‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 41 sur 43 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le 31 mars 1887, dans son discours de réception à à l’Académie, Leconte de Lisle, en vue d'expliquer les lacunes de la Légende des Siècles, montrait les conditions requises pour « réaliser complètement un dessein aussi formidable ». Il fallait, d'après lui, que l’auteur « se fût assimilé tout d’abord, l’histoire, la religion, la philosephie, de chacune des races et des civilisations disparues ; qu'il se fît tour à tour, par un miracle d'intuition, une sorte de contemporain de chaque époque, et qu'il y revécüt exclusivement, au lieu d'y choisir des thèmes propres au développement des idées et des aspirations du temps où il vit en réalité. »

Nul doute que le successeur de Victor Hugo ne crût, de la sorte, faire la théorie de son œuvre propre. Et, assurémént, il ne semble pas, à première vue, qu'on trouve dans les Ærinnyes, « l'écho superbe de sentiments modernes attribués aux hommes des époques passées » plutôt « qu'une résurrection historique ou légendaire. ». La recherche des détails {ypi-

(1) Choéphores, 1,062,

ques, l'emploi d’une langue où les métaphores rendent souvent un son grec, l'abus des épithètes de nature, l'aisance avec laquelle ie poète semble évoluer parmi les personnages d'une civilisation fort ancienne, et jusqu'à certains scrupules orthographiques, font illusion sur le caractère eschylien de cette tragédie. Mais uue critique attentive, pour respectueuse et déférente qu'elle soit, devra nier què Leconte de Lisle ait compris, soit la naïveté de l'époque héroïque, soit la profonde humanité du génie grec, du génie d'Eschyle. Si les héros de la trilogià incomplète me ‘ressemblent point à nos contempo- ‘ains, C'est qu'ils he sont les contemporains de personne, À peine sortis de l'animalité, courbés sous ure fatalité morne, ils tournent sans relèche dans un cercle sanglant, que nul ne rompra. Le sang appelle le sang, le crime appelle le crime, et il en sera toujours ainsi.

Nul, plus qu'Eschyle, ne fut éloigné de cette vue pessimiste et bornée, Ge grand homme en composant l’Orestie, voului montrer la substitution à l'ancienne loi de vengeance, d'une justice humaine et rationnelle, qui pèse les mobiles ei sonde les intentions.

Apollon, loin de manquer de parole au déplorable exécuteur de sa volonté, prend sa défense hardiment. Athéna, la Raison souveraine, traduit Oreste devant un tribunal régulier. Le recours à l'équité des lois brise l'élan furieux de la barbarie qui s'obstinait à se venger elle-même, Les voix se partagent, ; çar il ne conviendrait pas que le parricide fût complètement absous. Mais le déchainement des horreurs s'arrêtera là. Les -vicux instincts sont refoulés : et les Erinnyes, prêtes à connaitre d'autres joies que celles

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