‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 4 sur 61 · DEUXIEME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIEME LEÇON

SOMMAIRE : Urée. — Gondilions qui en font varier la proportion dans un même poids d'urine. — Origine de l'urée. — Distribution de Turée dans l'économie. — Le rein élimine l'urée , il ne la sécrète pas. — Extirpation des reins. — Effets de l'accumulation de l'urée dans le sang. — L'urée est-elle un poison ? — Destruction des nerfs du rein. — Expériences d'ablation des reins.

Messieurs ,

Nous nous sommes occupés jusqu'ici des modifications que subit la réaction de Turine sous l'influence de différentes causes, et spécialement suivant les variations de l'alimentation.

Nous rechercherons aujourd'hui, en dehors de ces caractères mobiles, le produit spécial qui pourra caractériser Turine, dans toutes ses conditions de formation et d'expulsion.

On s'accorde généralement à caractériser l'urine par la présence de l'urée : à l'état physiologique, l'urine contient toujours cette substance. Tous les autres matériaux que l'on rencontre dans l'urine sont en rapport avec l'alimentation variable, tandis que la présence de l'urée se rattache aux phénomènes constants de la nutrition. L'urée peut seulement varier de quantité ; l'étude de ses variations a été considérée comme pouvant servir à apprécier l'intensité des phénomènes nulritifs.

Arrêtons-nous donc à l'examen de ces questions. A l'état physiologique, vous avons-nous dit, l'urée se ren-

PRÉSENCE DE L LRi-ii DANS l'uRINE. 25

contre toujours dans l'urine des mammifères; on n'a pas signalé d'exceptions à ce fait. A l'état pathologique, il semblait qu'il pouvait en être autrement; on avait, en effet, cité autrefois les diabétiques comme n'ayant pas d'urée dans les urines. Mais on a vu depuis que cette assertion était la conséquence d'une appréciation erronée. Le fait est que chez les diabétiques l'urée, n'augmentant pas de quantité, se trouve donc dès lors ne plus représenter qu'une fraction excessivement faible de la masse totale. Mais ce serait là une diminution toute relative, et qui tient uniquement à l'accroissement énorme de la quantité d'urine rendue par le rein chez les diabétiques. On retrouve l'urée chez les diabétiques lorsqu'au lieu d'opérer comparativement chez eux et chez un sujet sain, sur un poids donné d'urine, on opère sur la masse totale de l'urine rendue en vingt-quatre heures. Cette variation de l'iirée est donc relative; sa quantité absolue n'est pas sujette à varier entre des limites aussi éloignées.

La proportion d'urée, au contraire, paraît plus considérable lorsque l'urine se concentre par son séjour prolongé dans la vessie. Quand on amène dans le laboratoire des chiens qui se retiennent d'uriner, l'absorption d'une partie de l'eau qui est accumulée dans leur vessie amène une concentration telle de l'urine, que lorsqu'on y ajoute de l'acide nitrique, on obtient un précipité qui se produit en masse. Ce précipité, qui pourrait, au premier abord, en imposer quelquefois pour de l'albumine, est formé par du nitrate d'urée. Il y a plus, lorsqu'on soumet un animal à l'abstinence corn-

plète, son urine peut devenir une dissolution d'urée excessivement concentrée. Je l'ai vu sur des chevaux qui, au bout de sept ou huit jours d'abstinence, rendent une urine visqueuse, abandonnant par le refroidissement des cristaux d'urée. Voici un flacon qui contient des cristaux en aiguilles, cristaux d'urée obtenus par décantation d'une urine de cheval récueillie dans ces conditions.

Il peut donc y avoir des différences extrêmement grandes entre les quantités relatives d'urée contenues dans l'urine. Mais, dans tous les cas, que l'urine soit très aqueuse ou qu'elle soit concentrée, elle renferme de l'urée.

Si maintenant on vient à enlever un rein, il faut que l'urée totale soit éliminée par celui qui reste. Dans les premiers jours qui suivent l'opération, l'insuffisance fonctionnelle du rein qui a été laissé peut amener le passage de l'urée dans d'autres liquides organiques. Mais cela ne dure que quelques jours, et l'organe augmente de volume assez rapidement pour être bientôt en état de suppléer celui qui a été enlevé.

C'est donc par l'urée, principe constant et considéré comme caractéristique de l'urine, qu'il convient de commencer l'histoire des éléments de ce liquide.

L'urée est une substance azotée qui représente lë résultat de la décomposition des matières azotées.

On s'est demandé pendant longtemps où se produisait l'urée; question itnportante en ce que la localisation do sa production était le premier pas à faire dans la connaissance du mécanisme de sa formàtioti. Oh a cru

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d'abord que Turée se formait dans le rein ; je vous ai déjà dit que cette opinion avait dû être abandonnée lorsque des recherches chimiques plus délicates avaient montré que cette substance existe normalement dans le sang. L'urée se produit donc dans le sang. Mais dans quelle partie des voies circulatoires? — 11 est impossible aujourd'hui de localiser dans un organe la formation de l'urée. Elle paraît se faire dans tous les tissus, au sein desquels le sang se décompose et se recompose sans cesse dans le double mouvement de la nutrition intime. Chez les animaux auxquels on a extirpé les reins, l'urée se trouve dans le sang de toutes les parties du corps.

Cependant, dans ces derniers temps, des analyses ont été publiées, qui sembleraient indiquer que l'urée circule plus spécialement dans certains vaisseaux.

