‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 12 sur 27 · DEUXIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CLASSE

Affections de lu peau arrêtées dans leur évolution, stationnaires. (Difformités congénitales et acquises.)

I e ' ORDRE. — Difformités artificielles provoquées (de cause externe).

A. Difformités <lo cause directe.

Epbélidu ignéalo, tatouage.

B. Difformités [iar cause indirecte (action pathogénétique).

Teinte bronzée du nitrate d'argent, teinte bleue de» ongles par l'indigo.

Il* ORDRE. — Difformités spontanées (de cause interne).

l r * KECTIOX, — Maealcntief».

A. Maculeuses pigmentaires

Hyperchromie . . . . !• Ephélide lenticulaire; 2°nigritie;3 0 nævi pigmenlairus; k* mélasma.

Achromie 1* Albinisme; 2° leucopathie (partielle ou générale).

Dyschromie Vitiligo (congénital ou accidentel, partiel ou général).

U. Maculeuses vasculaires.

1* Na vu s Hammams ; 5® rue vus arancus ; 3° nœvus a pernlone.

II* SECTIOÜ. — RoutonneuNfN hypertrophique*.

A. Boutonneuses.

1* Nævus boutonneux ; 2° molluscum ; 3® verrue.

B. Hypertrophiques.

1“ Nœvus hypertrophique (chalazodermie); 2® liypertrophie cutanée ; 3° éléphanliasis arabe.

111® MIXTION - Kxfolinlrice*.

Ichthyoae.

IV® SEC’TIOV. — AtrophlqueM et ulcéreuNe»,

Atrophie congénitale et absence d'une ou de plusieurs couches de lu [tenu.

V® SECTION. — Cicatrice».

Cicatrices permanentes.

classifications dermatologiques. 46

Cette classification ne se distingue pas seulement des précédentes par quelques légères additions, c’est une transformation complète : nous avons fait table rase de toutes celles qui avaient été émises avant nous, et construit sur leurs ruines un édifice auquel les progrès de la science apporteront peut-être quelques modifications, mais dont les bases résisteront aux efforts du temps.

Vous me demanderez probablement sur quelles preuves je m’appuie pour assigner cette supériorité à notre enseignement et à nos doctrines

Sans doute, si nos collègues avaient unanimement adopté les idées que nous professons, vous vous inclineriez devant cet hommage rendu par des autorités aussi imposantes. En est-il donc ainsi?

La séparation que nous nous efforçons d’établir entre l’affection et la maladie a-t-elle été acceptée? Nullement.

Les médecins de cet hôpital ont-ils reconnu les différences qui séparent, selon nous, les maladies constitutionnelles elles diathèses? En aucune façon. Mais alors, si nos doctrines sont tellement supérieures, d’où vient donc la réprobation dont elles sont l’objet?

Ne savez-vous pas que toutes les réformes, qu’elles soient scientifiques ou politiques, ne sont pas généralement accueillies avec faveur, mais plus souvent, au contraire, systématiquement repoussées, soit qu’elles blessent les croyances et froissent l’amour-propre, soit qu’elles viennent dévoiler les erreurs que l’on a professées pendant vingtcinq ans de sa vie? Ignorez-vous que la plupart de nos grandes découvertes ont été regardées comme autant de paradoxes par la génération contemporaine ?

Cependant, messieurs, Imites les innovations que j’ai apportées dans la pathologie cutanée n’ont pas été rejetées: les affections parasitaires ont été successivement admises par MM. Hardy, Gibert et Devergic, et l’un de nos collègues a même imprimé que la dermatologie nous était redevable du seul progrès important que puisse revendiquer notre époque. Mais, tout en acceptant nos opinions, en nous prodiguant des louanges, on ne put s’empêcher de faire des restrictions : on se demanda si nous n’avions pas trop étendu le domaine des affections parasitaires; on manifesta la crainte de nous voir parcourir, sans nous arrêter, la voie du parasitisme et rattacher à cette cause la plupart des affections cutanées. Le temps s’est chargé de faire taire ces craintes chimériques, et la division des affections cutanées en affections parasitaires, artificielles et constitutionnelles, a démontré le peu de fondement de ces assertions prémalurémenl émises.

Les affections artificielles, dont on ne saurait dire aujourd’hui qu’elles sont encore un sujet d’études, puisque nous en avons fait l’histoire complète dans nos leçons de l’année dernière, sont aussi généralement adoptées que les affections parasitaires, et ont pris une place qu’on nesaurail désormais leur enlever dans le cadre nosologique.

Déjà les affections pathogénétiques ont été moins favorablement accueillies par le public médical. D’oii vient cette différence d’appréciation, si ce n’est de ce fait, que l’existence des affections parasitaires et artificielles est évidente, palpable, pour ainsi dire, puisque la cause tombe sous les sens, et que la maladie se confond avec l’affection qui en est l’expression, tandis que la relation de cause à

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CLASSIFICATIONS DEHMATOLOGIQL'ES.

effet, qui existe entre le médicament ingéré et l’éruption cutanée frappe moins les yeux et l’esprit; si ce n’est parce que les médecins ignorant le plus ordinairement la nécessité d’une prédisposition spéciale pour que l’ingestion du copahu ou de l’arsenic, par exemple, soit suivie d’une éruption cutanée, et ne constatant pas toujours cette éruption après l’administration de ces médicaments, sont portés à la nier ou à la regarder comme pathologique.

Que de fois n’ai-je pas observé des éruptions copahiques que l’on avait considérées comme syphilitiques ! ! I Mais, soyez-en convaincus, le même sort qu’éprouvèrent les affections parasitaires et artificielles est réservé aux affections palhogénétiques, et quelques années ne s’écouleront pas avant qu’elles soient universellement adoptées.

Mais si l’on a admis l’existence désaffections parasitaires et artificielles, on n’en a pasmoins repoussé nos doctrines; cl qn’est-il advenu de celle adoption des faits d’une part, et du rejet des idées fondamentalesde l’autre, sinon que l’on a fait entrer, contre toutes les lois naturelles, dans la classification de Willan, nos affections parasitaires et artificielles, étonnées, sans doute, de se trouver au milieu d’êtres aussi dissemblables que ceux qui les entouraient; ouvrez plutôt les ouvrages contemporains, celui de M. Gibert par exemple, ne trouvez-vous pas la gale placée à côté des affections vésiculeuses, de l’eczéma et de l’herpès ; la mentagre parasitaire à côté de l’acné.

