LIQUIDES PATHOLOGIQUES
tient à ce qu'ils ont un pouvoir de résistance différent.
Chez un animal vigoureux, la section du sympathique peut ne pas produire des phénomènes pathologiques, l'animal se rétablira vite et vivra. Mais que cette opération soit pratiquée sur un animal faible ; on observera d'un seul côté, celui où a été pratiquée l'opération, une suppuration des muqueuses de la tête tellement abondante, que l'animal en mourra presque toujours.
J'ai observé la même chose dans les cavités abdominale et thoracique, lorsque j'y ai détruit quelque partie du grand sympathique.
Chez un animal faible j'ai, sans entrer dans la plèvre, détruit le premier ganglion thoraciciue. Une pleurésie intense en a été la conséquence , pleurésie qu'on ne saurait attribuer à l'accès de l'air.
L'extirpation ou la destruction des ganglions solaires amène également une péritonite purulente chez les animaux affaiblis, tandis qu'elle ne la produit pas chez les animaux vigoureux.
Je terminerai ces études sur les liquides organiques, en vous rappelant de nouveau l'esprit dans lequel elles ont été entreprises.
J'ai insisté, à propos de chacun des liquides, sur la part que prend le système nerveux à sa production ; et j'espère vous avoir montré que cette influence n'est pas une action mystérieuse dont le mécanisme ne saurait être étudié.
Dès exemples nombreux vous ont montré qu'entre l'effet sensible et l'excitation initiale, se trouvaient des
/i26 LIQUIDES PATHOLOGIQUES.
phénomènes intermédiaires qui ont pu échapper longtemps à l'observation.
C'est par Tétude de ces actes intermédiaires que nous avons tenté de fixer^ dans certains cas, le mécanisme des actions nerveuses, mécanisme que nous avons pu souvent vous montrer fort simple, malgré la variété des effets qu'il produit.
Depuis que ces leçons ont été faites, nous avons poursuivi les expériences qui se rapportent à quelques-unes des questions qui y sont traitées, et nous avons fait à ce sujet une communication à TÂcadémie. En outre, il s*est produit des travaux relatifs à certains points que nous avions examinés. Enfin certaines expériences ont été omises dans le cours de ces leçons, soit par oubli, soit parce qu'elles n'étaient pas terminées au moment où il aurait dû en être question. Cet appendice est destiné à répondre à ces diverses indications.
i* Sof la quantité d*oxygèoe qae contient le lang veineax des organes glandulaires , ft Téut de fonction et à Pétat de repos; et sur remploi de Toxyde de carbone pour déterminer les proportions d^oxygène dn «ang (1).
Dans une communication faite à l'Académie le 28 janvier de cette année, j'ai fait voir qu'à Tétat normal ou physiologique (2), le sang veineux des glandes
(i) Lu à TAcadémie des sciences, le a septembre 1S58.
(3) DansTéUt physiologique, Texcitation du nerC sécréteur est tou-* jours accompagnée par une accélération de la circulation et par une coloration rouge du sang yeineux. Ces phénomènes sont d'autant plus marqués, que Torgane glandulaire est plus petit et qu'il est plus indé<-
est rutilant quand ces organes expulsent le produit de leur sécrétion, et qu'il est noir quand ces niêmesglandes n'expulsent rien et sont dites à Tétat de repos. Dans une autre communication faite le 9 août dernier, j'ai indiqué par quel mécanisme physiologique deux ordres de nerfs tiennent sous leur dépendance les variations de couleur (1) qui surviennent dans le sang veineux
pendant, par la disposition de ses vaisseaux, de la circulation des organes voisins. Je ne connais aucune glande où ce pliénomène soit aussi visible que dans la glande sous-maxiliaire du cliien qui remplit toutes ces condilions. Mais pour qu^on ne se méprenne pas sur la subordination de ces divers phénomènes, Je ferai remarquer que tout ce que j'ai dit prouve clairement que cette coloration rouge du sang veineux est une conséquence de Taction du nerf qui accélère la circulation, et non une cause de la sécrétion, puisqu'on la constate après la section du grand sympathique sans qu'il y ait sécrétion. De telle sorte que si Ton met un olistacle à l'écoulement du sang par la veine glandulaire, en même temps qu'on excite le nerf sécréteur, la sécrétion peut encore s'opérer, quoique le sang, retardé accidentellement dans sa marclie, ne puisse pas couler rouge. Dans certaines glandes volumineuses, comme dans la parotide du cheval, le sang se renouvelle plus difiicilement en totalité dans la glande, à cause de son volume et à cause aussi de la communication des veines glandulaires avec les veines musculaires voisines, qui fournissent un sang excessivement noir dans les mouvements de mastication de l'animal. Aussi n'aurait-ce jamais été sur cette glande que le phénomène eût pu être découvert, quoiquMl existe, mais masqué par les circonstances que je viens d'indiquer. En feisant ainsi la part de la cause et de l'effet, on voit que l'action physiologique essentielle du nerf séa*éteur est d*accélerer la drcuiation, et de rendre le sang veineux rouge quand l'accélération est aussi intense que possible ; et il n'y a aucune raison de trouver des contradictions dans les effets moins marqués du phénomène qui sont le résultat de circonstances tout à fait secondaires.