Déjà, autrefois, j'avais remarqué que chez les animaux à jeun le système lymphatique tend à prédominer sur le système sanguin; j'avais aussi noté que dans ces conditions l'urine renferme plus d'urée. Je vous ferai connaître les expériences qui montrent ce rapport entre l'activité de la circulation lymphatique et la production de l'urée. Or, la circulation lymphatique rapporte un liquide qui vient des tissus, aux dépens desquels il se forme. Dans la trame de ces tissus, l'activité des circulations artérielle et veineuse est, dans son rapport constant, inverse de l'activité de la production lymphatique.

Un autre fait va venir maintenant corroborer ces diverses observations physiologiques.

Récemment, M. Wurtz a fait des analyses de lymphe

et y a trouvé une grande quantité d'urée. La lymphe paraîtrait, d'après cela, être le véhicule principal, sinon unique, de l'urée ; on ne peut nier qu'il y en ait dans le sang, mais c'est en proportion infiniment moindre que dans la lymphe. L'urée serait donc un produit de la décomposition qui se fait dans les tissus, et que charrient plus spécialement les vaisseaux lymphatiques.

Telles sont, à défaut de notions absolues, les idées auxquelles nous devons aujourd'hui nous arrêter relativement à l'origine de l'urée. En continuant son histoire, nous aurons à examiner quel rapport existe entre sa production et l'intensité des autres phénomènes nutritifs.

M. Millon, qui a recherché l'urée dans différents liquides organiques, l'a trouvée en très grande quantité dans un produit de sécrétion où sa présence n'aurait certainement pas pu être soupçonnée à priori: dans l'humeur vitrée de l'œil. Comment se fait cette accumulation d'urée dans un liquide dont le rôle paraît avoir si peu d'analogie avec l'urine? Quelle est, dans ce cas, la destination physiologique de l'urée? — Ce sont là des questions auxquelles il est encore impossible de répondre ; questions qu'il serait peut-être même prématuré de chercher à résoudre. Ayant recherché l'urée, non-seulement dans les liquides directement séparés du sang, mais encore dans des Uquides sécrétés, on est arrivé à cette conclusion qu'il y en avait dans une foule de liquides autres que l'urine, et que dès lors l'urée pouvait être considérée comme un produit très généra-

lement répandu dans l'organisme, existant à peu près partout.

Je ne m'arrêterai pas à vous décrire le procédé employé par Liebig pour mettre l'urée en évidence; il me suffit de vous indiquer que par ce procédé, qui est assez généralement employé, on a pu en montrer dans la salive, dans le suc gastrique, dans le lait, etc., et que ces constatations ont été faites par plusieurs observateurs.

A ce sujet, je vous rappellerai encore qu'il ne faut pas voir dans les organes excréteurs des instruments chargés de l'élimination exclusive de telle ou telle substance. Sans doute l'organe excréteur par lequel s'accomplit plus spécialement cette élimination offre à cet égard une aptitude particulière ; mais cette aptitude n'est pas exclusive, et tous les organes par lesquels s'effectuent des éliminations partagent plus ou moins avec lui la propriété de donner passage au produit qui caractérise son rôle physiologique. J'ai déjà eu occasion de vous signaler ces faits lorsqu'il a été question ici de l'élimination de certaines substances étrangères à l'organisme, notamment de l'iodure de potassium et du prussiate jaune de potasse, qui, bien qu'elles aient des organes d'élimination particuliers, passent cependant par d'autres voies, lorsque celles qui leur sont naturelles deviennent insuffisantes, soit accidentellement, soit par suite d'une trop grande accumulation dans le sang du produit qui doit en être expulsé.

Les exemples de la dissémination normale ou accidentelle de l'urée prouvent donc encore que cette sub-

stance n'est pas un produit né daus le rein, mais que sa formation est générale dans l'organisme.

L'urée se forme aux dépens des matières organiques azotées. M. Béchamp a pu, hors de Téconomie, réaliser cette trai^sformation.

Ici, messieurs, permettez-moi de revenir sur une distinction que je vous ai déjà indiqiiée entre les organes éliminateurs et les organes sécréteurs, pans le sang qui sort des organes sécréteurs, on doit trouver une substance qui n'existait pas dans le sang qui arrive à ces organes, substance dont la formation caractérise leur rôle physiologique. C'est par ce caractère surtout que les organes sécréteurs diffèrent des organes éliminateurs. Relativement à l'urée, le rein est un organe éliminateur, parce que le sang qui arrive au rein contient l'urée et en contient plus que le sang qui en sort.

Lorsqu'il s'est agi de montrer que le sucre se formait dans le foie, nous avons examiné comparativement le sang qui entre dans cet organe et celui qui en sort ; le premier ne contient pas de sucre, on en trouve au contraire dans le second. Ainsi s'est trouvée résolue la question de savoir s'il y avait formation de sucre dans l'organe. Pour l'urée, la question a été posée de la même façon, et les expériences ont conduit à une conclusion inverse. Je vous ai déjà rapporté les expériences instituées autrefois par MM. Prevostet Dumas et les nôtres, qui copsistaient à analyser le sang d'animaux auxquels on avait extirpé les reins. Il était clair, d'après ces expériences, que l'urée n'était pas sécrétée par les reins, puisque leur ablation ne la faisait pas disparaître.

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Plus récemment, M. Picard (de Strasbourg) a fait l'analyse comparative du sang qui entre dans le rein et de celqi qui en sort. Il a trouvé dp l'urée dans le sang de l'artère rénale, dans celui de la veine rénale et aussi dans l'uretère. Un grand nombre d'analyses lui ont donné, pour le sang veineux rénal, une quantité d'urée sepsiblemept égale k la moitié de celle qu'offrait le sang artériel. Tandis que dans le sang de l'artère rénale on trouvait 0,04 centièmes d'urée, on en trqiivait seulement 0,02 dans le sang de la veine rénale.

