ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME
1° École de Willan. — Bateman a admis six espèces d’érythème : Yerythema fuga.r, Yerythemaheve, Yerythema marginatum, Yerythema papulation, Yerythema tuberculatum et Yerythema nodosum .
1” L ’erythema fuyax est une variété que tous les dermatologistes qui ont écrit depuis Bateman ont acceptée; il est caractérisé par l’existence de taches rouges, apparaissant successivement sur divers points de la surface du corps et n’ayant qu’une durée éphémère. C’est à la suite des diarrhées bilieuses ou dans le cours des pyrexies et des maladies chroniques, telles que la dyspepsie, l’hystérie, l’hémicranie, qu’on l’observe.
2° L’erythema lœve ou érythème lisse, apparaît dans le cours des hydropisies à la surface des parties œdématiées; il est caractérisé par une coloration de la peau luisante, uniforme et toujours un peu moins accusée que celle des autres érythèmes. Assez souvent apparaissent à sa surface des vésicules et même des phlyclènes remplies d’une séro-
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silé sanieusc au-dessous de laquelle on trouve des taches gangréneuses des téguments. L'érythème lisse constitue une affection de cause externe, duc à la distension des téguments et doit être rapproché du prurigo iclériquc et de l 'erythema uaricosum. Batcman prétend l’avoir observé chez des femmes à l’époque de leurs règles et chez des personnes affectées d’un embarras intestinal.
3° Erijlhema margination. — Celte variété est caractérisée par l’existence de taches circulaires offrant une coloration d’un rouge foncé, quelquefois même une teinte vineuse dont les bords relevés sont nettement séparés des parties environnantes. Ces taches sont sous la dépendance de quelque dérangement interne et leur développement doit être regardé comme nuisible.
h° Erythema papulation. — Celte variété ne diffère de la précédente que par les saillies papuleuses dont sont parsemées les surfaces érythémateuses; si les saillies sont plus volumineuses, acquièrent les dimensions d’un tubercule, on a alors sous les yeux la cinquième variété de Baleman, l’ erythema luùerculatum. Le plus souvent, d’ailleurs, existent simultanément, A la surface des taches, des papules et des tubercules, aussi avons-nous cru devoir créer une nouvelle espèce d’érythème, que nous avons désignée sous le nom d’érythème papulo-tuberculeux, qui est caractérisée par une rougeur érythémateuse, des papules et des tubercules, et qui appartient par sa nature à l’ai thritis ; nous en donnerons plus loin la description. Baleman dit que dans les trois cas d 'erythema tuherculalum qui s’offrirent à l’observation de Willan, le traitement ne put empêcher la fièvre hectique !
DES ESPÈCES D'ÉRYTHÈME.
L ’ erythema nodosum, dit Bateman, parait n’attaquer que les femmes, et se manifeste à la partie antérieure des jambes. Les laxatifs, les acides minéraux et au décours de l’affection, les toniques, tels sont les agents que l’on doit administrer.
Bateman n’a pas admis l’intertrigo au nombre des variétés de l’érythème, mais du moins a-t-il terminé l’histoire de cette affection en annonçant que Willan, dans le chapitre de l’érythème, avait fait mention de l’intertrigo dû au contact de deux parties voisines, à l’action d’un liquide acrimonieux, etc.
Ainsi, l’auteur anglais a considéré l’érythème comme une maladie et non comme une affection symptomatique d’une maladie ; n’a reconnu que des variétés d’érythème et non des espèces; n’a pas établi la distinction capitale de l’érythème de cause externe et de l’érythème de cause interne ; n’a pas recherché si telle variété pouvait être observée dans des circonstances différentes, pouvait constituer tantôt un érythèmeartiliciel ou parasitaire, et tantôt un érythème symptomatique d’une maladie constitutionnelle, et a été naturellement conduit à conseiller un traitement identique pour une affection qui reconnaît des origines diverses.
Tous les dermalologistes qui ont accepté la classification et les doctrines de Willan ont, è son exemple, décrit les six variétés qu’il avait admises, sans se préoccuper davantage de leur nature, de leur pathogénie, et ne se sont distingués de l’auteur anglais que par l’admission de trois variétés nouvelles: l’érythème centrifuge dont l’histoire a été tracée pour la première fois par la plume de Biett, l’érythème acrodvnique et l’érythème pellagreux.
