NOSOGRAPHIE
Commençons par définir la maladie vénérienne. Les auteurs qui ont essayé de le faire ont eu le tort de baser leur définition sur une hypothèse ; c'est le reproche qu'on peut adresser en particulier à M. Ricord qui dit : « La vérole est une maladie constitutionnelle causée par un chancre infectant. »
La définition d'une maladie, pour être bonne, doit résumer
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les principaux caractères lires de la marche, de la durée, etc., qui permettent de la reconnaître et de la distinguer des autres.
C'est d'après ces principes que je propose la définition suivante de la syphilis :
La syphilis est une maladie constitutionnelle, contagieuse, inoculable, essentiellement héréditaire, continue ou intermittente, d'une durée ordinairement fort longue, marchant de la périphérie vers le centre, de la peau vers les viscères, et se traduisant par des affections résolutives d'une part, ulcéreuses de l'autre, et sur tous les systèmes anatomiques, par deux produits morbides, lagomme etrélémentfibro-plastique.
Dans les leçons de 1856, j'ai divisé la symptomatologie des maladies constitutionnelles en affections propres et en symptômes communs ou état général du malade.
Cette division est applicable en tous points à la syphilis.
On a distingué aussi les affections propres en affections précoces et affections tardives, leur siège étant en rapport avec l'âge de la maladie. Mais M. Bassereau s'est élevé contre cette distinction, parce que la syphilis étant pour lui un empoisonnement, il considère l'infection générale comme se faisant en môme temps sur tous les systèmes, les membranes tégumenlaires aussi bien que les tissus osseux et fibreux. A l'appui de son opinion, il signale l'apparition simultanée des syphilides secondaires et des douleurs ostéocopes et rhumatoïdes.
Mais on peut objecter à M. Bassereau qu'il confond dans ce cas les affections propres avec les symptômes communs ; les céphalées, les douleurs ostéocopes et rhumatoïdes, vagues et sans siège bien déterminé, doivent être rangées dans cette dernière classe.
La maladie vénérienne présente dans son évolution quatre
périodes. Je ne veux parler ici, ni de la syphilis héréditaire, ni de la syphilis consécutive à la contagion des accidents secondaire?, ni de celle qui déhute d'emblée par une des trois dernières périodes, mais seulement de celle qui succède à la contagion ou à l'inoculation des accidents primitifs.
§ I. — Accidents de la première période.
Les accidents de la première période se divisent en accidents primitifs, chancre et gonorrhée; accidents de succession , lymphangite et bubon, et accidents de contagion locale, végétations. Ces dernières se rattachent à la syphilis, comme les polypes et les verrues à la scrofule, et le traitement antisyphilitique n'agit pas plus sur elles que le traitement antiscrofuleux sur ces dernières.
1° Accidents primitifs.
a. Gonorrhée. — Tandis que le chancre est exclusivement dévolu à la vérole, la gonorrhée appartient à toutes les maladies constitutionnelles, à la scrofule, à la dartre, à l'arthritis, comme à la syphilis.
Mais que doit-on entendre par hlennorrhagie syphilitique ? Si, écartant toute hypothèse, on s'en tient à l'observation pure, on constate qu'après un certain nombre de blennorrhagies dans lesquelles un examen attentif n'a fait découvrir que l'écoulement urélbral, les accidents de la vérole se sont développés. Ce sont des faits qu'admettent toutes les écoles, M. Cazenave aussi bien que M. Ricord; seulement ce dernier ajoute qu'il y avait, ou un chancre larvé ou un chancre méconnu.
Outre que c'est là une hypothèse, on peut objecter avec M. Cazenave que le nombre des syphilides consécutives à
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l'écoulement urélhral serait toujours plus considérable que celui des chancres de l'urèthre bien et dûment constatés ou admis hypothétiquement.
Si un certain nombre de blennorrhagïes sont syphilitiques, il faut reconnaître que ce nombre est très restreint. Dans l'immense majorité des cas, l'écoulement uréthral n'a aucun rapport avec la vérole.
Combien, en effet, ne voit-on pas d'individus qui ont eu, non pas une, mais quinze et vingt chaudepisses, et qui pourtant n'ont jamais éprouvé de symptômes d'infection constitutionnelle et ont procréé des enfants parfaitement sains? Si donc M. Ricord a eu le tort de nier l'existence du catarrhe spécifique, M. Cazenave a eu celui de trop exagérer le nombre des syphilides consécutives à la blennorrhagie.
Ce qui rend si difficiles les recherches sur la gonorrhée syphilitique, c'est l'absence complète de caractères objectifs dans cette affection. On a bien essayé de les chercher dans la marche, dans la durée de l'écoulement, dans les caractères du muco-pus, mais on n'est arrivé à aucun résultat satisfaisant. Nous, verrons plus tard s'il existe quelques signes subjectifs.
b. Chancre. — Le chancre est un ulcère de la peau ou des membranes muqueuses, survenant au point contaminé par le virus syphilitique.
L'ulcère est précédé constamment par une vésicule ou une pustule qu'on ne peut observer que lorsqu'on assiste aux phénomènes qui suivent l'inoculation.