Les résultats de ces analyses concordent avec bien d'autres expériences faites pour juger de l'élimination d'autres substances par le rein. J'avais étudié autrefois l'élimination par le rein du prussiate jaune de potasse, et vu qu'une portion seulement du prussiate contenu dws 1p sang artériel était éliminée. Pour que l'éliminatjpp soit complète, il faut donc que le sang passe plusieHr§ fpis pjir le rein.

L'urée est donc éliminée par le rein. Cette éliminatiop pput se faire en quantité variable suivant une foule de conditions que nous aurons à examiner. Observant sur lui-piême, Bischoff a constaté, pour vingt-quatre hepres, une élimination de 35 grammes environ d'urée. Ml!^. Dupias et Prévost avaient trouvé 6 grammes par vingt-quatre heures pour un chien, toujours dans les cpnditions physiologiques.

Qqels sqnt maintenant les phénomènes pathologiques qui surviennent lorsque l'élimination de l'urée est empêchée ou pervertie?

Récemment on a étudié les effets de Taccumulation de Furce dans le sang.

Et d'abord, après l'extirpation des reins, Purée ne s'élimine plus par la voie naturelle : des vomissements, dans la matière desquels on trouve parfois de Turée, en sont ordinairement la conséquence.

En dehors de ces conditions artificielles, il est chez l'homme des maladies du rein dans lesquelles l'urée s'élimine difficilement, la maladie de Bright, par exem • pie. Dans ces conditions, il survient une série de phénomènes pathologiques intéressants. De l'urée passe dans les autres sécrétions, et plus spécialement dans les sécrétions intestinales. C'est là une élimination supplémentaire qui peut toutefois être modifiée sous l'influence d'une aggravation de Tétat morbide. Alors l'urée s'accumule dans le sang. L'urée, qui dans la néphrite albumineuse passe dans les sécrétions intestinales, se décompose dans l'intestin en sels ammoniacaux. M. Rayer, dans son Traité des maladies des reins^ a insisté sur les effets fâcheux que cette formation de produits ammoniacaux exerce sur les fonctions digestives. Mais à ces troubles prochains ne se bornent pas les effets de l'accumulation de l'urée dans le sang. Dans un travail sur l'urémie, Frerichs a insisté sur les phénomènes nerveux qui en sont la conséquence; ces phénomènes consistent en symptômes cérébraux analogues à ceux que produirait l'action de l'opium, avec des convulsions graves qui peuvent quelquefois emporter les malades presque subitement.

Comment expliquer ce nouvel ordre de phénomènes?

URKK. 33

On a dû pour cela se poser plusieurs questions. On s'est demandé d'abord si l'urée n'était pas un poison. La présence normale de l'urée dans l'organisation ne suffisait pas à faire déclarer oiseuse cette question, car une substance toxique n'est pas toxique à toutes les doses. Un poison violent pourrait donc exister dans le sang et s'y produire en proportion notable sans occasionner d'empoisonnement si l'élimination en est suffisamment rapide; on n'est par conséquent pas autorisé à déclarer que l'urée n'est pas un poison, d'après cette seule raison qu'elle se forme dans le sang en assez grande quantité.

Pour résoudre cette question de savoir si l'urée est un poison, on a eu recours au procédé le plus direct, qui consiste à en injecter dans le sang une quantité assez considérable. Ces expériences ont été faites ; M. Gallois les a reproduites ici et a vu que l'injection de l'urée dans le sang est innocente, qu'on peut en injecter beaucoup sans déterminer de désordres remarquables et surtout sans rien produire de semblable aux accidents observés dans les maladies qu'on a considérées comme dues à l'accumulation de l'urée dans le sang.

L'innocuité de l'urée étant reconnue, il a fallu se rejeter sur une autre explication pour rendre compte des désordres qui, chez l'homme, étaient considérés comme coïncidant avec sa présence dans le sang.

Les désordres observés ont été dès lors attribués, non plus à l'action de l'urée, mais aux produits de sa décomposition et spécialement au carbonate d'ammoniaque,

B. LiQUID. DB L'ORGAN. — II. 3

th URÉE.

Toutefois cette hypothèse est encore insuffisante à résoudre la question. Si le carbonate d'ammoniaque esi injecté en petite quantité, il ne produit rien. Lorsque nous l'avons injecté en proportion plus considérable dans le sang d'un chien, l'animal a poussé des cris et a été pris d'une agitation extrême qui a duré quelque temps ; néanmoins il est revenu à la vie. On a donc attribué les phénomènes nerveux à la présence du carbonate d'ammoniaque dans le sang : mais en examinant le sang sain ou malade, on a vu que le carbonate d'amtiïotiiaque existe presque toujours dans le sang de rhomme. Dès lors il ne pouvait expliquer les accidents particuliers à l'urémie.

On n'a donc pas tf ouvé dans ces expériences une solution complète de la question qui les avait fait instituer. Il me semble qu'il serait cependant possible de rendre compte des faits autrement. ï)ans les observations pathologiques de maladies du rein, des désordres graves ont été notés du côté du système nerveux : convulsions, etc. Ces désordres arrivent d'ordinaire alors que l'affection rénale est trèfc avaticéé, que le rein malade depuis longteitips vient à se désorganiser, qu'il se ramollit et tend à se résoudre dans une fonte putride. Or, je voua ài déjà dit que lorsqu'on a enlevé un rein à un aniiûal, cet animal vit; que si, au lieu de lui enlever un rein, on détruit simplement les nerfs qui se rendent à ce rein, l'animal meurt constamment. Marchand, J. Millier, Peipers ont fait ces expériences et ont]]constaté la désorganisalioû des reins. Des désordres analogues ont été retrouvés ici par M. Armand Moreau, lorsqu'il a

reproduit sur des chiens les expériences de section de nerfs des reins.