Bazin. ♦
50 DEUXIÈME l.EÇON.
Ouvrez les traités de pathologie cutanée de MM. Gibert et Cazenave, et vous constaterez vous-mêmes que ces auteurs ont écrit dans le chapitre consacré à l’étiologie, que «l’érythème pouvait être symptomatique et lié à un dérangement viscéral, à une phlegmasie interne, à une fièvre, etc., ou idiopathique, ou enfin le résultat du contact d’un agent irritant» (Gibert), rattachant ainsi un symptôme à un symptôme (dérangement viscéral), mais non à une maladie, telle que la scrofule, l’arthritis, etc., suivant en un mot la meme ligne de conduite que Willan et Bateman.
D’ailleurs remarquez à quelles erreurs conduit la confusion du genre et de l’espèce, de la maladie, de l’affection, de la lésion et du symptôme. Dans la définition de l’érythème que donne M. Gibert, on lit ces mots : « L’érythème est un exanthème non contagieux. » Et plus loin, dans le paragraphe consacré à l’étiologie, on apprend que cette affection exanthématique est due au contact d’un agent irritant; comme si le caractère essentiel des affections exanthématiques n’était pas de constituer des affections de cause interne ! Notre collègue eût-il donné cette définition, s’il avait établi la distinction fondamentale de l’érythème de cause externe et de l’érythème de cause interne? Au reste, nous avons démontré que l’érythème de cause interne ne constitue pas un exanthème, mais uniquement un pseudoexanthème.
L’érylhéme centrifuge, l’érythème acrodyniquc et l’érythème pellagreux, telles sont, avons-nous dit, les variétés qu’ont décrites MM. Gibert et Cazenave, en outre des six vaiiétés de Willan et Bateman. L’érythème centrifuge de Biett serait caractérisé par l’existence de taches rouges,
DES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME. 51
congestives, dont la partie centrale marcherait vers la guérison, tandis que le bourrelet circonférentiel s’étendrait et envahirait les parties saines environnantes, et à la place desquelles on constaterait tantôt la conservation de
l’état normal des téguments et tantôt un tissu cicatriciel.
Mais d’où vient celle différence de terminaison d’une même affection? C’est une question que n’ont pu résoudre ni Biett, ni ses élèves. Pour nous, au contraire, la solution du problème est des plus faciles. L’érythème centrifuge ne laisse-t-il à sa suite aucune cicatrice, il reconnaît pour cause l’existence d’un parasite ; est-il au contraire suivi de la présence d’un tissu cicatriciel, il constitue une affection scrofuleuse que nous avons désignée sous le nom de lupus érythémateux. M. Gibert a sans doute entrevu les rapports de cause à effet qui existent entre la scrofule et l’érythème centrifuge, puisqu’il a rapproché cette affection de l’tmpetigo rodens et a proposé de la désigner sous le nom d ’erythema rodens; mais il n’est pas allé plus loin, bien mieux, il a regardé cette variété comme une nuance de Yerythema lœve à cause de l’aspect lisse et luisant de la peau qu’elle présente, donnant ainsi une nouvelle preuve de l’égarement dans lequel tombent les hommes qui ne considèrent que l’élément primitif, les formes extérieures des affections, sans chercher à remonter à la nature, à la cause de l’affection.
Quant aux érythèmes acrodynique et pellagreux , ce sont deux variétés dont nous admettons l’existence, mais auxquelles nous reconnaissons pour cause la présence d’un parasite végétal dans les aliments dont on fait usage.
Tandis que les dermatologistes précédents décrivirent
successivement toutes les variétés d’érythème, sans établir aucune division, M. Rayer a admis deux classes d’érythèmes : les érythèmes aigus et les érythèmes chroniques.
Les variétés d’érythème aigu sont : Yerythema inlertrigo , Yerythema papulatnm , Yerythema tuberculatum , l’erythema nodosum , Yerythema marginatum, Yerythema circinatum, Yerythema fugax.
Les variétés d’érythème chronique sont : l’érythème dû à l’action d’une substance irritante ; l’érythème dû aux efforts répétés que fait l’enfant pour opérer la succion chez les femmes qui nourrissent pour la première fois; l'érythème vulgairement désigné sous le nom de taches de feu, qui coïncide quelquefois avec la couperose ou lui succède et est caractérisé par une teinte rouge de la peau qui pâlit sous le doigt et par de légères arborisations vasculaires sur les pommettes ou sur les ailes du nez ; l’érythème acrodynique.
