‹ Lecons sur les sporozoairesChapitre 8 sur 10 · IG · texte numérisé non relu

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remplies de spores et de masses psorospermiques. (Fig. 48). Les vaisseaux de Malpighi, les parois intestinales (Fig. 49), le corps graisseux, tous les organes, en en mot, de la chenille, sont gorgés de corpuscules. Pendant l’état de chrysalide, l’envahissement se continue et se propage aux organes nouveaux qui appartiennent en propre au papillon, les pattes, les ailes, les antennes, etc. — Le parasite pénètre jusque dans la profondeur des organes de la reproduction, dans les faisceaux spermatiques, les gaines ovigères , les ovules (PL V, fig. 5, 6, 7), où il va infecter d'avance les nouvelles générations.

Fig. 48. Portion de la glande séricigène chenille de Bombyx neuslria contenant

d’un Ver à soie envahi par des Micro- des Microsporidies à divers états de

sporidies (d'après Balbiani). développement (d’après Balbiani)

Ce n’est pas seulement chez le Ver à soie du mûrier que ces corpuscules donnent lieu à une maladie très grave, qui a porté un très grand préjudice a l’éducation de ces utiles insectes , cette maladie commence aussi a envahir les Bombycides nouveaux que Ion élève comme succédanés du Ver à soie du mûrier. L espèce qui remplit peut-être le mieux ce rôle est YAttacus Pernyi. C’est une belle chenille qui a l’avantage de se nourrir des feuilles de nos chênes

LES MICROSPORIDIES.

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indigènes : son alimentation n’entraîne donc aucune dépense. Ses cocons sont énormes et fournissent la soie la plus belle, la plus solide après celle du Yer à soie ordinaire. On en fabrique déjà de très belles étoffes, en grande quantité. L'Aüacus Pernyi est complètement acclimaté en Espagne et en Italie, et bien près de l’être aussi en France (1). Malheureusement , cette chenille commence à être envahie par la pébrine, que je crois avoir été le premier à signaler dans cette espèce où je l’ai étudiée d’une manière assez approfondie. Les Microsporidies qui donnent naissance à la maladie sont tout à fait semblables à celles qu’on trouve chez le Bombyx du mûrier, seulement elles présentent une particularité curieuse au point de vue pathologique : les parasites restent toujours confinés dans l’estomac et ne vont jamais au-delà . même dans les organes les plus voisins. La présence des corpuscules dans les cellules épithéliales de l’estomac donne lieu à une hypertrophie de cette couche : le protoplasma des cellules disparaît presque complètement et celles-ci sont réduites presque à la membrane d’enveloppe remplie de masses de parasites. (PI. Y, fîg. 4).

Fig. 50. — Cellules vitellines d’un œuf de Bombyx irori renfermant des Microsporidies. On voit , au centre de la grande cellule , un seul noyau sphérique et quatre noyaux dans la petite cellule (d’après Balbiani).

FlG 51. — Coupe de la paroi de l’estomac d’un jeune Yer à soie montrant les cellules épithéliales et la tunique musculaire remplies de Microsporidies (d’après Balbiani).

J’ai trouvé cette même localisation stomacale chez d’autres Insectes d’ordres très différents , une Sauterelle, le Decticus griseus , par

(1) Voyez Balbiani, Rapport sur la Sériciculture nouvelle , dans les Rapports du Jury international de l' Exposition universelle de 1878.