Qu'arrive-Ml dans ce cas? — Sans troubler directement la circulation générale, on a perverti complètement les phénomènes de nutrition rénale au point qu'avec une rapidité incroyable, le rein se décompose, et qu'une substance putride se trouve entraînée dans le torrent circulatoire et détermine un empoisonnement. 11 y aura, pour vider cette question, de nouvelles expériences à faire : il faudra voir quels seront les efiets de l'injection dans le sang d'un animal sain, de la substance fournie par la fonte d'un rein dont on a coupé les nerfs, et si les accidents ultimes rappelleront la physionomie des désordres nerveux observés dans l'urémie.

Ce fait de la fonte putride d'un rein privé de ses nerfs mérite encore d'être étudié à un autre point de vue : celui de l'influence du système nerveux sur des affections qui lui paraissent complètement étrangères. Ici les tissus et les vaisseaux ont été respectés; seuls les nerfs ont été détruits, et une maladie putride en a été la conséquence. Supposez qu'au lieu de la section une paralysie spontanée ait été produite, une affection nerveuse deviendra donc le point de départ d'une maladie septique.

L'urée se produit à tout âge, non-seulement chez Padulte, mais môme chez le fœtus; toutefois elle se produit en moindre quantité dans le jeune âge ; c'est un produit essentiel de la décomposition organique.

On ne connaît à l'urée aucun rôle physiologique. C'est une substance purement excrétée, non sécrétée. Elle

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est régulièrement éliminée par le rein; lorsque cette élimination se trouve gênée, on voit des phénomènes graves survenir sans qu'il soit actuellement possible de dire si ces phénomènes sont la conséquence directe ou secondaire de Taccumulation de Turée dans le sang, ou s'ils sont sous la dépendance de la lésion qui a causé cette accumulation.

C'est à ces phénomènes, observés surtout dans la maladie de Bright, qu'on a donné le nom d'urémie. Convient-il d'en rapprocher les convulsions des femmes enceintes? — C'est une question à examiner et qu'il serait prématuré de prétendre résoudre actuellement.

En résumé je crois que, lorsqu'il s'agit de rendre compte de ces désordres, il faut renoncer à l'explication qui les attribue à une intoxication par l'urée ou le carbonate d'ammoniaque. L'expérience de la section des nerfs rénaux me paraît bien plus propre à fournir les éléments d'une solution vraie.

Je terminerai ce sujet en vous rapportant quelques expériences que j'ai faites en 1847 avec M. Barreswill, dans le but de rechercher quelles sont, après l'extirpation des reins, les voies d'élimination de l'urée.

Pour rechercher l'urée dans le sang, nous avons suivi en tout point le procédé de M. Dumas, qui traitait le sang desséché par l'eau bouillante, reprenait par l'alcool pour en séparer les matières organiques; l'eau de lavage était concentrée par l'évaporation. M. Dumas traitait ensuite par l'acide nitrique les résidus des traitements alcooliques pour convertir l'urée en nitrate d'urée, d'où elle était extraite ensuite pure et cristallisée.

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Les quelques modifications que nous avons apportées à ce procédé ne changent en rien le fond du procédé d'analyse lui-même. Ainsi nous avons ordinairement coagulé le sang encore chaud au moyen d'une quantité suffisante d'alcool, après quoi nous avons exprimé for* tement la masse dans un linge de toile. Les produits de ce premier lavage étaient évaporés à sec au bain -marie, puis repris par l'alcool concentré jusqu'à séparation aussi complète que possible de la matière animale. Enfin, le dernier résidu alcoolique, également évaporé à sec au bain-marie, et redissous dans une très petite quantité d'eau, était traité par l'acide nitrique et soumis à une température basse dans un mélange réfrigérant (de sulfate de soude et d'acide chlorhydrique) pour favoriser la cristallisation du nitrate d'urée.

Comme la présence de l'urée dans le sang après la néphrotomie était un fait démontré, nous n'avions d'autre but que de déterminer le moment où cette substance apparaît dans le sang; nous nous sommes donc, en général, borné à constater les caractères chimiques de l'urée ; savoir : sa solubilité dans l'eau et l'alcool, sa précipitation par l'acide nitrique. Puis, agissant sur le nitrate d'urée, nous avons constaté son dédoublement par la potasse à froid, dans les liqueurs concentrées sans dégagement d'ammoniaque, sa régénérescence par l'acide nitrique et sa destruction avec effervescence par l'acide nitreux. L'ensemble de ces caractères nous paraît plus que suffisant pour distinguer l'urée entre toutes les autres matières organiques, sans qu'il fût nécessaire de recourir à l'analyse. Des analyses

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élémentaires avaient d'ailleurs été faites par M. Dumas, dans des circonstances exactement semblables; il était inutile de les reproduire.

Nous ne nous sommes pas trop préoccupé non plus de ce fait, qu'une petite partie de l'urée se trouvait, ainsi que l'avance Marchand, retenue par la fibrine et l'albumine du sang. Les expériences sur lesquelles cet auteur s'appuie pour soutenir cette opinion, et en conclure qu'il est impossible de doser exactement l'urée contenue dans le sang, ne sembleront peut-être pas suffisamment convaincantes, quand nous verrons plus loin avec quelle facilité l'urée peut se décomposer en présence des matières animales placées dans certaines conditions. Il serait d'ailleurs difficile de comprendre comment l'albumine et la fibrine pourraient retenir l'urée. Ce ne serait pas par une simple action mécanique, puisqu'on peut les diviser à l'infini. Ce ne serait pas non plus par combinaison à la manière d'un acide, car on sait que des acides, même énergiques, tels que l'acide lactique, ne peuvent se combiner à l'urée; et, à ce sujet, des expériences de M. Pelouze ont prouvé depuis longtemps que l'urée pouvait cristalliser au sein de l'acide lactique concentré et sirupeux, sans produire de lactate d'urée.

