PREMIÈRE LEÇON
SOMMAIRE : Liquides sécrétés et liquides excrétés. — Urine. — Importance médicale de son étude. — L'urine est-elle un ^oduit de sécrétion ou d'excrétion ? — Variations de composition de Turine. — Influence de Tétat d'abstinence ou de digestion sur la constitution de Turine. — Urines de la digestion chez les herbivores et chez les carnivores. — Actions chimiques qui s'accomplissent dans le rein. — Urine normale : urine de l'abstinence. — De l'hypothèse d'une communication directe entre le rein et l'estomac — Réaction de Tonne sous l'influence de l'alimentation. — Expériences.
Messieurs,
Nous avons fait précéder l'étude des liquides de Téconomie de quelques recherches sur le sang ; c'était un préliminaire nécessaire, parce que autour du sang se groupent tous les liquides organiques : ils y vont ou en viennent. Tsindis que certains d'entre eux sont abandonnés comnie détritus devenus inutiles, d'autres pré-
B. LiQCID. OB L'OBGAN. — H. 1
Googk
parent la régénération du sang par l'introduction do matériaux nouveaux; ces derniers renouvellent le sang, les premiers le purifient en le débarrassant des éléments qui doivent être rejetés au dehors.
C'est d'après cette considération qu'on a été conduit à diviser les liquides organiques en deux grandes classes : les liquides sécrétés et les liquides excrétés. Les sécrètîbhs Cohcdurfent à dégénérer le sang : beaucoup se versent à l'extérieur, mais loin d'être éliminées, elles sont utilisées dans la série d'actions chimiques qui font pénétrer dans le sang la partie nutritive des matériaux venus du dehors. Quant aux excrétions, elles éliminent purement et simpletnent des liquides qui Portent du sang et n'ont plus aucun rôle physiologique à remplir. Celte distinction des liquides d'après leur destination fonctiontielle est physiologique et commode pour l'étude : nous la conserverons, sans garder pour cela aucun ordre systématique dans l'étude des liquidés cohsidérés en particulier. Il faut se rappeler que ces liquides, dont l'existence est li^ée à l'accomplistement d'un cercte d'actions toujours les mêmes, rie sauraient varier isolément; ils sont tous solidaires q^ant à leur constitution.
Nous commencerons par un liquide excrété très intéressant, je veux parler de l'urine.
L'urine est le liquide excrété par excellence; elle n'a plus aucun rôle physiologique à remplir. Cette expulsion caractérisée par son produit est un acte très général, et qu'on retrouve dans toute la série animale, tantôt sous une forme et tantôt sous une autre : liquide chez les mammifères, Turine se Retrouve chez les ophidiens sous
forme solide, mais toujours caractérisée par une composition qui lui est propre.
De tout temps on a dans la pratique médicale attaché une grande valeur diagnostique aux signes fournis par l'examen des urines, signes qui sont quelquefois consultés à l'exclusion de tous les autres : vous avez certainement entendu parler des médecins des urines. Cela ne doit pas surprendre, lorsqu'on réfléchit que l'urine représente en quelque sorte le détritus résultant des phénomènes chimiques intimes qui s'accomplissent dans l'organisme. Il est aussi naturel de juger par sa constitution de la nature des phénomènes nutritifs qu'il le serait de juger de ce qui se passe dans un fourneau par la nature des produits que laisse échapper sa cheminée. Les études chimiques modernes n'ont rien retranché de l'importance qu'on avait autrefois attribué à la composition, à la couleur, à la densité, etc., de l'urine. Ce liquide présente, comme disait Fourcroy, la lessive du corps : il a tout traversé et emporte les substances de toutes provenances qui doivent être expulsées de l'organisme. D'après ces idées, l'urine étant considérée comme un produit purement excrémentitiel, il était naturel de considérer le rein comme un organe passif, comme un filtre qui laisse passer les matériaux qui le traversent, sans les former. Cette idée est en effet celle qui a prévalu ; nous l'examinerons et rechercherons jusqu'à quel point on peut admettre d'une manière absolue que le rein ne crée rien, et ne fait que filtrer. Les organes sécréteurs au contraire, outre les substances qu'ils séparent simplement du sang, offrent toujours
des produits spéciaux caraclérisliques de leur activité fonctionnelle.
