‹ Lecons sur les sporozoairesChapitre 7 sur 10 · LES MIC R0SP0R1D1ES · texte numérisé non relu

LES MIC R0SP0R1D1ES

de Ch. Robin , et j’apportais , je crois , la première démonstration de la nature psorospermique de ces corps par des preuves tirées de leur mode de développement absolument ignoré jusque-là. Néanmoins, M. Pasteur, ses élèves et ses partisans continuent à attribuer la découverte de la vraie nature des corpuscules pébrineux à Leydig qui n’a fait que la soupçonner et n’en a pas donné la moindre preuve. Je pourrais demander à M. Pasteur pourquoi il a attendu jusqu’en 1870, et jusqu’à ce que je sois venu confirmer l'idée de Leydig, pour se ranger à l’opinion de l’auteur allemand ? — Et alors pourquoi n’emploie-t-il pas le nom de Psorospermies et use-t-il constamment du mot corpuscules qui n'a rien de scientifique et qu’il faut bannir de la science ; mot qu’on était en droit d’employer quand on n’avait pas de connaissances sur la nature de ces corps, mais qu’il faut abandonner, aujourd’hui qu’on sait, grâce à mes observations, que ce sont des Psorospermies. — Et encore ce dernier nom est-il maintenant trop vague , puisqu’il s’applique à des Grégarines , aux Psorospermies des Poissons , aux Coccidies et aux Psorospermies utriculiformes des muscles. Il désigne aujourd’hui trop de choses pour servir encore à désigner une chose nouvelle, les corpuscules des Vers à soie malades. D’ailleurs, ceux-ci n’appartiennent à aucun des groupes que nous avons étudiés ; il faut donc créer un autre terme , et je propose, pour la première fois, le nom de Microsporidies. La raison qui m’a porté à créer cette nouvelle dénomination est fondée sur un caractère physique, savoir, l'extrême petitesse de ces organismes.

LES SPOROZOAIRES

Nous venons de voir combien les auteurs diffèrent d’opinion sur la nature des corpuscules des V ers à soie malades do la pébrine, ainsi que de ceux de beaucoup d’autres animaux, Insectes, Arachnides, Crustacés. Nous devons ajouter au nombre de ces animaux un Ver cestoïde , le Tœnia expansa des Ruminants, chez qui ils ont été vus par M. Monniez, (Bull, scient, du département du Nord, 1879). Stein a été jusqu’à les trouver chez les Infusoires , mais inconsciemment. Il représente dans son grand ouvrage des Stentor Rœselii avec un noyau fragmenté , tandis qu’il est ordinairement rubané (1). Les fragments sont hypertrophiés sous l’influence des parasites, et bourrés de petits corpuscules tout à fait analogues, d’après les figures et les descriptions de Stein, à des productions parasitaires. Et ces fragments, écrasés sous le microscope , montraient ces corpuscules ovalaires , brillants , tout à fait semblables à ceux de la pébrine. Stein pensait d'abord avoir affaire à des spermatozoïdes , mais il a fini par reconnaître qu’il se trouvait en face de parasites dont la nature lui était inconnue , mais je ne doute pas que ce ne soit des Microsporidies.

Ces productions sont donc très répandues, mais c’est chez les Articulés et surtout les Insectes qu’on les trouve le plus fréquemment, ce qui justifie le nom de Psorospermies des Insectes qu’on leur a donné quelquefois. Nous avons vu que ce nom de Psorospermies est devenu trop vague aujourd’hui , car il s’applique à plusieurs groupes de Sporozoaires et à leurs corps reproducteurs. Aujourd hui donc , je pense que le besoin de leur coordination systématique se fait sentir et qu’il convient d’apporter un peu d’ordre dans la classification de ces êtres. Ainsi , nous avons désigné les uns , avec Leuckart, sous le nom de Coccidies,

(1) Der Organisants der Infusionsthicre., 2n pnrlip, 1861, pi. VIII, fig. 13 élit

LES MICROSPORIDIES.

Biïtschli a désigné sous celui de Myxosporidies les Psorosperraies des Poissons ; j’ai proposé précédemment le nom de Sarcosporidies pour les Psorospermies des muscles, et pour justifier celui de Microsporidies pour les parasites psorospermiques des Insectes, je me base, pour établir cette désignation , sur l’extrême petitesse de ces organismes , qui sont les plus petits de tous les Sporozoaires, car ils ne mesurent pas plus de 4 n de long sur 2 n de large. Vlacovich a calculé le volume d’un seul de ces corpuscules et a trouvé 67 mille millionièmes de millimètre cube : 0nim000000067, c’est-à-dire que pour occuper l’espace d’un millimètre cube il faudrait plus de quatorze millions de ces organismes. Si on les compare aux autres Sporozoaires, par exemple aux Goccidies, on trouve que celles-ci sont de véritables colosses, car les spores du Cocciclium oviforme du Lapin, par exemple, ont une longueur de 18 {j. sur 9 (x de largeur.

