LES ERINNYES ET LA CRITIQUE
La première représentation des Ærinnyes çausa plus de stupeur que d’admiration. Le critique dramatique de la Revue des Deux-Mondes ne vit dans la pièce nouvelle qu'une « véritable gageure soutenue contre le modèle que le poète se proposait d’imiter » et, non säns Tinesse, 1il- accusa: Leconte: de. Lisle d’avoir voulu se ‘montrer plus grec et plus ancien qu'Eschyle. (1)
Jules Janin, dans les Débats, paraissait tout désorienté. M. Leconte de Lisle était un vrai poète, soit ; mais pourquoi donc avoir refait, ou plutôt défait, ces noms terribles : Oreste, Clytemnestre, Cassandre ? Pourquoi s'être tant inquiété de « l'accessoire du drame » ? L'auteur semblait avoir réservé loute sa sollicitude à la mise en scène, aux costumes.
(4) L. Etienne, (Revwe des Deux-Mondes), 15 janvier 1873.
éLPATS
Réduit à citer quelques {tirades, le vieux critique ne le faisait pas « sans dé grandes réserves »… « Le lecteur trouvera sans doute que les promesses étaient trop grandes, d’une fidélité athénienne. Non, ce n’est pas la Grèce qui parle ainsi, dans cette langue acariâtre, coupée et maladive.…. On veut être Athénien, comme si l’Attique n'était pas une région modeste et peu bruyante.» (1) Somme toute, « traduction pleine de bruits féroces et de hasards heureux. » Comme on était loin de ces grands poètes et de ces, vrais Attiques : Jules Lacroix, Soumet, Ponsard, Louis Ratisbonne !
Ni la masse (ne fut touchée, ni l'élite n'applaudit: « La foule n'y pouvait comprendre grand’chose, et à l’autre bout de l’échelle, les érudits, purement érudits, trouvaient insuffisantes iles connaissances de cet helléniste qui avait appris le grec tout seul. » (2).
Sarcey n'était ni de la foule, ni de l'élite. Pourtant, on le devine, il ne fut pas content. (3) Il regrettait qu'on n’eût'pas laissé leur nom français aux Erinnyes, « que nous appelions autrefois d’un terme plus simple et plus tusité, les Furies. ». Evidemment, Leconte de Lisle ne songeait pas assez au public, pour lequel, « en définitive », les pièces sont faites. Son œuvre était «lun retour prémédité, voulu, vers la sauvagerie farouche d'Eschyle ». Même il avait « enchéri sur lhorreur de son modèle ». Semblable à Gringalet (?); il en avait « remis, et beaucoup ». Al conservait des incidents, inintelligibles aujourd'hui, comme « celüi des tapis » ; il insistait à tort sur
(1) Journal des Débats, janvier 1873.
(2) id. jeudi soir, 19 juillet 1896 : Guy Tomel,
(3) Quarante Ans de Théâtre (Bibliothèque des Annales, Paris, 1901, t. IV, p. 419-430 : 13 janvier 1873).