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exemple (1). Les espèces sauvages sont souvent victimes d’épidémies do pébrine. mais, comme elles vivent isolément, la marche de la maladie est beaucoup plus lente que chez les Vers à soie , qui sont accumulés par milliers dans les magnaneries. On peut, d’ailleurs, communiquer la pébrine à d’autres Insectes en leur faisant absorber des spores de Microsporidies avec les aliments, et il suffit quelquefois, pour les infecter, d’un seul repas. Il y a, du reste, une espèce qui s’infecte encore plus vite que leVer à soie, c’est le Bombyx neustria, vulgairement appelé la Livrée. Les excréments des Vers à soie , souillés de spores , mis en contact avec les feuilles fournies aux chenilles de cette espèce, suffisent pour infecter celles-ci (fig. 48). D’autres espèces sont, au contraire, plus résistantes à l’infection ou môme paraissent absolument réfractaires. Ainsi . je n’ai jamais réussi à communiquer la pébrine à un autre Bombycide, le Liparis chrysorrhœa, vulgairement Cul-brun. Chez ces espèces , les corpuscules ne traversent jamais la cuticule qui double intérieurement l’estomac , par conséquent , n’apparaissent pas même dans les cellules épithéliales sous-jacentes. J’ai observé les mêmes résultats pour les larves de Mouches, de Fourmis, chez les Vers de farine ou larves du Tenebrio molitor. On avait eu l'idée, à un certain moment, d’utiliser les corpuscules de la pébrine pour détruire le Phylloxéra, en répandant dans les vignes les litières des magnaneries. Mais il aurait fallu s’assurer d’abord si le Phylloxéra appartient à la catégorie des animaux aptes à contracter la pébrine, et, de plus, trouver un moyen de lui faire absorber des corpuscules solides, à lui qui passe sa vie le suçoir enfoncé dans les racines de la vigne. Puis , comment aurait -on pu distribuai1 les corpuscules dans toute la terre dun vignoble? — Mais hâtons-nous d’ajouter que cette idée paraît abandonnée. Elle était, du reste, jugée d’avance, car depuis longtemps on

(1) J’ai constaté récemment (1883), chez le Ver à soie du mûrier, une forme do pebrine caractérisée aussi par le développement exclusif des Microsporidies dans les cellules épithéliales do l’estomac. Voyez, sur ces parasites , chez YAUucus Pernyi, ma Note dans les Comptes rendus du 4 décembre 1882.

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se sert, dans les pays où l’on élève les Vers à soie, des litières des magnaneries pour fumer les vignobles, et cette pratique n'a eu aucune influence sur le Phylloxéra , puisque c’est précisément dans cette région que le Ph};lloxera a fait sa première apparition : les départements du Gard, de Vaucluse, de l’Hérault.

Voulez-vous avoir une idée de la marche rapide de la maladie psorospermique des Vers à soie, en France, et des ruines qu’elle y a causées ? Il vous suffira de savoir qu’elle a débuté dans le département de Vaucluse en 1845, et qu’en 1846 elle avait déjà envahi l’Hérault, le Gard et la Drôme ; en 1849, l’Ardèche et l’Isère, et, en 1851, toutes les Cévennes, c’est-à-dire la région où l’on élève le plus de Vers à soie. A cette époque, tout ce pays étaiL complètement ruiné et il ne restait plus une seule magnanerie. En 1856, la production de la soie était tombée au quart de son chiffre ordinaire. En 1854, l’Italie était envahie par la pébrine et bientôt elle le fut d'un bout à l’autre.

Quant aux pertes occasionnées par la pébrine, M. de Quatrefages, en 1867, les estimait, pour la sériciculture française seule, à un milliard au moins , depuis le début de la maladie en 1854 , c’est-à-dire pendant une période de treize ans (1).

Cependant, depuis douze ou quinze ans, grâce à la méthode de grainage cellulaire appliquée à des graines reconnues saines par le microscope, méthode propagée par M. Pasteur, l’état des choses s’est amélioré. Depuis l’emploi de cette méthode, qui s’est promptement généralisée en France, en Italie, en Allemagne, et même au Japon, l’industrie séricicole tend à se relever. C’est ainsi que nos excellentes races jaunes, qui fournissaient la plus belle soie du monde entier, sont en grande partie reconstituées et l'importation étrangère a diminué. En effet, en 1869, les graines du Japon étaient importées pour 70 °/0 pour l’approvisionnement des éducateurs français ; aujourd'hui, la proportion n’est plus que de 20 °/o- Malheureusement, ces résultats tendent

(1) Rupporls du Jury international de l' Exposition universelle de 1867, t. XII, 1868, p. 4-29.

