‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule considérée en elle-même et dans ses rapports avec la syphilis, la dartre et l'arthritisChapitre 7 sur 131 · XVJ CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

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mun, la ressemblance de forme, appartiennent en réalité à des maladies différentes parla cause, le pronostic elle traitement.

A ce chaos des formes willaniques j'ai substitué une clas* sification méthodique des affections delà peau, correspondant terme pour terme à celle des maladies.

Mais, avant d*exposer celte classification, il est nécessaire de rappeler, en quelques mots, mes principes de pathologie générale. Je n'ai, pour cela, qu'à mettre sous les yeux du lecteur un extrait de la première leçon du cours que j'ai fait ù l'hôpital Saint-Louis, en 1855.

La médecine, de lûiw (avoir soin), ou de medieari (administrer un remède), est, suivant Galien et d'après \e Diction^ flaire de l'Académie^ l'art qui enseigne les moyens de conserver la santé et de traiter les maladies. Mais la médecine n'est pas seulement un art, elle est aussi une science, parce que les maladies qui sont l'objet de son domaine sont des unités fixes, invariables, inaltérables, qui, comme les autres phénomènes de la nature, peuvent être soumises à des lois

De la définition de la médecine résulte sa division en deux branches :

L'hygiène^ qui est l'art de conserver la santé et de prévenir les maladies;

Viatrique^ qui est l'art de traiter et de guérir les maladies.

Le sujet de la médecine, c'est le corps humain ^ son objet, c'est la maladie; son but, c'est le traitement ou la thérapeutique, qui consiste à prévenir, guérir ou pallier la maladie.

Pour connaître la médecine, il faut donc connaître le corps humain, les maladies ou la pathologie, et le traitement des maladies ou la thérapeutique.

On connaît le corps humain par l'étude de l'anatomie et de la physiologie.

CONSIDÉRAtlONS PRÊLIllINAIRES. XVij

La connaissance des maladies s'acquiert par l*étude du malade: c'est la médecine clinique ou analytique; par Télude abstraite des maladies : c'est la nosographie ou médecine synthétique.

Le médecin clinicien étudie les troubles de l'organisme^ qui ioui^pfélés phénomènes quand ils sont communs à l'état lie santé et à l'état de maladie; symptômes quand ils sont propres à l'état de maladie ; lésions quand ils consistent dans une altération matérielle des organes ; syndromes quand ils comprennent un ensemble de symptômes qui s'enchaînent étroitement et dépendent d'un môme état morbide; et afi^ec- ItOTupour désigner l'état morbide d'un organe ou d'une partie quelconque du corps.

Les lésions peuvent être constatées pendant la vie ou après la ruorl; elles sont biologiques ou cadavériques. Dans le premier cas, et en tant qu'elles tombent sous nos sens, elles ne sont que des symptômes.

L'étude des symptômes constitue la symptomatologie ; Véludc des lésions cadavériques, c'est Vanatomie patholo'

Ia nosographie, ou médecine synthétique, est cette partie lie la pathologie qui a pour objet spécial la description des maladies considérées comme unités morbides.

Nais qu'est-ce donc que la maladie? Rien n'est plus didicilc, a-t-on dit, que de donner une bonne définition de la maladie. Oui sans doute ; mais rien n'est plus important.

Tout le monde, dit Cliomel, sait ce que c'est que la maladie, et cependant personne ne peut en donner une définilion exacte. C'est qu'en effet personne n'en a une idée bien claire ni bien nette.

XVilj GONSIDÉRAtlONS PRftLilliNAlRfiâ.

Ije Dictionnaire de l'Jcadémie définit la maladie : « une altération de la santé. » Cette définition n'est pas scientifique; elle est vague, obscure et confond ensemble tous les modes d^allération de la santé : Tindisposition, Tinfirmité, la difformité, etc. Cherchons dans les auteurs une définition plus précise.

'Hippocrate connaissait Tunité morbide, la maladie, sa marciie, ses périodes, etc., mais nulle part, dans aucun endroit de ses ouvrages, il n'a donné une véritable déQnition de la maladie.

Galien a parfaitement défini la maladie et synthétiquement établi sa nosographie : c'est une disposition {itôBtutç) ou affection contre nature des parties du carpSj qui empêche premièrement et par elle-même leur action. Le symptôme est aussi une affection contre nature des parties, mais la maladie précède et joue le rôle de cause.

Ainsi, pour Galien, la maladie était une affection contre nature des parties .c'était la lésion avec laquelle il confondait la maladie. Aussi a-t-on dit qu'il était le père, le premier des organiciens. Galien, cependant, n'est jamais allé si loin que beaucoup d*auteurs modernes. Il ne repoussait pas la maladie en tant qu'unité morbide, il ne confondait pas la maladie, ou le voaoç, avec la souffrance de la fonction, ou le ir<x6oc. Il savait que dans une même maladie il pouvait y avoir plusieurs lésions; mais il y en avait toujours une plus importante que les autres, qui étaient secondaires et n'avaient lieu que par consentement.