Les médecins qui ont admis l’existence des affections parasitaires et celle des affections artificielles n’en ont donc pas moins commis une erreur capitale en voulant placer ces affections dans un cadre suranné; d’ailleurs, aveu bien

IUm. 2

triste à faire, les hommes qui condamnent nos doctrines ne les connaissent pas ou ne se sont pas donné la peine de les approfondir, et les rejettent systématiquement parce qu’elles sont en désaccord avec celles qu’ils professent... N’avons-nous pas vu dernièrement un médecin dont la plume avait fait un éloge pompeux de nos leçons sur les affections parasitaires, dans une feuille périodique, critiquer et rejeter sans appel notre arthritisme, prétendant que nous avions détruit d’une main ce que nous avions fait de l’autre, médecin complètement étranger à la dermatologie, ne l'ayant jamais étudiée sérieusement, et qui, en repoussant l’arthritis, repoussait seulement la doctrine que nous professons à son sujet !

Cependant, messieurs, il existe aujourd’hui un assez grand nombre de jeunes médecins distingués qui ont accepte franchement nos idées, les défendent chaque jour, travaillent même au couronnement' de l’édifice que nous avons construit. Je suis heureux de pouvoir vous signaler spécialement M. Allard, médecin inspecteur des eaux de Royat, qui, dernièrement encore, a publié une brochure sur l’arthritisme viscéral.

Tel est aujourd’hui l’état des esprits à l’égard des affections parasitaires et artificielles; il me reste maintenant à vous énumérer les objections qui ont été dirigées contre notre classe d’affections de cause interne, et à les renverser successivement.

Toutefois, je ne puis m’empêcher de revenir tout d’abord sur une accusation dirigée contre nous par des hommes de talent, et de laquelle je me suis déjà plus d’une fois disculpé ; on a prétendu que la division des

CLASSIFICATIONS* DEMI ATO LOGlQl'ES . Il)

affections cutanées en deux grandes classes : affections de cause interne et affections de cause externe, n’était pas neuve, et quelle était simplement renouvelée de Lorry.

Il faut, en vérité, avoir bien mal lu cet auteur pour avancer une telle proposition ! Non, messieurs, les divisions de Lorry ne sont pas les nôtres ; non, vous ne retrouverez pas en lisant ses œuvres, nos classes, nos genres, nos espèces !

Lorry était un médecin humoriste, et pour lui toute affection reconnaissait pour cause un vice humoral dont l’action était directe ou indirecte : tantôt, en effet, le principe morbide provenait d’un point plus ou moins éloigné de la peau, et déterminait à la surface de cette membrane désaffections variées (propellit ad cvtem), tantôt au contraire, né de la peau, il allait infecter tout le reste de l’économie. Y a-t-il dans ces idées quelque analogie avec nos maladies constitutionnelles?

Sans doute, vous trouverez dans l’ouvrage de Lorry un chapitre consacré à l’histoire de la teigne; mais ce dermalologiste attribuait cette maladie à un vice humoral, tandis que nous avons démontré qu’elle était duc à l’existence d’un parasite végétal.

Sans doute, il admettait les affections causées par les parasites animaux ; mais, pour lui, la présence d’un corps étranger animé était chose secondaire, et l’altération seule des humeurs était capable d’engendrer ou d’entretenir à la surface du corps le parasite animal, tandis que nous n’admettons pas la génération spontanée, et que notre thérapeutique est surtout dirigée contre Vacants, les pediculi

20 première Leçon.

Enfin, vous chercherez vainement dans son traité la description des affections artificielles.

Ce n’est donc pas à Lorry que nous avons emprunté notre classification, et à nous seul revient justement l’honneur de l’avoir fondée. Mais, si nous sommes désormais dégagé de toute accusation de plagiat, il ne s’en dresse pas moins devant nous de nombreuses objections dont nous devons vous démontrer la faiblesse et le peu de fondement.

On nous a reproché d’avoir placé parmi les maladies dues à une cause interne, la syphilis, maladie toujours consécutive à l’inoculation d’un virus. Nous répondrons à nos adversaires : le virus est un produit, un effet de la maladie et non sa 'cause; pour expliquer son existence, il faut, de toute nécessité, admettre une première maladie spontanément survenue et ayant engendré un premier virus, dont l’inoculation a été capable de déterminer consécutivement la maladie dont il était l’effet ; enfin, pour expliquer la maladie spontanée, il faut admettre aussi l’existence d’une cause interne inconnue dans son essence, mais révélée par ses effets.

D’ailleurs il n’est pas un médecin qui ne fasse de la maladie un être abstrait et non un être concret ; mais si la syphilis se trouve contenue en germe dans le pus virulent du chancre, la maladie ne doit-elle pas être regardée comme un être concret? conclusion évidemment absurde.

Non, la syphilis n’est pas une maladie virulente ; non, elle no consiste pas plus dans le virus syphilitique que la rage dans le virus rabique, la variole dans le virus varioleux ! Seule, d’ailleii!'», notre manière d'envisager cette maladie

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES.

peut nous expliquer pourquoi nous observons des cas de syphilis d’une bénignité remarquable et des exemples d’une malignité effrayante ; pourquoi, chez ce malade, les affections spécifiques disparaissent sous l’in fluence du traitement le plus simple, tandis que chez celui-là, elles sont rebelles à tousles agents thérapeutiques dont nous pouvons disposer.

Les autres maladies constitutionnelles, la dartre et l’arthrilis, sont restées moins vierges encore que la syphilis d’attaques et de critiques.

Trois objections principales nous ont été adressées :

1" Vous ignorez complètement la cause des maladies constitutionnelles, et pour l’expliquer vous admettez l’existence imaginaire d’une diathèse. Vous remplacez par une nouvelle hypothèse celle des anciens auteurs, et mieux eût valu accepter leur virus, leur vice humoral.

2° Qu’est-cc qu’une maladie qui se compose d’affections variées, multiples, apparaissant à des intervalles éloignés les uns des autres? À ce titre, il existe plus de malades que de personnes bien portantes ! Pour nous, toutes les affections que vous rattachez à une seule et unique maladie, dite constitutionnelle, forment autant d’entités morbides distinctes et indépendantes.

3* La catégorisation des dartres est impossible.

