CONSIDERATIONS HISTORIQUES. »J
aussi nombreux que variés. Toutefois il est allé trop loin, et c'est à tort qu'il a considéré le tubercule comme un produit exclusif de la scrofule. De tous les auteurs qui ont écrit sur la scrofule, le D1 Milcent est celui qui a le plus exactement limité le cadre de cette maladie et le mieux démontré la succession et les rapports des divers accidents de la scrofule.
Pour nous, la scrofule est une maladie constitutionnelle, non contagieuse, le plus souvent héréditaire , d'une durée ordinairemant fort longue, se traduisant .par un ensemble d'affections variables de siège et de modalité pathogénique, qui ont cependant pour caractères communs la fixité, la tendance hypertrophique et ulcéreuse, et pour siège ordinaire les systèmes tégumentaire, lymphatique et osseux.
Les symptômes de la scrofule offrent de grandes différences, nous venons de vous le dire; mais ces symptômes, tout différents soient-ils les uns des autres, se succèdent-ils dans un ordre régulier? La scrofule, en un mot, a-t-elle une évolution régulière qui permette d'en tracer un tableau d'ensemble ? Beaucoup d'auteurs l'ont essayé , mais ils ont échoué.
Pour bien décrire la scrofule, il faut étudier la constitution scrofuleuse et les effets de la maladie sur l'économie tout entière. Les auteurs ont pris la maladie à l'époque de la manifestation écrouelleuse ; ils ont décrit les engorgements ganglionnaires, les abcès froids, les caries, etc.; mais ils n'ont fixé leur attention ni sur les accidents primitifs ni sur les accidents consécutifs. Personne, en France du moins, n'avait, avant moi, fait connaître les caractères propres des scrofulides superficielles et profondes, et c'est avec plaisir que j'ai vu un savant étranger, le docteur Minervini (de Naples)
v* DE LA SCROFULE.
partager complètement mes idées sur ce point si intéressant de l'histoire de la scrofule.
Dans la description des auteurs, les éruptions cutanées bénignes ont été placées beaucoup trop loin. Il faut bien le savoir, et c'est là un point sur lequel j'appelle fortement votre attention, la scrofule débute souvent par des éruptions cutanées de diverse nature. Ainsi, en réalité, les éruptions sont de deux sortes : les unes, trop généralement méconnues et souvent confondues avec les dartres, sont primitives et se montrent dans les premiers temps de la maladie; les autres surviennent à une époque avancée, et sont alors caractéristiques : je les appelle consécutives. Ces dernières servent au diagnostic de la maladie ; elles portent avec elles le cachet de leur origine, et concourent, avec d'autres affections antécédentes ou concomitantes, à faire reconnaître la scrofule.
La marche de la maladie scrofuleuse nous présente quatre périodes bien distinctes à étudier. Souvent elle est précédée d'un état particulier du corps qui constitue la prédisposition scrofuleuse, et elle est fréquemment aussi suivie de diverses infirmités, telles que la claudication, l'ankylose; de diverses mutilations, la perte du nez, des paupières, qui accusent, par des stigmates indélébiles, la nature du mal qui les a occasionnées.
1° Prédisposition à la scrofule.
Voyons quel est cet état précurseur. La maladie n'est pas encore déclarée; il y a seulement une prédisposition qui agit sur les organes, modifie leur évolution pendant le premier âge, trouble plus ou moi. .s les différentes fonctions : c'est la scrofule en germe. On donne généralement comme un des
caractères de la prédisposition à la scrofule le gonflement de la lèvre supérieure; mais il ne faut pas vous y méprendre : c'est là un symptôme de la scrofule confirmée, et quand cette tuméfaction existe avec des fissures à la peau et un flux nasal, la maladie est déjà parvenue à un degré assez avancé. Doit-on encore, avec les auteurs, regarder le tempérament lymphatique exagéré comme une prédisposition manifeste à la scrofule? Le développement trop marqué du système lymphatique appelle la scrofule sur ce système, mais il ne la fait pas naître; il n'y a pas là relation nécessaire de cause à effet.
