‹ Leconte de Lisle, d'après des documents nouveauxChapitre 9 sur 38 · LES DEBUTS DANS LA LITTERATURE IIO · texte numérisé non relu

LES DEBUTS DANS LA LITTERATURE IIO

ticisme de ce Jean-Paul dont il détache pour épigraphe à une de ses poésies : « L'ange replia ses ailes et revêtit la forme d'une créature humaine. » Conception de la femme qui est alors et resta longtemps celle de Leconte de Lisle. Plus tard (i), dans des nouvelles écrites d'après des lectures de Dinan et de Rennes, il raillera comme une maladie cette sentimentalité allemande qu'il fait dériver autant de Goethe que de Jean-Paul.

En ce temps-là, dit George dans la Mélodie incarnée, florissait Jean-Paul Richter d'extatique mémoire... Titan, monté sur ses échasses, s'avançait sur les pas de l'enthousiaste amant de Lolotte. Les esprits étaient à la lune. — Aux farfadets amoureux. — Et aux jeunes filles phtisiques. — Chacun jouait de la flûte et mangeait le moins possible; la pipe et la bière avaient déserté les tavernes; les aubergistes maigrissaient. L'illunilnisme faisait rage. C'était une chose merveilleuse que de s'asseoir au coin des hautes cheminées, durant les soirs d'hiver. Les chats noirs prophétisaient, les pattes dans la cendre, et les grillons, blottis dans la soie, racontaient des chroniques d'amour aux vieilles marmites chevrotantes.

Précisément, si, au lieu de lyriser sur un poète, il étudie Hoffmann, c'est que, sous l'apparence d'un conteur fantastique, celui-ci cache un satyrique qui, par la caricature de son réalisme, ramène les esprits exaltés et diffus à la réalité de la vie, fait œuvre saine et mâle, œuvre utile.

Qui mieux que lui a jamais présenté la physiologie (i) Démocratie pacifique, 1846 et 1847.

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universitaire sous son véritable jour ! Le portrait extérieur des étudiants de la ville de Kerepes est un modèle d'ironie étincelante d'esprit et d'imagination. Qui mieux que lui a jamais peint d'un seul coup de pinceau, si profond d'intention, le pédantisme allemand personnifié dans le professeur d'histoire naturelle Mesch Terpin ? II suffit de lire avec attention le conte de Cinabre, pour exprimer une idée lumineuse de ces petites cours' princières d'AUemag-ne, si fécondes en traits de routine gouvernementale, et dirig-ées par la plus absurde des étiquettes.

Le mérite g-énial de l'œuvre d'Hoffmann est d'avoir réag-i contre la mélancolie nationale. Et déjà Leconte de Lisle a reconnu dans un poète nouveau de l'Allemagne un esprit fraternel de celui d'Hoffmann :

Nous ne pensons pas que l'esprit enthousiaste de mélancolieoutréequi caractérise les Allemands puisse jamais être ramené aux beautés plus réelles d'une pensée sévère^vndiis s'il est donné à quelqu'un dedirig-er lalittérature actuelle vers ce noble but, nul ne réussirait mieux, ce nous semble, que M. Henri Heine, ce nerveux et brillant écrivain, dont nous avons tous admiré les remarquables études sur le génie d'Allemag-ne.

De l'Angleterre il admire Shakspere : « Connaîton un autre Shakspere? » Enfant, grandissant dans une île qui n'eut pas de passé historique, il avait éprouvé le charme solennel et embrumé du Moyen- Age septentrional à la lecture des romans chevaleresques de Walter Scott. Et, jeune créole d'Orient épri^i de gloire, de jeunes filles et de voja-

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