Première objection. — La diathèse à l’aide de laquelle vous voulez expliquer les maladies constitutionnelles n’existe pas, m’a-t-on objecté ; mais, messieurs, je n’ai jamais émis une opinion contraire ; et si vous avez lu mes leçons sur la dartrê et l'arthrilis, vous avez dû remarquer que je n’ai pas usé de plus de ménagements envers la thèse qu’à l’égard des virus et du vice humerai; qu

cherché à démontrer qu’il était inutile d’admettre, avec Chomel, deux sortes de causes internes, toutes deux inconnues dans leur essence, la prédisposition latente et la diathèse ; qu’il n’était pas utile de multiplier ainsi les inconnues étiologiques; que, cherchant en quoi la diathèse différait de la prédisposition latente dans la doctrine de Chomel, j’ai écrit :

« La diathèse présente cette seule différence qu’elle est » commune à plusieurs maladies. Mais ne voyez-vous pas » que toutes ces maladies, identiques dans leur nature, qui » existent ensemble ou se développent successivement sur » le même sujet, qui procèdent de la même disposition » inconnue dans son essence, ne voyez-vous pas que toutes » ces maladies ne sont que des symptômes ou des lésions » que Chomel prend pour des maladies? En réalité, il y a » une prédisposition latente, une et indivisible, pour chaque * espèce morbide, et il n’y a point de prédisposition latente » commune à plusieurs maladies. 11 est donc inutile d’ad- » mettre la diathèse comme une cause interne de maladie » distincte de la prédisposition latente. »

Cependant, messieurs, si nous n’admettons pas la diathèse dans le sens traditionnel, nous avons néanmoins conservé cette expression; mais, pour nous, elle est synonyme de maladie, et nous définissons la diathèse : « une maladie aiguë ou chronique pyrétique ou apyrétique, » continue ou intermittente, contagieuse ou non conta- » gieuse, caractérisée par la formation d’un seul produit » morbide, qui peut avoir son siège indistinctement dans » tous les systèmes organiques. » (Exemple : diathèses tuberculeuse, cancéreuse, etc.)

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES.

Deuxième objection. — On a prétendu que nos unités pathologiques n’existaient pas et que l’on devait considérer comme maladies distinctes les affections que nous rattachons à une seule entité morbide. D’où vient donc que des médecins distingués se plaisent ainsi à démembrer les maladies constitutionnelles, à rompre le faisceau des affections qu’elles comprennent?

Trois causes, je pense, peuvent être assignées à cette tendance de l’esprit médical de notre époque.

Les affections dépendant de maladies constitutionnelles étant séparées, dans leur apparition, par des intervalles de temps assez éloignés, on oublie les liens qui les unissent ; on ne recherche pas, en présence d’une affection, si d’autres ne l’ont pas précédée, qui ont apparu dans les mêmes conditions, cessé sous l’influence d’un traitement identique, et on les regarde toutes comme des maladies indépendantes et distinctes.

Ce démembrement n’a jamais existé pour les maladies aiguës, parce que l’on suit mieux alors la filiation des affections, on reconnaît plus facilement les liens qui les rattachent les unes aux autres.

En vain, les chefs de la médecine organopathique chercheront à démontrer que la fièvre typhoïde peut se décomposer en un certain nombre d’états pathologiques distincts, ils prêcheront dans le désert, et ne recueilleront jamais que des sourires d’incrédulité; seul, le terrain des maladies constitutionnelles leur offre un champ de bataille où ils peuvent en apparence faire flotter victorieusement leur drapeau.

Cependant, messieurs, ne suffisait-il pas de considérer

24 PKEM1ÊKE LEÇON,

les affections syphilitiques, si distantes les unes des autres, si différentes dans leur modalité, et néanmoins rattachées à une cause générale et unique, pour admettre les affections dartreuses et arthritiques?

La deuxième cause de ce démembrement consiste dansla modalité différente des affections : lorsqu’existe une névrose, l’épilepsie, l’hystérie par exemple, les accès sont éloignés les uns des autres, mais conservent toujours leur physionomie caractéristique ; aussi, n’a-t-on jamais cherché à en former autant d’êtres indépendants; mais quand les affections présentent une modalité différente, on oublie facilement le point de départ, et on brise la chaine qui les unit les unes aux autres... Ainsi est-il advenu pour les maladies constitutionnelles !

Enfin, la troisième cause que j’assigne au démembrement de ces maladies consiste dans la substitution de la médecine organopalhique à la médecine traditionnelle. D’après cette doctrine, qui compte au nombre de ses représentants les plus illustres, lüchat et Pinel, l’étude de l’anatomie et de la physiologie peut seule nous donner la clef des phénomènes pathologiques, et le traitement d’une maladie doit être basé sur le degré de l’irritabilité de l’organe malade et celui de l'affection locale ; en un mot, il n’existe plus de maladies, mais seulement des lésions et des symptômes, partant plus de thérapeutique générale, mais seulement un traitement local.

Cependant, messieurs, une même affection ne présentet-elle pas une physionomie toute différente, des allures toutes particulières, suivant les individus, les circonstances étiologiques, épidémiques... physionomie, allures, que

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. 25

sont impuissantes à expliquer l’anatomie, la physiologie , l’hygiène...?

Quelles différences n’offre pas l'affection bronchique chez les divers malades qui en sont atteints, bien que la lésion anatomique reste toujours la même! Qui de vous sera jamais tenté de regarder comme identiques les bronchites typhoïdes, rubéoliques, épidémiques et la bronchite aiguë, simple? Qui de vous n’admettra pas une spécificité pour celles-là?

Telles sont les causes qui ont présidé à la dissolution du faisceau des affections constitutionnelles, et ont ainsi entravé les progrès de la médecine proprement dite et de la thérapeutique.

Troisième objection. — L’impossibilité de la catégorisation des dartres est enfin la troisième objection que l’on nous a adressée. Nous pourrions répondre que l’événement a donné tort à nos contradicteurs, puisque aujourd’hui nous avons définitivement établi les caractères des affections herpétiques et arthritiques; mais on nous objecterait sans doute que ces caractères n’existent que dans notre imagination, et ne se retrouvent jamais sur les malades. Nous ne procéderons donc pas ainsi : nous vous exposerons rapidement les caractères de la classe prétendue naturelle des darlresde M. Hardy, et, après vousavoir démontré qu’elle n’offre que les apparences d’une classe naturelle, nous renverserons les objections qui nous ont été faites, et prouverons à notre collègue que, s’il le voulait, il pourrait constater les caractères des arlhritides, tout aussi bien que les élèves qui suivent notre visite, que nos internes, qui chaque année nous ailirment qu’il est plus difficile de dif-

férencier les scrofulides des svphilides, que les arthritides

des herpétides.

Sous le nom de dartres, M. Hardy a décrit des affections présentant les caractères de se transmettre par hérédité, de récidiver, d’offrir une facile tendance à s’étendre sur tout le corps, affections dues à une disposition générale de l’économie qu’il appelle diathèse dartreuse et non vice, virus dartreux, comme faisaient les anciens, parce que les produits de la manifestation dartreuse n’offrent pas les caractères essentiels des virus, la transmissibilité par l’inoculation.

