TRAITEMENT DES SCROFULIDES MALIGNES
elle n'est pas suivie d'effets aussi désastreux que ceux du lupus ulcératif, elle est pour le moins d'une curalion aussi longue, aussi difficile. Voyez le u° 110 : il y a déjà plusieurs années qu'il demande sa guérison tour à tour à tous les médecins de l'hôpital Saint-Louis ; mais aucun n'a pu, jusqu'à ce jour, la lui faire obtenir.
Partie thérapeutique. — Plus nous avançons dans les évolutions successives de la scrofule, plus le traitement devient long et difficile. Les indications générales sont les mêmes, mais les moyens de les remplir sont différents. Nous n'administrons pas à l'intérieur les mêmes agents anliscrofuleux, nous n'appliquons pas les mêmes topiques dans la première et dans la deuxième période de la scrofule.
J'ai à examiner successivement les moyens thérapeutiques dont l'emploi est commandé : 1° par la période de la maladie ; 2° par les affections profondes de la scrofule cutanée; 3° par chacune des scrofulides malignes en particulier.
1° Moyens thérapeutiques indiqués par la deuxième période de la scrofule. — En rattachant à la scrofule toutes les affections cutanées que j'ai décrites sous le nom de scrofulides malignes, j'ai simplifié et facilité leur thérapeutique. Voulez-vous vous en convaincre, parcourez ce que les auteurs ont écrit sur le traitement du rupia, de l'impétigo rodens, du molluscum, du lupus, etc., et vous verrez que tous les remèdes, si nombreux et si variés, préconisés contre ces affections, ont été suggérés par l'empirisme seul. Aucune règle n'est établie, aucune indication n'est posée. Le praticien qui lit, dans un traité spécial, le traitement du lupus, apprend que l'huile animale de Dippel, l'arsenic et le biiodure de mercure, ont été employés tour à tour avec des résultats divers contre cette affection, et la vérité est que
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ces trois préparations n'ont aucune espèce d'action sur le lupus. Je dois cependant, à propos du lupus , faire une exception en faveur de M. Devergie, qui, dans son Traité pratique des maladies de la peau, a parfaitement indiqué la thérapeutique de cette affection. Personne, avant lui, n'avait aussi bien posé les règles du traitement rationnel de cette maladie.
Il résulte des recherches de M. Devergie (et je me plais d'autant plus à le citer que, de mon côté, je suis arrivé aux mêmes résultats) que l'iode seul ou les préparations ferrugineuses n'ont qu'une très médiocre action sur les accidents de la scrofule secondaire. C'est à l'huile de foie de morue que cet honorable praticien donne la préférence ; il la regarde, dans ce cas, comme un remède héroïque; il l'associe à l'iodure de fer, qui, suivant lui, a l'avantage de fortifier la constitution. Il donne le composé à doses graduellement croissantes. Je ne fais pas autre chose dans le traitement des scrofulides malignes.
J'associe l'huile de morue au sirop d'iodure de fer, dans des proportions égales pour commencer, et si le malade tolère l'huile, j'en porte graduellement la dose à 2 et 300 grammes par jour; mais rarement je dépasse 60 à 90 grammes de sirop d'iodure de fer.
Il est des circonstances, que. vous devez connaître, qui obligent à modifier ou à suspendre ce traitement.
Parfois il arrive que les ulcères des scrofulides malignes prennent tout à coup un mauvais aspect ; ils deviennent blafards, se couvrent d'une couche couenneuse, comme putrilagineuse, augmentent d'étendue ; leurs bords sont déchirés et déjetés en dehors ; ils répandent une odeur infecte. Dans ce cas, j'ai cru remarquer que l'huile contribuait à augmenter
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la pourriture, et je me suis toujours empressé d'en suspendre l'emploi. A quoi cela peut-il tenir? Serait-ce à une allération spéciale de l'huile de morue? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que le fait n'en subsiste pas moins.
L'huile de morue, administrée à hautes doses, nourrit le malade; elle augmente souvent très rapidement l'embonpoint, mais elle a un grand inconvénient, c'est de diminuer l'appétit, qui se perd de plus en plus ; ce qui finit par amener l'anorexie, un dégoût profond pour toute espèce d'aliments : de là la nécessité d'en suspendre l'usage. J'ai pour habitude, dans ce cas, de purger le malade une ou deux fois avant de reprendre l'huile de foie de morue.
En général, toute médication est mieux supportée pendant l'hiver que pendant l'été; cela s'applique surtout à l'huile de foie de morue. Aussi, pendant l'été, se trouve-l-on bien souvent obligé de réduire la dose à deux cuillerées à soupe dans les vingt-quatre heures. Mais qu'observe-t-on alors ? C'est que le mal ne fait aucun progrès vers la résolution ; il reste stationnaire, ce qui montre clairement combien est grande Terreur de ceux qui prétendent qu'avec de petites doses d'huile de morue, on obtient les mêmes efîets qu'avec de fortes doses.