Il nous importait seulement, pour juger la sensibilité du procédé que nous avons mis en usage, de savoir qu'en injectant 1 gramme d'urée dans le sang d'un chien de taille ordinaire, et le saignant quelques instants après, on pouvait facilement trouver les caractères du nitrate d'urée, et de l'urée dans 100 gram-

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199$ de ce sang, traité ainsi que nous V^^om dit- Nom» rappellerons que 1 gi'aipme d'urée représente h peu prèg la si&ième partie de ce qu'un chien peut fouroir ^n vingt-quatre Jieures. Notre procédé d'apalyse po«édait donc un degré de sensibilité plus que suffisant pour juger les questions que nous nous étions proposé d'élucider.

Exp. — On enleva les deux reins à un chien ftdulte, d€! taille nioyenne, bien portant, et ayant fait av$int l'opération un repas de viande très copieuî. L'eîpé^ rience n'offrit rien de particulier; le soir, le chien mangea encore avec avidité des os de volaille et du lail<

Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, on trouva, en entrant dans le laboratoire, des matièrei vomies et acides, et non fétides, parmi lesquelles on distingua des fragments d'aliments pris la veille. On constata également que l'animal avait rendu pendant la nuit des matières excrémentitielles dures et noirâtres^ Le chien ne paraissait pas abattu ni malade; cependant il refusa toute nourriture solide, et ne voulut prendre que de l'eau*

Le surlendemain, sans cause particulière appréciable, le chilien fut pris d'accès de convulsions épileptiform^s, qui se &uc()édèrent sans relâche, et amenèrent b dtort dans le milieu de la journée, quarant^huit à cinqitantft heures après l'opératicm.

A Va^tapsie, faite immédiateineirt après la mert, l'estootao contepait edviron l&O grammea d'aci liqi«icb brunâtre non fétide» et à réaelicm légôreioent aeide; l'intestôi grêle renfermait unepsotitaquantitéd'uaUqttidfl

ko URÉE DANS LE SANG

visqueux brunâtre, non fétide; le gros intestin contient des excréments noirâtres en petite quantité.

Le foie est friable, ramolli, et la vésicule du foie distendue par une grande quantité de bile noire et filante.

Le cœur et les poumons n'offrent rien de particulier: Le sang est encore chaud et fluide dans le cœur et les grosses veines; on en recueille 120 grammes pour les soumettre à l'analyse ; on n'y trouva pas d'urée.

La vessie urinaire, fortement contractée, ne contient absolument rien.

Le sang examiné n'a donné aucun des caractères qui pouvaient indiquer la présence de l'urée.

Le liquide stomacal, d'une réaction faiblement acide, ne dégage pas spontanément d'odeur ammoniacale; mais, en y ajoutant de la potasse caustique, il s'en exhale aussitôt une odeur suffocante d'ammoniaque.

Le liquide de l'intestin et la bile, traités comme le fluide de l'estomac, dégagent également de grandes quantités d'ammoniaque.

Eœp. — On enleva les deux reins à un chien dogue, de très forte taille, bien portant et encore jeune. L'opération n'offrit rien de particulier.

Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, le chien, sans être affaibli, paraît triste ; sa respiration est gênée et suspirieuse; il a vomi pendant la nuit des matières liquides et rendu des excréments noirâtres; il refuse toute nourriture et répugne au mouvement; le chien paraît souffrir et crie par fois. Pour que les cris n'incommodent pas les voisins, on lui attache une muselière assez serrée. On revient au laboratoire dans la

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journée, et on trouve le chien étendu mort, le museau baigné dans un liquide fétide qu'il a vomi. La muselière ayant empêché l'expulsion facile des matières, le vomissement avait fait périr l'animal par suffocation, comme l'autopsie l'a démontré.

A l'ouverture de l'abdomen, il s'en exhala une odeur excessivement fétide. Le péritoine est le siège d'une péritonite générale, et sa cavité contient environ 80 à 100 grammes d'un liquide séro-purulent très fétide. L'estomac renferme un liquide à réaction alcaline et très fétide. Il y a une rougeur générale de la membrane intestinale. Le foie, friable, présente sa vésicule distendue par une grande quantité de bile. La plèvre contient un liquide séreux rougeàtre, n'offrant pas l'odeur fétide que dégage le liquide péritonéal. Les poumons sont gorgés de sang et engoués; les bronches, grosses et petites, sont remplies de mucosités écumeuses rougeâtres. On retire du cœur et des grosses veines 150 grammes de sang noir et en partie, coagulé.

Dans le sang retiré, après la mort, du cœur et des gros vaisseaux, on ne constate aucune trace d'urée. Les liquides recueillis dans l'estomac et la cavité péritonéale, aiosi que la bile, dégagent de grandes quantités d'ammoniaque sous l'influence de la potasse caustique.

Dans les expériences qui précèdent, on n'a donc pas trouvé d'urée dans le sang d'animaux qui avaient survécu peu de temps à l'ablation des reins. Voici d'autres expériences dans lesquelles l'opération n'ayant pas entraîné la mort rapidement, la présence de l'urée a été constatée dans le sang.

Eœp. — On enlève les dçux reins à }in [autre chien dogue, adulte, bien portant et d'une très forte taille. Aussitôt après l'opération, qui n'offrit rien de particulier, le chien urina abondamment.

