LE DÉCOR. — LA MISE EN SCÈNE
La première partie porte le nom de Clytemnestre, ou Klytaimnestra, qui en est par conséquent, l’héroine officielle. Chez Eschyle, c'était Agamemnon le personnage central, en tant que roi, père et héros. Clytemnestre D 'ilténesait le spectateur qu'en raison du meurtre de ce Prince victorieux ; elle était donc au second plan.
La seconde partie s’intitulera Orestès, par un motif de parallélisme. Chez Eschyle, le titre était les Choéphores, non seulement en souvenir de l’importance primitive du chœur, mais aussi sans doute parce que les libations offertes au mort déterminent son intervention et hâtent l'heure de la justice.
L'indication du décor éveille nettement l'idée de l'architecture mycénienne, dont la barbarie convient bien aux âmes primitives des habitants. Leconte de Lisle, toutefois, n'a pu tirer parti des résultats essentiels de l’activité de Schliemann, les fouilles au cours desquelles celui-ci découvrit le tombeau d’Agamemnon ayant commencé le 7 août 1876. c'est-à-dire trois ans
AR
après la première représentation dès ÆZrinnyes, qui est du 6 janvier 1873 (1).
Au lever du rideau, les Ærinnyes sont déjà là, qui vont et viennent dans la nuit. Leur présence diminue la responsabilité de Clytemnestre ; car elles incarnent la malédiction qui pèse sur «le vieux palais de Pélops », et la fureur meurtrière transmise à leurs descendants par « des pères fatidiques ». Elles ne paraîtront dans Eschyle, qu'après l'assassinat commis par Oreste (2). Leconte de Lisle les représente « grandes, Elêmes, décharnées, vêtues de longues robes blanches, les cheveux épars sur la face et sur le dos. » Sans doute a-t-il craint la risée d'un public scepti-
que s'il leur donnait, comme le vieux poète, une che- velure entrelacée de serpents, pareille à celle des Gorgones (3) ; mais on ne s'explique pas les robes blanches, puisqu'Oreste déclare, au contraire, qu’elles ont des tuniques noires osoxyirwvs (4) Elles disparaissent chassées par la lumière du jour, ce qui pourrait être un souvenir de leur antagonisme avec Apollon, dieu du soleil. (5). |
Alors, entrent les vieillards, « appuyés sur de ‘hautes crosses », détail tiré d'Eschyle : sxi71r04 (6). Ils se séparent en deux demi-chœurs, conduits, l’un par le coryphée, TalthYbios, l’autre par Eurybatès, qui paraît être le parastate. Contre toute vraisemblance et contre la tradition homérique, Leconte de Lisle sup-
{) C. F. de Saulcy : Revue des Questions Historiques, t. XXX, pages 551-799.
(2) Choéphores; 1.048,
(G) id ibid, cf. Æuménides, 53-56,
did: 1.049, cf, id, 352: ILakhedawy di rer wv &yÉ0r vos (5) cf. Euménides, passim.
(6) Agamemnon, 75,