Chomel, en définissant la maladie un désordre notable survenu dans la disposition matérielle des parties ou dans les fonctions, confond, comme Galien, la maladie avec la lésion, el, de plus, il la confond avec le symptôme. Aussi trouve-

CONSiDÉRAtlOJOS PRÉLIMINAIRES. xi?l

t-il qu*n esl inuUle de distinguer raffeclion de la maladie, el qu'il esl convenable d'employer ces deux mots comme synonymes..

Les auteurs qui, comme Sydenham, ont comparé la maladie à un ennemi el le corps du malade au terrain sur lequel se livrait le combat, ont défini la maladie : un eflbrt de la nature (conamen naturœ, réaction de la vie^ etc.); mais évidemment ils étaient à côlé de la question, puisque ce n'était pas le combat qu'il s'agissait de définir, mais bien la maladie, lennemi du corps ou de la santé. D'ailleurs, la réaction de la vie ne se montre pas dans toutes les maladies.

Une bonne définition de la maladie doit être celle qui dis* lingue l'objet que Ton veut définir, la maladie, des objets qui ont avec elle le plus de points de similitude.

Evidemment, la maladie est une altération de la santé; mais les indispositions, les infirmités, les difformités ne sont* elles pas aussi des altérations de la santé? Les phénomènes, les symptômes, les lésions et les aiïections sont des troubles fonctionnels et organiques qui ne doivent pas non plus être confondus avec la maladie.

On peut, je crois, définir la maladie : un état accidentel et contre nature de l'homme, qui produit et développe un ensemble de désordres fonctionnels et organiques, isolés ou réunis, simultanés ou successifs.

Passons en revue chacun des termes de cette définition.

Le mot état (status^ conditio corporis humani, etc.) laisse dans le vague sur la nature de la maladie ; il n'implique que l'idée d'une inconnue, d'un jrdont il faut tenir compte, sans qu'il soit besoin de pénétrer son essence ;

L'adjectif accidentel distingue la maladie des lésions permanontrs : les infirmités ou difformités;

XX CONSlDÉRATlOffS PRÉLIMINAIRES,

L'aljeclif contre nature {prœter ou contra-nalnralis) sépare la maladie des indispositions, des troubles momentanés des fonctions occasionnés par les passions, par les excitations trop fortes des organes, comme l'indigestion. Il les sépare également de certains états physiologiques, comme la menstruation, la gestation, etc.;

Qui produit indique que la maladie est la source commune des symptômes et des lésions-,

Qui développe indique que la maladie est la cause du d(>veloppement, des évolutions successives de tous les phénomènes morbides ;

Isolés ou réunis^ ce qui veut dire que, dans une maladie, il y a tantôt des symptômes et une lésion; que, d'autres fois, la lésion manque; que, d'autres fois, ce sont les symptômes. Exemple : lesanévrysmes de l'aorte, les masses tuberculeuses dans le ventre, etc. Ces altérations organiques ne sont des maladies qu'à la condition de marcher, de suivre un développement, une évolution. Si elles s'arrêtent, si elles restent stationnaires, elles ne sont que des infirmités. Beaucoup de tumeurs de Tova^fe, de polypes fibreux de l'utérus sont dans ce cas. De même pour les symptômes et les afieclions : la paralysie stationnaire est une infirmité, et non une maladie. La luxation est une maladie chirurgicale ^ si elle n'est pas réduite et qu'il se forme une fausse articulation, elle devient une infirmité;

Simultanés ou successifs^ ce qui veut dire que la marche est continue ou périodique. Les périodes sont quelquefois très rapprochées, et d'autres fois séparées par de longs intervalles pendant lesquels le malade semble jouir d'une santé parfaite.

Pour qu'une série d'accès constitue une maladie, il faut que cette série soit en progression ascendante ou descendante.

CONSlDÉftATIOMS t»RÉLIlllNAlRES. XXJ

Si le mal s'arrête, sf les accès sont toujours les mêmes, la maladie devient une infirmité.

De cette définition de la maladie il résulte évidemment que les troubles, soit des fonctions, soit des organes, que les symplômes, aussi bien que les altérations matérielles, sont au même titre des produits de la maladie.

On en déduit comme corollaire qu'il n'y a aucun rapport nécessaire entre le symptôme et la lésion ; que la relation directe n'existe qu'entre le symptôme ou la lésion et la maladie. Ainsi, une maladie peut être purement fonctionnelle ou simplement organique; très fonctionnelle (grand désordre des fonctions) et peu organique (très faible altération des organes), ou très organique (grande altération matérielle), et peu fonctionnelle (léger trouble des fonctions).

Un prurit très violent peut coïncider avec une altération à peine appréciable de la peau, à ce point que mon honorable collègue M. Devergie, à l'exemple de Mercuriali, d*Alibert, etc., a cru devoir admettre un prurigo sans papules.

Le lichen et Teczéma dartreux produisent d'atroces démangeaisons, le lichen et l'eczéma scrofuleux occasionnent fort peu de souffrance ; il en est de même du lichen syphilitique. Ce n^est pas la nature seule d'une lésion qui constitue la gravité du mal et rend le pronostic fâcheux, c'est surtout la nature de la maladie. Les produits morbides, tubercule, tissu fibro*plastique, encéphalolde même, ont une gravité relative, selon qu'ils se forment dans telle ou telle maladie ; en d'autres termes, selon qu'ils sont idiopathiques ou symptomatiques.