Le lendemain matin, vingt-quatre heures après l'opération, le chien est vif, paraît bien portant et mange avec avidité de la viande qq'on lui offre. Dans la journée, l'animal n'a pas vomi [ni rendu d'excréments. Le soir, il mange encore de la viande.

Le surlendemain, quarante-huit heures s^près Topération, même état, toujours satisfaisant : l'animal boit et mange, mais il a vomi pendant la nuit. Dans la journée, il vomit encore une fois des matières légèrement acides, dans lesquelles on reconnaît des aliments à moitié digérés; le soir, le chien mange encore, mais avec moins d'avidité.

Le quatrième jour, apparence de tristesse et d'abattement; l'animal refuse toute nourriture ; la respiration paraît suspirieuse. Le chien, sans vomir, paraît avoir fréquemment des nausées. Dans la journée, l'état s'aggrave progressivement, et craignant que l'animal ne passe pas la nuit, on le sacrifie par hémorrhagie, soixante-dix ou soixante-douze heures après l'opération, afin de recueilUr le plus de sang possible. La quantité de sang obtenue est de ââO grammes.

L'autopsie est faite immédiatement après la mort.

À l'ouverture de l'abdomen, il ne s'en dégage pas d'odeur fétide. La péritonite est limitée au pourtour des plaies lombaires. Cependant la cavité péritonéale contient un peu de sérosité rougeâtre. L'estomac ne con-

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tient que peu de liquide mélangé d'aliments en partie ramollis. Cette bouillie stomacale, d'une réaction bien franchement acide au papier de tournesol, n'exhale pas d'odeur fétide. Le duodénum contient un liquide jaunâtre à réaction très légèrement acide. Dans le reste de son étendue, l'intestin grêle revenu sur lui-même ne renferme que fort peu de matières jaunâtres demiconcrètes. Les chylifères partant du duodénum ainsi que le canal thoracique contiennent un chyle blanchâtre. Le foie ne parait pas sensiblement altéré dans son tissu ; néanmoins, la vésicule contient une grande quantité de bile. La vessie urinaire est complètement vide. Les poumons, le cœur et la rate sont sains. Les centres nerveux ne présentent pas non plus d'altération apparente, si ce n'est une grande quantité de fluide céphalo-rachidien.

Le sang, soumis à l'analyse, donne de la manière la plus évidente les caractères de l'urée. Les liquides stomacal et céphalo-rachidien dégagent parla potasse de grandes quantités d'ammoniaque.

Eœp. — On enleva les deux reins à up gros chien de chaise bien portant et à jeun depuis vingt -quatre heures.

Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, l'animal, sans être très malade, est triste et refuse de boire et de manger.

Le surlendemain, quarante-huit heures après l'opé* ration, le chien est triste et abattu. Il refuse toute espèce de nourriture et faiblit évidemment. Le soir, craignant que l'animal meure pendant la nuit, oi^ le sacrifie par

hémorrhagie. La quantitf^ de sang recueillie est de 225 grammes.

Dans le sang soumis à l'analyse, on constate très nettement la présence de l'urée. Les liquides intestinaux, traités comme le sang, ne contiennent pas d'urée, mais dégagent de grandes quantités d'ammoniaque sous l'influence de la potasse caustique.

Exp. — On enleva les deux reins à un chien d'assez forte taille, bien portant et en pleine digestion. L'opération n'offrit rien de particulier, si ce n'est que l'animal urina abondamment pendant qu'on la pratiquait.

Le lendemain, le chien ne paraît pas malade; il n'a pas vomi et a conservé sa vivacité habituelle ; cependant il refuse de boire et de manger. Pendant la journée, vingt-quatre heures après l'opération, on lui retire par la veine jugulaire 150 grammes de sang.

Le surlendemain, quarante-huit heures après l'opération, le chien refuse toujours de boire et de manger; il n'a pas eu de vomissements ni d'excrétions alvines, mais il est affaibli, triste et abattu.

Le quatrième jour, soixante heures après l'opération, le chien est très malade. On le sacrifie par hémorrhagie.

L'autopsie est faite six heures après la mort.

A l'ouverture de l'abdomen, il s'en exhale une odeur très fétide- Il existe seulement un peu de péritonite circonscrite au niveau des plaies lombaires. L'estomac contient environ 200 grammes d'un liquide jaunâtre floconneux, à réaction très alcaline, et répandant une odeur pénétrante ammoniacale très caractéristique.

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L'intestin grêle renferme une assez grande quantité d'une bouillie noirâtre très fétide. Le gros intestin contient des excréments solides. Le foie est noir et friable, sa vésicule distendue par une grande quantité de bile noirâtre. La rate, les poumons et le cœur n'offrent rien de particulier.

Les 150 grammes de sang retirés par la veine jugulaire, vingt-quatre heures après la népbrotomie, ne contenaient aucune trace d'urée. Le sang, recueilli le quatrième jour, soixante beures après la népbrotomie, au moment de l'agonie, contient de Turée de la manière la plus évidente. La réaction très alcaline du liquide stomacal, son odeur pénétrante et les vapeurs épaisses qui se formaient au-dessus du liquide quand on en approchait le bouchon humide d'un flacon d'acide chlorhydrique, ne laissaient guère douter de la présence des sels ammoniacaux dans la sécrétion gastrique. Ce liquide, traité comme le sang, ne contenait aucune trace d'urée. La bile n'a pas été soumise aux réactifs.

Comme conséquence générale des deux séries d'expériences qui précèdent, nous remarquerons :

l'' Que chez tous nos animaux sans exception on a trouvé, après l'extirpation des reins, une grande quantité de produits ammoniacaux dans les fluides de l'intestin ;

2° Que l'urée, au contraire, ne s'est pas constamment montrée dans le sang des animaux néphrotomisés ; elle n'a été retrouvée, en effet, que chez les trois chiens, sujets de la seconde série d'expériences.

