SCÈNE XI
Oreste est seule en face du cadavre de sa mère:
Il commence par s'applaudir de son crime ;
mais bientôt il est pris de peur, et il devient
À la. proie des Erinnyes, « qui se jettent toutes sur Jui ».
La scène est plus longue dans les Choéphores,
mais laisse une impression mcCins pénible ; car
le chœur cest là pour essayer de soutenir l'in-
forluue,
« La vipère est morte ! »
dit Oreste, Elle empoisonnait {out de sa morsure …
Cette comparaison pénible, et assez peu convenable, est d'Eschyle, qui la développait avec quelques subtilité : « C’est une murène, ou une vipère, faite pour empoisonner même sans mordre, » ({).
(1) Choéphores, 994-995,
Mais déjà le criminel tente, en vain, de se rassurer lui-même par des airs de bravoure. La femme morte lui fait peur :
Qu'elle est grande !
Cette exclamation est un souvenir du mot prêté par les Ligueurs à Henri IT ; le rapprochement achève de donner une couleur moderne à cette scène, où la crainte des revenants fait tort à celle des Furies.
Oreste, après s'être demandé si sa mère est bien morte, justifie son forfait à ses propres yeux :
L'acte est bon, Justice est faite.
(ESCHYLE : « Ce n’est pas sans justice, je l’affirme. que j'ai tué ma mère ! (1).
Puis, par un arlifice qui rappelle à la fois la Bible et Victor Hugo, il fait parler ses victimes au style direct : « Ils siégeaient triomphants.….. Ils se disaient, contents :
« Nous avons tout, le trône et le sceptre éclalants... »
L’arrogance des complices est punie désormais :
Et moi, je viens, je frappe, et les tyrans sont morts ! (EscnyLe : Voyez la double tyrannie de ce pays... Pleins de majesté, ils étaient assis sur le même trône). (2). à
Ce trône lui appartient, maintenant, grâce à son courage. La gloire l'attend aussi.:
Hellas acclamera mon nom, disant : C’est bien !
(1) ‘Choéphores, 1.025.:
(2) id, 973-975.
QT
L'Oreste d'Eschyle, moins exigeant, n’appelait que les Argiens en témoignage. (1). Mais le chœur l'y encourageait : « Oui, {tu as bien fait. tu as affranchi toute la ville des Argiens en tranchant la tête à deux serpents. » (2). -
Cuez t.econte de Lisle, l'infortuné resté seul, commence à trembler sous le regard du cadavre. Alors, il appelle son père au secours, son père qui ne parlera pas. Dans le grec, il s’en rapportait à Loxias, qui l’avait menacé d’un châtiment impossible à dire s’il épargnait le couple assassin. (3). Et comme ce Dieu n'est pas menteur, une Jueur d'espérance apparaissait dans l'horreur dé la scène. « Quelles idées te troublent, disait le chœur, toi qui de tous les hommes. as le plus de droits à l'amour paternel 9 » (4).
Malgré les encouragements du coryphée, les Erin nyes (5) tourmentaient le parricide &t le contraignaient à la fuite ; mais tant qu’il restait en scène, les captives, porteuses de libations, s’efforçaient de Ie rassurer : « Il y a des purifications ; touche Loxias ; il te délivrera de t95 peines, » (6) .
Ici, rien de pareil. Leconte de Lisle n'emprunte à Eschyle que des traits atroces
Ah ! qu'est-ce que ceià ? D'où viennent celles-ci ? Vieilles femmes, parlez
(EscuyLe : Quelle sorte de femme est-ce 1à ?..) (7).
(2) id. 1.013-1.017, (3) id, 1.030-1-035, (4) id. 1.051.
(5) Eschyle écrit : Erinyes, Ip.
(6) Choéphores, 1.059-1.060,, (7) id, 1,048,