Celte division est mauvaise parce qu’un même érythème peut s’offrir à l’observation à l’état aigu et à l’état chronique, et doit dès lors occuper les deux classes. En outre, M. Rayer place l’intertrigo parmi les érythèmes aigus et l’érythème par succion dans la classe des érythèmes chroniques, mais l’intertrigo présente ordinairement une durée plus longue que l’érythème par succion du sein. Cette dernière variété ne saurait en effet subsister longtemps parce qu’elle est en général accompagnée de crevasses qui déterminent des douleurs si violentes que les mères sont obligées de cesser l’allaitement ; or, vous savez que l’effet disparait ordinairement avec la cause. Enfin l’érythème vulgairement appelé taches de feu et caractérisé par l’exis-
1)ES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME.
tence d'arborisations vasculaires, ne constitue pas un érythème, mais n’est autre que l’affection désignée sous le nom de couperose.
M. Devergie a admis des érythèmes symptomatiques et des érythèmes idiopathiques. — Mais un érythème, pour être symptomatique, doit constituer la manifestation cutanée d’une maladie à laquelle il peut être rattaché par les liens de cause à effet. — Voyons donc si les érythèmes symptomatiques de M. Devergie sont réellement les effets d’une maladie ! D’après cet auteur, l’érythème est symptomatique d’un état inflammatoire général de l’économie, d’un état anémique, de la syphilis et d’une cause mal connue. Eh bien ! est-il permis d’avancer qu’un état inflammatoire général de l’économie, un état anémique, une cause mal connue, constituent des maladies, et ne vous semble-t-il pas vrai que notre honorable collègue s’est payé de mots?
Il n’existe parmi les causes que M. Devergie a assignées à l’érythème qu’une seule maladie, la syphilis, et par malheur l’érythème syphilitique est une création de l’esprit, et n’a jamais été observé ! La roséole seule reconnaît pour origine la maladie vénérienne.
Les érythèmes idiopathiques sont Yerythema solare, les érythèmes par piqûre ( a punctum), par brûlure, succion, parle contact d’une fluide irritant, de la sueur, des urines. Mais croyez-vous que ces érythèmes ne soient pas symptomatiques au même titre que les érythèmes lisse et paratrime, que M. Devergie regarde comme symptomatiques d’un état anémique, et qui ne sont que des éry thèmes de cause externe, dus, l’unà la distension des téguments, l’autre à la pres-
sion ? Cette division des érythèmes est donc radicalement mauvaise' et doit être rejetée. J’ajouterai enfin que M. Devergie a méconnu la nature parasitaire des érythèmes circiné et pellagreux, la nature scrofuleuse de l’érythème excentrique de Bictt , et a eu tort d’avancer que l’engelure était un érythème de cause mal connue. 11 est unanimement admis aujourd’hui que l’érythème pernio passager reconnaît pour seule origine l’influence du froid, et qu’il faut au contraire admettre l’existence d’une maladie constitutionnelle, de la scrofule, pour expliquer la ténacité des engelures et leur persistance après la cessation de l’hiver.
Ainsi, aucun des willanistes n’a établi l’importante division de l’érythème en érythème de cause externe et érythème de cause interne ; aucun n’a admis des espèces d’érythème, mais tous au contraire ont décrit des variétés d’éry thème uniquement fondées sur la considération de la forme, de l’aspect extérieur, ou de la marche, ou de la durée ; enfin aucun n’a institué un traitement basé sur la nature de l'affection.
2° École d’Alibert. — Alibert a admis sept espèces d’érythéme : l’érythéme spontané , l’érythème acrodvnique, l’érythème pellagreux , l’interlrigo, l’érythème paratrime, l’érythème pernio et l’érythème par adustion ou premier degré de la brûlure.
L’érythème spontané comprend trois des variétés admises par Bateman : les érythèmes papuleux, tuberculeux, noueux, et une variété nouvelle : l’érythème dit mamellé, parce qu’il est caractérisé par une rougeur et un soulèvement de la peau assez considérable pour simuler l’aspect
DES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME. 55
des mamelles : n’ayant jamais observé cette variété, je ne puis que vous la signaler.
