ARTICLE PREMIER. —DES TUMEURS BLANCHES
On désigne sous le nom de tumeur blanche l'inflammation scrofuleuse des articulations mobiles.
La tumeur blanche et la carie sont les accidents les plos ordinaires de la scofule tertiaire. La proportion relative des tumeurs blanches indiquée par les auteurs est déjà grande, puisque M. Lebert les a rencontrées sur un sixième desscrofuleux soumis i son observation, et que M. Beaugrand, sur 270 scrofuleux, a compté 103 sujels affectés de tumeur5
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blaDches. MaiSy pour moi, cette proportion est plas considérable encore. En efiTet, je n'admets pas la tumeur blanche traumatique, je n^admets pas les tumeurs blanches de nature rhumatismale ou dartreuse. Je ne vois, dans ces affections, que desnfianifestations locales de la scrofule, éveillées par des causes mécaniques ou par le rhumatisme articulaire, ou des évolutions naturelles de la scrofule, qui, après s'être montrée sous la forme d'éruptions dartreuses, dans la première ou la seconde période de la maladie, se traduit dans la troisième sous forme de tumeurs blanches.
Quiconque a fréquenté les hôpitaux de Paris a pu s^assurer que les affections dont nous parlons ici abondent, non-seulement dans les services de scrofuleux de l'hôpital Saint-Louis et de l'hôpital des Enfants, mais encore dans les salles de chirargie, où leur nature véritable n'est pas toujours parfaitement appréciée.
La tumeur blanche est unique ou multiple ; le plus souvent elle est unique, et, dans beaucoup de cas, elle est le seul accident par lequel se traduit la scrofule. La forme fixe primilive est peut-être le plus ordinairement constituée par la tumeur blanche. Gela n'a rien qui doive étonner : l'arthrite scroruleuse est l'expression la plus complète de la scrofule ; elle renferme en elle tous les produits que peut engendrer cette maladie, éléments ordinaires de tout travail inflammatoire : pseudo-membranes, sérosité purulente et pus ; éléments organiques homcdomorphes : graisse, tissus fibreux et osseux ; éléments hétéromorphes : tubercules, cellules fibro-plastiqueS| etc. Toutes les formations anatomo-pathologiques que Ton rencontre isolément dans les autres affections de la scrofule se trouvent pour ainsi dire associées et confondues dans la tumeur blanche.
Je suivrai, dans l'étude des tumeurs blanches, Tordre qac j'ai adopté pour les autres affections de la scrofule.
Partie n^sosraphiqine. — Symptômes propres des tumeurs blanches. — Le premier symptôme par lequel s'annonce la tumeur blanche est une gène dans les mouvemenU de l'articulation, gdne qui devient une véritable douleur si les mouvements sont un peu brusques. L'altération fonctionnelle se traduit patr des phénomènes divers, selon rarticulation affectée.
A cette gêne succède, au bout d'un certain temps, une douleur plus ou moins vive ; tantôt la douleur est vague, obscure, profonde, se répand sur toute l'articulation ; d'autres fois elle est circonscrite et occupe ou l'un des côtés ou, le plus souvent, sa partie moyenne. La pression avec le doigt n'augmente que fort peu la souffrance du malade. Si la douleur est vive, superficielle et facilement augmentée par la pression, c'est qu'il existe une collection purulente qui menace de se faire jour au dehors, soit que cette collection communique avec Fintérieur de l'article, soit qu'elle n'ait aucune communication avec la synoviale.
L'articulation malade se gonQe, se tuméfie, d'o& le nom de tumeur donné à cette affection. Le plus souvent, la tuméfaction est inégale et se prononce sur tout le pourtour de Tarticulation ; elle est toujours plus saillante cependant sur certains points de son contour.
La peau, à la surface de la tumeur blanche, est pâle, amincie ou conserve ses caractères normaux; on y voit assez souyent quelques veines sous-^cutanées plus ou moins dilatées.
Dans le principe, la main appliquée sur la tumeur blanche ne perçoit aucune différence de température, mais plus
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lard, quand des foyers de supparatioo se développent dans l'articulation malade ou dans les parties circonvoisioes, la iDiio perçmt une chaleur vive, en même temps que la peau sWme et se colore.
Le toucher fournit des signes qui sont d^une haute importaoœ pour le diagnostic; Tengorgement articulaire est dur et donne partout la sensation du tissu osseux plus ou moins lifpertrophié ou ramolli; d'autres fois, et le plus ordinaire-» meot même, les parties proéminentes donnent au doigt qui les comprime une sensation de rénitence élastique. Dans quelques cas, c'est un sentiment de Quctuation qui peut 6tre Traie, mais qui bien souvent n'est qu'illusoire. Enfin, dans une période avancée de la maladie, si l'on imprime aux extrémités articulaires des mouvements de latéralité en sens contraire, on détermine une crépitation qu'il est possible parfois (i entendre i distance, et que la main peut toujours facilenient apprécier. Nous verrons tout i Theure quelle est Timportance de ces signes dans le diagnostic de la lésion.
Dans le principe, les mouvements de Tarticulation malade sont seulement gênés, mais plus tard ils peuvent devenir tout a fait impossibles ; l'articulation est condamnée à une immobilité absolue.
Le membre est atrophié au-dessus et au-dessous de la tumeur blanche ; les muscles sont rétractés, les fléchisseurs remportent sur les extenseurs ; il en résulte que le membre a une tendance à prendre et à garder une situation demifléchie.