Examinons maintenant chacun de ces résultats, afln

d'en apprécier la valeur et de saisir, s'il se peut, la raison de leur différence.

Il est incontestable que la présence de l'ammoniaque en grande quantité, dans les sécrétions intestinales, est la conséquence directe de la soustraction des reins. Mais, ce qui nous importe pour le moment, c'est de savoir si cette excrétion ammoniacale commence à se produire aussitôt après l'ablation des reins, si elle reste la même ou diminue lorsque l'urée vient à se montrer dans le sang, et s'il existe, en un mot, une corrélation quelconque dans l'apparition de ces deux produits. L'expérience qui suit va nous éclairer à ce sujet.

Eœp, — Nous enlevâmes les deux reins à un chien de taille moyenne, en bonne santé, et porteur d'une ouverture fistuleuse à l'estomac parfaitement organisée depuis plus de deux mois. Pendant ce temps, nous avions, à difiTérentes reprises, analysé le suc gastrique de ce chien, et nous avions constaté que le fluide stomacal de cet animal, de même que celui qui provenait d'autres individus de son espèce, ne contenaient que des traces insignifiantes d'ammoniaque.

La double néphrotomie fut pratiquée sur cet animal. L'expérience n'offrit rien de particulier. Le chien était en pleine digestion. Le même jour, huit heures après l'opération, on retira par la canule du suc gastrique qui coula en assez grande abondance. Le liquide stomacal, clair, à réaction très acide, n'offrait en apparence aucune modification. Cependant les réactifs y décelaient des quantités d'ammoniaque très notables et plus con-

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sidéràbles que dans l'état ordinaire. L'animal n'avait pas vomi et ne paraissait nullement incommodé.

Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, îe chien continue d'être dans un état très satisfaisant. On débouche la fistule de l'estomac, et, chose singulière, il s'en écoule une quantité énorme (plus de 150 grammes) de suc gastrique clair, limpide et sans odeur fétide. Cette circonstance est d'autant plus remarquable que l'animal se trouvait à jeun, et que dans cet état l'estomac est d'habitude complètement vide de suc gastrique. On donna alors à manger à l'animal de la chair de porc qu'il mangea avec avidité.

Le suc gastrique retiré de l'estomac, dégageait par la potasse de très grandes quantités d'ammoniaque. Pourtant le fluide n'avait pas perdu ses propriétés digestives, ainsi que nous l'avons vérifié en opérant avec lui des digestions artificielles. Dans le reste de la journée, on retira encore à différentes reprises, par le canal, du suc gastrique acide, non fétide et mélangé avec les aliments que l'animal avait mangés. Il n'y avait eu depuis l'opération ni vomissements ni excrétions de matières alvines. Vers la fin de la journée, trente-six heures après l'opération, on saigne l'animal, et on lui retire par la jugulaire 120 grammes de sang.

Le surlendemain, quarante-huit à cinquante heures après l'opération, le chien paraît moins vif que le jour précédent. On lui retire, étant à jeun, 80 grammes environ de suc gastrique, toujours acide et clair, mêlé de quelques flocons muqueux, mais sans mauvaise odeur. Par la potasse caustique, il s'exhale de ce fluide sto-

macal une odeur ammoniacale pénétrante et suffocante. L'animal refusant de manger, on lui ingère de la viande par sa canule ; il ne la vomit pas. Dans la journée, le chien faiblit progressivement; on lui retire encore de temps en temps du suc gastrique par sa canule; mais la quantité obtenue chaque fois diminue de plus en plus.

Le quatrième jour au matin, soixante-cinq à soixantehuit heures après l'opération, on trouve en arrivant dans le laboratoire le chien agonisant. On débouche sa canule stomacale, et il s'en écoule à peine une cuillerée de suc gastrique acide, sans mauvaise odeur et mélangé d'un peu de mucus. On sacrifie l'animal par hémorrhagie, et on obtient 215 grammes de sang.

A l'autopsie faite aussitôt après la mort, on ne trouve pas de liquide dans le péritoine. L'estomac ne présente pas d'altération sensible et renferme quelques grumeaux jaunâtres. Le foie est ramolli et friable; la vésicule biliaire remplie par une bile épaisse et noirâtre. La muqueuse intestinale présente une rougeur par plaques vers sa portion inférieure. Le cœur et les poumons n'offrent rien de particulier. La vessie urinaire est complètement vide.

Le premier sang, retiré trente-six heures après la néphrotomie, ne contient pas de traces d'urée. Le second sang, obtenu au moment de l'agonie de l'animal, en présente des quantités énormes. Il suffit d'agir sur 50 grammes seulement de ce sang pour démontrer la présence de l'urée d'une manière non équivoque. En traitant par l'hydrochlorate de platine les liquides tirés à différentes époques de l'estomac, il s'est formé un sel

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double d'ammoniaque et de platine qui, par la calcinatien, laisse pour résidu du platine pur. Ce caractère, joint à l'absence d'effervescence par l'acide nitreux et âu dégagement d'ammoniaque à froid par la potasse, Dous semble indiquer que l'ammoniaque de ces liquides stomacaux ne s'y trouvait pas à l'état d'urée, mais bien sous forme d'un sel ammoniacal (phosphate ou lactate).