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à être contrebalancés par le développement d’une autre grave maladie, la flacherie, dont la nature est plus obscure et qu’il est plus difficile de prévenir par les moyens prophylactiques.

À ces causes de dépérissement pour la sériciculture il faut, d’ailleurs, en ajouter d’autres qui proviennent de conditions économiques nouvelles pour l’industrie en France. D’abord, l’augmentation des frais d’éducation. Ces frais montent aujourd'hui à 115 francs par once de graine (de 25 à 30 grammes), pour la feuille de mûrier et la maind’œuvre, tandis qu’autrefois ces dépenses ne s’élevaient qu’à 85 francs. Cette différence constitue une perte sèche même avec la production moyenne de 19 kilog. de cocons par once de graine qu’on récoltait autrefois. Pour équilibrer les frais, il faudrait que cette production s’élevât à 23 kil. au moins.

11 y a malheureusement encore à ajouter la concurrence des soies d’Orient, concurrence très active depuis l’ouverture du canal de Suez qui facilite l’importation de ces marchandises nouvelles Puis, la diminution de la consommation de la soie : en effet, pour compenser la perte sur la production , les fabricants surchargent la soie de matières chimiques afin d’augmenter son poids , à ce point que pour une partie de soie il y a quelquefois 40 parties de surcharge chimique. 11 en résulte que les étoffes desoie ainsi traitées se détruisent toutes seules, même sur les rayons des magasins. Aussi le public s en dégoûte et préfère la laine et le coton, qui sont plus durables et plus solides.

Mais nous ne pouvons insister plus longtemps sur ces considérations d’ordre économique que l’on trouvera traitées avec détails dans di\eis ouvrages spéciaux et notamment dans 1 excellent rapport de M. E. Maillot sur l 'Exposition scricicole de 1878.

NOTE ADDITIONNELLE

NOTE ADDITIONNELLE

RELATIVE AUX RÉACTIONS MICROCHIMIQUES DES SPOROZOAIRES.

L’impression de ce volume était presque terminée, lorsque je reçus de M. le Professeur Vlacovich , de Padoue , une lettre dans laquelle il me signala quelques inexactitudes que j’avais commises en parlant, dans mes leçons sur les Sporozoaires , publiées dans le Journal de Micrographie , de ses expériences sur les propriétés microchimiques des corpuscules des Vers à soie. Ces faits étant rapportés sans changement dans le présent volume , je m’empresse de rectifier, dans cette Note additionnelle, le passage concernant les observations de M. Vlacovich.

Il y est dit que ce savant avait constaté que les corpuscules prenaient une coloration violette après avoir été traités successivement par les acides et une solution alcoolique d’iode , mais que le fait n’avait pas été confirmé (voyez p. 156). En réalité , pour obtenir cette coloration, il faut, d’après M. Vlacovich, procéder de la manière suivante : Les corpuscules sont placés d'abord pendant 48 heures dans une solution concentrée de soude ou de potasse (2 6 °/0 de soude ou 32 °/0 dépotasse); ils sont traités ensuite par une solution aqueuse saturée d’iode ou une solution diluée d’iode dans l’iodure de potassium, puis enfin par un acide minéral dilué ou un acide organique concentré, tel que l’acide acétique cristallisable. En suivant les indications de M. Vlacovich , j’ai pu effectivement me convaincre que les corpuscules prennent, sous 1 influence de ce traitement, une coloration lie de vin ou même violette bien accentuée. M. Vlacovich me fait de