Plus tard, si la lésion a fait de grands ravages, si les surface articulaires ont été détruites par les progrès de la carie, les extrémités osseuses perdent leurs rapports, et, obéissant i la puissance des muscles , elles se luxent en se
portant du côté où les entraîne la plus forte action musculaire : il y a. comme on dit, luxation spontanée.
Symptômes sympathiques. — La tumeur blanche, a son début, peut se concilier avec un état de santé parfaite en apparence. Elle ne trouble en rien Texercice des principales fonctions de Téconomie ; mais, à une période avancée, les douleurs dont elle devient le siège, les foyers de suppuration qui s^établissent sur l'articulation malade, amènent de l'insomnie, de rinappétence, provoquent de la fièvre ; plus tard des suppurations intarissables sont suivies de diarrhée, de sueurs profuses, d'amaigrissement, d'où la détérioration des forces, l'épuisement du malade et la mort, qui peut être causée par le seul fait de l'évolution progressive de la tumeur blanche, sans complication d'aucune affection d'un autre organe.
Caractères de la lésion ou anatomie des tumeurs blanches. — L'anatomie pathologique des tumeurs blanches est aujourd'hui parfaitement connue. Il est inutile de s'étendre longuement sur ce point, d'ailleurs si intéressant, de leur histoire.
J'ai défini la tumeur blanche l'inflammation scrofuleuse des articulations mobiles ; il ne saurait, par conséquent, y avoir de tumeur blanche sans inflammation de la synoviale ; des tumeurs scrofuleuses développées en dehors de Tarlicu* lalion, l'ostéite articulaire simple, ne sont pas des tumeurs blanches.
Le caractère anatomique le plus constant de la tumeur blanche est donc l'inflammation de la synoviale ; mais ce caractère seul ne suffirait pas pour la distinguer anatomiquement de Tarthrite simple ou rhumatismale : à la synovite il faut encore ajouter la transformation fongueuse ou lardacée du tissu sous-synovial.
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La synovite est anatomiquement caractérisée par l'injection capillaire des vaisseaux sanguins, la teinte rose ou ecchymotique de la séreuse articulaire, le dépoli de cette membrane, les éminences papillaires qui hérissent parfois sa surface, les petits foyers purulents dans le tissu sous-synoviai, rioduration plastique de cette couche, le ramollissement et rulcération de la séreuse, Tépanchement sanguin, séreux ou purulent dans Tin térieur de l'articulation.
L'arthrite scrofuleuse comprend aussi, avec VinflammatioQ de la synoviale» celle des autres éléments constitutifs de rarliculation.
Les extrémités articulaires des os peuvent être tuméfiées, ramollies, infiltrées de pus.
Les paquets celluleux, dits glandes synovialeSj sont parfois infiltrés de sang ou de pus.
Quant aux ligaments et aux cartilages, leur altération, qui consiste dans le ramollissement, l'ulcération ou la destruction de ces organes, est toujours consécutive à la lésion des autres parties de l'articulation.
On a trouvé quelquefois les cartilages inter-articulaires rosés ou rouges ; mais cette teinte a été attribuée à Timbibition sanguine par le contact du liquide épanché, de même que la séparation du cartilage d'encroûtement des surfaces osseuses (décortication) a été rapportée à la destruction de leur adhérence parles produits d'une ostéite suppurative. Les anatomo-pathologisles rejettent assez généralement l'arthrite cartilagineuse, par cette raison que les cartilages ne contenant pas de vaisseaux sanguins, ne sont pas susceptibles de s'enflammer.
Avec ces produits ordinaires de Tinflammation, nous trouvons la transformation fongueuse ou lardacée du tissu cel-
lulaire sous-synovial, Iransformalion qui s*étend parfois aux ligaments, aux extrémités articulaires des os, aux paquets synoviaux, etc. Tous ces éléments anatomiques normaux se trouvent convertis en un tissu pâle, jaunâtre ou légèrement rosé, offrant une rénitence élastique, parfois assez duretcriant sous le scalpel, formant souvent des couches de plusieurs millimètres d'épaisseur. Ce produit morbide, connu sous le nom de tissu fongueux ou lardacéy a été analysé avec le plus grand soin par H. Lebert, qui Ta trouvé composé presque en totalité de tissu fibro-plastique.
Un autre produit anormal, qu'on trouve parfois dans la tumeur blanche, est le tubercule. On Ty rencontre au milieu du liquide de Tépanchement, dans les pseudo-membranes, dans les cellules des extrémités articulaires des os, et jusque dans des cavités creusées dans les cartilages eux-mêmes.
Enfin, la graisse est quelquefois anormalement développée dans les tumeurs blanches ; on la rencontre ou en gouttelettes dans le liquide de l'épanchement, dans les cellules des extrémités articulaires des os, entre les ligaments ou réunie en masses lardacées.
Signalons encore Tatrophie et la transformation graisseuse des muscles qui avoisinent Tarticulation malade.
Symptômes propres des tumeurs blanches en particu-^ lier. — La symptomatologie et l'anatomie pathologique des tumeurs blanches varient selon l'articulation affectée. Je ne ferai qu'indiquer les particularités les plus remarquables de Tarthropathie scrofuleuse dans chaque articulation.
Toutes les articulations mobiles peuvent devenir le siège de l'arthrite scrofuleuse ; celles des membres inférieurs en ont plus souvent atteintes que celles des membres supérieurs.