OBSERVATION LXXXIII
Scrofule viscérale.
Deux bubons scrofuleux. — Arthralijies et rhumatalgies, — Albuminurie , Pleurésie bientôt suivie de périsplanchnite scrofuleuse,
Aatbourq, nègre, né à la Guadeloupe, domestique, entré 3 l'hôpital Saint-Louis le 4*^ mars 1858, pavillon Saint-Matthieu, n° 100.
Antécédents de famille. — Père mort do fluxion de poitrine, mère, frères et sœurs bien portants.
Antécédents du malade. — A eu dans son pays, il y a plusieurs années déjà, des douleurs vagues dans les membres, qu'il attribuait aux vicissitudes atmosphériques de ces contrées et à des bains froids pris à diverses reprises pendant qu'il était en sueur. 11 en ressentit quelques légères atteintes à Paris.
68& LEÇONS SUR Li. SCROFULE.
Il y a un an, il entre à l'hôpital du Midi, service de M. Poche, poor deux bubons dans les aines ; il affirme n'avoir eu antérieurement ni bleonorrhagies ni chancres; mais, comme le gland ne se découvrait pas. il est possible que des chancres aient existé à l'insu du malade. Opération du phimosis, ouverture des bubons, pilules de Vallet pendant trois^ mois de séjour à l'hôpital.
Rentré chez son maître, où il habitait une chambre froide, il éprouva de nouveau des douleurs plus vives la nuit que le jour, voyageant des membres supérieurs aux inférieurs, et se faisant parfois sentir dans It poitrine et dans le dos.
Il n'avait» à celte époque, ni croûtes dans les cheveux ni adénile cervicale.
Lors de son entrée, persistance des douleurs, qui ont pris depuis deux mois une acuité plus grande. Il ne dort pas, il ne peut se tenir sur les jambes; les deux genoux et le creux du jarret sont particulièrement douloureux. Il n'y a pas de gonQemenls articulaires, pas de crépitations, pas d'œdème; cependant les urines sont très chargées d'albumine.
La verge n'offre aucune induration ni cicatrices; les ganglions inguinaux sont restés indurés; au côté gauche du cou, depuis l'attache occipitale du trapèze, le long de son bord antérieur jusque dans le creux sosclaviculaire, on trouve un chapelet de ganglions tuméfiés dont le plus gros aie volume d'une noix. La région latérale droite du cou n'offre rien de semblable.
Etal général. — Sommeil rare et interrompu par les douleurs; appétit bon, fonctions digestives régulières ; pas de céphalalgie; cœur nonnal; bronchite légère, avec oppression, toux fréquente, crachats muqueux ; pas de fièvre; albuminurie.
Trailement. -- Liniment opiacé, bains de vapeur.
3 mars. — Épistaxis, fièvre.
4 0 mars. — Pleurésie à gauche. Véstcatoire.
20 mars. — Point de côté à droite, respiration gênée, obscurité do bruit respiratoire, submaiité de toute la partie latérale du thorax.
21 mars. — Le malade respire mieux ; sueurs nocturnes abondantes. 6 ventouses scarifiées.
23 mars. — Réapparition des douleurs, respiration anxieuse, Umx fatigante. Deux vésicatoires au côté droit à quelques jours d'intervalle.
34 mars. — Retour, au côté gauche, des mêmes accidents. Nouveaux vésicatoires. Amélioration, excellent appétit.
5 avril. — Encore quelques douleurs au côté droit, froitemeot
plearétique. Le malade continae à tousser et à expectorer des cracbala aérés bronchiques, avec quelques parties plus épaisses, jaaaes, mêlées de quelques slries rougeâlres.
23 avril. — État général meilleur, bon appétit; au côté droit, toujours matité, bruit de frottement, expectoration toujours abondante, mais sans caractère spécial.
20 mai. — • Épanchement considérable à droite, respiration de plus en pins pénible , crachats muqueux abondants, striés de sang. On constate les mêmes signes d'épanchement à gauche. Vésicatoires, jolep émétisé.
