QUANTITÉ D^OXYGÈNK QUE CONTIENT LE SANG
à son entrée dans le rein a été coupée, et par son boni central j'ai aspiré 15 centimètres cubes de sang, que j'ai mis de même en contact avec une semblable quantité d'oxyde de carbone. Alors, pour troubler la sécrétion urinaire, j'enlevai la capsule graisseuse du rein. L'urine cessa quelques instants après de couler par l'uretère, et le sang de la veine devint noir comme le sang veineux de la veine cave. A ce moment, j'aspirai 15 centimètres cubes de ce sang veineux rénal noir, qui fut, comme les deux autres, mis en contact avec 25 centimètres cubes d'oxyde de carbone. Après une heure de séjour dans une étuve à une température de &0 à liO degrés, l'analyse des gaz en contact avec les trois espèces de sangs précédemment désignés donna les résultats qui suivent pour les quantités d'oxygène qu'ils renfermaient, calculées pour 100 volumes de sang :
Volume» d'oxygène,
1"* Poar le sang veineux rouge 17,26
2* Pour le sang artériel i9,A6
3* Pour le sang veineux noir 6,A0
Dans une seconde expérience, on a trouvé 16 pour 100 d'oxygène dans le sang veineux rénal rouge, 17,&â dans le sang artériel aortique, et 6,/i/i. dans le sang veineux de la veine cave.
D'après ces expériences, on voit donc que le sang veineux rouge du rein (et il est présumable qu'il en est de même des autres sangs glandulaires) diffère du sang veineux ordinaire en ce qu'il ne s'est pour ainsi dire pas désoxydé. Ainsi se trouverait vérifiée notre première hypothèse, puisque ce sang a conservé les caractères du sang artériel. Toutefois, si cela est vrai pour les pro-
portions d'oxygène (ju'on y trouve, la proposition absolue ne serait pas exacte. En efiet, ce sang veineux glandulaire rouge contient beaucoup moins de fibrine que le sang artériel ; il renferme moins d'eau, parce qu'il a fourni celle de la sécrétion, et, de plus» ce sang veineux rouge se montre constamment plus altérable que le sang artériel, c'est-à-dire qu'il devient noir spontanément beaucoup plus vite quand il a été retiré des vaisseaux, etc. (l).
Quoi qu'il en soit, en nous en tenant pour le moment uniquement à l'objet de ma recherche actuelle, c'està-dire à ce qui concerne la proportion d'oxygène du sang veineux glandulaire, nous voyons ce fait bien singulier, que c'est précisément pendant leur fonction, c'est-à-dire pendant qu'elles sécrètent, que les glandes laissent passer le sang rouge sans le désoxyder, tandis que pendant qu'elles ne fonctionnent pas et n'expulsent aucun produit, le sang qui en sort est noir, privé en grande partie d'oxygène, et chargé d'acide carbo-
(1) On remarque ces mêmes propriétés dans le sang veineux de la tête, quand on a préalablement coupé le grand sympathique dans la région moyenne du cou. Les expériences qae j*ai faites à ce sujet depuis 1852 ont montré qu'après la section du sympathique, la circulation s'accélère considérablement, la température augmente, le sang veineux devient rouge, la pression augmente. Si Ton vient à galva- •niser le bout périphérique ou supérieur du sympathique, la circulation diminue d'intensité, les vaisseaux se resserrent, et la température baisse en même temps que le sang devient très noir. C'est particulièrement sur les chevaux où tous ces faits se présentent avec une grande évidence. Cette grande altérabilité du sang veineux rouge exige qu'on opère avec une grande célérité pour le mettre en contact avec l'oxyde de carbone, qui^'empéche de devenir veineux et de se désoxyder par la formation de l'acide carbonique.
