DEUXIEME PARTIE
« Le souvenir du pays natal l'a toujours hanté. Son cerveau en demeura comme baigné de lumière. » josé-maria de heredia.
L'œuvre de Leçon te de Lisle réserve un sujet d'étude lion moins édifiant que sa vie, par rattachement constant et créateur que le poète y garda au pays où il naquit, alors qu'il en resta la plus grande partie de sa vie éloigné de près de quatre mille lieues marines. Elle présente la permanente consistance d'être à la fois exotique et intime, comme elle est ensemble « cosmopolite (i) » et patriotique.
Elle fait ainsi particulièrement sentir ce qu'il y a de vivifiant et de fécond, de naturel et d'idéaliste dans l'attachement à son pays, et comment il doit s'élargir au delà de tout étroit nationalisme; de même (jue la littérature ne doit se rattacher aux anciens que pour y prendre la force nécessaire, l'impulsion originelle vers un universel exotisme.
Contrairement à la théorie aristocratique et
(i) Selon l'expression de Baudelaire et de Barbey d'Aurevilly.
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saxonne du comte de Gobineau, précurseur de Nietzsche, conformément au génie français, elle manifeste que la supériorité d'une œuvre, celle d'une race, ne tirent point leur consistance du purisme, de la fidélité à se développer en dehors de tout mélange, mais au contraire qu'elles résultent du métissage le plus lent mais complexe, le plus méthodique mais progressif (i).
(i) En marquant l'influence du pays sur le caractère et l'œuvre du poète, nous fûmes obligés à quelques répétitions qu'on voudra bien excuser. Elles sont les assonnances de ce livre.