L’érythème spontané est ainsi appelé parce qu’il apparaît sans qu’on puisse le rattacher à une cause appréciable, sensible, tandis que les érythèmes intertrigo, paralrime, reconnaissent une cause extérieure. Cette division nous démontre donc qu’Alibert s’efforçait de s’appuyer sur l'étiologie pour établir les espèces d’un genre, comme il s’était basé sur la cause première pour établir sa classification. Malheureusement ses efforts sont restés stériles et celte division n’est rien moins que naturelle à nos yeux ; en outre que la distinction de l’érythème en érythème de cause externe et érythème de cause interne n’est pas nettement posée, l’intcrtrigo, l’engelure sont des érythèmes qui peuvent dépendre d’une cause interne ou d’une cause externe, et qui devraient par conséquent être aussi bien placés parmi les variétés d’érythème spontané que parmi les variétés d’érythème de cause externe; enfin avancer qu’un érythème est spontané, n’est pas nous donner beaucoup d’indices sur sa nature, n’est pas nous indiquer son origine arthritique, scrofuleuse, etc.
M. IJardy a rangé dans trois catégories les variétés de l’érythème.
La première comprend les érythèmes purement locaux;
La deuxième, les érythèmes disséminés à la surface du corps, accompagnés de phénomènes généraux et simulant une fièvre éruptive ;
La troisième, les érythèmes secondaires qui surviennent comme complications d’une autre maladie.
Les érythèmes de cause locale sont l’érythème simple qui reconnaît pour cause l’action d’agents irritants à la surface du corps, l’érythème vésico -pustuleux et l’intertrigo. Mais que signifient les mots érythème de cause locale ? Ne savez-vous pas que l’érythème étant une affection, toutes les causes qui le produiront, agiront localement, détermineront une modification pathologique en un point ducorps?
N’est-il pas vrai que les érythèmes lisse et paralrime sont tout aussi bien des érythèmes de cause locale que les érythèmes simples? Ce ne sont pas des érythèmes de cause locale qu’il faut admettre, mais des érythèmes de cause externe. D’ailleurs qu’est-ce qu’un érythème caractérisé par l’apparition de petites vésicules ou de petites pustules sur une surface rouge, qu’un érythème vésico-pustuleux en un mot? Est-ce là un érythème?
M. Hardy définit l’érythème une affection caractérisée par des taches congestives, se terminant ou non par desquamation, et quelques lignes plus loin il donne la description d’une espèce qui toujours et invariablement est caractérisée par des vésicules. Cependant la définition du genre devrait entraîner celle de l’espèce ; d’où vient donc que, chemin faisant, cet auteur oublie les prémisses et tire une fausse conclusion? La raison en est simple. Notre collègue ayant professé que l’eczéma était toujours dartreux, ne pouvait sans inconséquence admettre un eczéma artificiel, et comme il ne pouvait nier cependant que les frictions mercurielles ne déterminassent une éruption vésiculeuse à la surface de la peau, il a dû chercher un fauxfuyant, créer un érythème vésiculo-pustulcux, être hybride et de nécessité !
DES ESPÈCES D’ÉKYTHÈME.
L’inlertrigo, enfin, est tantôt un érythème de cause externe et tantôt un érythème arthritique , constitutionnel.
2° Les érythèmes accompagnés de phénomènes généraux sont, d’après M. Hardy, les érythèmes papuleux, noueux, scarlatiniforme, mamelonné, copahique. Cette classe estelle plus naturelle que la précédente? Nullement, puisque l’érythème noueux est la seule espèce qui soit invariablement précédée de phénomènes généraux. Mais, en outre, devons-nous admettre toutes ces espèces, existe-t-il un érythème scarlatiniforme? M. Hardy assigne à cette variété les caractères suivants :
L’érythème scarlatiniforme, dit-il, apparaît après un jour ou deux de malaise, quelquefois tout d’un coup sur diverses parties du corps, sous la forme d’une rougeur poinlillée qui s’accompagne d’une légère cuisson et de démangeaisons. Ce piqueté s’étend et gagne le cou, la face ; sa coloration devient rouge ; en même temps le mouvement fébrile tombe s’il avait existé; au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, l’éruption pôlit et une très légère desquamation commence. On voit, ajoute l’auteur, combien cette éruption ressemble à la scarlatine.
Celte description ne s’applique pas, selon nous, à un érythème, mais plutôt à une roséole.