QUANTITÉ d'oxygène QUE CONTIENT LE SANG. /|37
nique (1). Ici se présente de nouveau cette opposition entre le système glandulaire et le système musculaire, sur laquelle j'ai déjà souvent appelé Tattention. Dans les muscles, le sang veineux sort d'autant plu3 noir et d'autant plus désoxydé, que l'organe a Fonctionné, et s'est contracté le plus énergiquement; dans les glandes, le sang sort d'autant plus rouge et d'autant moins oxydé, que l'organe a fonctionné, c'est-à-dire a sécrété avec plus d'intensité. Mais devonj^nous considérer cette opposition dans les phénomènes apparents comme la preuve d'une différence radicale dans les procédés de nutrition et de fonctionnement des glandes et des muscles? En un mot, pouvons-nous dire que, tandis que les muscles consomment de l'oxygène en raison directe de leur activité fonctionnelle, c'est le contraire pour les glandes? ou bien ne devons-nous pas plutôt, en face de cette conclusion singulière, concevoir des doutes sur la justesse de notre manière de désigner les états fonctionnels des glandes? Ce serait là mon opinion, et je pense que ces recherches conduiront à faire interpréter autrement ce qu'on appelle état de repos et état fonctionnel des glandes, et à nous faire distinguer là un état d'activité chimique et un autre état d'activité purement mécanique. Je pourrais déjà apporter divers arguments en faveur de cette opinion ; mais je m'arrêterai aux faits très nets que j'ai précé-
(1) Je ne veux pas examiner la question de quantité d'acide carbonique produit. Seulement je dirai qu'avec l'oxyde de carbone je n*ai jamais trouvé une quantité d'acide carbonique qui répondît à la quantité d'oxygène disparue. Ce qui indiquerait que peut-être dans le sang il y a quelque chose d'intermédiaire entre l'oxygène et l'acide carbonique.
deinnient fait connâttre, me bornant à signaler ce côté obscur de la question qui servira de point de départ pour des recherches ultérieures*
â* MM. Gluge et Tbiernesse ont répété mes expé** riences sur la coloration du sang veineux glandubûre, et les résultats qu'ils ont obtenus ont été considérés comme n'étant pas d'accord avec les nôtres.
Voici ce que dit à ce sujet le journal VImHm (u* ISSft, H août 4858), qui rapporte les expériences. Elles ont été présentées à l'Académie royale de Belgique, séance du 5 juin 1856.
Coloration du snng. **- Di0r€nte entre le mng af té fiel et le mng veinmx^^MM. Glag« ttThlerne&se otttflU de^ttxpériencet dont les réeuluiu n« confirment pas en tous points lé lait général annoncé par M. Glande Bernard dans la communication faite par lui à l'Académie des sciences de Paris, le 25 janvier dernier, savoir, que le sang veineux des glandes est touge comtne le sang artériel quand ces organes fonctionnent, et quil n*è$t foncé o\i noir que lorsque ces organes ne fonctiounetit pfts. Ceit expériences avaient été entreprises par eut dans te but de contrôler, en raison de son importance» k fait tinnoncés elles ont été faites à l'École de médecine vétérinaire de rÉtat» à Gureghem, sur des animaux de différentes espèces qui devaient être sacrifiés pour le cours d'anamie, dont l'un d'eux est chargé à cet établissement. Les résultats ne contôfdant pas entiéfeiiiem avec céiix obtenus par M. Bernard, MM. Glugé et Thiêmesse ont cru devoir exposer en détail tes^xpéHèilôes qu'Us ont faltèl, afin que tes physiologistes puissent mieuk loi apprécier. Nous allons reproduire oet exposé» .
Première expérience. — Le 23 février 1858, sur un chien adulte, bien portant, nous avons lâîs à nu le rein gauche» ses vaisseaux sanguins et son conduit excréteur, au moyen d'une intisiôn longue de 5 à 7 centimètres dans la région du flanc Nous avons ensuite fait^ à peU dé distanet de la vessie» la seeUon de Tvre*-