24 mai. — Hémoptysie assez abondante, taches ecchymotiques sur le tronc, pouls irrégulier, fréquent, à peine sensible ; épistaxis continaelle; le sang tache à peine en rose les draps du lit ; asphyxie. Mort le 25aiaû
Autopsie. — Habitude extérieure. — Tout le corps, excepté le visage, est couvert de taches vineuses, surtout nombreuses aux membres inférieurs.
Si l'on dissèque le tissu cellulaire sous-cutané correspondant à ces taches, on trouve qu'il est infiltré d'un sang fluide encore très coloré.
SéreuseB. — Plèvre, — A Touverture, la cavité pleurale apparaît pleine de saog mêlé de sérosité. Du côté droit, des traces de pleurésie récente. Dans le tissu cellulaire sous-pleural de la région diaphragmatique, on trouve çà et là quelques foyers contenant des caillots de sang. Entre les côtes et la plèvre costale, une très grande quantité de tubercules mitiairesdu volume de la tète d'une épingle soulevant la séreuse.
Péricarde, — La séreuse péricardique porte quelques plaques blanrMtres, sur la face postérieure du cœur, traces d'ancienne péricardite. Dans l'épaisseur du feuillet fibreux du péricarde, on remarque de nombreuses granulations tuberculeuses du volume d*une tète d'épingle, les plus grosses comme une petite noisette.
Cceur. — Sain.
PéritotM diaphragmatique. — Infiltration confluente et granulations miliaires; adhérence extrêmement intime. Le décollement opéré, on voit une surface semée de tubercules, dont quelques-uns ont été séparés par la moitié, et semblent s'être développés aux dépens du foie, de la séreuse et même du diaphragme, ces trois organes se trouvant confondus.
£ptp/oon gastro-hépatique. — il offre, dans l'intervalle de ses feuillets, une masse considérable de tubercules, mêlés à une matière sanguine-
lenle formant, sous la séreuse, un piqueté rouge foncé. L* épaisseur de l'épiploon est d'un travers de doigt en quelques points.
Le mésentère est criblé de granulations tuberculeuses dans toute son étendue.
Les ganglions mésentériques sont volumineux comme de petites olives, de couleur brunâtre à la loupe; ils ne contiennent pas de tubercules. La séreuse recouvrant l'appareil gastro -intestinal offre: 4«à la surface de l'estomac de gros tubercules ; de plus, elle est colorée par quelques petits foyers sanguins, qui lui donnent un aspect chiné; 2" du côté de l'intestin grêle, mômes granulations miliaires, même teinte brunâtre, l'infiltration sanguine seulement parait plus profondément située qu'à la surface de Testomac; 3* gros intestin, mêmes granulations, mêmes ecchymoses.
Péritoine pariélaL — Çà et là, piqueté ecchymotique, granulations très nombreuses, surtout dans le péritoine qui tapisse la cavité pelvienne et la face postérieure de la vessie.
Séreuse vaginale des testicules. — Point de tubercules , infiUralioo sanguine, que Ion observe également dans l'épaisseur du parenchyme du testicule droit.
Séreuses articulaires, — Rien.
Enveloppes du cerveau, — Rien dans la dure-mère. L'arachnoïde est légèrement opaque en quelques points; la pie-mère, au niveaa du bulbe, l'arachnoïde ayant été préalablement enlevée, présente une couche pigmen taire assez épaisse qui donne à la surface du bulbe un aspect noirâtre.
Enveloppes de la moelle, — La pie-mère rachidienne offre le même aspect noirâtre dans toute la portion cervicale et la moitié supérieure de la région dorsale.
Viscères. — Poumon. — Plaques pigmen taires et noyaux pigmentaires très développés, pas de traces de tubercules ni de granulations dans l'épaisseur du parenchyme, maisinûltration sanguine dans la plèvre viscérale et dégénérescence tuberculeuse très abondante des ganglions médiastinaux et bronchiques. Quelques-uns de ces ganglions médiastinaai sont assez développés pour avoir déterminé l'absorption de la face interne du sternum, qui se trouve réduit, en quelques points, à une couche superficielle. Ces ganglions médiastinaux sont, les uns ramollis à leur centre, les autres encore crus et plus ou moins remplis de matière noirâtre.