Enfin la troisième catégorie d’érythèmes de M. Hardy comprend les érythèmes secondaires ou symptomatiques qui surviennent comme complication ou conséquence d’une autre maladie. Ces érythèmes sont : l’érythème lisse, l’érythème paralrime et l’érythème pernio.
Mais l’engelure ne constitue pas une complication ou
une conséquence d’une maladie quand elle reconnaît pour cause l’impression du froid, et si elle est scrofuleuse, elle n’est pas secondaire, mais l’effet direct d’une maladie, de la scrofule, comme les érythèmes noueux et papule-tuberculeux sont les effets de l’arthritis. Enfin les érythèmes lisse et paratrime ne sont pas des complications ou des conséquences d’une maladie, mais le résultat d’un étal morbide symptomatique, tel que la distension de la peau par de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire ou le décubitus prolongé.
Ainsi, les divisions de M. Hardy ne sont pas plus acceptables que celles d’Alibert, son maître : quelques-unes des variétés que ce dermatologiste décrit ne sauraient être admises (érythème scarlatiniforme, vésiculo-pustuleux), et enfin il en est dont on désirerait trouver la description (érythèmes acrodynique, pellagreux, parasitaire).
Joseph Frank a admis six variétés d’érythème : un érythème de naissance, un érythème en gouttes rosées, l’érythème des engelures, l’érythème solaire, l’érythème par pression, et l’érythème des nouveau-nés.
La première espèce serait caractérisée par une tache congénitale, tantôt large, tantôt allongée, de la couleur du feu ou du vin rouge, et occupant la face, le cou, les épaules ou la marge de l’anus; souvent, aussi, elle s’élève au-dessus du niveau de la peau et a quelque ressemblance avec une framboise, une cerise ou bien une araignée.
Il est évident que c’est un nœvus que Joseph Frank a décrit sous le nom d’érvlhème de naissance.
La deuxième variété, ou érythème en gouttes rosées, ne doit pas davantage être considérée comme un érythème ;
DES ESPÈCES D'ÉRYTHÈME. 59
elle correspond à notre acné rosea et à notre couperose. Frank dit en effet : « L’érythème en gouttes rosées est une tache qui ne s’accompagne ni de prurit ni de douleur, et ne s’étend pas ; elle est rouge foncé, presque livide, brillante, et on la rencontre surtout sur le nez et les joues, quelquefois sur le front; souvent elle est hérissée de papules saillantes, petites, d’un rouge foncé et couvertes d’écailles à leur sommet. »
Je n’ai aucune particularité à signaler relativement à l’érythème des engelures et à l’érythème solaire. Quant à l’érythème par frottement , il correspond à l’intertrigo, puisqu’il survient, dit J. Frank, entre les plis de la peau chez les enfants et les personnes grasses.
L’érythème œdémateux n’est autre que l’érythème lisse ; enfin l’érythème des nouveau-nés est une espèce qui, d’après Joseph Frank, n’aurait pas été décrite avant lui, surviendrait vers le quatrième ou sixième mois après la naissance, débuterait au pourtour de l’anus et de là s’étendrait aux parties génitales et aux fesses, durerait un mois et quelquefois plus, reviendrait d’une manière périodique , ne déterminerait aucun dérangement dans la santé des enfants robustes, tandis qu’il serait accompagné, chez les enfants faibles, de diarrhée, de dépérissement et enfin suivi de mort.
Il est probable que Joseph Frank a voulu parler de l’érythème qui survient consécutivement à l’entérite.
Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins vrai que le médécin de Vienne a omis un assez grand nombre de variétés et rangé, parmi les espèces d’érythème, des variétés qui ne doivent rien moins que porter ce nom.
M. Gintrac a admis des érythèmes aigus et des érythèmes chroniques.
Les érythémes aigus peuvent être diffus ou circonscrits.
L’érythème aigu diffus est le résultat :
De l’action directe d’une substance irritante;
De l’inoculation ;
D’une pression continue (érythème paralrime);
Du contact mutuel de deux surfaces cutanées;
De la distension des parties ( erythema læve) ;
D’une perturbation subite dans la circulation d’une partie du corps (erythema fugax de Willan) ;
D’une perturbation du système nerveux;
Des modifications produites dans l’économie par l’état puerpéral.
Cet érythème diffus, dit M. Gintrac, n’estdansla plupart des circonstances que je viens d’énumérer, qu’un état morbide accessoire et passager; aussi ne réclame-t-il que des moyens très simples.