Ce médecin place quatre affections sous la dépendance de la diathèse dartreuse : l’eczéma, le pityriasis, le lichen, Le psoriasis, quadrilatère dartreux dont les parties constituantes présentent des liens de parenté si étroits que l’une peut se transformer en l’autre, l’eczéma en lichen par exemple; que des parents affectés de psoriasis peuvent transmettre un eczéma à leurs enfants ; que toutes réclament le même traitement. Enfin, l’existence de cette classe est tellement réelle, que c’est la tradition populaire qui la lui a révélée.

Eh bienl messieurs, j’ose affirmer que toutes ces assertions constituent autant d’erreurs capitales. Que trouvezvous en scrutant la profondeur de la diathèse dartreuse , sinon un vide aussi complet qu’en sondant les mots virus et vice dartreux des anciens? Ne vous ai-je pas suffisamment démontré que la diathèse, envisagée dans le sens traditionnel, devait être rejetée; qu’il existait une prédisposition latente, une et indivisible pour chaque espèce morbide, mais non une prédisposition latente commune i plu-

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES.

sieurs maladies? Enfin, sont-ils aussi naturels que le prétend notre collègue , les liens qui unissent ces quatre affections? Est-il permis d’aflirmer que le pityriasis, l’eczéma, le psoriasis et le lichen réclament le même traitement, quelles que soient les circonstances au milieu desquelles ils se présentent.

Parcourez nos salles et celles des divers services de l’hôpital Saint-Louis, et vous observerez des eczémas scrofuleux, artificiels, parasitaires... En ce moment encore existe dans le pavillon Saint-Mathieu un jeune homme affecté d’un lichen dont la nature scrofuleuse ne saurait être mise en doute; et dernièrement entrait un malade atteint d’un eczéma causé par le contact irritant de la vapeur de teinture de cantharides, et qui disparut sans le secours d’aucun traitement. Ce lichen, cet eczéma, sont-ce des affections darlreuses? Enfin, lisez le chapitre consacré au traitement de la classe des dartres, et vous constaterez vous-mêmes combien sont variés les moyens thérapeutiques mis en usage : ici c’est l’huile de foie de morue et l’iodure de fer, là ce sont les préparations arsenicales qui sont préconisées. Et sur quelle indication administrerat-on tel ou tel agent thérapeutique? Celle du tempérament! Est-il lymphatique, vous ordonnerez l’huile de morue ; nerveux, l’arsenic. Mais, messieurs, ne savez-vous pas que chaque jour se présentent à nous des malades atteints d’eczéma scrofuleux, et chez lesquels nous ne trouvons aucun des attributs du tempérament lymphatique? Quel sera donc alors le phare qui éclairera nos pas ?

Enfin, croyez-vous que ce soit dans la tradition populaire que notre collègue ait puisé l’idée de la classe des dartres?

Mais le peuple admettes darlres contagieuses, ne confond pas les gourmes et les éruptions dues aux travaux manuels avec les dartres. La tradition scientifique seule a inspiré M. Hardy et s’il avait réellement écouté la voix populaire, il n’aurait pas réuni dans une même classe des affections de nature aussi différente. Ainsi, c’est le médecin qui a confondu les affections scrofuleuses, dartreuses, arthritiques, parasitaires. . . qui nous accuse d’avoir donné des caractères, que notre imagination seule aurait enfantés, aux affections arthritiques. Après avoir prouvé l'instabilité des bases de sa classe des dartres, prouvons-lui le peu de solidité des objections émises contre nos arlhrilides.

Nous avons puisé à cinq sources différentes les moyens de remonter à la nature de l’affection, à la maladie constitutionnelle dont elle est l’effet : ce sont les caractères objectifs, le numéro d’ordre de l’évolution, les affections coexistantes, les antécédents et la thérapeutique.

1° On a prétendu que les caractères objectifs n’étaient pas constants, manquaient le plus souvent, et par conséquent ne pouvaient servir au diagnostic. Mais avons-nous jamais eu la prétention d’enseigner que la connaissance d’une seule de ces cinq sources était suffisante pour permettre de reconnaître la nature de l’affection, et n’avonsnous pas annoncé, au contraire, qu’il était nécessaire de les associer et de les combiner? D’ailleurs, si les caractères objectifs des arlhrilides font quelquefois défaut, n’en est-il pas de même de ceux des sypliilides et des scrofulides? La couleur cuivrée des syphilides existe-t-elle toujours? Dirat-on, cependant, que les caractères objectifs de ces affections sont inutiles?

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES.

Mais non-seulement on a nié la fréquence des caractères objectifs des artlirilides, on a voulu aussi en démontrer le peu de valeur, et l’on a cherché à nous prouver que les observations recueillies dans notre service et imprimées dans notre livre, sur les artlirilides et les herpétides, étaient en contradiction avec les propositions que nous avions avancées. On a prétendu que la symétrie la plus parfaite existait chez les malades dont nous avions décoré cependant les affections du nom d’arthritides. Malheureusement on prouvait ainsi que l’on avait mal interprété nos paroles, dénaturé notre pensée.

La symétrie ne consiste pas dans l’existence d’une plaque eczémateuse sur le dos de chaque main, mais dans son apparition simultanée de chaque côté du corps ; si une affection cutanée reste limitée pendant un ou deux ans sur un côté du corps, et si ce n’est qu’après ce laps de temps seulement qu’apparaît une éruption semblable du côté opposé, il ne me viendra jamais à l’esprit d’avancer qu’il existe là une éruption symétrique , comme le font nos adversaires.

On a prétendu que les affections cutanées arthritiques, non-seulement ne disparaissaient pas après une certaine durée de la maladie constitutionnelle, ainsi que nous l’avions annoncé, mais augmentaient même en nombre et en intensité pendant deux, quatre ans, et même un laps de temps plus considérable. Eh bien, messieurs, quand même elles s’accroîtraient pendant quinze ans, nous prétendrions encore que notre loi ne perdrait pas de sa valeur I N'avonsnous pas écrit, en effet, que, pendant tout le cours de l’existence de la période des affections cutanées, celles-ci

pouvaient s’accroître, et qu’à l’apparition seule des affections de la troisième période elles disparaissent progressivement ?