Foie. -^ Volume normal, couvert à sa surface de granulations tuber-
coleoses; maïs il n*y en a aucune dans son épaisseur : couleur rouge bmo ; difQuence.
Vésicule. — Presque vide. Bile jaune clair peu consislanle.
Rein droit. ^^ Volume normal ; surface : iraces ecchymoliques ; coupe: petits foyers nombreux dans la substance corticale.
Rein gauche. — Idem. Quelques petits points blanchâtres ayant leur base à la surface, en s'étendant dans Tépaisseur de la substance cor^ ticale, n'offrant pas d'apparence tuberculeuse; capsules surrénales normales.
Raîe. — Assez volumineuse, criblée à sa surface de tubercules qui pénètrent dans l'épaisseur du parenchyme et dans celle du diaphragme. A la surface du diaphragme, ces tubercules s'élèvent en mamelons blanchâtres. Coupe de~ la rate : la plus grande partie du parenchyme offre une dégénérescence tuberculeuse; la portion restée normale offre une teinte brunâtre sanieuse. Du bord intérieur et supérieur de la rate part une masse tuberculeuse qui semble faire corps avec la rate, et qui en égale au moins le volume. De cette énorme masse tuberculeuse part une traînée tuberculeuse du volume du doigt, d'une longueur de 45 à 20 centimètres, occupant tout Tépiploon gastrosplénique.
Ganglions prévertébraux de la cavité abdominale extrêmement développés, embrassant l'aorte, à laquelle ils adhèrent ; plusieurs d'entre eux se sont réunis en une même masse ayant la forme do rein et les deux tiers de son volume. A l'incision, il s'échappe d'une petite cavité contenue dans cette masse un liquide séreux.
PancréaB. — Parait normal ; il est très développé ; sa consistance est dure et fibreuse.
Eêiomac. — Face interne présente çà et là quelques taches ecchymotiques, qui sont en quelques points confluentes et forment des pla^ ques. Quelques granulations tuberculeuses sont logées dans l'épaisseur de l'intestin, mais aucune ulcération à leur surface. La dernière portion de l'intestin grêle n'offre pas de taches ecchymotiques.
Gro9 intetlin. — Mêmes ecchymoses, même absence d'ulcérations.
0$. — Les cellules sont infiltrées de sang, surtout au niveau des épiphyses.
0S8 LEÇONS StR LA SCROFULE.
Serofale viseérale.
Phihme serofuleuse^ précédée d'ophthalmie^ de scrofuUde maligtu de la [ace et d'engorgements ganglionnaireê généralisée.
Hôpital Sainl-Louis, salle SaiDte-Foy, n"* 35.
Victorîne Madran, vingt ans, entrée le H mars 4 858.
Antécédents. — Elle n*a pas connu son père. Sa mère est morte if j a quatre ans d'une pbthisie pulmonaire.
La malade dit n*avoir jamais eu de gourmes ; elle a eu des ophtha]mies, et, à un âge qu'elle ne peut préciser, les ganglions du cou ont commencé à s'engorger. A douze ans, elle a vu se développer snr le nez de gros boutons rouges qui se sont couverts de croûtes jaunâtres, et en même temps les joues aussi ont commencé à rougir sans présenter des boutons semblables, mais se sont également recouvertes de croûtes.
Sujette à une toux revenant fréquemment dans les saisons froides et humides, elle tousse d'une manière continue depuis sept mois, et, depuis ce temps, elle a des sueurs et de la diarrhée. Elle a beaucoup maigri.
Actuellement elle présente l'état suivant : les deux ailes du nez sont frappées d'une perte de substance assez marquée ; le nez et les joues présentent un aspect cicatriciel consécutif à la cicatrisation de la scrofulide maligne; partout Te système ganglionnaire engorgé foroie.^o cou, dans l'aisselle, dans l'aine, de petites tumeurs qui roulent soas le doigt.
