DE LA SCROFULE CONSIDÉRÉE COMME UNITÉ PATHOLOGIQUE
La scrofule a été connue et dénommée dès la plus haute antiquité ; elle est indiquée ou décrite dans tous les traités généraux de médecine ; elle a fait le sujet d'un nombre très considérable de monographies, de notes, de mémoires, etc. .. Il n'est pas dans le cadre nosologique de maladie plus commune. Nous la trouvons partout, mais surtout en France, en Angleterre, en Hollande; les ravages qu'elle fait dans l'espèce humaine sont véritablement effrayants, et je ne crains pas de dire qu'elle enlève plus de victimes que les grandes épidémies de peste ou de choléra. On la rencontre à tous les âges, sur les deux sexes, dans toutes les classes de la société ; il n'est peut-être pas une famille qui n'en offre au moins un exemple!... et cependant cette maladie, si anciennement observée, si répandue, si grave, si commune, est une de celles que nous connaissons le moins, et à l'occasion de laquelle vous verrez commettre les erreurs les plus grossières.
A quoi peut tenir une semblable anomalie ? Il faut très certainement en accuser la multiplicité, la diversité des symptômes et des lésions qui caractérisent la scrofule, l'irrégularité de sa marche, etc.. Tous les jours certaines de ses manifestations sont confondues avec celles de la dartre et de la syphilis. Pour en tracer une histoire méthodique et
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complète, il faut en aller chercher partout les éléments épars. Cependant hâtons-nous de le reconnaître, les affections qui composent la scrofule ont été 1res exactement étudiées par les auteurs au point de vue de l'anatomie pathologique. Mais ce sont les rapports de ces éléments les uns avec les autres qui ont été négligés; l'unité scrofule a été généralement méconnue.
Le mot scrofule vient du latin, scrofa, truie. Chez les Grecs, le mot j^otpàç, qui a la même signification, exprimait également les engorgements glanduleux du cou, si communs dans l'espèce porcine. Ainsi, dans les premiers temps, l'attention avait été seulement fixée sur les tumeurs cervicales, qui constituent la forme la plus apparente de la scrofule, et la seule tà laquelle, même aujourd'hui, beaucoup de médecins donnent cette appellation • mais je dois vous le dire dès à présent, les tumeurs ganglionnaires ne sont qu'une des manifestations de la maladie scrofuleuse. C'est à partir de Sauvages que nous trouvons une idée plus nette de la maladie dont nous parlons ; il y rattache différentes lésions dont la nature est évidemment la même. Charmetton, Lalouette, Baumes, Kortum, Hufeland, etc., sont entrés dans la même voie; nous leur devons des monographies qui ne sont pas sans intérêt, et dans lesquelles domine l'idée de ramener à la scrofule les affections qui paraissent nées sous l'influence d'un même principe. L'école organiciennedeBichat et les anatomo-pathologistes exclusifs qui ont dominé pendant la première moitié de ce siècle, ne voyant partout que des lésions matérielles et locales, ont nécessairement sapé l'édifice élevé par leurs devanciers; et dans cette lutte contre la généralisation, un seul homme, Lugol, défendit l'entité scrofule, et s'attacha à démontrer que cette maladie est constituée par des éléments