Les traits de la constitution scrofuleuse consistent dans une modification toute particulière du faciès, de l'habitude extérieure du corps, et spécialement des fonctions de l'économie.
Le faciès doit être étudié avec soin. Nous trouvons d'abord à noter la conformation du crâne, dont la partie postérieure est singulièrement développée; en même temps le front est bas, le cou court et les mâchoires larges et fortement accusées. Mais ce qui doit surtout fixer votre attention, ce sont les contrastes que vous offrent les scrofuleux dans les traits divers de leur physionomie. Ici la coloration du visage est vive, animée; là, au contraire, la face est pâle, ou plutôt d'un blanc terne et mat. Tantôt l'œil est vif, tantôt il est morne, languissant, presque éteint. Chez les uns, l'embonpoint est développé, le tissu graisseux est très abondant; il y a une véritable polysarcie, mais en même temps les chairs sont molles et flasques. Chez d'autres, quoique doués d'un appétit énergique, il y a une maigreur considérable, la peau est blanche et rosée, ou terne et même brune. La chevelure est tantôt épaisse, luxuriante môme, tantôt rare et clair-
m LA SCUOHJI.I.
semée. Lu physionomie est régulière et belle, un bien, au contraire, irrégulière et dépourvue d'expression.
Relativement à la stature, le plus souvent la croissance semble avoir été entravée dans son évolution : le sujet a vingt ans, et il en accuse à peine quinze par son apparence chétive et enfantine. D'autres sont d'une taille élevée, mais mal prise. En général, chez les scrofuleux, il y a défaut d'harmonie entre les différentes parties du corps. Le thorax est aplati en arrière et sur les côtés à sa partie supérieure, et présente ainsi une forme quadrilatère; le sternum est souvenl bombé en carène, et le ventre forme une saillie disgracieuse; les membres manquent ordinairement de proportion avec le reste du corps, de là cette gaucherie dans les attitudes et les mouvements que l'on observe chez tant de scrofuleux.
La colonne vertébrale est assez fréquemment déviée de différentes manières, mais il ne faut pas confondre cette déviation avec celles qui sont d'origine rachi tique, et qui peuvent atteindre des sujets scrofuleux dans leur première enfance. Ce sont là des maladies très, distinctes.
Les fonctions de l'économie sont modifiées de différentes manières, soit en plus, soit en moins. Ainsi tantôt la nutrition est languissante, tantôt elle est exagérée : chez l'un, les digestions sont promptes, faciles; chez l'autre, difficiles, accompagnées d'éructations gazeuses. L'état des forces est également très variable : certains sujets sont actifs, laborieux ; d'autres sont lents, paresseux, et cette paresse est le résultat d'une véritable faiblesse, d'une sorte d'inaptitude au mouvement.
Même chose pour l'intelligence. Certains scrofuleux sont doués d'un esprit brillant, d'une pénétration remarquable; d'autres sont lourds, comme stupides; l'obtusion de leurs
facultés peut aller jusqu'à l'idiotie. Ces malheureux cherchent par tous les moyens à prolonger leur séjour à l'hôpital; ils y passeraient volontiers toute leur vie dans l'existence oisive que l'on y mène. Les facultés affectives sont encore là diverses : ici le caractère est vif, emporté, colère; là doux, patient, plein de mansuétude et d'abnégation.
Relativement aux fonctions de la génération, le plus ordinairement la puberté est retardée-, d'autres fois, cependant, elle est avancée. Très souvent chez les sujets du sexe féminin la menstruation se déclare très tard; et, quant aux appétits vénériens, ils sont ardents ou languissants et presque nuls.
2° Symptômes de la scrofule.
Enfui la maladie proprement dite se manifeste.... Ici nous pouvons reconnaître quatre périodes successives.