La percussion et l'auscultation révèlent des excavations dans les deoi poumons. Fièvre intense, avec redoublements le soir; sueurs la ooit. diarrhée colliquative. Les urines contiennent une quantité notable d'al* bumine. Amaigrissement considérable.
Le traitement institué : huile de morue, pilules d opium, diascordium, etc., ne peut lutter contre le progrès de la maladie, à laquelle cette jeune 6lle succombe le 30 mars.
Autopsie te 2 avril. — Les deux poumons adhérents parlotft sont criblés de tubercules ramollis; leur sommet est creusé de nombreuses anfractuosités.
oiiservations. 630
Le foie est hypertrophié, dar, jaane, et graisse manifesteffienl le oaateaa.
LeA reîos sont augmentés de volume ; ils ne présentent de granolatioDS ni aa-dessous de lear membrane externe, ni dans l'épaisseur de lear tissu ; ils ont une coloration jaunfttre, avec atrophie de la substance tubafense.
Serofole vlaeénUe.
Phlkine abdominalâ, — Tumeur tuberculeuêe daiu Npiploon de la fo$$$ iliaque droite j avec ulcérutione de lUntestin grêle correspondant. — Tubercules disséminés dans le péritoine et dans les deux poumons.
Bourrelier, trente-quatre ans, maçon, entré à Tbôpital Saint-Ânloine le 4 8 janvier 1 847, mort le 4 *' août. «Durée du séjour, six mois et treixe jouis. Durée probable de la maladie, dix mois.
Ce malade dit avoir souffert de privations, être enrhumé depuis trois mois, après avoir été mouillé en travaillant au canal. Il est alité depuis quelques joars. à cause de fièvre et de diarrhée. (Nous apprenons que son père est mort à quarantecinq ans d'état typhoïde consécutif à fluxion de poitrine. Sa mère est morte à cinquante ans de fièvre typhoïde. Il a cinq frères ou sœurs et un petit garçon bien portants. Il a eu, en 4844, une fièvre typhoïde qui a duré trois mois.)
A son entrée, on constate : peau chaude, fièvre, langue blanche, absence d'appétit, diarrhée, sans céphalalgie, sans épislaxis, sans bour* donnements d'oreilles ; tuux fréquente, avec douleur derrière le sternum ; crachats muqueux. A T auscultation, des deux côtés, rftie muqueux, surtout à gauche, absence de matité, rion au cœur.
Du 4 8 janvier au 4 février, même état, toujours fièvre et diarrhée variant seulement du plus au moins ; affaiblissement.
Le 4 février, on examine avec soin les matières diarrhéiques ; elles sont liquides et laissent surnager quelques grumeaux d'une matière blanchâtre, solide, molle, et^ui, au microscope, parait formée par delà graisse sans vésicules, soluble dans l'éiher.
Du 5 au 45, on ne trouve plus cette matière graisseuse.
47 février. — Toujours diarrhée, quelques craquements en haut et à droite. Le faciès est toujours d'un gris jaunâtre et profondément altéré.
23 février. - Diarrhée avec coliques, ane selle sanglanle. On constate, dans la région iliaque droite et profondément, une petite lomeor qui n'est perceptible au toucher que par une pression forte et rapide; on perçoit alors quelque chose de roulant et comme une sensation de flot .
Du 24 février au 24 mars, toujours diarrhée et fièvre, selles tantôt consistantes, tantôt simplement diarrhéiques, plus ou moins fréquentes; mais Taffaiblissement et Taltération du faciès vont en augmentant. La tumeur de la fosse iliaque a considérablement diminué (le malade prend delà ciguë depuis un mois), elle est perçue comme une petite boale dure, un peu roulante.
