‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 60 sur 153 · TRAITEMENT DES SCKOFULIDES MALIGNES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES SCKOFULIDES MALIGNES

Si la scrofulide maligne est répandue sur diverses parties du corps, si elle occupe une grande surface, on ne peut cautériser, en une seule fois, toute l'étendue des parties affectées. J'ai vu des accidents fort graves, et môme la mort, survenir presque immédiatement après ces cautérisations imprudentes. Aussi je n'hésite pas à vous donner le conseil de ne jamais appliquer un caustique dangereux ou par son action cautérisante, ou par ses propriétés toxiques, sur une surface ayant plus de 5 à 6 centimètres de diamètre, que cette surface existe sur une seule partie ou bien qu'elle soit fractionnée et formée abstractivement de la réunion des divers points sur lesquels il est nécessaire d'appliquer le caustique.

Ainsi, dans les cas de scrofulides malignes très étendues ou très nombreuses, les cautérisations seront partielles et successives.

Dans l'intervalle des cautérisations, je fais laver les parties malades avec une décoction ou une infusion de plantes émollienles, s'il existe une réaction inflammatoire un peu vive; dans le cas contraire, si les chairs sont blafardes, je recommande les lotions styptiques, stimulantes, avec la teinture de myrrhe, d'aloès, le vin aromatique, la liqueur de Labarraque, ou bien encore avec l'eau de goudron, l'eau distillée de bourgeons de sapin, l'infusion de matico (feuilles du Piper angustifolium de la Flore péruvienne) , etc.

J'ajouterai encore, à ces moyens déjà si nombreux, d'autres topiques qui m'ont souvent rendu de bien grands services dans le traitement des scrofulides malignes. Je veux parler de la glycérine pure ou étendue d'eau, seule ou chargée de principes médicamenteux. Vous avez pu voir, dans nos salles, un lupus tuberculeux de la face qui a été remarquablement

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amélioré par l'application, répétée chaque jour deux ou trois i'ois, d'un glycérolé de lannin.

Enfin, chez un autre malade, l'irrigation froide de la face, continuée pendant environ six ou huit heures sur vingtquatre, a eu, sur la scrofulide maligne, la plus heureuse influence.

3° Moyens thérapeutiques indiqués jjar chaque affection en particulier. — Commençons par les scrofulides ulcéreuses.

Les scrofulides ulcéreuses inflammatoires, par cela même qu'elles-sont moins graves et guérissent plus vite que les scrofulides ulcéreuses fibro-plastiques, quelles ne sont pas, comme ces dernières, compliquées de produits morbides, hétéromorphes, réclament moins impérieusement l'emploi de caustiques énergiques.

On se bornera h l'administration des remèdes internes et à quelques applications topiques fort simples., comme la conspersion de poudre de riz ou d'amidon dans le rupia et l'ecthyma scrofuleux. La croûte est ici le meilleur topique.

L'impétigo rodens, ainsi que toutes les scrofulides malignes pustuleuses de la face ou d'une autre région, demande à être modifié par des agents appropriés, dans le but de changer la nature ulcéreuse de l'inflammation. Le caustique que j'emploie de préférence ici, c'est la teinture caustique d'iode, préparée d'après la formule de Lugol. Ce soluté contient une partie d'iode et d'iodure de potassium sur deux parties d'eau distillée. On l'applique sur l'ulcère, après avoir au préalable fait tomber la croûte à l'aide d'un cataplasme, au moyen d'un petit pinceau de charpie imprégné de cette teinture. On répète cette application tous les quatre ou cinq jours, jusqu'à parfaite cicatrisation.

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Si la teinture saturée d'iode amenait une inflammation trop grande des parties affectées, si son application était suivie d'une douleur trop vive, on pourrait la rendre moitié moins forte, en doublant la quantité proportionnelle d'eau distillée, celle de l'iode et de l'iodure de potassium restant la même.

C'est encore la teinture caustique d'iode et quelquefois le biiodure de mercure en pommade, dans la proportion d'un tiers ou de moitié de l'excipient, qui nous servent à cautériser les surfaces ulcérées de la scrofulide maligne fibroplastique.

Le solulum saturé d'iode doit être appliqué sur toute l'étendue de l'ulcère, aussi bien sur la peau que sur les muqueuses, quand celui-ci anticipe sur le tégument interne.

Mais avant tout, je ne saurais trop le répéter, établissez bien votre diagnostic, et rappelez-vous que le nez, siège de prédilection du lupus, est aussi le siège de prédilection du cancroïde et de l'ulcère sébacé.

Vous trouverez, dans votre pratique, beaucoup de sujets affectés iïacne sebacea du bout du nez qui auront été pris pour des lupus par des praticiens peu expérimentés, ou tout au moins peu familiers avec le diagnostic des affections de la peau. On s'empresse d'appliquer des caustiques, souvent très énergiques, sur le nez, et l'on fait ainsi de Yacne 'sebacea un ulcère interminable, tandis qu'en cessant les caustiques et lavant les surfaces ulcérées avec l'eau ferrée, on arrive en très peu de temps à la.guérison du mal. Vous ' reconnaîtrez l'acné à ses caractères propres sur le pourtour de l'ulcère : de petites croûtes jaunâtres ou noirâtres, sous lesquelles apparaissent les orifices dilatés des conduits sébifères.

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Quant au noli me tangere, j'ai déjà parlé do son diagnostic ; je n'y reviendrai pas à propos du traitement, je me bornerai à vous recommander, comme le meilleur caustique en pareil cas, la poudre arsenicale de Dupuytren (1 partie d'acide arsénieux pour 99 parties de calomel ou d'amidon).

Quand la scrofulide crustacée-ulcéreuse fait de rapides progrès et prend les caractères du lupus vorax, qu'y a-t-il à faire? En pareil cas, j'ai tout essayé, mais jusqu'à présent je ne suis arrivé à aucun résultat.

Quand l'ulcère est saignant, couvert de granulations ou de fongosités, je substitue avec^avantage à la teinture d'iode Je solutum de perchlorure de fer à 35°, qu'on applique de la même manière, à l'aide d'un pinceau de charpie, sur toute l'étendue des surfaces ulcérées.

Les scrofulides malignes tuberculeuses exigent quelques moyens spéciaux.

Si vous avez affaire à de la scrofule cutanée tuberculeuse inflammatoire, il vous suffira, dans la plupart des cas, de prescrire des frictions avec une pommade de ciguë ou d'iode.

Le lupus tuberculeux, quand il se présente par groupes et sur des surfaces très étendues, doit être attaqué par les caustiques, et, parmi ces caustiques, c'est à l'huile de noix d'acajou que je donne la préférence dans ce cas particulier.

Vous connaissez le produit qui résulte de l'expression du péricarpe de la noix d'acajou {Anacardium occidentale) : c'est une huile épaisse, brunâtre quand elle est congelée, et l'hiver elle se présente toujours sous cet état. Dans le commerce , vous la trouverez rouge et toujours liquide ; mais alors elle n'est pas pure : elle est mêlée à l'huile d'amandes douces, et n'a plus des propriétés caustiques aussi prononcées.

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