Cest à l'occasion de l'urée et de l'acide urique, qui existent constamment dans l'urine, que la question d'excrétion a été surtout agitée. Ces produits étaient-ils formés dans le rein ou existaient-ils préalablement dans le sang ? Les expériences, portant presque toutes sur la question ainsi posée, ont prouvé que l'urée est produite dans le sang et que le rein ne fait que l'éliminer. On avait en effet constaté la présence de l'urée dans le sang d'un animal auquel on avait extirpé les reins. On ne saurait objecter que l'opération constitue une condition anormale qui pouvait enlever à l'expérience une partie de sa valeur; aujourd'hui que des procédés d'analyse plus délicats permettent de constater dans un liquide la présence d'une quantité d'urée très minime, on a pu la constater dans le sang d'animaux qui avaient encore leurs reins. Il en est de même de quelques autres éléments de l'urine.
On admet donc aujourd'hui que le rein est un filtre, un organe purement excréteur. Il en résulte que dans l'expérimentation on ne recherche plus aujourd'hui que le rôle mécanique du rein. Quelques observateurs, en tête desquels doit être cité Ludwig, ont, recherchant l'influence qu'exercent sur la filtration urinaire certaines conditions physiques, dit que cette influence est bien différente de celle que les mêmes conditions exercent sur les sécrétions proprement dites. Ludwig a vu que l'excrétion de l'urine suit d'une manière très remarquable les variations de la pression du
sang artériel, tandis que ces variations resteraient sans influence sur les sécrétions. Ces études montreraient donc que le rein est autre qu'un organe sécréteur ; Tanatomie semblerait d'ailleurs être d'accord avec cette conclusion.
n est pourtant des arguments à faire valoir à l'appui de l'autre opinion ; c'est sur ces arguments, et sur le double rôle qu'ils porteraient à attribuer au rein, que je veux appeler un instant votre attention.
Certains produits qui se rencontrent dansl'urine sont, il est vrai, éliminés sans avoir subi aucune altération : l'urée et l'acide urique sont dans ce cas; il en est de même du cyanoferrure jaune de potassium introduit dans les voies digestives. Dans d'autres cas, au contraire, les substances se modifient en traversant le rein ou les voies urinaires.
Mais disons d'abord qu'à l'état physiologique, la sécrétion urinaire varie à chaque instant dans ses caractères. Il en est de même dans les circonstances pathologiques. Où faut -il chercher la source de ces changements? Est-ce dans le sang ou dans le rein? A cet égard, il y a lieu de distinguer deux ordres de phénomènes : la séparation de l'urine et son expulsion. La se trouvent des différences.
Prouvons d'abord par quelques exemples que la composition de l'urine est essentiellement mobile suivant des circonstances très variées. Suivant l'état delà digestion, les urines peuvent être claires ou troubles, chargées ou non de carbonates, acides ou alcalines. Or, il est impossible d'admettre que, lorsque l'urine renferme un dépôt terreux, sa précipitation se soit effectuée dans le sang.
Il faut que le phénoD(iène chimique qui a donné lieu à cette précipitation se soit produit hors des voiçs circulatoires, dans les voies urinaires. Toutes les substances qui fournissent la matière de ces sédiments proviennent généralement des aliments, mais elles ont dû traverser le sang avant d'être éliminées par les urines; il est donc nécessaire pour cela qu'elles aient été à l'état liquide avant de se retrouver à l'état solide, soit dans les reins, soit dans la vessie. Chez l'animal herbivore à jeun, les produits de l'urine changent parce que l'animal se nourrit alors de sa propre substance et devient Carnivore ; les urines ne contiennent plus alors autant de carbonate de chaux. On conçoit donc que les propriétés chimiques de l'urine, pouvant varier d'un instant à l'autre, produisent cette succession d'urines de qualités diverses, et amènent dans les voies urinaires, où elles se réunissent, des réactions, des combinaisons chimiques qui alors ont lieu en réalité hors de l'organisme. C'est à l'ensemble des phénomènes qui se passent ainsi qu'il faut attribuer la formation et l'accroissement des calculs, etc.
Mais les urines peuvent encore éprouver des modifications qui se passent dans le rein lui-même.