Môme état jusqu'à la fin de mat, où le malade, ennuyé d'un séjour de plus de quatre mois à Thôpital, sort et rentre au bout de douze jours, plus amaigri, ayant toujours de la diarrhée et sa tumeur dans la fosse iliaque. La percussion et l'auscultation donnent à droite, en arrière, matité générale ; là aussi r&le sous; crépitant, craquements au sommet, gargouillement obscur ; en avant et en haut, respiration rude, soufflante, sans ampleur. Pouls à 96.
Même état, qui va en s'aggravant, jusqu'au 26 juin, où on s'arrête à ce diagnostic : tubercules dans le ventre et dans la poitrine. Cet état conduit au marasme, dans lequel le malade s'éteint le 4'^ août.
Autopsie. — Tumeur tuberculeuse de la grosseur d'une noix verte dans l'épiploon de la fosse iliaque droite ; tubercules disséminés dans le péritoine; ulcérations d'origine tuberculeuse dans l'intestin grêle; poumon droit creusé par une caverne pouvant contenir une pèche; ailleurs et à gauche, tubercules sans cavernes.
OBSERVATION LXXXVï.
Scrofole viscérale.
Carreau avec tumeur simulant une hypertrophie de là rate.
Hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Antoine, n"* 4.
Le 1 5 mai 4 847 a été reçu un jeune garçon de dix-neuf ans, d'une ioteN ligence peu développée, qui ne donne sur son état antérieur que des renseignements incomplets. lia, dit-il, depuis longtemps du malaise, perte d'appétit, digestions difficiles, parfois de la diarrhée. Il a beaucoup
maigri ; il a des accès de 6èvre chaque jour, commençant le soir et se lerniinaDt le malio par de la sueur.
Oo coostate dans la région spléniqae de la matité dans une grande étendue, et arrivant jusqu^à Testomac.
Diagnostic. — Fièvre intermittente, hypertrophie de la rate.
Traitement, — Sulfate de quinine qui, continué pendant plusieurs jours, paraît suspendre les accès et diminuer la matité. Mais bientôt on s'aperçoit que ce mieux n'est qu*apparent : la Gèvre reparaît, et en même temps il survient de la diarrhée et un commencement d'ascite. On examine alors avec plus d'attention la région où siège la matité, et, en pressant fortement et dans tous les sens, on trouve qu'à la matité correspond une tumeur dure, bosselée, qui évidemment ne peut être une rate hypertrophiée, et que M. Bazin déclare être une masse tuberculeuse épiploîque. La diarrhée persiste , l'ascite augmente. Vomissements fréquents, dilatation gazeuze de l'estomac. Mort le 14 juin.
Aulopaie. — Abdomen. — - Quantité considérable de sérosité transparente, sans flocons albumineux dans le péritoine. Il n'y a pas de péritonite. Masse indurée, bosselée, d'un blanc grisâtre, parsemée çà et là de points mélaniques, étendue au-devant de la colonne vertébrale, depuis le diaphragme jusqu'à Tangle sacro-vertébral, plus étalée et plus saillante en bas qu'en haut, où, au-devant d'elle, reposent l'estomac et le côlon transverset Sur les côtés et en bas sont appendus les intestins, qui sont un peu atrophiés et généralement grisâtres. La rate a conservé son volume normal. Le foie est atrophié.
Pendue, cette tumeur paraît constituée par l'enveloppe mésentérique, remplie par des tubercules gros comme des châtaignes, les uns plâtreux, beaucoup en suppuration jaune verdâlre ou crémeuse.
Il y a aussi de nombreux et gros tubercules sur tout le trajet des bronches; infiltration tuberculeuse des deux poumons; adhérences pleurétiques.
Le principal intérêt de cette observation consiste dans la matité de la région splénique, simulant une hypertrophie de la rate.
Qhi LEÇONS StlR LÀ SCROFULE.
OBSERVATION LXXXTIL
Serofnle vtseénile.
SneéphalopaUiie scrofuleuse^ ou abcès froid du eerveau, précédé . . d'otorrhée.
Michel (Isidore), treote-trois ans, marchand de nouveautés, demearant à Paris, rue Réaumur, 4 .
