‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule considérée en elle-même et dans ses rapports avec la syphilis, la dartre et l'arthritisChapitre 110 sur 131 · OBSERVATION LXXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXVIII

ttcrofnle •aftease.

Carie de i'omoplate.— PhtMêf^scrofuleiue. — Foie gras, — Albuminurie. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)

Le nommé Delmasquetle, né à Paris, âgé de dix-huit ans, demearaot rue du Passage du Sud, 9, entra dans le service de M. Bazin le 4idéitembreiseo.

Ce jeune homme était âgé de trois ans lorsque sa mère ffloamt de phthisie pulmonaire Quelques heures avant de mourir, elle était accoochée d'un enfant mort né. Sa sœur, âgée de quatorze ans, eut soaveaC les yeux malades et entretient en ce moment un vésicatoireà la r^ioo lombaire.

Quant à lui, il eut des gourmes à la partie postérieure delà tète vers l'âge de huit à neuf ans, des ophlhalmies d'intensité variable, à dei intervalles qu'il ne saurait préciser, et dont la dernière, apparue «o 4859, laissa comme stigmate de son eiistence des taies sur la cornée. 11 eut des adénites sous-maxillaires pour la guérison desquelles il pasM cinq ans à I hôpital de la rue de Sèvres ; il était âgé de neuf ans quand il en sortit. Il y a un an et demi, il entra à l'hôpital Sainle-Eagéoie (service de M. Marjolin) pour un abcès froid situé à la partie inférieure et ( osténeure du thorax, e^ peu de temps après sa sortie de Tbôpital, Mr-

vînt an abcès au niveau de l'intervalle qui sépare, d'une part, la troisième de la quatrième côte, et, d'autre part, le bord spinal de l'omoplate des vertèbres correspondantes. Cet abcès resta Bstuleux depuis cette époque. On observe en effet une 6stule au point que je viens d'indiquer. £n6n, il y a deux mois environ, commencent une toux intense et DQ amaigrissement qui D*ont pas discontinué depuis celte époque.

Etat actuel, — Ce jeune homme, doué d'une peau fine, a les cheveux Doirs, les pommettes rouges; un air d'intelligence est empreint sur sa figure, mais il n'offre pas un développement physique en rapport avec son ftge. Des cicatrices d'abcès ou d'écrouelles suppurées s'observent à la région aoos-maxîHaire, à la partie postérieure et inférieure du thorax. Les extrémités des doigts sont volumineuses et les ongles recourbés en baguettes de tambour. Les articulations des phalanges entre elles sont le siège d'une notable tuméfaction, que l'on observe d'ailleurs également aux genoux et au niveau de l'articulation tibio-tarsienne, et qui est due, en ces derniers point», à l'accumulation de liquide dans la cavité synoviale. Ce gonOement articulaire débuta vers le milieu du mois de décembre 4860, et fut accompagné de douleurs violentes qui persistèrent pendant près de trois semaines. 11 n'y eut pas de rougeurs à la surface des téguments.

Depuis six semaines à deux mois, des sueurs assez abondantes couvrent, pendant la nuit, la partie antérieure de la poitrine et la paume de MS mains. Des alternatives de diarrhée et de constipation s'observent depuis quatre mois environ, et Ton a pu constater, pendant ces quinze derniers jours, un peu de fièvre le soir et la coloration ronge des pommettes. La langue est blanche et humide, l'appétit un pou diminué.

Un examen attentif des viscères démontre qu'il existe de la submatité dans la fosse sus-épineuse droite, et que le murmure respiratoire offre de la rudesse et même les caractères du souffle, avec une expiration prolongée; ce dernier phénomène est le seul que dénote l'auscultation du sommet du poumon gauche. La sonorité est normale dans tout le reste de l'étendue des poumons, et Ton constate seulement l'issue du pus à travers la fistule que j'ai signalée près du bord de l'omoplate pendant les mouvements expiraloires.

Les matières expectorées sont muco-purulentes.

Le foie forme, au niveau de l'hypochondre droit et surtout de la région épigastrique, une saillie appréciable à l'œil nu, et la percussion démontre qu'il s'étend de la partie supérieure de la sixième côte à 3 centimètres au-dessous du rebord des fausses côtes d'une part (9 à 4 0 cen-

timètres), et d'autre part dépasse Tappendice xiphoïde à gauche. La pressioQ et la percussioo déterminent une douleur assez vive au niveau de la région épigastrique.