Les auteurs ont distingué trois périodes dans l'évolution du chancre : la période vésico-pustuleuse, la période ulcérative et la période de cicatrisation. Je vous renvoie pour ces détails tout à fait accessoires pour nous, aux traités spéciaux de syphiliographic
10 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUll LA SYPHILIS.
Tous les chancres sont-ils infectants? Un certain nombre d'entre eux sont-ils des accidents purement locaux, sans retentissement sur l'économie? Ce sont là des questions que je me propose d'aborder plus lard.
L'inflammation locale déterminée par le chancre s'accompagne toujours d'une petite dureté inflammatoire qu'il ne faut pas confondre avec l'induration spéciale de la deuxième période. Tout chancre n'étant pas fatalement voué à l'induration, peut-on, d'après certains caractères, prédire à son début s'il s'indurera? M. Ricord a prétendu que le chancre qui doit s indurer présente un fond lisse, des bords taillés en biseau et un aspect cupuliforme. Mais ce sont déjà des modifications qui dépendent de la deuxième période; dans la première, tous les ulcères primitifs présentent des caractères identiques, et dès lors on ne peut savoir si leur base doit s'indurer.
La transformation de l'ulcère primitif en plaque muqueuse appartient aussi à la deuxième période. On a prétendu que le chancre induré seul pouvait ainsi se transformer. Lisez l'excellent mémoire que MM. Davasse et Deville ont publié sur les plaques muqueuses, et vous resterez convaincus que dans les observations rapportées par eux de transformation des chancres en plaques muqueuses, il s'agit de chancres mous et non de chancres indurés. De même, si dans le livre de M. Bassereau vous consultez le résumé des différentes formes de chancres qui ont précédé le développement de la grande papule humide, vous verrez que dans cinq cas ces chancres étaient phagédéniques, et que dans trois autres l'ulcération dépassait la muqueuse. Or, ainsi que nous le dirons plus tard, le phagédénisme et la profondeur de l'ulcération appartiennent essentiellement au chancre mou.
Quant à la contagion des plaques muqueuses, je l'admets
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dans certaines conditions déterminées, niais seulement comme accident secondaire, c'est-à-dire que la plaque muqueuse produit la plaque muqueuse, et jamais le chancre.
Bien que le plus souvent les caractères objectifs du chancre suffisent pour le diagnostic, il y a pourtant des cas où il devient difficile de le distinguer des ulcérations d'autre nature. C'est alors que l'inoculation devient pour le praticien une précieuse ressource.
L'incubation pour le chancre est généralement de deux à trois jours, pour la blennorrbagie de sept à quinze, et enfin, la durée de la première période de la vérole varie de cinq à sept jours à plusieurs mois.
2° Accidents de succession.
Les accidents de succession ne sont autre chose que l'extension du travail inflammatoire qui se passe au point contaminé, sur les lympbatiques et les ganglions compris dans sa sphère d'action.
Les vaisseaux lymphatiques forment de petits cordons durs, moniliformes, et les ganglions s'enflamment avec le tissu cellulaire périphérique. Nous remarquerons que ces adénopathies sont mono-ganglionnaires, ce qui les distingue des adénopathies multiples, compagnes du chancre induré, qui, du reste, suppurent très rarement.
Le siège de ces adénites ou bubons varie suivant celui qu'occupe l'accident primitif. S'ils sont si fréquents à la région de l'aine, c'est que le chancre siège le plus souvent aux parties génitales; ils peuvent se montrer dans toute autre région, suivant l'endroit où l'accident primitif se sera développé. Nous avions il y a quelque temps, en effet, dans nos salles, un malade qui portait un bubon sus-épi trochléen consécutif à un chancre du doigt médius.
3° Accidents de contagion locale.
Los végétations qui constituent le groupe des accidents de contagion locale sont, comme nous l'avons dit, produites par l'irritation d'un fluide spécifique et complètement indépendantes de la diathèse syphilitique.
g II. — Accidents de la deuxième période.
Celte période peut débuter d'emblée ou succéder, après un temps plus ou moins long, aux accidents primitifs avec lesquels elle se continue souvent. Jamais, à moins qu'il n'y ait eu une nouvelle contamination, les phénomènes de la première période ne reparaissent dans la seconde.
Cependant M. Auzias-Turenne prétend, avec la plupart des anciens auteurs, que la blennorrhagie peut, sous la seule influence diathésique, se manifester à cette époque; de sorte que l'écoulement urélhral pourrait être non-seulement un accident primitif, mais encore un accident constitutionnel.
Emise par un homme aussi compétent en matière de syphiliographie, cette opinion méritait un sérieux examen. Aussi ce n'est qu'après l'avoir longtemps méditée, après avoir en vain interrogé la clinique pour trouver un accident primitif devenu manifestement constitutionnel, que je me suis décidé à la rejeter complètement. Les blennorrhagies dites constitutionnelles ne sont autres que les catarrhes de l'urèthre entretenus par les vices scrofuleux, darlreux et arthritique.
Certains auteurs ont décrit dans la vérole une période prodromique caractérisée par des céphalées, des douleurs ostéocopes et même des symptômes fébriles se rattachant à ce qu'on a nommé la lièvre syphilitique.
Je range toutes ces manifestations parmi les symptômes