Le père de ce malade est mort asthmatique à soixante-six ans. Sa môre est morte à soixante-quatre ans d'une aiïection cérébrale. Il a un frère et une sœur. Le frère, plus âgé que lui, est maigre, dune faible constitution, sujet aux rhumes et aux maux d'estomac. La sœur jouit d'une excellente santé, bien qu'elle ait perdu jeune encore, vers l'âge de trente-quatre ans.
Quant au malade, il a eu. à Tftge de cinq ans, des ophihalmîes qui se sont reproduites à différentes reprises, et ont affaibli la vue, ce qui l'obligeait à tenir la tète baissée, pour éviter l'action d'une lumière Vive. Depuis un an, il est atteint d'une otorrhée purulente du cÀté droit; l'ouïe est notablement affaiblie de ce côté.
Depuis cinq ou six mois, le malade éprouve des douleurs de iéte vagues, sans siège déterminé. Il a, dit-il, de l'embarras dans la tète, et il lui semble que son chapeau augmente le mal ; il en supporte difficilement le poids.
Il y a huit jours seulement qu'il a pris le lit, à la suite d'un frisson violent, suivi d'une forte réaction fébrile ; les principaux symptômes do début ont été de Ift céphalalgie, une chaleur vive à la peau, de Toppression, de la toux suivie de quelques crachats visqueux, des douleurs vagues dans la poitrine et dans le ventre, une agitation continuelle, de la constipation. Son médecin ordinaire, le docteur Saintard, crut d'abord à l'existence d'une fluxion de poitrine, et pratiqua deux saignées du bras; mais le septième jour les vomissements bilieux et le délire lui ârent craindre une méningite, et ion fit appeler en consultation le professeur Piorry, qui diagnostiqua une fièvre typhoïde ou bien l'ensemble des organopathies qui constituent cet état morbide. Au bout de quelques jours, l'état du malade continuant à s'aggraver, je fus adjoint à ces messieurs. Après avoir examiné le malade avec la plus grande attention, je déclarai que je ne pouvais partager l'avis de mes confrères sur ta nature de la maladie. L'absence de stupeur, la constipation, les vomissements^
la cofitracliot) des pupillei, une paralysie \ncomp!èt8 de tout on côté du corpS) h déviatioh de la langue, d'aulres signes encore, ne me permettaient pas de croira ft l'eiistence d'uhe fièvre typhoïde. Le malade était très agile, il délirait; mala» en fixant forlement son attention, on obtenait des t^potises justes aux questions qu on lui adressait.
En tenant eompte de l'état actuel et des antécédents scrofuleux du sujet, surtout de Totorrhée purulente, avec surdité, qui existait depuis un an, je diagnostiquai une ioppuraîhn He» centres nerf^ux.
L'absence de râles typhoïdes, d'épistaxis au début, de taches lenti* calaires, était encore pour moi Ub motif de ne pas croire à l'existence d*nne fièvre typhoïde.
Une potion musquée fut prescrite ; on appliqua deux vésicatoires aux jambes. Ces moyens ne furent suivis d aucune amélioration, et deux jours après, le 4 mers 4 S 44, le malade expirait, en rendant une très grande quantité de sang par les narines.
L'autopsie, réclamée par la famille, fut pratiquée trente heures après la mort. *
Autopsie^ — > Le cadavre ne présente, à lextérieur, rien de bien remarquable : on voit, à la partie interne des cuisses et sur le côté gaucbedn thorax, les traces des vésicatoires qui ont été appliqués pendant la vie. L'abdomen est considérablement distendu par des gaz. Le tronc et les membres sont dans un état de roideur prononcée.