L'examen des urines décèle la présence d'une notable quantité d'albumine.

Scrofule oiMen«e.

Hypertrophie des os propres du nés. — Impétigo des ouvertures nasales. — Hypertrophie des amygdales,

Gisard (Henri), quatorze ans, peintre sur porcelaines, demeurant à Belleville, ruu de Paris, 50, entré dans le service le 4 4 septembre

Le père de ce jeune malade a eu des croûtes dans le nez ; sa mère est sujette à des céphalalgies habituelles. Il a une sœur de douze ans et demi bien portante.

Vers V^gQ de sept ou huit ans, il fut atteint de goc^rmes, et, pour calmer les démangeaisons qu'il ressentait sur le cuir chevelu, il mit sa tôte sous un robinet d'eau froide.

Limpression que causa l'eau froide fut vive, et bientôt survinrent des douleurs dans les deux genoux, avec gonQement dans les articulations. Plus tard, il eut une conjonctivite, avec larmoiement, qui dura trois mois ; puis uneotorrhée intermittente, d'où suivit une surdité de l'oreille droite, il prétend n'avoir jamais eu de mauK de gorge. Ce n'est qu'il y a deux mois qu'a commencé le gonflement de la racine du nez.

Etat actuel. — Le malade est un sujet de médiocre constitution, à peau blanche, d'un tempérament lymphatique. La racine du nez est élargie et tuméûée ; par le toucher, on sent que la tuméfaction est constituée par une hypertrophie du squelette du nez et par la pression sur les parties gonflées on fait naître un peu de douleur. Il y a des croûtes épaisses, d'un jaune brunâtre, dans les deux narines, mais surtout dans la gauche. Enfin, les amygdales sont engorgées et contiguës à la luette.

Le pouls est lent et faible, la respiration égale. La poitrine, auscultée, ne laisse découvrir aucun bruit anormal. Les digestions sont faciles, les selles régulières; il n'y a pas d'albumine dans l'urine.

Traitement.'^ Tisane de houblon, huile de morue et sirop de fer mélangés, bains sulfureux, pommade au calomel pour onctions sur les ouvertures nasales. Le malade suit ce traitement jusqu'au 29 novembre, époque à laquelle il quitte nos salles dans l'état le plus satisfaisant.

Serofole oamiisc.

Carie vertébrale , précédée de carie dei orteils, — Abcès ossiftnent, — Gu^rtson.

Fanny Sul , onze ans, demeurant à Belleville (Seine).

Le père et la mère de cette enfant jouissent d'une bonne santé; ses frères et sœur n'ont jamais éprouvé d'accidents scrofuleux. La jeune malade elle-même, bien que d'un tempérament essentiellement lymphatique et de constitution faible, n'a eu ni gourmes ni maux d'yeux dans sa première enfance: elle est pâle; sa peau est d'un blanc mat.

Il y a trois ans que, sans cause appréciable, un abcès se montra sur le gros orteil du côté droit, au niveau de l'articulation métatarso-pbalangienne; cet abcès ne tarda pas à s'ouvrir, et fut bientôt suivi d'un antre abcès développé sur le même point du second orteil. Deux ans plus lard apparat, dans l'aine du môme côté, un nouvel abcès dont l'ouverture spontanée fat suivie d'une courbure de la colonne dorsale et d'un sentiment de faiblesse dans les membres inférieurs.

Etat actuel, — Aujourd'hui 45 mai, on constate l'état suivant :

Sur le pied gauche, deux ouvertures fistaleoses par lesquelles s'échappe un pus noirâtre; le stylet, introduit par ces ouvertures, arrive facilement à l'os carié ; il existe une carie de la première phalange des deux premiers orteils.

Dans la région inguinale du même côté, ouverture fistuleose étroite, par laquelle s'échappe un pus séreux et très fétide. A la partie inférieore du dos, la colonne épinière présente une saillie assez forte, dure, évidemment formée par les apophyses épineuses des vertèbres incurvées (gibbosilé). La jeune malade est pâle, amaigrie, se soutient avec peine et ne marche qu'avec une extrême difHcullé. L'appétit est capricieux ; il y a en général de l'inappétence. Le ventre est plutôt resserré que relâché.