Cette taille si minime rend très difficile l’observation de la structure intime de ces productions. Elles sont certainement formées d’une membrane d’enveloppe et d’un contenu , bien qu’il soit impossible de les distinguer à cause de la très faible différence de leur pouvoir réfringent, mais au moment de la reproduction, le contenu s’échappe et , alors , on peut reconnaître la présence de la membrane qui forme un petit sac vide à double contour.

La surface de ces spores est absolument lisse et sans détails de structure , même sous le plus fort grossissement. Leydig , avec un grossissement considérable , a cru reconnaître une ligne saillante allant d’un pôle à l’autre du corpuscule. J’avais cru aussi , dans le principe, reconnaître cette ligne, et j’en avais conclu que ces Psorospermies présentaient une structure bivalve comme celles des Poissons. Aujourd’hui, je crois que j’ai été victime d’une erreur d optique, d’autant plus que, quand la spore s’est vidée, ce n’est pas par 1 écartement des valves , mais par un orifice qui s’ouvre à l’un des pôles.

Quelques auteurs ont signalé la présence d’un noyau dans les Psorospermies de certains Arthropodes. Leydig l’a décrit chez celles

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du Daphnia rectirostris . Munk , chez les Psorospermies de Y Ascaris mjjslax , a vu aussi une lâche claire qu’il suppose un noyau. Mais ces faits sont 1res douteux.

M. Pasteur distingue, chez le Ver à soie , plusieurs variétés de corpuscules. D’abord, des corpuscules ovoïdes, brillants, homogènes, qui ne présentent rien de bien appréciable dans leur intérieur. Il les considère meme comme des organismes caducs , décrépits et incapables de reproduction. Puis , des corpuscules en forme de gourde , étranglés au milieu, ou de poire, beaucoup plus pâles, formés d’une enveloppe à double contour et d’un contenu dans lequel sont deux ou trois petites granulations , ou même davantage , qu’il appelle des granulins. Nous verrons quel rôle il leur fait jouer. Ces corpuscules piriformes, pâles, sarcodiques, sont pour lui des organismes jeunes et seuls capables de se multiplier. Nous reviendrons sur ce sujet.

J’ai observé aussi des corpuscules piriformes associés à d’autres et qui paraissaient présenter quelque chose comme un noyau , mais en les examinant de plus près , on reconnaît une simple vacuole placée vers l’une des extrémités ou vers les deux extrémités (PI. Y,fig. 1,6, c.) Je ne considère pas ces corpuscules comme des formes parfaites mais comme des spores en voie de développement; du reste, je n’ai jamais vu trace de noyau. On pourrait cependant, par analogie, conclure à l’existence de ce noyau , car on sait combien ce petit élément est difficile à distinguer dans les spores beaucoup plus volumineuses des Coccidies et des Grégarines.

Quant à l’action qu’exercent les substances chimiques sur ces corpuscules, tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître l’extrême résistance que ceux-ci présentent, même aux réactifs les plus concentrés. Leydig, le premier, a signalé cette résistance. D’après Ylacovich, quand on fait subir à ces corps un traitement par des acides, puis par une solution alcoolique d’iode, ils prendraient une coloration violette, d’où Ylacovich a conclu que leur enveloppe, au moins, est formée par une substance analogue à la cellulose végétale, mais le fait n a pas été confirmé. M. Pasteur a reconnu aussi l’extrême résistance aux agents

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chimiques que présentent les corpuscules ovoïdes brillants qu’il considère comme des formes âgées et caduques, tandis que les corps piriformes, jeunes et prolifiques, sont plus facilement attaquables par les réactifs. Il a vu que l’eau iodée contracte leur contenu et leur donne un aspect vacuolaire ou granuleux.

Tels sont les principaux caractères de ces Microsporidies quand on les examine en dehors de l’organisme de l’Insecte. Voyons maintenant comment elles se comportent en présence des tissus de l’animal vivant.