Cette expérience, qui forme le complément des deux séries de faits qui précèdent, nous permet de conclure :

1° Qu'après l'ablation des reins, les sécrétions intestinales , et particulièrement la sécrétion gastrique , augmentent considérablement en quantité et qu'elles changent de type, c'est-à-dire qu'au lieu de rester intermittentes et de ne se former que dans le moment du travail digestif, ces sécrétions se produisent comme le faisait l'urine, d'une manière continue, aussi bien pendant le jeûne que pendant la digestion;

2<> Qu'indépendamment de cette augmentation dans la quantité des sécrétions gastriques, il intervient encore après l'ablation des reins, dans ces mêmes sécrétions, un élément chimique de plus, qui est l'ammoniaque sous forme de combinaison saline;

S"" Que cette production de sels ammoniacaux dans le suc gastrique devient évidente au bout de quelques heures après la néphrotomie, et que, malgré cette modification, le suc gastrique resté acide n'a pas paru perdre sensiblement ses propriétés digestives;

4** Enfin, que cette élimination en quantité considérable de liquides ammoniacaux par l'intestin persiste tant que l'animal reste vivace. C'est seulement au mo-

B. LlQUlD. DE L'oRGAN. — II. 4

50 AMMONIAQUE DANS l'iNTESTIN

ment où les chiens faiblissent et deviennent languissants que les sécrétions intestinales diminuent et se tarissent progressivement, et c'est aussi à cette période de Texpérience que Turée commence à s'accumuler dans le fluide sanguin.

Puisque la formation de Turée commence dans te sang lorsque les sels ammoniacaux cessent de s'éliminer par l'intestin, il parait légitime d'admettre que les sécrétions intestinales, pendant qu'elles existent, suppléent l'excrétion urinaire tant par leur abondance que par la nature des produits nouveaux dont elles se chargent : je vous ai cité déjà les faits empruntés, soit à la physiologie expérimentale, soit à Tobseryation patholor gique, qui tendent à confirmer cette manière de voir : tels sont l'élimination du prussiate de potasse par l'es^ tomac chez les animaux néphrolomisés, les cas rapportés par Nysten, où la sécrétion urinaire supprimée peut être suppléée par des vomissements périodiques f^m on moins wrineux, qui cessent à leur tour lorsque l'urine reprend son cours habituel. Enfin de sembla* Hes phénomènes réactionnels ont été signalés pW M. Rayer qui, dans son Traité des maladies des rtinà, a examiné les rapports de solidarité pathologique qui unissent l'appareil rénal à l'appareil digestif.

Nous arrivons à une dernière question relative aux recherches que nous venons de vous rappeler. Nous vous avons dit dans le cours de cet exposé que l'urée, pendant les premiers temps qui succèdent à la néphrotoniie, s'éliminait par l'intestin ; nulle part cependant nous n'avons dit avoir retrouvé de l'urée dans les fluides

apAèsi L'EifiËi^ATiorr t)Es AëINs. 51

itïtestitiaux. Nous avons même ajouté que nous n'avions pu en découvrir, et que Top y rencontrait seulement de Tammotiiaque sous forme de combinaison saline (phosphate ou làctate). Au point de vue chimique, ces différences sont très facilement explicables : tous les chimistes savent, ett effet, que l'urée ou les sels ammoniacaux peuvent être considérés comme une seule et même chose sous des états différents. Mais au point de tue physiologique. Comme on pourrait peut-être déduire que, dans les cas particuliers, l'uréei s'eSt iséparée du sang sous forme de sels ammoniacaux, nous devons donner quelques explications pour prévenir contre une itemblable errent. Nous pensons donc que Tufée eliste dans tous les cas à l'état d'urée dans le sang; mais ce qui fait qu'elle se montre dans les fluides intestinaux sous l'apparence de sels ammoniacaux et non atec les caractères propres à l'urée, c'est que, à l'instant même où cette substance partietit dans le tube intestinal, elle se ttoUve en dissolution dads des fluides aU sein desquels îîf'opèrent des phénomènes de la nature, des fermcfttt*^ tiens qui, d'une manière incessante, la détruisent en sels ammoniacaux à raesute qu'elle arrive.

Des expériences directes nous ont confirmé Texadtitùde de cette assertion.

De l'urine ou dés dissolutions faibles d'urée ayant été introduites dans le tube intestinal de chiens vivants, nous n'y avons plus trouvé d'urée, lorsqu'au bout de quelques instaiits nous avons sacrifié ces animaux : elle avait été remplacée par des sels ammoniacaux.

En mettant de l'urée ou de l'urine en contact avec les

52 URÉE BT SELS AMMONIACAUX.

membranes iatestinales d'un animal récemment mort, et exposant le tout à une douce température de 38 à 40 degrés centigrades , on observe bientôt le même phénomène, seulement avec plus de lenteur, c'est-àdire que le' liquide renfermant Turée contient ensuite des sels ammoniacaux, et finit par prendre une réaction très alcaline.

Quand on administre très peu d'urée parles voies digestives, il peut arriver, d'après nos expériences, qu'elle ne soit absorbée qu'à l'état de sels ammoniacaux. Ceci expliquerait pourquoi MM. Vauquelin et Ségalas, après avoir administré de l'urée à un diabétique qui n'en offrait pas dans les urines, n'en retrouvèrent pas dans l'urine du malade.

Cette décomposition de l'urée en sels ammoniacaux dans le tube gastro-intestinal, n'est en réalité qu'accidentelle, et nous n'en conclurons pas moins que les intestins suppléent les reins après la néphrotomie, en éliminant les matériaux de l'urine. Seulement, il faut ajouter que l'urine ne s'altère pas habituellement dans les voies urinaires, tandis que, dans l'intestin dont la fonction ordinaire est de détruire et de décomposer, à l'aide de phénomènes analogues aux fermentations, les différentes matières organiques végétales ou animales nommées aliments, l'urée se trouve entraînée ellemême dans cette décomposition ; et c'est la cause de cette présence des sels ammoniacaux à la place de l'urée dans les voies digestives,

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