(i) Depuis lors j'ai poursuivi mes recherches sur les nerfs qui accélèrent ou retardent la circulation capillaire, et j'ai reconnu que ces deux ordres de nerfs ne se rencontrent pas seulement dans les glandes, mais qu'ils existent dans d*autres parties du corps. J'ai constaté, particulièrement chez le chien, que des filets du rameau mylo -hyoïdien du nerf
QUANTITÉ d'oxygène QUE CONTIENT LE SANG. 429
glandulaire. Aujourd'hui je désire examiner les modifications chimiques du sang qui sont en rapport avec ses changements de coloration dans une même veine.
Mais je dois m'empresser de dire qu'il ne s'agit pas ici d'une analyse chimique du sang. Dans cet examen du sang veineux glandulaire, il ne sera question que de la détermination relative de l'oxygène, qui est le gaz auquel on a toujours attribué la couleur rutilante du sang. Et encore ne me serais-je pas permis cet empiétement sur les attributions des chimistes, si je n'avais été amené par des considérations entièrement physiologiques, comme on va le voir, à employer un nouveau moyen très simple pour la détermination de l'oxygène dans le sang.
Il y a environ dix ans que je fis sur l'empoisonnement des animaux par l'oxyde de carbone des expériences que j'ai répétées depuis dans mes cours au Collège de France en 1853 et 1856 (1). Or, en étudiant l'action toxique de l'oxyde de carbone sur le sang chez l'animal vivant, j'ai été amené à trouver que ce gaz empoisonne rapidement les animaux parce qu'il déplace instantanément Toxygène des globules de sang, et ne peut plus ultérieurement être déplacé par l'oxygène de l'air.
maxillaire inférieur de la cinquième paire accélèrent la circulallon dans les vaisseaux de la face. Je donnerai ultérieurement ces expériences en m'occupant successivement des phénomènes des circulations locales, qui sont encore si peu connus.
(1) Notes of M, Bernard's lectures on the blood ; with an appendix by Walter F. Âtlee, M, D. Pbiladelphia, 185/i, p. 19 à 22. — Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857.
D'où il suit que les globules du sang, en quelque sorte paralysés, sont devenus impropres à absorber Toxygène, et circulent comme des corps inertes sans pouvoir désormais entretenir la vie. Si tous les globules sanguins sont atteints par une quarilité d'oxyde de carbone suffisante pour déplacer tout leur oxygène, la mort est presque instantanée, et la vie ne peut plus être rappelée par l'insufflation artificielle; si une partie du sang a échappé à l'action délétère, la mort peut être plus tardive, etc.
En un mot, j'ai considéré l'action si éminemment toxique de l'oxyde de carbone comme la conséquence de sa très grande affinité pour la matière des globules sanguins. En effet, l'oxyde de carbone a plus d'aflBnité pour les globules du sang que Toxygène, puisque l'oxyde de carbone déplace rapidement l'oxygène, tandis que l'oxygène est incapable de déplacer à son tour l'oxyde de carbone.
C'est cette singulière propriété toxique de l'oxyde de carbone, dont je crois avoir le premier reconnu le mécanisme, qui m'a conduit tout naturellement à employer ce gaz pour déplacer l'oxygène du sang. Ce moyen offre sur les anciens procédés l'avantage d'être très rapide et plus rigoureux, parce que, par l'action toxique même que l'oxyde de carbone a fait éprouver au sang, se trouvent éliminées les causes de disparition de l'oxygène pendant la durée de l'opération.
Depuis deux ans, j'ai employé ce procédé pour un grand nombre de recherches, et l'hiver dernier, au Collège de France, dans mon cours qui a eu pour sujet