Parmi le très grand nombre de substances qui sont éliminées par le rein, les unes, telles que le prussiate jaune de potasse, sont éliminées sans avoir subi aucune modification ; d'autres se trouvent au contrajlre modifiées. C'est ainsi que le prussiate rouge de potasse, injecté daos les voies circulatoires, se retrouve dans les
urines à l'état de prussiate jaune ; que Tacide benzoïque se retrouve transformé en acide hippurique. J'ai vu, il y a déjà quelques années, que certains selsi peuveat se modifier et arriver dans les urines dans un étfi^t autre que celui dans lequel ils avaient été ingérés : les sels de fer sont dans ce cas. Normalement, les préparatiops ferrugineuses ne passent pas dans les urines; toutefois elles peuvent être éliminées par celte voie lorsqu'elles ont été portées directement dans le s^ng. mais elles ne le sont pas sans avoir subi d'importantes modifications : toi^s les sels de peroxyde sont désoxydés et se retrouvent dans l'urine à l'état de sels de protoxyde.
Où se sont opérées toutes les modifications précédemment signalées? L'expérience montre pour plusieurs d'entre elles que c'est dans le rein luimême.
L'urine emprunte encore ses caractères particuliers à d'autres influences très manifestes, mais dont le mode d'action est inconnu. Ainsi l'essence de térébenthine^ qu'elle soit absorbée par la surface stomacale ou par la surface pulmonaire, communique à l'urine une odeur de violette très prononcée. Il en est de même d'autres substances, des asperges, par exemple, qui communiquent à l'urine une odeur excessivement désagréable. Faut-il admettre que ces substances, une fois entrées dans la cirçulatipn veineuse, sont modifiées à leur passage dans le foie, dans le poumon ? — Non, messieurs, puisque ces effets se produisent loçsque les substances dont je viens de vous signaler l'action
ont été introduites dans le tissu cellulaire, aussi bien que lorsqu'elles ont été introduites dans l'estoinac. La réaction dont nous jugeons par ses effets ne peut donc s'être accomplie que dans le sang ou dans le rein. Tout porte à penser que c'est dans le rein. En effet, on a vu que ces phénomènes n'ont pas lieu dans la néphrite albumineuse (maladie de Bright).
Il y a donc, dans l'étude des modifications de l'urine, à tenir compte de conditions extrêmement variées. Dans le passage des produits de décomposition tirés du sang et qui constituent l'urine, le rein peut inter- 'venir pour modifier certains corps qui sont expulsés sous un état autre que celui dans lequel ils existaient dans le sang. Le rein ne doit donc pas être considéré comme un filtre d'une manière absolue; il faut tenir compte de l'action propre qu'il exerce sur les produits qui le traversent, action très intéressante au point de vue du diagnostic de trois sièges de maladies : état pathologique du sang, du rein, des voies urinaires. Dans les cas, par exemple, où l'urine contient de l'albumine, du pus, des calculs, etc., il y a généralement des altérations d'origines diverses. La composition de l'urine devra donc être étudiée avec ces différents points de vue; les analyses chimiques ne sauraient nous conduire à aucune conclusion utile, si elles étaient faites sans qu'on se préoccupât de toutes les causes organiques ou physiologiques qui peuvent agir sur la constitution de ce liquide.
Nous devrons commencer par l'étude de l'urine physiologique; il est indispensable d'établir la composition
de ce liquide dans des conditions données comme . .*^
normales. Si les renseignements qu'a fournis l'analyse r\
chimique sont encore si obscurs, cela tient moins '.'^
à rinsuffisance du procédé qu'à ce qu'on a trop négligé les conditions physiologiques et qu'on s'est * ^
ainsi privé d'un terme de comparaison auquel on pût rapporter les résultats obtenus, pour en saisir la signifi- . fc
cation. l
Quel sera maintenant ce point de départ, cette va- ' ;;
riété normale qu'on prendra comme urine type. Ici, messieurs, nous n'avons pas la ressource de déclarer urine physiologique toute urine fournie par un animal bien portant; la condition de santé serait tout à fait insuffisante et pourrait répondre à des variétés très diverses du liquide urinaire. Nous ne trouvons qu'un moyen d'avoir des urines comparables à elles-mêmes, soit chez le même animal, soit chez des animaux différents. Ce sont les urines de l'abstinence, qui ne peuvent plus être influencées par les conditions de l'alimentation. Dans cette situation, carnivores, herbivores, omnivores, ne se distinguent plus les uns des autres : leur urine offre autant que possible les mêmes caractères. C'est donc de ce type primitif que nous partirons pour suivre les modifications qu'y surajoutent les diverses condi- i
tiens physiologiques ou pathologiques et pour chercher ,^'
la loi de ces phénomènes.