2° Nous avons assigné aux affections des maladies constitutionnelles une évolution dont on a infirmé aussi la réalité ; on a dit, en effet, qu’elles n’occupaient pas toujours la même place dans l’ordre d’apparition des divers étals organopathiques.que tantôt ellesapparaissaientpeude temps après le début de la maladie, tantôt à une période avancée ; que la scrofule, par exemple, pouvait débuter par une tumeur blanche, affection que nous avons rangée parmi celles de la troisième période. Mais n’avons-nous pas écrit que les maladies constitutionnelles pouvaient se montrer sous diverses formes, sous divers aspects ; qu’une ou plusieurs périodes pouvaient manquer;... que les auteurs avaient cru devoir admettre plusieurs formes de la scrofule, que Sauvages avait reconnu l’existence d’une scrofule vulgaire, d’une scrofule bénigne et d’une scrofule maligne ; que M. Milcent avait ajouté à ces trois formes, la forme fixe primitive ; que moi-rnème j’admettais sept formes principales : 1" la scrofule régulière et complète dans laquelle les périodes se succèdent dans l’ordre précédemment indiqué : cette forme n’est pas la plus fréquente; 2“ la scrofule incomplète, forme vulgaire des auteurs et très commune ; 3" la scrofule bénigne ; à" la scrofule maligne ; 5° la scrofule fixe primitive ; 6° la scrofule larvée; 7“ la scrofule ulcérative.

N’avons-nous pas écrit que la scrofule fixe primitiva n’était accusée que par une seule affection qui $e montrait au début et persistait pendant tous le cours de la ma-

CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. 31

ladie ; que tantôt c’était une tumeur blanche, tantôt une ophthalmie, un lupus, etc.?

3* J’ai indiqué, en troisième lieu, comme source de diagnostic larecherche des affections concomitantes et préexistantes, et l’on s’est encore empressé d’annoncer que, chez un grand nombre de malades, on ne constatait l’existence d’aucun antécédent ; que dans l’arthritisme les affections cutanées n’étaient le plus ordinairement précédées ni de douleurs rhumatismales, ni d’attaques de goutte!

Mais en m’adressant celte objection on oubliait, sans doule, que chaque jour on admet l’existence de scrofulides et de syphüides, bien que les antécédents fassent défaut; on oubliait surtout que Lorry a écrit que, dans les familles de goutteux, les personnes sujettes à des accès de goutte sont celles dont les téguments restent indemnes de toute éruption, et que les affections tégumentaires apparaissent ordinairement chez celles dont les articulations sont libres ; on avait oublié enfin que nous-méme avions dit : « Plus l’attaque de rhumatisme ou de goutte est intense, moins les arthritides sont prononcées; au contraire, les affections cutanées sont tenaces et opiniâtres lorsque le rhumatisme articulaire n’existe pas ou se montre à un faible degré, k

Enfin on a refusé aux alcalins toute action curative sur les affections arthritiques , et , chose étrange 1 ceux-là mêmes qui nient leur utilité les mettent chaque jour en usage, et en ont préconisé l’emploi contre les affections dartreuses développées chez des personnes douées d’un système musculaire très prononcé, d’un tempérament sanguin..., offrant, en un mot, tous les attributs de la constitution arthritique! D’ailleurs il vous suffira de suivre

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quelque temps mon service pour constater vous-mêmes les

heureux résultats de leur administration.

Elles sont donc illusoires les objections qui ont été émises contre nos doctrines; et en vain une critique véhémente a essayé d’ébranler de son choc l’édifice que nous avons construit, il est resté immobile sur ses bases !

Mais on est allé plus loin encore, et comme s’il ne suffisait pas de chercher à enfoncer la cognée dans l’arbre pour l’abattre, on a voulu nous enlever jusqu’au mérite de la création de l’œuvre que nous défendons, on a publié que seul nous n’avions pas cherché à catégoriser les dartres, et que Joseph Frank et M. Gintrac (de Bordeaux) nous avaient ouvert et préparé la voie.

Sans aucun doute, Joseph Frank et M. Gintrac ont fait de louables efforts pour assigner aux dartres des caractères capables de faire reconnaître leur nature, mais leurs efforts restèrent vains et inutiles, et ces médecins étaient réduits à rechercher les maladies de la famille, les antécédents du malade, le retour des affections à telle ou telle saison de l’année pour remonter à la nature de l’affection : aussi je me crois en droit de revendiquer l’honneur d’avoir le premier découvert et indiqué les caractères objectifs des maladies constitutionnelles.

D’ailleurs Joseph Frank et M. Gintrac ont eu le tort de scinder les maladies, de les diviser en aiguës et chroniques, oubliant ou ignorant que la même maladie peut se présenter à l’état aigu ou chronique, sans qu’elle ait cessé d’être identique avec elle-même ; de ne pas donner la description des pseudo-exanthèmes, auxquels ils ne reconnaissent aucun rapport avec les affections chroniques de

CLASSIFICATIONS DEnMATOLOfilQI'ES. 33

la peau, de ne tirer du traitement aucun caractère pour le diagnostic de la nature tics affections, de fonder leurs indications thérapeutiques sur le tempérament et la constitution, indications trompeuses, puisquele traitement ne doit subir aucune variation, quel que soit le tempérament d’un scrofuleux, d’un arthritique, d’un herpétique; enfin d’être tous deux partisans des doctrines organiciennes et des diathèses!

En Allemagne et en France ont été aussi entrepris, dans ces dernières années, quelques travaux sérieux dans le but de rattacher à la goutte et au rhumatisme quelques affections cutanées, l’érythème noueux, l’urticaire; mais leurs auteurs ne sont pas allés plus loin, laissant ainsi l’œuvre à peine ébauchée.

Arrivé au terme de celle argumentation, je vous laisserai le soin de décider si je n’ai pas réellement édifié une nouvelle doctrine, dont les hases sont plus naturelles et plus solides que celles des doctrines de nos devanciers, capable Je faciliter singulièrement le diagnostic des affections cutanées, et destinée à éclairer votre thérapeutique d’un jour inconnu jusqu’alors!

Daux.

»k L’ÉRiTnÈm:

Messieurs,

Si vous examinez avec attention le tableau de notre classification consacré à l’énumération des lésions cutanées élémentaires et des affections génériques de la peau, vous observerez que nous avons admis deux espèces d’affections cutanées dont la distinction est pour nous de la plus haute importance : des affections simples c’est-à-dire appartenant en propre et exclusivement à une seule maladie; et des affections communes, c’est-à-dire pouvant constituer les manifestations cutanées de plusieurs maladies.

Le godet favique caractérise uniquement la teigne faveuse et constitue une affection propre; il en est de même de la plaque muqueuse, affection spéciale à la syphilis; de la kéloïde, de la carcine, des tubercules éléphantiasiques.

L’eczéma, le lichen, le pityriasis, le psoriasis, constituent au contraire des affections communes, génériques, parce qu’elles peuvent être l’empreinte sensible sur le tégument

externe de lascrofule, delà dartre, de l’arthrilis, c’est-

à-dire de. plusieurs maladies.