L'érythème aigu circonscrit se distingue, selon le médecin de Bordeaux, par le relief qu’il produit, lequel est plus ou moins saillant, tantôt dans le centre, tantôt sur le bord ou sur l’un des côtés de la saillie constitutive de l’exanthème. De ces différences de forme résultent les érythémes noueux, marginé, circiné et papuleux.
Enfin l’érythéme chronique constitue une manifestation cutanée de la dartre, ou de la scrofule, ou d’une diathèse monogénésique (pellagre et acrodynie).
Pour M. Gintrac, en effet, l’érythème chronique pourrait se développer sous l’influence de la diathèse herpétique.
DES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME.
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J’ai rencontré, dit-il, chez des femmes dont la peau était délicate, de larges taches rouges sur le visage, le cou, le thorax, qui coïncidaient avec un eczéma ou qui l’avaient précédé.
L’érythème excentrique de Biett et l’inlerlrigo constitueraient aussi des manifestations herpétiques.
Enfin chez les enfants scrofuleux, écrit M. Gintrac, apparaît souvent :
1° Une rougeur blafarde, livide avec gonflement, sur le lobe du nez, la lèvre supérieure ou aux oreilles;
2° Des engelures;
3° De l’intertrigo derrière les oreilles;
4° Une rougeur érythémateuse autour des tumeurs glanduleuses abcédées ;
5° De l’érythème induré offrant une certaine analogie avec l’érythème noueux.
Telles sont les divisions de l’érythème, telles sont les espèces d’érythème admises par M. Gintrac. Mais nous avons déjà dit que la division de l’érythème en érythème aigu et érythème chronique n’était pas admissible, parce qu’une même espèce pouvait s’offrir à l’observateur à l’état aigu et à l’état chronique, et devait dès lors occuper les deux classes (érythème pernio, circiné, interlrigo...).
D’ailleurs les érythèmes paratrime, interlrigo, lasve que M. Gintrac range parmi les érythèmes aigus diffus, revêtent souvent une marche chronique; il en est de même de l’érythème circiné que M. Gintrac place parmi les érythèmes aigus circonscrits et qui se perpétue pendant un long espace de temps quand il est symptomatique de l’existence d’un parasite ; enfin l’érythème ne constitue pas une
manifestation herpétique : l’érythème excentrique est une affection scrofuleuse ou parasitaire, et l’intertrigo une affection arthritique ou de cause externe..., etc.
Du moins devons-nous reconnaître que M. Gintrac avait entrevu la vérité en essayant de rattacher l'érythème à des maladies constitutionnelles, à la dartre et à la scrofule.
En résumé, les divisions de l’érythème proposées par les alibertistes ne sont pas plus naturelles que celles des willanistes, et les variétés de cette affection que ces médecins ont admises ne sont pas en réalité réunies les unes à côté des autres, d’après les liens de causalité qu’elles présentent. Les alibertistes conçurent sans doute l’idée d’un groupement naturel, d’un groupement basé sur les causes de l’affection, mais ne purent la mettre à exécution.
Quelle est donc alors la division de l’érythème que l’on doit admettre, quelles sont donc les espèces que l’on doit reconnaître? C’est par l’exposition de cette division et la description de ces espèces que nous terminerons celte leçon.
Nous admettons un érythème de cause externe et un érythème de cause interne.
L’érythème de cause externe est déterminé par une cause mécanique ou physique (action immédiate), ou au contraire est provoqué (action non immédiate).
Le calorique, le froid, la pression lente, sont les causes physiques et mécaniques qui déterminent l’érythème de cause externe dû à une action immédiate (coup de soleil, brûlure, engelure, érythème paratrime).
L’application de substances irritantes, à la surface de la peau, l’existence de parasites végétaux (trichophyton), l’in-
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gestion de certaines substances alimentaires déterminent un érythème provoqué directement (érythème dû à l’application de substances irritantes, érythème trichophytique), ou indirectement (érythème pellagreux, érythème ergolique, érythème acrodynique).
L’érythème de cause interne est symptomatique d’une maladie fébrile ( erythema fugaxAc . s fièvres, de l’état puerpéral), ou d’une maladie constitutionnelle. L’arthritis et la scrofule sont les deux seules maladies constitutionnelles qui donnent naissance à l’érythème ; cette affection est-elle arthritique, tantôt elle constitue un pseudo- exanthème , tantôt, au contraire, elle revêt la forme chronique.