Soumis à l'abstinence , un chien adulte peut vivre vingt jours environ, un cheval autant, un lapin de huit à douze jours. Pendant les premiers jours, l'animal se nourrit de ses propres tissus, et aux dépens du sang;
10 LIQUIDES organiques;
ce qui lui constitue une nourriture aussi exactement comparable qu'il est possible. L'examen de cette urine nous montre immédiatement une simplification trè$ grande. Les variations que présentent d'ordinaire les urines des mammifères, carnivores, herhivorçs, omnivores: l'urine du sommeil, de la digestion, etc., ont disparu. Une foule de produits, au nonibre desquels ou doit compter les acides urique et hippurique, uç ^ retrouvent bientôt plus dans cette urine de l'abstinence; un seul produit y demeure constamment en proportion notable, c'est l'urée.
On peut dire d'une manière générale que, chez les mammifères et dans ces conditions, l'urine est une dissolution d'urée, dissolution acide, concentrée, au point que chez des chevaux à jeun depuis sept ou huit jours, j'ai vu l'urée cristalliser spontanément en longues aiguilles par le refroidissement de Turine. Le professeur Schmidt (de Dorpat) a fait la même observation sur les urines de carnivores.
Une des causes importantes de variations du liquide urinaire est donc l'alimentation. C'est par elle que nous commencerons l'étude des niodifications physiologiques et pathologiques de l'urine; mais je désire auparavant vous soumettre une question préalable sur iaquelle on p'est pas encore complètement d'accord.
Lorsque, partant de ce type normal de cette urine de l'abstinence, nous aurons à suivre et à expliquer les modifications qu'elle subit dans sa composition, nous devrons rechercher comment ces changements peuvent s'opérer et quelle est la voie par laquelle divers matériaux
urine; 11
arrivent dans l'urine. Examinant le rein à cç point de vue, nous le voyons parcouru par des vaisseaux de trois ordres : des artères, des veines et des vaisseaux lymphatiques; de plus il est l'origine de conduits excréteurs. Nous trouvons là tous les éléments qui entrent dans la constitution d'un organe sécréteur ou excréteur : canaux aflFérents et efférents; puis des nerfs qui apportent l'excitation au système. Cela posé, quand arrivera une modification dans la constitution de l'urine, par où serait-elle venue? par tous les vaisseaux ou par ceux d'un seul ordre?
On admettait autrefois que les substances ingérées dans l'estomac pouvaient arriver dans le rein par une autre voie que celle du sang. On le croyait, en raison de la difficulté qu'on éprouvait à expliquer certains faits relatifs à la rapidité avec laquelle certaines substances introduites dans le canal alimentaire passent dans les urines. L'observation pathologique montrait, d'autre part, que dans des maladies du rein certains éléments de l'urine pouvaient passer dans les voies digestives et y provoquer des désordres considérables; enfin, on était aryivé à déclarer qu'il était jjuipossible qu'une substance qui, introduite dans l'estoma,ç, se retrouvait quelques secondes après dans l'urine, y fût parvenue par les voies ordinaires de la circulation : veiue porte, veine cave, cœur droit, poumon, cœur gauche, aorte, artère rénale. Pour expliquer alors ce passage si prompt, on admit qu'une communication directe devait exister entre Testomac et les reins. Le fait delà rapidité du passage des substances dansFurine
12 LIQUIDES OUGANIQUES.
ne pouvait être repoussé : des observations faites sur des malades atteints d'extrophie de vessie montraient qu'au bout de deux ou trois minutes des substances ingérées dans l'estomac se trouvaient quelquefois dans l'urine; mais la conséquence qu'on en tirait n'avait rien d'absolument nécessaire. Cette question est aujourd'hui jugée : il n'existe pas de communication directe entre l'estomac et les reins; la sécrétion rénale ne peut être modifiée que par la circulation sanguine.