La meilleure méthode pour suivre le développement des Microsporidies du Ver à soie consiste à faire ingérer des corpuscules à des Vers bien sains. Il y a pour cela un moyen fort simple. C’est de délayer dans de l’eau des spores prises dans un papillon de Ver à soie corpusculeux que l’on broie dans un mortier et dont on fait une bouillie avec laquelle on badigeonne des feuilles de mûrier. On présente celles-ci aux Vers sains qui les acceptent assez bien. Au bout de très peu de jours les Vers à soie sont infestés. On trouve d’abord les corpuscules dans l’intestin. Ingérés avec les feuilles de mûrier, ils sont , en effet , d’abord en contact avec la paroi de l’intestin. Cette paroi est constituée, à l’intérieur, par une cuticule extrêmement fine, anhisto, sans solution de continuité. Sous la cuticule est la couche épaisse des cellules épithéliales , recouverte elle-même de deux couches musculaires, l’une à fibres transversales , l’autre à fibres longitudinales. Enfin vient la membrane séreuse qui tapisse l’intestin au dehors. Au bout de quelques jours, les corpuscules ont franchi la cuticule et on les trouve dans les cellules épithéliales et même dans les tuniques musculaires.

Pour faire cette expérience, il faut opérer sur des Vers très jeunes et ayant, au plus, quelques millimètres de long, sans quoi on ne pourrait qu’avec beaucoup de peine examiner le tube digestif dans toute sa longueur. Dans ces conditions, même, je n’ai pas pu découvrir le mécanisme de la pénétration des corpuscules à travers la cuticule.

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Mais en examinant ce qu’ils sont devenus dans les cellules épithéliales, et mieux encore, dans les tuniques musculaires, j’ai aperçu des petites masses sarcodiques, de volume très variable, ordinairement allongées dans la direction des fibres longitudinales. Les plus petites dépassent à peine le volume d’un corpuscule ; d’autres sont plus ou moins volumineuses , mais toujours dirigées dans le sens longitudinal , dans l'interstice des fibres musculaires. Ces petites masses sarcodiques sont la matrice des corpuscules et l’on peut les comparer aux Myxosporidies des Poissons. En effet , on voit d’abord apparaître dans ces masses sarcodiques , quand elles ont pris une certaine dimension en absorbant les sucs nutritifs ambiants, de petits globules pâles qui grossissent et se transforment en corps ovalaires ou piriformes , mais toujours plus larges que les corpuscules mûrs. Ce sont les jeunes spores. Dans ces spores, on voit se former une ou deux grandes vacuoles pâles, puis, les spores se condensent , prennent plus de consistance , les vacuoles s’effacent, et tout le sarcode disparaît, absorbé par les éléments qui se sont formés dans son sein. Il ne reste alors qu’un petit amas de spores mûres qui s’éparpillent dans tous les sens , en raison de ce que la masse sarcodique disparue ne peut plus les retenir. Ils vont donc se développer ailleurs en d’autres masses sarcodiques , et c’est ainsi que l’organisme tout entier du Ver se remplit de proche en proche de Microsporidies.

LES MICROSPOIUDIES.

Comment naissent ces petites masses sarcodiques ou Microsporidies?

Dans mes premières recherches, en 1866, j’avais cru que les corpuscules, au contact des tissus du Ver, subissaient comme une sorte de ramollissement et se transformaient en un petit globule de sarcode homogène qui prenait ensuite la forme d’une petite amibe. Celle-ci allait en grossissant et, parvenue à une certaine dimension, donnait naissance, par génération endogène, à des corpuscules qui recommençaient le cycle des phénomènes. Mais j’ai observé plus récemment sur l’Attacus Pernyi que les Microsporidies ne se forment pas de cette manière, mais par un procédé qui présente beaucoup d’analogie avec celui qui produit les Myxosporodies des Poissons. Nous avons vu que celles-ci ne sont que le contenu sarcodique de la spore qui s’échappe sous forme d’Amibe, grossit aux dépens des tissus ambiants et forme ces masses gélatineuses dans lesquelles se produisent de nouvelles spores. Ce sont les mêmes faits que j’ai observés, il y a deux ans, pour les Microsporidies des Insectes. Les spores s’ouvrent non pas par l’écartement de deux valves, mais elles se percent par un bout et le contenu s’échappe sous la forme d’un petit globule qui se meut par des mouvements amiboïdes. Comment a lieu l’ouverture de la spore? Par dissolution locale de la membrane d’enveloppe ou par un micropyle préformé? La petitesse de ces éléments rend l’observation du processus trop difficile pour qu’on puisse répondre à cette question. Après la sortie du contenu l’enveloppe de la spore se présente comme une membrane à double contour très net (PI. V, fig. 2).