Les variétés d’érythème pseudo-exanthématique de nature arthritique sont : 1 érythème marginé, l’érythème papuleux, l’érythème noueux... Les variétés d’érythème, comprises parmi les arlhrilides sèches sont : l’érythème papulo-tuberculeux, et l’érythème intertrigo.
Enfin les variétés d’érythème scrofuleux sont : l’érythème pernio ou l’engelure et l’érythème induré.
Nous ne pouvons donner la description complète de toutes ces variétés, mais du moins tracerons-nous à grands traits leur histoire.
1° Érythème de cause externe. — L’érythème de cause externe dû à l’action d’un agent mécanique ou physique, ou directement provoqué par le contact d’une substance irritante n’offrant aucun caractère autre que ceux que nous avons donnés en décrivant l’érythème d’une manière générale, ne mérite pas qu’on lui consacre un chapitre spécial ; mais il n’en est pas de meme des érythèmes pellagreux et acrodynique, c’est-à-dire des érythèmes causés
par l’ingestion de substances alimentaires ; ces variétés offrent quelques caractères spéciaux que nous allons indiquer.
Érythème pellayreux. — L’érythème pellagreux occupe de préférence la face dorsale des mains et des doigts, la région antérieure de l’articulation tibio-larsienne, la partie antérieure du cou et quelquefois enfin la face. Cet ordre de fréquence de l’érythème pellagreux serait en rapport avec l’exposition des parties à la lumière solaire. La teinte de l’érythème est rosée, quelquefois blafarde ou couleur chocolat, mais rarement accompagnée de tuméfaction des téguments. Tantôt cette affection occupe immédiatement une large surface, tantôt elle débute sous la forme de plaques circonscrites qui se réunissent après un laps de temps plus ou moins long. Elle est en général, accompagnée d’une sensation de chaleur, de brûlure ou de cuisson qui devient extrêmement vive, quand les parties malades sont exposées aux rayons du soleil.
L’éry thème pellagreux apparaît communément au printemps, augmente d’intensité pendant l’été, s’efface pendant l’automne et disparait avec l’hiver.
Erythème acrodyniquc. — L’érythème est l’affection cutanée que l’on a observée le plus fréquemment dans le cours de l’acrodynie. La paume des mains, la plante des pieds, les articulations phalangiennes étaient les parties du corps où on l’observait le plus fréquemment; il était ordinairement accompagné de tuméfaction des téguments et précédé* de phénomènes gastriques.
2" Erythèmes de cause interne. — Les érythèmes de cause interne auxquels nous consacrerons quelqueslignes,
DES ESPÈCES D’ÉRYTHÈME. 05
sont : l’érythème circiné et marginé, l’érythème papuleux, l’érythème noueux, l’érythème intertrigo, l’érythème papulo-luberculeiiï, l’érythème pernio et l’érythème induré.
Erythema circitiatum et marginal uni. — Celle variété est caractérisée par des taches rouges, violacées ou vineuses, nettement circonscrites par des bords qui tantôt sont relevés au-dessus des parties environnantes (érythème marginé), et tantôt ne forment aucune saillie (érythème circiné). Tous les dermatologistes ont admis ces deux variétés, mais tous en onlméconnu la nature. Nous avons démontré que l’érythème marginé constitue une manifestation arthritique, tandis que l’érythème circiné est une affection parasitaire ou arthritique. Comme les affections arthritiques en effet il apparaît sur les parties découvertes : le dos des mains et des avant-bras, le nez, les joues, les lèvres et les paupières; est caractérisé par une congestion intense du derme qui donne quelquefois lieu à des hémorrhagies intradermiques; occasionne des picotements et des cuissons, et enfin apparaît chez des personnes offrant tous les attributs du tempérament arthritique. D’autre part il constitue la première période de la teigne tonsuranle.
Quels sont donc les caractères à l’aide desquels nous reconnaîtrons sa nature? Le siège nous sera-t-il de quelque utilité? En aucune façon, puisque c’est le dos de la main, la face, les parties découvertes qu’il occupe dans les deux cas.
La forme nous servira-t-elle davantage? Nullement, puisque Yerythema circinalum est également symptomatique de l'arthritis et de la teigne.
Mais seul l’érythème arthritique sera précédé ou accora*