d'heure, la bile contenait de l'albumine ; l'urine en contenait aussi.
Cette apparition de l'albumine dans la bile est passagère : au bout de deux ou trois heures elle commença à disparaître. L'albumine passe encore dans la bile quand on l'injecte directement dans le sang.
Des expériences ont aussi été faites avec le sucre.
Le sucre qui existe normalement , ou qui a été introduit dans le sang, ne passe pas dans toutes les sécrétions. Nous avons vu que quand il forme plus des trois centièmes du résidu sec du sang, il passe dans l'urine. Mais, dans ces mêmes cas, le sucre ne passe pas dans la salive. On a dit que chez certains diabétiques il passait dans la sueur; mes observations ne m'ont pas permis de constater ce résultat.
Normalement, le sucre qui se trouve en forte proportion dans le tissu du foie ne passe pas dans la bile.
On avait bien dit autrefois que la bile pouvait contenir du sucre ; mais il y avait dans l'observation qui avait conduit à cette assertion une cause d'erreur qu'il importe de signaler. La bile, dans les cas où on l'a trouvée sucrée, avait été examinée après la mort. La présence du sucre y était due à un échange endosmotique qui se produit toutes les fois que l'examen cadavérique est retardé. C'est là un phénomène purement physique qui ne se reproduira pas toutes les fois qu'on examinera la bile immédiatement après la mort.
208 SÉCEÉTION BlUAmE.
Onr a injecté du sucre dans le sang. L'expérience a été faite avec du sucre de canne et avec du glycose. Depuis longtemps j'ai indiqué la nécessité, lorsqu'on fait cette expérience, d'injecter une plus grande quantité de glycose que de sucre de canne. La dose doit être de 1 gramme environ chez un lapin de 1 kilogramme. I^ raison en est que le glycose se détruit en partie dans l'économie, tandis qu'il n'en est pas de même du sucre de canne qu'on retrouve en totalité.
Si après l'injection de sucre dans le sang on examine à la fois la bile et l'uriue, on voit que les quantités de sucre qui ne passeraient pas dans l'urine passent dans la bile. Il n'est pas même nécessaire pour cela qu'on arrive à la quantité de sucre qui répond à trois pour cent du résidu sec du sang. Dans ces conditions le sucre de raisin apparaît d'abord dans la bile; il en est de même du sucre de canne.
Le sucre s'élimine donc par la bile, et il s'élimine par cette voie plus facilement que par l'urine.
De l'iodure de potassium a été expérimenté aussi. On l'a, comme l'eau et comme le sucre, injecté par la veine jugulaire. Il apparaît très vite dans la bile et en disparaît aussi très rapidement.
Le sulfate de cuivre injecté en quantité assez faible s'élimine par la bile avec une très grande facilité; il s^élimine très difficilement par l'urine.
Des expériences faites avec le calomel et avec le sulfate de quinine ont donné des résultats tout à fait négatifs; on n'a pas retrouvé ces substances dans la bile. Le sulfate de quinine s'élimine très bien par l'urine.
L'acide benzoïqiie injecté dans le sang est éliminé par les urines à l'état d'acide hippurique. Après ces injections, on a recherché si de l'acide hippurique se retrouverait dans la bile; or, on en a trouvé dans l'urine et pas dans la bile; c'est donc le rein qui semble opérer la transformation. Ce qui porterait à l'admettre, c'est encore l'expérience suivante faite avec la térébenthine.
Cette expérience est intéressante à cause de la valeur qu'on a attribuée dans les affections du foie au remède de Durande, mélange d'éther et d'essence de térébenthine. La térébenthine, donnée dans l'estomac, a, comme toujours, communiqué à l'urine l'odeur de violettes. La bile, examinée à ce point de vue, a présenté une odeur résineuse spéciale, ne ressemblant ni à celle de l'essence de térébenthine ni à celle de violettes. Ce fait viendrait à l'appui de ce que je vous ai déjà dit de l'action des reins pour développer les odeurs qui sont spéciales aux asperges et à la térébenthine. Il faudrait voir là une action particulière de l'organe par lequel se fait l'élimination. Une observation fort intéressante et qui tend encore à établir cette opinion est le fait noté par M. de Beauvais, de l'absence de l'odeur de violette et des asperges dans les urines dans la maladie de Bright. Il est probable que le foie agit aussi sur les substances qui passent dans la bile, mais c'est une modification qui diffère de celle que produit le rein.
De ce qui précède nous devons conclure que l'essence de térébenthine passe dans la bile; seulement sa pré-
B. LlQUlD. DE L'ORGAN. -^ 11. 14