Une expérience avait encore conduit à admettre une communication cachée entre l'estomac et le rein. Cette expérience consistait à examiner comparativement le sang et l'urine d'un animal qui avait reçu dans l'estomac du prussiate jaune de potasse ou quelque autre substance passant facilement dans les urines. Quelques minutes après l'ingestion du réactif, on en retrouvait dans le rein, tandis qu'une saignée faite à ce moment à la veine jugulaire ne permettait pas d'en constater l'existence dans le sang. Or, le résultat négatif de l'examen de la saignée tient uniquement à ce que la quantité de la substance ingérée y est trop faible pour que sa présence puisse être constatée. J'ai trouvé un moyen de mettre en évidence le prussiate de potasse 'qui, placé dans l'estomac, a passé dans le sang veineux : ce moyen consiste' à constater sa présence par une réaction lente, qui, opérant sur de plus grandes quantités, donnera des résultats facilement perceptibles. On sait que le prussiate de potasse est facilement reconnaissable par la réaction qu'il donne avec les sels de fer; or quand la solution est placée dans le tissu cellulaire, les sels
de fer n'y sont pas sensiblement absorbés. Nous avons donc, chez un lapin, placé, du lactate de fer sous la peau de la cuisse en même temps que du prussiate de potasse était injecté, soit dans l'estomac, soit dans le tissu cellulaire de la nuque. Ce dernier sel était seul absorbé, et bientôt il y avait formation de bleu de Prusse là où avait été déposé le sel de fer. Le prussiate de potasse; soit qu'on l'eût déposé dans le tissu cellulaire, soit qu'on l'eût ingéré dans l'estomac, était donc absorbé par les voies ordinaires et circulait dans le sang. C'est ce que nous avons constaté encore en injectant du prussiate de potasse dans l'estomac d'un lapin qui avait du lactate de fer sous la peau de la nuque : le sel de fer devint bleu, bien que le sang de la veine jugulaire ne donnât pas la réaction caractéristique du prussiate de potasse.
Une expérience d'une autre nature peut encore servir à montrer la non-existence d'une communication directe entre l'estomac et le rein. En effet, si l'on pose une ligature sur l'artère rénale, les substances introduites dans l'estomac ne sont plus éliminées par le rein.
Toutes les substances qui sont éliminées par le rein semblent donc arriver à cet organe par le sang artériel. Relativement à la quantité de matière qui est éliminée pendant que le sang traverse le rein, nous devons noter seulement que tout ce qui doit être éliminé ne l'est pas ordinairement dans un seul passage ; il faut, pour que l'élimination soit complète, que le sang traverse le rein plusieurs fois.
En résumé, nous admettons que toujours les substances qu'élimine le rein lui arrivent par Tarière
ihr URINE.
rénale, et nous rejetons comme tout à fait gratuite l'hypothèse qui confie cette élimination à des voies cachées, qu'aucun auatomiste n'a jamais vues. Toutefois nous aurons à voir plus tard si la circulation veineuse du rein ne peut pas aussi avoir quelque influence sur la formation de l'urine. Examinons actuellement l'influence de Valimentation sur les qualités de l'urine.
Chez les herbivores et chez les carnivores, l'urine présente des différences sensibles ; mais ces différences tiennent, non à l'espèce des animaux, mais à la nature de leur alimentation. Ce fait avait été déjà noté par Mm. Magendie et Chevreul. J'ai renversé la réaction habituelle des urines en soumettant un chien à un régime végétal non azoté, et un lapin au régime de la viande. J'ai répété souvent ces expériences, et j'ai reconnu ensuite qu'à jeun ces animaux avaient les mêmes urines. Quel rapport y a-t-il entre ces variations de l'urine et les variations des phénomènes digestifs? — C'est ce que nous allons examiner actuellement, en nous bornant pour le moment à un seul des caractères de l'urine : sa réaction.
La réaction acide de l'urine est en rapport avec une alimentation azotée. C'est pour cette raison que les animaux à jeun ont l'urine acide, parce que vivant de leur propre substance, ils se trouvent à un régime azoté. Peu importe que les matières azotées soient d'origine animale ou végétale; c'est à leur composition élémentaire que se rattache la réaction.
Voici trois lapins qui, nourris différemment, nous offriront des urines qui ne se ressemblent pas. Chez
SA RéÂCTl'ON. 16
le premier, l'urine est jaunâtre, trouble et alcaline. Ce sont les caractères les plus fréquents de l'urine de ces animaux. Chez le second, elleest moins trouble, brunâtre, et sensiblement neutre. Enfin, chez le troisième, qui est resté à jeun depuis quelque temps, l'urine est claire, citrine, et très acide. Il nous manque encore, dans cette variété, l'urine rendue acide par l'alimentation azotée. On a préparé l'expérience en donnant à l'animal de l'avoine où prédominent les principes azotés. . Nous verrons plus tard qu'il y a un rapport à établir entre ces variations de réaction de l'urine et les variations de réaction de l'intestin grêle. Les fonctions du foie, la respiration, peuvent avoir encore, avec la réaction de l'urine, des rapports que nous étudierons plus tard.
