Lecons sur les sporozoaires
La classe des Sporozoaires a été fondée , il y a quelques années , par Leuckart , comme nouvelle grande division naturelle du vaste sous -règne des Protozoaires (0. Il y comprenait , outre les Grégarines , tous ces organismes parasites unicellulaires qui ont été décrits sous le nom général et vague de Psorospermies : Psorospermies oviformes, Psorospermies îctriculi formes, Psorospermies des Poissons. Ce même nom de Psorospermies a été donné aussi par quelques auteurs aux spores ou pseudonavicelles des Grégarines. Il en est résulté que ce terme, primitivement créé par Jean Muller pour désigner spécialement les Sporozoaires des Poissons , a été appliqué à des choses fort peu équivalentes ; de là une confusion dans le langage scientifique qui rendait urgente une réforme dans la nomenclature de ces êtres. Leuckart (1879) proposa d’abord le mot de Coccidies pour les Psorospermies oviformes; puis Bütschli (1881) celui de Myxosporidies pour les Psorospermies des Poissons. Dans mes leçons du semestre d’été 1882, j’ai proposé moi-mème de changer
(1) Die Parasiten des Menschen , 2. Aufl. I. Bd. 1879, p. 230.
LES SPOROZOAIRES
en Sargosporidie les expressions de Psorospermies utriculitormes, tubes de Miesoher ou de Rainey. En outre ? j'ai fait rentrer dans la classe des Sporozoaires un cinquième groupe, que j’ai désigné sous le nom de Migrosporidies , comprenant les corpuscules vibrants des Vers à soie et autres organismes analogues, regardés depuis longtemps comme des Psorospermies par Leydig et par moi (Psorospermies des Articulés).
Les divers groupes composant actuellement la classe des Sporozoaires ne se rattachent pas tous les uns aux autres par des caractères naturels bien évidents. Si les Grégarines, les Coccidies et même les Microsporidies ont entre elles des affinités incontestables, il n’en est pas de même de la parenté de ces trois groupes avec les deux derniers, ceux des Sarcosporidies et des Myxosporidies. Celles-ci surtout, par la structure compliquée de leurs spores (?) et les phénomènes qu’on y observe , présentent des différences importantes avec les autres Sporozoaires. Je ne serais même pas étonné qu’une étude plus approfondie de ces organismes conduisît à les éliminer de la classe des Sporozoaires et même du règne animal , pour les faire considérer comme des végétaux , confirmant ainsi l’idée que je m’étais faite autrefois de la nature de ces corps (P.
Les Sporozoaires sont des parasites très répandus ; on les a rencontrés chez tous les animaux, depuis les Infusoires jusqu’à l’Homme. Quelques-uns peuvent engendrer des maladies mortelles par leur extrême multiplication dans les
(1) Comptes rendus de V Académie des Sciences , t. 57, 1863.
avant-propos.
organes; par exemple, les Coccidies du foie du Lapin, qu’on a observées également chez l’Homme. Plusieurs se propagent aussi épidémiquement et donnent lieu à des épizooties plus ou moins meurtrières ; telles sont les Sarcosporidies des Moutons et des Volailles, qui déciment parfois les bergeries et les basses-cours. Un grand nombre de Poissons d’eau douce meurent par le développement des Myxosporidies dans leurs tissus, cause de destruction de ces animaux dans nos viviers encore généralement ignorée. Enfin, l’invasion épidémique des Microsporidies dans les magnaneries donne lieu à la maladie de la pèbrine qui , il y a une vingtaine d’années , faillit ruiner l’industrie séricicole dans le monde entier.
Par leur importance économique, comme par les phénomènes de leur évolution biologique, les Sporozoaires sont donc dignes de tout l’intérêt des naturalistes. En consacrant à leur histoire quelques-unes de mes leçons , et surtout en publiant celles-ci par les soins de M. le Docteur J. Pelletan , j’ai voulu appeler de nouveau l’attention sur ces organismes, un peu négligés en ce moment pour les Schizomycètes , qui ont une importance bien plus grande pour la pathologie humaine et comparée.
Je me suis attaché à présenter le plus complètement possible l’état actuel de nos connaissances relatives aux Sporozoaires, ce qui m’a amené à exposer les faits importants dont MM. Aimé Schneider et Bütschli ont enrichi récemment l'histoire des Grégarines et des Coccidies. Mes contributions personnelles concernent principalement les Myxosporidies et les Microsporidies auxquelles se rapportent la plupart
vni
LES SPOROZOAIRES.
des figures originales des trois dernières planches jointes à ce volume. Si sa publication pouvait engager quelques observateurs à diriger leurs recherches sur l’un ou l’autre des groupes de Sporozoaires , notamment sur celui des Myxosporidies, si intéressant et encore si mal connu , j’aurais pleinement atteint le but que je m’étais proposé.
G. Balbiani.
1er Septembre 1883.