Il y a donc indication de commencer la cure des scrofulides malignes en automne, pour qu'il soit permis d'arriver l'hiver aux doses les plus élevées de la médication, et de pouvoir les diminuer graduellement au printemps. Le moment de l'administration du remède n'est pas indifférent. Le médicament doit être pris avant le repas ; donné pendant le travail de la digestion, il pourrait troubler les fonctions de l'estomac et provoquer le vomissement. J'ai pour habitude de faire prendre, le malin à jeuu, une tasse de tisane de «en-
liane ou d'infusion de sommités de houblon; une demi-heure ou une heure avant le premier repas, la première dose du mélange d'huile de morue et de sirop d'iodure de fer; — une heure avant le dîner, la seconde dose du môme mélange ; le soir, en se couchant, le malade prend une seconde tasse de tisane amère.
Cette médication est administrée de la môme manière et aux mêmes doses dans les deux sexes. L'âge ne saurait y apporter de grandes variations, car il se trouve compris en général, pour tous les malades affectés de scrofule secondaire, entre quinze et vingt-cinq ans.
Quelques malades ont une répugnance invincible pour l'huile de morue; quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent s'y habituer. Il faut bien les soumettre à une autre médication. C'est dans des cas pareils que je prescris l'eau iodo-phosphatée, le fer associé à la poudre de semences de ciguë. On a vanté le chlorhydrate de baryte, et, comme étant d'une administration plus commode et moins dangereuse, le chlorhydrate de chaux, que l'on fait dissoudre à la dose de Il grammes dans 500 grammes d'eau distillée, et dont on donne au malade une cuillerée à bouche tous les jours, en augmentant graduellement la dose jusqu'à huit ou dix cuillerées par jour. Je ne puis rien dire de ce médicament, que je n'ai pas expérimenté.
J'ai employé, mais sans aucun succès, la teinture de garance (Rubia tinctorum), à doses graduellement croissantes, contre les accidents de la scrofule secondaire.
Ajoutez à ces moyens une bonne hygiène, un air pur, une habitation salubre, un régime essentiellement réparateur, composé' principalement de viandes rouges, rôties ou grillées, de légumes herbacés cuits, et, pour boisson aux repas, le
TRAITEMENT DES SCH0FULIDE5 MALIGNES* 251 vin coupé avec les deux tiers d'eau ordinaire, de tisane amère ou d'une eau digeslive, telle que celle deBussangou de Soullzmalt, quelques bains stimulants de sulfure de potasse, de carbonate de soude, de varec ou de sel marin, et vous aurez l'ensemble de la thérapeutique indiquée parla deuxième période de la scrofule.
Voyons maintenant quels sont les moyens que réclament plus spécialement lesscrofulides malignes considérées comme affections locales.
2° Moyens thérapeutiques indiqués par les scrofulides malignes. — De tout temps, on a senti la nécessité d'attaquer ces affections graves de la peau par des moyens énergiques, et plus encore peut-être cà une époque où l'on regardait ce mal comme une affection toute locale qu'aujourd'hui, où la filiation de ces accidents avec ceux qui les ont précédés et ceux qui doivent les suivre est beaucoup mieux établie.
Aussi je proscris généralement, dans le traitement de la scrofulide profondé, inflammatoire ou fibro-plastique, le feu, la pcâle arsenicale, le caustique de Canquoin ou le chlorure de zinc et le caustique de Vienne.
Régie générale : plus la scrofulide maligne est généralisée, plus elle a de tendance à s'étendre, moins elle réclame de caustiques énergiques; plus elle est limitée, circonscrite, stationnaire, plus on est en droit de l'attaquer par des agents destructeurs.
Quand la scrofulide maligne coexiste avec d'autres accidents de la scrofule primitive ou tertiaire, il est encore indiqué de mettre, de côté les caustiques énergiques, pour se borner à l'emploi d'agents plutôt modilicateurs que caustiques.
Je me sers habituellement, comme caustiques et modificateurs dans les scrofulides malignes, des agents thérapeutiques qui suivent :
L'huile de cade ;
La créosote;
L'huile de noix d'acajou ou de croton tiglium ;
Le perchlorure de fer ;
La teinture caustique d'iode ;
Le biiodure de mercure ;
Les acides sulfurique et nitrique, le nitrate acide de mercure.
La causticité plus ou moins grande de ces agents fait qu'on répète plus ou moins fréquemment leur application, ce qui fait varier, entre vingt-quatre heures et huit ou dix jours, l'intervalle de temps qui sépare deux applications. En général, il vaut mieux attendre la chute spontanée de l'eschare ou de la croûte qui succède à l'application du caustique que de la provoquer par des applications de cataplasmes.
Les phénomènes locaux qui se produisent immédiatement après l'application du caustique sont très variables, suivant la nature de celui-ci. L'huile de cade produit à peine une sensation de chaleur modérée, tandis que le biiodure de mercure, le nitrate acide, l'acide sulfurique, sont en général suivis de vives douleurs, accompagnées de chaleur et souvent de tuméfaction des parties. Ces phénomènes sont aussi prononcés que possible après l'application du chlorure de zinc et de la pâte de Vienne. Ils cèdent le plus souvent au bout de quelques heures : on les calme en général en recommandant au malade d'appliquer un linge imbibé d'eau fraîche sur la partie qui vient d'être cautérisée.