Partant de l'état feous lequel se présente l'urine de l'abstinence, nous devions examiner les modifications qu'y apportent les phénomènes physiologiques dont l'intestin est le siège. Nous avons signalé quelques-uns des caractères que pouvaient donner à l'urine les actes digestifs ; nous nous arrêterons maintenant sur les rapports qui existent entre les états de l'urine et les conditions physiologiques auxquelles ils répondent.
A jeun, nous savons que chez tous les animaux les urines sont acides. Sous l'influence de certaines conditions physiologiques, elles peuvent présenter au contraire une réaction alcaline; quant aux conditions qui déterminent cette dernière réaction, elles peuvent présenter des phénomènes variés, parce qu'il est possible d'observer toutes les réactions intermédiaires entre l'acidité et l'alcalinité très prononcées.
16 uftim.
Tous savez qu'au point de vue de la digestion, les urines d'herbivores et de carnivores diffèrent, non par l'animal, mais par l'aliment: voici l'urine d'un lapin nourri d'avoine ; elle est acide, ce qui tient à la grande quantité de gluten que contient l'avoine. Cette autre urine, prise sur un lapin nourri de carottes, est alcaline. L'alimentation non azotée entraîne l'alcalinité ; l'alimentation azotée produit l'acidité ; si l'animal à jeun a les urines acides, cela tient à ce qu'il vit de sa propre substance, et est. ainsi Carnivore quand même.
On a fait autrefois à ce sujet des expériences qui avaient fait révoquer en doute la complète exactitude des propositions que je viens de formuler. On croyait avoir prouvé que l'alimentation féculente n'est pas une cause d'alcalinité de l'urine, parce qu'un homme ayant pris 60 ou 80 grammes de fécule, trouva néanmoins son urine acide. Le fait est exact, mais ne prouve rien. Lorsqu'au lieu d'être à jeun, un animal est soumis à une alimentation insuffisante, il vit à la fois aux dépens de sa propre substance et aux dépens des aliments qu'on lui donne ; c'est là une alimentation mixte, qu'on n'appréciera convenablement qu'en tenant compte des deux éléments qui y prennent part.
On avait négligé un de ces éléments pour ne tenir compte que de la nourriture ingérée dans l'estomac ; c'est ce qui fait l'insuffisance de la conclusion. Pour que l'urine représente la réaction propre à une alimentation, il faut que celle-ci soit prépondérante ; les herbivores, qui pendant la digestion ont les urines alcalines, mangent en général beaucoup plus que les carnivores.
Pai fait autrefois sur nioi-aiêrae, l'épreuve du régime non azoté : ce n'est que le lendemain que la réaction de mes urines a changé et est devenue alcaline. Linné avait vu les urines alcalines après avoir mangé une grande quantité de cerises.
Dans l'appréciation des effets d'une alimentation donnée sur la constitution de l'urine, nous devrons donc toujours tenir compte de deux influences: de celle exercée par l'alimentation qu'on examine, et de celle des substances abandonnées par les tissus . Cela s'accorde avec les remarques de Chossat, qui montrent que l'alimentation insuffisante produit les mêmes effets que l'inanition ; elle les produit seulement plus lentement.
Nous pouvons donc conclure de nos observations que chez les animaux qui mangent en excès des substances féculentes non azotées, la réaction de l'urine est alcaline. Il en résulte qu'on peut voir cette réaction varier suivant les difTérentes périodes d'une même digestion. Chez le lapin nourri d'herbes ou de carottes, c'est au milieu de la digestion que l'on trouve l'alcalinité la plus grande, elle est presque neutre dans l'intervalle des repas.
Je vous ai dit, messieurs, que chez les animaux en pleine digestion, la réaction de Turine est la môme que celle de l'intestin grêle. Ce rapport est toutefois subordonné à l'harmonie physiologique des fonctions, et il est telles circonstances dans lesquelles on peut ne plus le trouver. Ainsi, chez un animal auquel on a coupé les pneumogastriques, cette identité de réactions est détruite. Aussitôt après l'opération, la digestion est aiTêtée, et en une heure ou deux les urines devien-
B. LlQUlD. DB L'oaGAN. — II. 3
iA UHINB.
qept 4cid^s. Voilà doQC une Douvelle condition capable dp oli^Pgar la réaction de Turine.
II p^j^te cbe; les herbivore; d'autres états naturels ou Açpidpntfils qui peqvent modifier de môme ces phénomènes.