On pourrait objecter, avec quelque apparence de raison, que j'ai pu confondre ces spores de Microsporidies avec des spores de Scbizomycètes, de Dacillus, par exemple, qui ont un mode de germination tout

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ii fait analogue. Chez certains Bacillus, en effet, les spores, au moment de germer, s’ouvrent aussi, par une extrémité et le contenu s échappe , mais il y a des caractères (ju i permettent de distingue!’ les spores des Bacillus et celles des Microsporidies : d’abord, le volume. Les spores de Bacillus sont beaucoup plus petites et les plus volumineuses, celles du Bacillus ou Clostridium ami/lobacter, ne mesurent que 2 a 2, 5 ;a de long sur 1 ja de large. De plus, dans la spore de Microsporidie , le contenu sort comme une petite masse irrégulière, amiboïde , tandis que dans la spore de Bacillus , le contenu affecte au moment de sa sortie la forme d’un bâtonnet cylindrique ; celui-ci bientôt s’allonge et se divise en nombreux articles qui tantôt se séparent les uns des autres, tantôt restent contigus et forment un filament plus ou moins long.

D’ailleurs, je n'ai jamais observé de Schizomycète, Bacillus ou autre, chez les Aüacus Pernyi même les plus malades de la pébrine , et jamais je n’ai trouvé, chez cette espèce, de coïncidence des parasites de cette dernière maladie avec les parasites de la flacherie.

Il résulte de tout ce qui vient d’être dit que, d’après les phénomènes de leur reproduction et de leur développement, les parasites de la pébrine, maladie engendrée précisément par l'abondance de la production des corpuscules, sont de véritables Psorospermies, comme j’ai essayé de l’établir dès 1866. Mes observations sont donc les premières qui aient donné une base certaine à l’opinion de Leydig, et M. Pasteur les pouvait jugerautrement qu’en disant que j’ai fait connaître le premier en France la manière de voir de l’observateur allemand (Etudes sur la maladie des vers à soie , t. I, p. 30). M. Pasteur a d’ailleurs cherché aussi à étudier le développement des corpuscules de la pébrine et est arrivé à des résultats bien différents. L’exposition n’en est même pas facile k comprendre et déroute les biologistes qui y cherchent des analogies avec les phénomènes que présentent les organismes connus.

Pour M. Pasteur, les corpuscules ovoïdes, brillants, qu’on rencontre par milliers dans les Vers k soie pébrineux seraient, comme nous l’avons dit antérieurement, des formes caduques, décrépites et incapables de

LES MICROSPORIDIES.

se reproduire; il les compare aux globules rouges du sang dos Vertébrés, aux globules du pus, et les désigne sous le nom d 'organites. Et à ce propos, je dois vous donner quelques explications sur ce terme d 'organites que l’on rencontre quelquefois dans différents ouvrages où il est pris dans des acceptions très diverses. 11 a été créé par Serres, en 1842, pour désigner les parties de l’embryon qui se réunissent pour former un organe chez l’adulte : par exemple, les trois pièces qui composent l’os iliaque ou celles qui forment les autres os. Tel est le sens attribué par Serres à ce terme, et c’est toujours ainsi qu’on l’entend en anatomie comparée et en embryologie. Mais, plus tard, on a désigné sous ce nom tantôt les globules du sang, tantôt les éléments anatomiques en général (1). C’était déjà inutile, mais M. Pasteur lui donne encore des significations nouvelles et l’applique aux globules du sang et du pus, aux grains d’amidon, aux spermatozoïdes, aux corpuscules des Vers à soie pebrineux, c’est-à-dire aux choses les plus hétéroclites. C'est donc là un mot qu’on doit rejeter de la science, à moins de le restreindre au sens pour lequel Serres l’avait créé. — Mais revenons à notre sujet.

Les corpuscules seuls capables de se reproduire, d’après M. Pasteur, sont ceux qu’il appelle cellules et corpuscules piri formes ; les premiers sont arrondis, les seconds en forme de poire ou de gourde. Ces derniers sont pâles, ternes, « sarcodiques » ; ils se détruisent facilement par les réactifs, l’eau iodée, par exemple, qui les contracte et fait apparaître , dans leur intérieur, une ou plusieurs granulations mûriformes que M. Pasteur désigne sous le nom de granulins ou de nucléoles, et qu’il considère comme les germes des corpuscules. Quant aux éléments qu’il appelle cellules , on ne sait trop pourquoi, car il y a dans toute cette description un abus de termes évident, ils représentent des formes encore plus jeunes. Ces cellules produisent aussi des granulins et ceux-ci se transforment dans la cellule mère en autant de

(1) Milne Edwards , Leçons sur la physiologie cl l'anatomie comparée de l'homme et des animaux, 1857—1881.