Traitement.'^ Pendant six mois, la malade prend régulièrement

chaque jour de deux à quatre cuillerées d'buile de morue mélangée avec deux cuillerées de sirop d'iodure de fer, deux ou trois demi-tasses de tisane de houblon et quelques laxatifs de temps à autre.

On la soumet à un exercice modéré et proportionnel à ses forces ; elle prend deux bains sulfureux par semaine ; on fait des injections iodées dans les trajets fistuleux. Le régime alimentaire est aussi tonique que possible : le chocolat et les viandes rouges en constituent la base.

Nous revoyons cette malade le 4 janvier 1861 et constatons ane gtté> rison complète : ouvertures fistuleuses entièrement cicatrisées. La gibbosité persiste, mais la marche est facile et ne fatigue nullement la malade, qui est gaie, a pris un air de fratcheur et acquis un embonpoint qu*elle n'avait jamais eu.

flierofale vlseérale.

Méningite wrofuUuM.

Hôpital Saint- Antoine, salle Saint-Antoine, %1.

Creton, dix-neuf ans, tanneur, grand, brun, entré le S avril 4 847, avec une fièvre d*apparence rémittente, se plaignant de la télé et da ventre. Ses réponses sont justes, mais lentes. Il dit avoir fait précédemment un séjour de deux semaiues dans un autre- service du même hôpital, du 1 8 février au 3 mars, pour un état analogue, avoir tratné tout le mois de mars, où il s'est purgé abondamment.

On ne fit pas d'abord grande attention à ce malade, et comme il paraissait y avoir chez lui quelque chose d'intermittent, on ordonna le sulfate de quinine. On arriva ainsi au 4 0 avril sans que le malade présentât rien de particulier ; mais alors un phénomène nouveau vint attirer Tattentîon sur lui : ce fut la déviation de la langue à gauche. Les réponses sont toujours justes; il accuse toujours de la douleur frontale. Les pupilles sont égales, mobiles, ainsi que les paupières ; la sensibilité et le mouvement n'ont subi aucune altération ; il reste dans le décobitus dorsal, comme hébété; la peau est chaude, le pools extrêmement fréquent pour un jeune homme de grande taille (1 24), un peu inégal. Tartre stibié, 20 centigrammes, qui ne procure aucune évacuation ; mais le lendemain le malade se trouve mieux, la langue est moins déviée. Même état d'ailleurs.

13 avril. — A parlé dans la journée ; le soir, ne dit plus rien, insensible à tout, laisse, dit la sœur, tomber le côté gauche, où la sensibilité parait érooussée ; roideur du côté droit. Interrogé, ne souflle mot, regarde d'un air hébété. La pupille gauche est plus dilatée et moins mobile que la droite, qui est seulement un «peu dilatée et parfaitement contractile. Rétention d'urine ; le cathétérisme est douloureux, Turine contient beaucoup d'albumine. Pouls petit, inégal (132). Remue les deux bras; un peu de contracture du bras droit.

4 3 avril. — Rigidité générale; pas de délire; on ne peut en tirer aucune parole Quand il boit, il paraît étrangler, reste toute la journée sans mouvement, les yeux hagards, tout grand ouverts, sans voir. Mort à onze heures du soir.

Dorée probable de la maladie, deux mois environ.

Autop9ie. — Granulations tuberculeuses semi-transparentes, sous arachnoTdiennes, à la fdce inférieure des lobes cérébraux dans l'intervalle des circonvolutions, au confluent des vaisseaux, beaucoup plus nombreoi^es à droite, le long de la faux, dans les plexus choroïdes; un petit abcès jaune, de la grandeur d'une lentille, entouré d'ecchymoses, sur le cervelet, près de l'origine du nerf acoustique . congestion générale des méninges, substance cérébrale poisseuse, accumulation de liquide dans les ventricules. (Il est probable que les granulations choroldiennes ont bouché l'aqueduc de Sylvius, d'où l'accumulation du liquide dans les ventricules, qui, jointe à la congestion méningée périphérique, a soumis le cerveau à une double compression, et entraîné la mort eo trois jours.)

Dans (a poitrine, tubercules t^ès nombreux, sous-pleuraux, pulmonaires, les uns crus, les autres en suppuration ; congestion pulmonaire qui frise l'apopleiie.

Scrofule vlaeérale*

MéningiU scrofuïeuMe,

flôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n* 1 0.