C’est parce qu’ils n’ont pas tenu compte de celte distinction capitale que des auteurs recommandables ont été conduits à émettre des opinions étranges et erronées.

DÊ L’ÉRYTUèsifi. 35

Nous nous proposons, dans les leçons de cette année, de vous tracer l’histoire des affections génériques de la peau, et, partant, de combler une lacune regrettable de la littérature dermatologique.

Qui de vous, en effet, s’il a parcouru les ouvrages consacrés à la description des affections cutanées, n’a pas été frappé d’étonnement en constatant les divergences nombreuses qui existent entre les dermatologistes; en s’apercevant que non-seulement les affections génériques occupent une place différente dans leurs classifications, mais aussi portent des dénominations diverses et comprennent un nombre d’espèces variable, suivant les dermatologistes; qui de vous, sans fil conducteur pour guider ses pas au milieu de ce dédale, ne s’est pas égaré plus d’une fois?

Si, au contraire, vous aviez possédé un ouvrage dans lequel l’auteur aurait déroulé sous vos yeux les caractères symptomatologiques des affections cutanées, indiqué la place que chacun des dermatologistes leur a assignée dans sa classification, le nombre des espèces qu’il a admises et décrites, joignant d’ailleurs à cet exposé une critique raisonnée et judicieuse de toutes les opinions; de quelle lumière n’auriez-vous pas été éclairés, et quelle facilité n’auriez-vous pas eue pour comprendre toutes les doctrines passées ou régnantes?

Cet ouvrage, messieurs, vous le posséderez quand seront publiées les leçons de cette année dans lesquelles j’ai l’intention de vous tracer l’histoire dogmatique et critique des principales affections génériques de la peau.

L’érvthème est l’affection commune dont nous ferons la description dans cette leçon.

Définition. — On désigne sous le nom d 'érythème une affection de la peau en voie d’évolution caractérisée, dans sa période d’état, par des taches congestives, rosées ou rouges, larges, n’occasionnant pas de démangeaisons prononcées et se terminant par résolution en présentant ou non une desquamation légère.

Si nous passons en revue tous les termes de celte définition, nous vous démontrerons facilement qu’ils sont à l’abri de tout reproche.

Nous disons que « l’érythème est une affection en voie d’évolution » pour le distinguer des affections stationnaires, arrêtées dans leur marche, des difformités en un mot. Nous ne saurions admettre, en effet, avec Joseph Frank, l’existence d’un érythème de naissance ; l’affection cutanée décrite sous ce nom par le médecin de Vienne, ne présente à nos yeux aucun des caractères de l’érythème et constitue uniquement un naevus :

« Caractérisé dans sa période d’étal » pour le distinguer des éruptions papulo-pusluleuses qui, à un moment de leur existence, présentent'des taches érythémateuses. Dans la variole, par exemple, on observe des taches congestives, et avant l’apparition des papules, et après la période de desquamation; quel médecin oserait cependant prétendre que l’éruption variolique est une éruption érythémateuse? Toute affection cutanée ne doit- elle pas en effet être caractérisée par la lésion cutanée élémentaire que l’on constate à sa période d’état, et non parcelle qui constitue la période de début de l’affection ou est le résultat de son évolution ?

« Larges », pour le différencier de la roséole, affection dont les taches sont beaucoup plus petites.

de l’érythème. 37

« N’occasionnant pas de démangeaisons prononcées >, pour éviter la confusion avec l’urticaire.

« Congestives », pour le séparer de l’érysipèle. Symptomatologie. — Tantôt l’érythème présente itn début brusque, tantôt au contraire l’éruption est précédée de phénomènes précurseurs dont la durée varie d’un à trois jours, et qui consistent dans un malaise général, le brisement des membres, des picotements ou des démangeaisons sur les parties qui doivent être le siège de l'affection, un mouvement fébrile modéré, qui contraste avec la pyrexie intense du début des fièvres éruptives, de la variole par exemple, et enfin le trouble des fonctions digestives, c’est-à-dire l’anorexie, l’enduit blanchâtre de la langue, la soif, la difficulté des digestions.

(Juc ces phénomènes prodromiques aient existé ou non, des taches rosées ou rouges, congestives apparaissent à la surface du tégument externe, taches qui, d’abord diffuses et mal limitées, ne tardent pas à se circonscrire ; elles peuvent conserver pendant toute la durée de leur existence la teinte rosée du début, mais le plus souvent elles acquiérent une coloration foncée , frambroisée et violacée môme ; leur surface peut rester plane et lisse, ou se couvrir de saillies papuleuses et même tuberculeuses; tantôt elles offrent à leur circonférence un relief, un bourrelet qui les sépare nettement des parties environnantes, tantôt au contraire la coloration morbide se confond insensiblement avec la teinte normale de la peau. L’étendue qu’elles occupent est extrêmement variable : si, en effet, les taches érythémateuses peuvent ne pas dépasser les dimensions d’une pièce de cinq francs et même d’une pièce de deux

francs, elles occupent le plus souvent toute une région, la

face dorsale des mains, les joues, le front, par exemple ;

enfin elles disparaissent sous la pression du doigt et sont ou

non le siège de démangeaisons très faibles ou de légers

picotements.

Arrivé à son plus haut degré d’intensité, l’crythème parcourt une marche inverse à celle «ju’il a suivie pendant la période d’augmentron observe alors la décoloration progressive des téguments, l’affaissement graduel du bourrelet circonférentiel et la disparition des démangeaisons lorsque ces deux phénomènes ont existé. Enfin, au déclin de l’affection apparaît souvent, sur les parties malades, une légère desquamation qui ne tarde pas à cesser elle-même.

Quelquefois .aussi naissent à la surface de l’érythème des vésicules, des bulles, des phlyclènes, se produit même une sécrétion purulente, ainsi qu’il est donné de l’observer dans Yiniertrigo purifluens,... mais ces phénomènes doivent être regardés comme essentiellement accidentels, et ne sauraient être considérés comme formant partie nécessaire de l’évolution naturelle de l’affection.

Marche. Durée. Terminaison . — Tantôt l’érythème suit la marche des pseudo-exanthèmes, et disparait spontanément vers le douzième ou quinzième jour de son existence ; tantôt on ne peut lui assigner aucune limite, et on le voit se prolonger pendant des mois et des années et récidiver plusieurs fois avant de disparaître complètement; tantôt enfin sa durée est éphémère et en rapport avec la persistance de la cause qui lui a donné naissance.