Autrefois j'ai fait respirer des lapins dans yne atmosphère d'oxygène pur. Afin que le milieu dans lequel ils étaient placés ne fût pas vicié par les produits de l'expiration i Voxygène étftit renouvelé à piesyre qu'il était fH)nsQmn)é* Dans ces conditions, Turine, qui étai^ &1(^' Une an commencement de l'expérience, devint bientôt trè^ ftcide. En replaçant le lapin dans l'air orjiinaire, son urine redeyint assez rapidement alcaline. C'est là un f^it que j'ai observé plusieurs fois dans les mômes, circonstance.
Un antre phénomène singulier, que j'ai aussi qiielquefQJs observé, est la modification apportée dans 1^ réaetiop de Vurinp par l'introduction de certaines sub: stanP^ d^n^ le^ poumons. Ayant injecté de l'bnile d^^§ les poHmPOs. dp lapips k nrine alcaline, celle-ci devint rapidement d'iine Rpidité très marqiiée.
Tous cps fait§ ont été observés chez les animaux ?"^ lesquels il est Ip plus facile de suivre les variations de réfiction de l'urine, phpz des lapins dont l'uriqe est nprmalempqt alcaline pendant la digestion.
Chp? les carnivores, nous ayons vu que les urinps Sjopt ordinairement acides. On peut cependant les y rencontrer alcalines sans que cette alcalinité soit liée ^ Tingestion de matières ppn azotées; c'est une alcalinjté tante parliciilière et liée à d'autres conditions organi-
ques. L'urine alcaline des animaux soumis à un régime . non azoté doit son alcalinité à ce qu'elle renferme une quantité notable de carbonates alcalins; si on la fait boqillir, elle reste alcaline, d'où l'on doit conclure qu'elle doit sa réaction à la présence d'un alcali fixe. Or il n'en est pas de même de l'alcalinité qu'offre l'urine * des carnivores pendant une période de la pleine activité de leur digestion. C'est quatre ou cinq heures après l'ingestion des aliments que peut s'observer cette réaction, qui est très nette, mais fugitive. L'urine recueillie à ce moment, et laissée exposée à l'air, devient plus ou moins rapidement acide. L'acidité apparaît bien plutôt encore si on la fait bouillir. L'alcalinité dans ce cas semblait due à la présence d'un alcali volatil, à du carbonate d'ammoniaque.
C'est sur un animal tué pendant la digestion, et dans des circonstances assez singulières , que j'ai observé pour la première fois cette alcalinité normale et passagère des urines des carnivores. Après avoir sacrifié l'animal, on pratiqua la respiration artificielle. Sous cette influence, la digestion continuait, des mouvements péristaltiques faisaient passer les aliments dans les intestins; l'urine recueillie alors fut trouvée alcaline. Je arus d'abord que cette alcalinité de l'urine devait être attribuée à l'entretien artificiel de la respiration; mais depuis j'ai pu me convaincre qu'il n'en était rien.
La réaction de l'urinç est encore sous l'influence de conditions pathologiques variées. Indépendamment des maladies générales et des maladies des reins, on trouve souvent dans les voies excrétoires de l'urine les causes
d'altération de ce liquide. On sait, par exemple, que les inflammations de la vessie ou des uretères peuvent amener une décomposition de Turée en sels ammoniacaux qui amènent une réaction alcaline. Cette décomposition de l'urée en sels ammoniacaux se fait avec une facilité extrême au contact des muqueuses; elle peut, dans l'intestin, se produire au contact de la muqueuse intestinale. Quand elle est saine, la muqueuse urinaire ne semble pas opérer cette transformation; mais il n'en serait plus de même quand elle est malade. Si, dans les expériences sur des chiens, il devient impossible, après avoir enlevé les reins, de trouver Turée dans les liquides intestinaux, c'est sans doute qu'elle s'y transforme en sels ammoniacaux. On a donné de l'urée aux diabétiques ; malgré cela l'urée n'a pu passer dans l'urine, en raison sans doute des transformations qu'elle subit dans les voies digestives.
Les faits que je vous ai signalés jusqu'ici suffisent à montrer qu'on ne saurait attacher une valeur absolue à la réaction de l'urine ; elle est liée à trop de conditions variables. De même que nous avons vu son alcalinité dépendre de causes multiples, nous reconnaîtrons sans doute aussi que son acidité dépend de conditions variées. Quant aux questions d'altération de ce liquide, nous aurons à les examiner plus tard.
L'urine est donc un liquide variable dans sa réaction ; ce caractère ne saurait par conséquent la définir.
