‹ Leconte de Lisle, d'après des documents nouveauxChapitre 10 sur 38 · LES DÉBUTS DANS LA LITTÉUATUKE · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DANS LA LITTÉUATUKE

ges, il tient en hante et radieuse admiration lord Byron.

< ) peintre du Giaour, loi, poète sévère !

Nous deux (Dante), qui cherchiez l'ombre et les orages noirs,

Toi, ceux de notre cœur, et toi ceux de la terre

Vous êtes deux éclairs qui brillez dans nos soirs,

0 Byron, ô Rosa, fils de l'onde marine.

[Trois Harmonies en Une.)

Une de ses poésies de cette époque fait flotter Il épigraphe cette pensée de Byron : « Oui, les (ieux nous appellent avec amour dans leur sphère et plongent nos âmes dans les vastes mers de Té- (ernité. » Plus tard, dans une étude ^wrles Femmes </r Bf/ron, il laissera sentir dans son enthousiasme de quelle splendide émotion illuminèrent sa jeunesse les visions hibliques etéthérées de lord Byron, ses femmes pitoyables et divines.

C'est parce que Byron a loué quelque part Tœure de Shéridan qu'il eut l'idée de dessiner la physionomie nationale de ce critique qui corrigea son pays en bafouant partout l'arlificiel et en réclamant le vrai dans l'art comme dans la vie. Et l'on ne saurait assez insister sur ce qui poussa Leconte de Lisle, jeune poète lyrique, à publier des études d'érivains satiriques comme étant celles qui permet- ; cnt le mieux de montrer l'esprit humain aux prises avec le milieu social où il pense, choqué, révolté et visant par l'art à le réformer.'

De l'Italie, il semble qu'il apprécie alors Inoins l'âge classique de Virgile que celui, moderne, des Pétrarque, des Tasse, et des Dante :

Il6 LECONTE DIC LISLE

Grave et majestueux, dans la même auréole (que Michel-Ange) Mais plus haut cependant, plane un esprit divin; A peine du passé la gloire le console. Et comme sa douleur son nom est surhumain. C'est le grand F'iorenlin.

Il connaît aussi le théâtre italien puisque, après ses trois esquisses sur Hoffmann, Sheridan,Chénier, il annonce dans la Variété un ensemble sur « le théâtre français depuis son origine jusqu'à Corneille et Molière et le théâtre italien depuis le XVI® siècle ».

En littérature française, matière pour laquelle il a obtenu A. B. à ses examens et qu'il était prêt à professer dans le « collège modèle », ses idées fondamentales sont celles des Romantiques. Ainsi qu'en témoignaient déjà ses essais poétiques datés de Bourbon, précieux de mots, tendres de rythme et aux intentions câlines, il connaît Ronsard. En lui il admire, non, comme il pourrait le faire plus tard, l'âme française renaissante lalumière deTantiquité, mais le créateur en France de la poésie lyrique : « Nous la voyons naître, délicate, naïve, mélodieuse et brillante avec Ronsard, le seul poète du xvi® siècle que le Tasse proclamait son maître. »...« Ronsard, le seul poète du xvi® siècle et qui a conquis la gloire de n'avoir pas été compris par Boileau. » Et il reprochera au xvii® siècle d'avoir, par discipline de correction, arrêté dans son élan la poésie « créatrice et spontanée ». Il fait exception pour

Page 1