Caractères anatomiques. — L’érythème envisagé au point de vue du siège topographique, peut occuper toutes

DE L’ÉRYTHÈME. S®

les parties du corps ; envisagé au point de vue du siège anatomique, il consiste dans la congestion des vaisseaux capillaires du derme; dans l’une des variétés de l’érythéme se produit même dans le tissu cellulaire une extravasation sanguine de laquelle résultent des nodosités douloureuses, ovales, et offrant une coloration violacée qui ne tarde pas à faire place à une teinte jaunâtre, indice de la résorption que subit le sang épanché ( Erythema nodosum).

Diagnostic du genre. — L’érythème pourrait être con* fondu avec Y érysipèle, et pour quelques médecins parmi lesquels je vous citerai Callisen, toute distinction entre ces deux affections serait inutile, puisque l’érythème ne constitue que le premier degré de l’érysipèle. Cependant, messieurs, de grandes différences séparent ces deux états morbides : tandis, en effet, que l’érythème est caractérisé par une tache rouge, congestive, l’érysipèle consiste dans une rougeujr inflammatoire de la peau; un frisson intense précède ordinairement cette dernière affection , et ne fait au contraire presque jamais partie du cortège des phénomènes précurseurs de l’érythème.

Dans l’érysipèle existe une surface rouge, surélevée audessus des parties environnantes et sensible à la pression, tandis que les taches érythémateuses ne dépassent pas en général le niveau des parties environnantes et ne sont pas ou sont à peine douloureuses.

L’érysipèle présente des bords nettement limités par une saillie festonnée, tandis que la rougeur érythémateuse offre une décoloration progressive et se confond insensiblement avec les parties saines.

Enfin, on observe, à la suite de l’érysipèle, l’infiltration

du tissu cellulaire par de la lymphe plastique ou du pus, la gangrène des parties sous-jacentes à la peau,... résultats de l’inflammation que l’on ne constate jamais chez un malade affecté seulement d'érythème.

Des différences plus tranchées encore séparent la rougeole et la scarlatine de l’érythème; toutes deux en effet sont contagieuses, précédées de symptômes prodromiques pathognomoniques et accompagnées d’une fièvre intense, caractères que l’on n’observe pas dans l’érythème; enfin les éruptions rubéolique et scarlatineuse sont répandues sur toute la surface du corps, tandis que l’érythème n’en occupe qu’une partie peu étendue.

L 'urticaire se différencie suffisamment de l’érythème par l’existence de papules rosées ou rouges à la périphérie et décolorées au centre, donnant naissance à une démangeaison que l’on a comparée à celle que produit l’application des orties sur le corps et disparaissant pendant une certaine partie de la journée pour reparaître sous l’influence de la chaleur du lit ou au contraire sous celle du froid (urticaire arthritique).

Willan a admis et décrit une variété de roséole qu’il a désignée du nom d’annulaire et que l’on pourrait confondre avec l’érythème annulaire, si son existence était réelle; mais à nos yeux la roséole annulaire n’est autre chose qu’un érythème et par conséquent ne peut donner lieu à un diagnostic différentiel.

Je ne fais que vous signaler la possibilité de la confusion de l’érythème avec les taches syphilitiques, parce qu’en vérité il faudrait être bien peu initié à la connaissance des affections de la peau pour tomber dans l’erreur et regarder

UK l’ÉHYTIIÈHE.

comme érythémateuses des taches pigmentaires, ne disparaissant pas sous la pression du doigt et précédées par des papules ou des tubercules.

La lèpre se distinguera facilement aussi de l’érythème, si l’on considère que jamais dans cette dernière affection on ne constate la coloration bronzée de la figure, l’existence de tubercules cutanés et sous-cutanés, l’enchifrènement nasal, l’enrouement de la voix, l’insensibilité des téguments... cortège habituel de la lèpre. Celle maladie ne serait-elle encore caractérisée que par l’existence de macules, que leur couleur d’un jaune fauve, l’absence de décoloration à la pression et leur insensibilité suffiraient pour les différencier des taches érythémateuses?

Pronostic . — Considéré en lui-même, l’érythème est une affection légère et tendant à disparaître spontanément; mais, envisagé au point de vue de son origine, des causes qui lui ont donné naissance, il constitue une affection dont le pronostic est extrêmement variable. Est-il dû à la présence des parasites ou à l’action d’agents irritants , il n’entraîne à sa suite qu’un pronostic des plus bénins, puisqu’il suffit d’enlever la cause pour que l’effet disparaisse; est-il le reflet d’un état général de l’économie, reconnaît-il pour cause une maladie constitutionnelle', il constitue dès lors une affection plus sérieuse, parce qu’il doit faire craindre l’apparition de nouvelles manifestations cutanées plus rebelles, et plus graves dans un intervalle de temps plus ou moins éloigné.

Traitement. — L’érythème de cause externe n’exige qu’une médication locale consistant dans l'emploi de substances purasilicidcs ou de poudres telles que la poudre

de lycopode, le sous-nitrate de bismuth, l’amidon, etc. Ces poudres constituent à nos yeux les meilleurs topiques et doivent être employées de préférence aux corps gras, aux liquides et aux cataplasmes, dont l’usage ne saurait donner d’heureux résultats.

Cette affection est-elle sous la dépendance d’une cause interne, elle peut constituer une affection pseudo-exanthématique ou une affection chronique.— Hans le premier cas les moyens locaux suffiront encore, puisque les pseudoexanthèmes disparaissent spontanément; néanmoins, s; l’on veut empêcher les récidives, il faut au traitement local joindre une médication interne, médication qui devra primer les moyens locaux si l’érythème revêt une marche chronique. Or, nous verrons bientôt que l’érythème est une affection symptomatique de l’arlhrilis et de la scrofule ; c’est donc un traitement anti-arthritique, c’est-à-dire l’usage des alcalins ou des antimoniaux , ou un traitement anliscrofuleux, c’efct-à-dire l’usage du fer, de l’iode, etc., qu’il faudra conseiller.

CLASSIFICATION DE L’ÉRYTHÈME.

Il est intéressant de rechercher quelle place ont assignée à l’érythème, dans leurs classifications, les médecins dont les œuvres présentent toute la confusion déplorable de la maladie avec l’affection, la lésion et le symptôme; quelle place lui ont assignée Willan, Alibert et leurs élèves.

1° École de Willan. — Les wiilanisles, dont les classifications reposent toutes sur ce principe : que l’on doit rapprocher et placer dans une même classe les affections qui

CLASSIFICATION DE L'ÉRYTHÈME. 43

présentent à leur période d’état, une lésion élémentaire identique, rangèrent naturellement l’érythème, caractérisé par une tache congestive, dans l’ordre des exanthèmes, à côté de l’érysipèle, la rougeole, la scarlatine, la roséole et l’urticaire; ordre des exanthèmes qu’il ne faut pas d’ailleurs confondre avec celui des exanthèmes d'Alibert qui ne comprend que les fièvres éruptives.