Eœp. — De l'urine d'un fœtus de veau était alcaline, claire. Cette urine a été évaporée à feux doux jusqu'à siccité.Versla findel'évaporation il était resté un résidu
cristallin très salé; et à ce moment la liqueur, qui était restée alcaline pendant presque toute l'évaporation, était devenue très acide, ce qui tenait sans doute à un d^agement d'ammoniaque provenant de la décomposition d'un sel ammoniacal (phosphate d'ammoniaque?). Ce résidu fut repris par un peu d'eau; on y ajouta un peu d'acide azotique, et l'on plongea le liquide dans un mélange réfrigérant. 11 se précipita des cristaux de nitrate d'urée qui, traités par l'acide azoteux, disparurent en produisant une vive effervescence.
Après la naissance, l'urine de veau change de réaction, suivant la nourriture.
Chez deux veaux de deux à trois mois, et nourris avec de la farine et des œufs, j'ai constaté que l'urine de la vessie était acide et claire.
J'ai souvent constaté que chez des petits lapins qui tétaient, les urines étaient claires et acides, de même que chez les petits chiens : de sorte qu'à cette époque d'alimentation uniforme, la réaction de l'urine était généralement la même chez les herbivores et chez les carnivores.
Toutefois, dernièrement, chez un petit lapin de deux jours en pleine digestion, j'ai vu l'urine claire et alcaline.
Chez les lapins et chevaux, j'ai observé que l'urine devient acide et gluante lorsqu'ils sont nourris avec de l'avoine. Il en est souvent de même pendant l'abstinence, comme on va le voir par les expériences suivantes :
Exp. — Un lapin mâle, adulte, venant du marché, ayant les urines fortement alcalines, épaisses et troubles, fut mis à jeun le 9 août 1847, à huit heures du matin.
A six heures du soir, les urines sont encore troubles et alcalines.
Le 10, à huit heures du matin, urines acides, claires; l'animal, comme tous les animaux à jeun, a les oreilles froides et la respiration moins fréquente que la veille.
Le 11, à huit heures du matin, urines très acides; même état que la veille.
Alors on donne à manger à l'animal du foin avec de l'avoine, et Ton cessa l'expérience.
Exp. — Sur un autre lapin mâle, nourri d'avoine et de foin, les urines étaient troubles et alcalines.
Le 10 août 1847, à sept heures du matin, l'animal fut mis à l'abstinence. Le soir, à cinq heures, les urines, toujours alcalines, le sont peut-être moins, et sont aussi moins troubles. Le matin, l'animal, en pleine digestion, avait les oreilles chaudes; le soir il les a plus froides.
Le lendemain 11, à huit heures du matin, urines jaunes, claires, très acides. L'animal a les oreilles froides, et respire plus lentement. On le fait pisser le soir à quatre heures : les urines sont toujours acides et un peu gluantes, comme celles des chevaux à jeun.
Le 12, l'animal rend des urines colorées, gluantes et très acides. Par l'addition de l'acide nitrique, il se précipite du nitrate d'urée. Les urines de ce lapin nourri avec l'avoine et le foin présentent ceci de particulier, qu'elles sont restées très colorées, bien que l'animal fût à jeun, tandis que chez d'autres lapins nourris avec de rherbe, les urines de l'abstinence sont claires.
(A ce sujet, on a dit que les bœufs nourris avec du
foin présentent souvent des calculs biliaires, qui disparaîtraient lorsqu'on les met au vert.)
On mit ensuite ce lapin au régime de la luzerne, et le lendemain les urines examinées étaient troubles, alcalines, et ne donnaient plus d'urée par Tacide azotique. On laissa ce lapin au même régime jusqu'au 28 août. Ce lapin offrait toujours alors des urines ayant la niêrae réaction, car il était i^esté au même régime. Alors ce lapin, étant en digestion et ayant les oreilles chaudes, fut mis à l'abstinence.
Le lendemain, vingt-quatre heures après, les urines sdîit ambrées, claires, acides; l'ailimdl avait les oreilles froides. L'addition d'acide azôtiqUe précipite directement du nitrate d'urée eti les ilieltattt datis Un toélangë réfrigérant.
Eœp. (26 mars 1849). — Suf uU gros lapin on cdbpa les deux vagues à quatre hfeulres du soir. Le letideuiàill matin Tàbimal était mort.
Les poumons sont altérés par des épanchertietlts sari= guins; le foie est ndirâtre et donné une décoctidn claire qui ne fourriit pas de sucre ; les urines feorit acides.