plus i einarquer que cgILg coloration n est pas attribuée par lui, connue je le lui lais dire , à ce que la membrane d’enveloppe du corpuscule est formée par une substance analogue à la cellulose végétale , mais à 1 existence d’une substance particulière imprégnant la membrane et peut-être môme le contenu , d’où elle sort en partie pour se répandre par exosmose dans le liquide environnant. M. Vlacovich pense que cette substance est la disamiline de Naegeli fl). L’opinion de l'honorable professeur de Padoue sur le siège périphérique de la coloration violette des corpuscules des Vers à soie ne me paraît pas devoir être acceptée sans réserve. Si la question est difficile à trancher en raison de la petitesse de ces organismes et de l’impossibilité , au moins dans les conditions ordinaires , d’y distinguer une enveloppe et un contenu , les observations faites sur d’autres Sporozoaires semblent démontrer que c’est le contenu qui, sous l’action des réactifs , prend la coloration violette. Ainsi, Kloss , chez le Klossia helicina , et Bütschli , chez la Gregarina Blallay'um, ont constaté qu’après le traitement par l’iode et l’acide sulfurique, les granulations de l’endoplasme prennent une teinte vineuse ou violacée , tandis que la membrane d’enveloppe n’offre rien de semblable. Bütschli en conclut que les granulations endoplasmiques sont formées par une substance plus ou moins analogue à la substance amyloïde, ainsi que je l’ai rapporté dans le texte ( p. 20) (2). J’ai pu confirmer ces observations sur des Klossia qui se trouvaient dans des Hélices rapportées dernièrement des Pyrénées. Je me suis assuré que la coloration violette ne s’observe que sur les individus chez lesquels le travail de sporulation n’a pas encore commencé , et que-, dès que le contenu s’apprête à se diviser en sphères granuleuses ou sporoblastes , la coloration cesse de se manifester. J ai d ailleurs obtenu quelquefois celle-ci en employant seulement la potasse et l’iode, sans addition d’acide. Mais, quel que soit l’état de développement

(1) Vlacovich , Sui corpuscoli oscillanti del Bombice del gelso , p 22 ( Extrait des Alti dell' Istutito veneto dt scienzc , lettere ed arli , vol. XI . ser. III, 1867 ).

(2' C’est par erreur que le travail de Bütschli est mentionné dans le texte comme se trouvant dans YArchiv f. mikr. Anal. 1876 ; il faut lire : Archivf. Anal. u. Physiol. 1870.

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de ces parasites , jamais l’enveloppe ne se colore ou elle prend seulement une couleur jaune ou brune suivant le degré de concentration de la solution iodée. Vlacovich a obtenu les mêmes résultats sur les Psorospermies oviformes du foie du Lapin , où il a vu également le contenu seul prendre, sous l’influence des réactifs, une teinte violette, tandis que l’enveloppe restait incolore (1).

Dans la lettre qu’il m’a fait l’honneur de m'adresser, M. le professeur Vlacovich revendique contre M. Pasteur la priorité de la distinction des corpuscules des Vers à soie en corpuscules pâles et corpuscules brillants (Corpuscoii pallidi e lucidi). Mais il rattache ces variations dans les caractères optiques des corpuscules à des différences dans leur structure et leur composition intime , sur lesquelles il me paraît inutile d’insister, tandis que nous avons vu qu’elles se rapportent en réalité à des états de développement différents; les corpuscules brillants représentant l’état de maturité complète, et les corpuscules pâles des formes incomplètement développées. La cause de ces différences d’aspect des corpuscules devait échapper à M. Vlacovich dans l’ignorance où il se trouvait des phénomènes de reproduction de ces organismes : il croit , en effet , à leur multiplication par division et admet, en outre, comme une simple hypothèse, leur reproduction par des germes minimes qui se forment dans l’intérieur des corpuscules adultes. A cet égard . ses idées ne sont donc pas plus exactes que celles de M. Pasteur, et pour cette raison il est inutile d’insister sur la réclamation qu’il élève conlre ce dernier.

(1) Loc. cil., p. 14

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