4*' mars. — Julie Pessard, vingt-neuf ans. mariée, a eu deux enfants qui sont morts jeunes. Entrée le 28 février, apportée sur un brancard ; grande, maigre, ne donne que des renseignements incomplets, dit que

son mari est un coureur, qu elle est jalouse, que depuis longtemps elle souffre de l'estomac, que ses digestions se font mal. Le regard est fixe et quelque peu investigateur ; les réponses sont lentes : elle cherche longtemps avant de les faire ; leâ pupilles sont extrêmement et également couiractées ; le pouls régulier, rare, à 60 ; langue sèche et rouge, sensibilité de la peau augmentée. Lorsqu'on la soulève pour examiner la poitrine, qui ne présente rien d'anormal, elle accuse une vive dou* leur dans le dos, une certaine rigidité existe dans les muscles du tronc. Constipation, absence de vomissements. Abandonnée à elle-môme. elle est tranquille, ferme les yeux, parait dormir.

2 mars. — L'huile de ricin a procuré une selle seulement ce matin. Interrogée, elle ne répond pas; mais je lui saisis la main et alors elle dit: f Ote-toi, tu as froid. » Pouls à 56, ventre un peu ballonné. Même état qu'hier. Abandonnée à elle-même, elle est tranquille, comme endormie. Il est évident qu'elle ne sort de cet état qu'à regret et s'y replonge aussitôt qu'elle est libre.

4 mars. — Elle va mal, fait son paquet; pupilles moins contractées, surtout à droite, où la paupière supérieure est abaissée sur l'œil. Des renseignements fournis par sa mère nous apprennent qu'elle était bien portante et grasse lorsque, cinq mois avant son entrée, elle eut une suppression des règles consécutive à un refroidissement, puis douleur à la cuisse et à la hanche ; digestions difficiles, quelquefois vomissements et enfm amaigrissement. Cinq jours avant son entrée, son mari, rentrant chez lui, l'avait trouvée folle, ayant tout étalé dans la chambre. Apportée sur un brancard, elle jetait des cris quand on la remuait et se tenait tranquille une fois couchée et immobile.

6 mars. — Toujours immobile, se soulevant fréquemment, ce qu'elle ne faisait pas jusqu'alors ; a parlé un peu la nuit. Hoquet, respiration fréquente, pouls devenant de plus en plus fréquent (f 04), toujours régulier; exhale une odeur fétide. Langue sèche, paupière droite abaissée comme hier, moins close néanmoins, reste immobile sous l'aiguille; pupille droite dilatée, à peu près immobile; pupille gauche mobile et contractée; la paupière gauche remue, se relève facilement et complètement.

7 mars. — Même état des yeux ; le pouls est toujours parfaitement régulier, à 100. La malade est plus affaissée, ne boit pas, reste sur le côté gauche, où on l'a placée. (Elle a des excoriations au sacrum.) Elle gémit de temps à autre, a parfois du hoquet, dit sa voisine. M. Bazin, so fonJâut sur l'âge du sujet, la maigreur, la longue durée des acci-

OBSEIIVATIO^S. 683

deDtfl qui ont précédé (cinq mois), annonce que la méningite est de nature tuberculeuse.

8 mars. — Mort à trois heures du matin. Elle a crié toute la nuit avant de mourir. — Durée de la maladie à partir de l'invasion de la méningite, treize jours.

Autopsie. — Rougeur des méninges, plus intense à la convexité de l*hémisphère gauche^ avec granulations blanches, petites et nombreuses au confluent des vaisseaux; à la base, au milieu, membrane opaque, opaline, jaunâtre, épaissie, s*élendant de la terminaison postérieure du sillon antérieur au pédoncule cérébral, et à droite et à gauche sur les lobes moyens, s'étendant plus loin à gauche qu à droite, adhérant intimement à la substance cérébrale, dont on peut néanmoins la détacher sans déchirures. Cette membrane ainsi altérée se continue dans les scissures interlobaires à droite comme à gauche, dans la grande scissure hémisphérique; elle contourne le pédoncule du cervelet. Partout où existe la fausse membrane, la substance cérébrale est injectée. Liquide abondant dans les ventricules, dont la substance est chagrinée.

Masses tuberculeuses blanches ou jaunâtres, disséminées dans les diverses parties de Tencéphale, hémisphères et cervelet, enkystées, de grosseur inégale, les unes comme des pois, d'autres comme des noyaux de cerise.

Tubercules nombreux, non ramollis, disséminés dans le poumon, le foie, la rate, les reins.

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