Les symptômes et les lésions par lesquels on arrive à la connaissance de la maladie sont les signes, L^étude des signes constitue la séméiotique. Ils donnent la connaissance de l'état actuel de la maladie, signes diagnostiques; de l'état

Xxij CONSIDÉRATIONS PRÉLimUAtRES.

futur de lo maladie, signes pronostiques. Ils fournissent des indications thérapeutiques spéciales : c'est la médecine du symptôme.

Nous avons quelques mots à dire maintenant du classemenl des symptômes, des lésions et des maladies.

Les divisions, les classifications sont utiles, parce qu^elIes rapprochent les objets qui ont entre eux des affinités, des ressemblances; elles aident la mémoire, facilitent Pétude des sciences et donnent lieu à des inductions propres a éclairer les points obscurs de leur histoire.

Le symptôme est une modification morbide de raclion organique, de la fonction, ou un changement pc^trceplible aux sens dans les qualités physiques de Torgane ou des matières excrétées. Quoi de plus naturel alors que de partager les symptômes, avec tous les anciens auteurs, en trois classes :

1* Modifications ou perversions des fonctions ;

2° Modifications ou transformations des qualités physiques des organes ;

3^ Modifications ou transformations des matières excrémentitielles.

La lésion, c'est Taltération matérielle des organes. Le classement des lésions, c'est la classification anatomo-pathologique. llien n'est plus simple que d'adopter ici un ordre conforme aux divisions de l'anatomie normale.

Nous aurons ainsi trois grandes classes de lésions :

1*" Les lésions fœtales et congénitales qui correspondent a Tanatomie embryonnaire ;

2" Les lésions des caractères phyî>iques des organes, du volume, de la connexion, des rapports, qui correspondent à l'anatomie descriptive ;

COMSlDiRATlONS l>RÉLI1imAlftBS. xiuj

S" Enfin, les lésions de texture qui répondent à Tanatonne générale et de structure. Ces dernières sont divisées en analogues ou bélérolognes, horoosomorphes ou hétéromorphes, suivant qu'elles sont constituées par des produits analogues lux tissus normaux ou par des produits étrangers à l'organisation. #

Le classement des maladies présente un peu plus de difficulté.

On les a divisées par leur siège, en maladies générales et locales. C'est une division des lésions ou des affections, et Qon des maladies.

On les a divisées par leur nature, c'est-à-dire par la nature supposée des affections. On doit renoncer à un système de classification qui ne classe que des affections sur des hypothèses physico-chimiques ou physiologiques, qui varie selon les idées de l'auteur, et qui offre des dangers pour la pratique, parce qu'il commande une thérapeutique découlant directement de l'hypothèse et non de Texpérience , seul juge que l'on doive accepter dans les questions de thérapeutique.

Le classement des maladies doit se faire d'après les ressemblances et les analogies que présentent entre elles les unités pathologiques. On doit avant tout tenir compte des considérations éiiologiquesm

La santé absolue n'existe pas. Chacun a sa pari plus ou moins grande de souffrance corporelle et morale ^ mais enfin ce qu'on est convenu d'appeler la santé pour chacun est une sorte d'équilibre du corps entre la prédisposition morbide ou lu cause interne et Taction du monde extérieur, du milieu Jaiis lequel nous vivons.

La maladie éclate dès^ que ^l'équilibre vient à se rompre

ïxiv CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

par réveil des prédispositions qui jusque-là étaient restées latentes, ou par Faction toute physique des causes extérieures.

Il y a, dans la production de toute maladie, une combinaison d'action des causes extérieures et des prédispositions. La part de chacun de ces agents est plus ou moins grande.

Le« agents physiques peuvent anéantir la vie à l'instant même; iln*y a pas de maladie : on dit alors que la] personne est morte d^ accident (action de la foudre).

L'action des agents physiques, sans anéantir la vie, peut produire une lésion qui éclate en même temps que la maladie (lésions traumatiques, plaies, fractures, luxations, brûlures, etc., qui constituent les maladies chirurgicales).

A côté des maladies chirurgicales, nous plaçons les maladies parasitaires produites par les parasites de Tordre animal et végétal.

Puis viennent les empoisonnements, qui forment le passage des maladies de cause externe aux maladies de cause interne ou spontanées.

Nous avons en définitive :

l"* Des maladies de cause externe ;

2* Des maladies de cause interne.

Les maladies de cause interne doivent être groupées en familles par les analogies qu'elles présentent dans leurs causes, leurs symptômes, leur marche, etc.

On a ainsi : l** les fièvres, 2* les pestes, 3** les exanthèmes, 4*» les pseudo-exanthèmes, 5** les phlegmasies, etc.

Mon intention n'est pas de faire de la pathologie générale. J'ai hâte d'appliquer ces notions générales à l'étude de la pathologie cutanée.

J'ai dit que le symptôme était une modification de l'action organique, un changement perceptible aux sens dans les

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