Première période (scrofule primitive). — Elle se place ordinairement entre la première eL la seconde dentition. La scrofule se décèle par différentes affections sur lesquelles je dois appeler très sérieusement votre attention, parce qu'elles sont très souvent méconnues, ou plutôt ne sont pas rattachées à leur véritable source. Ce sont surtout des gourmes, les croûtes de lait, les pseudo-teignes. Vous savez qu'on appelle, ainsi l'eczéma et l'impétigo du cuir chevelu. Ces affections sont ordinairement très rebelles, s'accompagnent souvent de tuméfaction, et se propagent souvent aussi aux bulbes pilifères. C'est là une des manifestations les plus communes de la scrofule à sa première période. Ces éruptions cutanées donnent souvent lieu à des engorgements ganglionnaires du cou; mais ces engorgements ne sont encore que syinpathi-
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ques 5 ils n'ont pas de caractère scrofuleux, el ils cèdent avec la cause qui leur a donné naissance. Tout entière à son idée d'anatomie pathologique, l'école de Willan n'a étudié ces éruptions qu'à un point de vue, celui de la forme particulière des lésions par lesquelles elle se manifeste. La loupe à la main, ils ont étudié la vésico-pustule qui caractérise l'éruption ; ils ont constaté que cette vésico-pustule est petite, acuminée et renferme une matière assez épaisse et melliforme ; ils lui ont donné le nom à'achor, sous lequel les anciens désignaient les éruptions du cuir chevelu, et ils n'ont pas vu que la ténacité, la fixité de cette affection lui donnaient un caractère particulier en dehors de la lésion élémentaire. Du reste, cette vésico-pustule acuminée, à laquelle on attache tant d'importance, est très difficile à trouver, soit que sa durée soit très courte, soit qu'elle manque réellement.
La scrofule ne débute, pas toujours par des affections cutanées sécrétantes : tantôt c'est une scrofulide sèche, érythémateuse ou papulo-pustuleuse, qui commence la série des manifestations scrofuleuses.
En même temps ou plus lard, apparaissent les scrofulides catarrhales ou éruptives des membranes muqueuses, la blépharite, l'ophfhalmie, le coryza, l'otorrhée, etc. Par sa longue persistance et par sa nature spéciale, l'inflammation chronique des muqueuses amène la tuméfaction décès membranes, l'épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux : delà l'hypertrophie des amygdales, le rétrécissement et l'oblitération des canaux tapissés par la muqueuse de la trompe d'Eustache, des voies lacrymales et du canal nasal, des voies urinaires, et, comme conséquence de ces dernières affections, les tumeurs et fistules lacrymales et urinaires.
A la fin de cette période, on observe, soit comme phénomène de transition à la seconde période, soit comme effet sympathique, des éruptions du cuir chevelu, des engorgements ganglionnaires, qui s'enflamment et suppurent sous l'influence d'une nouvelle poussée scrofuleuse. Alors se forment les gangliles tuberculeuses; des abcès se creusent; la peau se décolle, s'amincit, se détruit, et il se manifeste des ulcérations d'un aspect particulier et caractéristique. Mais alors ce ne sont pas seulement les ganglions cervicaux superficiels qui sont pris; le mal s'étend à ceux qui sont situés plus profondément, à ceux qui passent sous les clavicules, sous le sternum, à ceux des aisselles, etc., et là aussi il peut se former des abcès, des décollements, des fistules.
Les engorgements ganglionnaires cervicaux sont faciles à reconnaître : ils affectent un seul côté ou les deux côtés du cou ; leur masse est quelquefois très considérable, et modifie singulièrement ïa physionomie. Le cou forme alors un relief de chaque côté des mâchoires.
Les ulcérations succédant a l'ouverture des abcès ont une durée plus ou moins longue : elles restent slationnaires , ou bien elles se cicatrisent. Dans le premier cas, on les voit persister dans les périodes suivantes, se joindre aux nouvelles lésions qui se seront manifestées.
Ces divers accidents de la scrofule primitive peuvent céder, et une guérison apparente survenir ; mais, plus tôt ou plus tard, de nouvelles poussées amènent les désordres dont nous allons maintenant vous entretenir.
Deuxième période {scrofule secondaire). — Les accidents qui se manifestent dans cette période ont un caractère de gravité plus prononcé : ce sont des scrofulides d'une nature