Cavité crânienne. — La dure-mère de la voAle du crftne étant incisée de chaque côté le long de la faux et coupée latéralement vers sa partie moyenne, on trouve les méninges sous-jacentes opaques, adhérentes à la substance cérébrale. Des glandes de Pacchioni existent en grande quantité sur les côtés du sillon cérébral, en arrière. La masse encéphalique étant détachée de la base du crâne et coupée au niveau de la partie inférieure du bulbe rachidien, on voit sortir du canal un liquide purulent abondant. Un pus blanc, crémeux, opaque, se laisse apercevoir aussi, 60U8 forme de couche, au- dessous du chiasma des nerfs optiques, sous l'arachnoïde, qui tapisse la base du cerveau. La partie postérieure du bulbe est également baignée de pus. Sur le côté droit de la base du cerveau, à l'union des lobes postérieur et moyen, existe une perforation de la grandeur d'une lentille, entourée d*une aréole noirâtre de 5 à 6 lignes de largeur; la moindre pression sur ce point fait sortir par le trou un liquide brun noirâtre, qui n'est autre chose qu'un pus de mauvaise nature. La perforation conduit, en effet, à un foyer spacieux ereusé dans l'épaisseur de l'héroisphère droit du cerveau j et capable de
Qhh LEÇONS SUR LK SCROFULE.
loger une grosse noix. Ce foyer est tapissé inlénearemenl d^ane fausse membrane soyeuse, d'une teinte verdâtre, sur laquelle se ramiGent des vaisseaux nombreux. La cavité anormale creusée dans le cerveau communique, par une petite ouverture arrondie , avec le ventricule latéral du même côté, puis avec le ventricule du côté opposé, le troisième et le quatrième ventricule, qui sont tous distendus par le pus. Jusqu'à Taqueduc de Sylvius, le pus ventriculaire est noirâtre, brunâtre ; puis, à partir de ce point, il reprend la couleur blanchâtre, blanc jaunâtre, qu'il présente à l'extérieur du cerveau.
En examinant la dure-mère crânienne, qui répond au foyer cérébral, on la trouve ramollie, rougeâtre et aussi perforée dans un point. Le rocher sur lequel ce point de la dure-mère est appliqué n'offre point de carie, mais, dans retendue de 5 ou 6 lignes, cette portion du temporal est le siège d'une couleur rouge jaunâtre qui tranche bien manifestement sur la couleur blanche du reste de l'os. Les cavités intérieures de roreille soni couvertes de matière purulente.
Caviië thoraciifue. — Le cœur présente un volume un peu plus fort que dans l'état normal. Les parois du ventricule gauche sont évidemment hypertrophiées. Le cœur droit est rempli de caillots en partie albumineux. Les deux poumons sont adhérents aux côtes par des adhérences anciennes ; tous deux sont légèrement emphysémateux à la partie antérieure et ratatinés, offrant des lignes rayonnées comme les débris d'anciennes cicatrices. Tous deux sont, en arrière et en bas, gorgés de sang, en arrière et en haut, parsemés de petits tubercules crétacés. Le tissu pulmonaire y est induré, grisâtre, évidemment imperméable à l'air. Cette même altération, plus prononcée à gauche, offre çà et là, au milieu de l'induration grisâtre, des points de véritable hépatisatîon.
Cavité abdominale. — La rate ne présente rien de remarquable ; elle est d'un petit volume. Le foie n'offre aucune altération ni dans son volume ni dans son organisation. L'estomac, distendu, laisse voir au milieu du grand cul-de-sac une tache rouge lie de vin de la grandeur d'une pièce de 2 francs, due évidemment à l'action cadavérique. Le canal intestinal est d'un blanc rosé parfaitement normal.
L'autopsie, comme on le voit, n'a que trop bien confirmé mon diagnostic; mais, évidemment, l'abcès du cerveau existait longtemps avanl le début de raOection fébrile a laquelle le malade a succombe. On peut, Je crois, admettre
sans difficulté que la méningite des derniers temps de Texistence a dû être occasionnée par la perforation des ventricules et rissue du pus à la surface extérieure du cerveau. Il s'est passé là, pour la cavité céphalique, ce qui arrive assez souvent du côlé du bas-ventre à la suite de la rupture d'un viscère ou d'un kyste dans la cavité du péritoine; c'est, en un mot, une méningite analogue à la péritonite par perforation.