Parmi les auteurs willanistes, les uns, au nombre desquels je citerai lîateman et MM. Rayer, Cazenave, etc., ont décrit successivement les cinq maladies cutanées de l’ordre des exanthèmes ; les autres, tels que MM. Gibert et Devergie se sont contentés de faire l’histoire de l’érythème, de la roséole et de l’urticaire, renvoyant le lecteur aux traités de pathologie interne pour la description des fièvres éruptives et de l’érysipèle.

Quoi qu’il en soit, leur classification n’en est pas moins inadmissible, parce que l’érythème caractérisé par une tache congestive, se trouve placé à côté de l’érysipèle caractérisé par une tache inflammatoire ; parce que cette affection qui n’offre aucun caractère contagieux et donne naissance à un mouvement fébrile modéré, marche de front avec la rougeole et la scarlatine, dont la contagion et la pyrexie forment des caractères essentiels ; parce que enfin, un symptôme, l’érythème, devient sœur de maladies complètes telles que la rougeole , la scarlatine , l’érysipèle.

École d'Alibert. — Alibert, dans son premier traité, rangea l’érythème parmi les dartres, sous le nom de dartre érythémoïde; mais lorsqu’il créa son arbre des dermatoses il en fit un genre des dermatoses eczémateuses, famille pré-

tendue naturelle, et composée d’êtres essentiellement différents dans leur nature, puisqu'elle comprend :

1° L'érythème ;

2° L’érysipèle ;

3° Le pemphix ;

4" Le zoster;

5° Le phlyzacia;

6° Le cnidosis;

7° L’épinyctide ;

8° L’oloplilyelidc;

0° L’ophlyclide;

10° Le pyrophlyclide;

11° Le charbon ;

12° Le furoncle.

Les alibertistés ont considéré l’érythème comme une affection, mais n’ont pas réussi à le classer d’une manière plus naturelle que leur maître : c’est ainsi que M. Hardy a composé, avec la famille des dermatoses eczémateuses d’Alibcrt, sa classe des maladies cutanées accidentelles ou des inflammations locales, qui comprend les six premiers genres d’Alibert, et en outre les trois genres suivants : le slrophulus, le prurigo et l’acné.

Eh bien, messieurs, nous avons hâte de le déclarer, les maladies cutanées accidentelles de notre collègue ne sont pas plus rattachées les unes aux autres que les dermatoses eczémateuses d’Alibert par les liens d’une lésion élémentaire identique, d’une marche, d’une terminaison, d’un pronostic et d’un traitement communs.

L’élément primitif de l’érythème n’est-il pas une tache, celui de l'acné une juislule, celui du pemphigus une bulle?

CLASSIFICATION DE lV.HYTHÈME. 45

L’érythème, l’urticaire, le zona, n’ont-ils pas une marche rapide, et ne se terminent-ils pas favorablement dans l’espace de trois à six semaines, tandis que l’acné se perpétue pendant des années, et que le pcmphigus offre essentiellement une marche lente et chronique, et se termine en général par la mort?

Telles affections ne réclament-elles pas un traitement local, et celles-ci une médication interne?

Quel est donc le trait d’union deces affections? M. Hardy leur assigne pour caractères communs d’être accidentelles, non contagieuses et indépendantes de toute diathèse.

Mais, messieurs, les maladies contagieuses, la gale, la teigne, ne sont-elles pas surtout accidentelles, dans le sens absolu de ce mot? n’est- ce pas fortuitement et par le contact essentiellement accidentel d’un individu avec un autre que ces affections surviennent? et celles-14 n’ont-elles pas seules avec les affections artificielles le droit d’être décorées du nom (Y accidentelles? Mais, en outre, est-il permis d’avancer que l’érysipèle, dont on observe si souvent des épidémies, que le zona, dont les limites sont si tranchées, que l’urticaire, dont la marche intermittente eslsi remarquable, qui tantôt offre la marche aiguë des pseudo-exanthèmes, et alors est précédé de phénomènes prodromiques, tantôt se perpétue pendant des mois et des années à la manière des affections dartreuses, que l’acné, dont la transmission héréditaire est évidente, que le pcmphigus, qui conduit si fatalement à la mort..., que toutes ces affections sont accidentelles et indépendantes de toute diathèse? Mais il n’est peut-être pas d’affection qui, plus que l’urticaire, nécessite l’admission d'un état général de l’économie, d’une dis-

46 Deuxième leçon.

position interne pour permettre d’expliquer son apparition à la suite de l’ingestion de certains aliments, de fraises par exemple.

S’il me fallait opter entre la classe des exanthèmes de Willan et celle des dermatoses eczémateuses d’Alibcrl ou des maladies cutanées accidentelles de M. Hardy, je n'hésiterais pas un seul instant et j’accepterais immédiatement celle du dermatologisle anglais. A mes yeux, la classe des maladies cutanées accidentelles de notre collègue est l’analogue de celle des héléromorphes de M. Cazenave, des maladies innom inées ou incertœ sedis des autres auteurs; elle prouve le vice de sa classification générale, elle nous rend évident l’embarras que son auteur a dù éprouver pour classer certaines affections, en ne prenant pour bases que les principes qu’il y avait inscrits en tête, et la nécessité dans laquelle il s’est trouvé de créer une classe nouvelle etpeu naturelle pour y donner place aux affections qu’il ne pouvait faire entrer dans les autres groupes de sa classification, affections essentiellement différentes d’ailleurs dans leur nature et n’ayant aucun droit à se trouver les unes à côté des autres.

Telle est la place qu’ont assignée à l'érythème dans leurs classifications les willanistes et les alibortistes; il nous reste à vous dire celle qu’elle occupe dans la nôtre.

Ne confondant pas la maladie avec l’affection, la lésion et le sy mptôme, nous n’avons pas éprouvé le même embarras que nos prédécesseurs ou nos contemporains. D’une part envisageant l’érythème comme une affection générique de la peau, nous l’avons placé dans la classe des taches, à côté de la roséole, de l’urticaire, etc.; d’autre part, envi-

DES ESPÈCES d’ÉRVTHÉME. hfi

sageant l’érythème comme une affection symptomatique, nous l’avons placé parmi les affections de cause externe, et parmi les affections de cause interne. L’érythème papulotuberculeux, par exemple, se trouve placé dans notre grand tableau à côté de l’intertrigo, comme affection érythémateuse sèche de nature arthritique, tandis que l’érythème induré se trouve à côté de l’engelure scrofuleuse en qualité d’affection érythémateuse de nature scrofuleuse. (Voy. classification, première leçon.)

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