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corpuscules nouveaux qui, devenus libres à l’état sarcodique, se multiplient par scission transversale et prennent enfin l’aspect de corpuscules ovoïdes, brillants, caducs.

M. Pasteur paraît admettre aussi que , dans certaines conditions, les granulins, au lieu de se développer dans l’intérieur du corpuscule mère, s’échappent par un orifice de la paroi et c’est dans les tissus du Ver que s’opère leur transformation en corpuscules bien développés. Quelle est la nature de ces granulins? M. Pasteur ne le dit pas : il les appelle aussi quelquefois nucléoles , ce qui ne rend pas sa description plus claire, — au contraire. Comment s’opère cette transformation des granulins, soit dans les cellules mères, soit dans l’organisme du Ver, après qu’ils sont mis en liberté? Parun simple gonflement du granulin ou par un dépôt de matière à sa surface. — Ce qui manque surtout pour l'intelligence de ces phénomènes, ce sont des termes de comparaison permettant de les rattachera des phénomènes analogues qui se produisent chez d’autres organismes. On ne sait, en effet, quel est le mode de développement observé chez d’autres êtres vivants, auquel on puisse comparer ce que M. Pasteur a décrit ; tout au plus peut-on rapprocher ces faits de ce que certains auteurs ont observé chez quelques Protozoaires. On se rappelle que Stein a vu s’échapper du corps de certains Flagellés enkystés des granules qu’il considère comme des spores et qui se développent au dehors en nouveaux Flagellés. On aurait vu aussi, de l’intérieur de quelques Rhizopodes, sortir de petites spores, se développant en nouveaux individus. Mais, outre que ces faits sont encore très problématiques, les Microsporidies ne ressemblent en rien à des Flagellés, non plus qu’à des Rhizopodes.

Les faits décrits par M. Pasteur s’éclairent, au contraire , d un nouveau jour, quand on les interpréta à la lumière de mes obseï valions. En effet , ces corpuscules pâles , sphériques ou piriformes , qui , pour M. Pasteur, sont la forme fertile et reproductrice du parasite, sont mes corpuscules en voie de développement. C’est sous cette forme qu ou les voit apparaître d’abord dans les masses de sarcode, et, une fois mûrs, ils deviennent les corpuscules ovoïdes brillants. Ceux-ci repré-

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sentent un état de maturation complète et non de décrépitude. Quant aux granulins , quelle est leur signification? — 11 est probable que M. Pasteur a attaché une très grande importance à des éléments qui sont loin de jouer le rôle qu’il leur a attribué. Sans doute ces granulins ne sont autre chose que les granulations graisseuses qui se trouvent en si grand nombre dans les masses sarcodiques formant la matrice des spores chez tous les Sporozoaires , granulations graisseuses que l’on voit aussi dans les jeunes spores. M. Pasteur leur a donc attribué une importance exagérée.

Il décrit aussi une multiplication par division spontanée et suppose qu’avant de passer à l’état d’organismes caducs et décrépits, les corpuscules se multiplient par scissiparité. Or, j’ai publié un travail spécial pour montrer quelle est la source de l’erreur commise par M. Pasteur à ce sujet. J’ai montré (Comptes rendus de V Académie des Sciences, 1866) que ce que M. Pasteur a décrit comme une division est une coalescence de deux corpuscules , ce qui résulte de leur mode de développement au sein des masses plasmiques dans lesquelles des corpuscules restent souvent accolés. Du reste , cette multiplication des spores par scissiparité ne s’observe dans aucun autre groupe de Sporozoaires.

Je crois qu’il est inutile de m’arrêter plus longtemps sur les observations de M. Pasteur, que je pense pouvoir caractériser d’un seul mot en disant que leur auteur y prouve combien il est peu familier avec les recherches de la biologie. Mais avec cette réserve, je rends justice à ses travaux qui ont rendu aux sériciculteurs un réel service en leur permettant de reconnaître une graine saine d’une graine malade.

Quand la spore a franchi le tube digestif du Ver à soie, car c’est toujours par là qu’elle s’introduit dans l’animal, le chemin lui est ouvert pour pénétrer dans tous les organes, même les plus éloignés du point d’entrée. C’est ainsi que les parasites arrivent dans les glandes séricigènes, dont ils distendent les cellules et en forment des tumeurs toutes

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