‹ Lecture à haute voix [microforme] (volume 2)Chapitre 121 sur 184 · BELLE ET BONNE · texte numérisé non relu

BELLE ET BONNE

Laure avait été comblée des dons de la nature. Son teint était si blanc, ses traits étaient si réguliers et si expressifs à la fois, l’ensembie de son extérieur enfin était si graeieux et si séduisant, qu’à dix ans on la citait déjà comme une beauté. Un murmure flatteur saluait toujours son passage et l’enfant le savait sans en tirer vanité, car son cœur était encore simple et bon, on l’appelait partout la belle petite Laure.

Un jour, la désolation fut grande chez les parents de Laure: la petite fille jusque-là si fraîche et si rose tomba malade. Un mal affreux, la petite vérole, la mit aux portes du tombeau. Elle se reprit enfin à vivre sous les baisers et les soins de sa mère, mais sa beauté ne devait plus être qu’un souvenir: elle était cn er défigurée.

On ne put cacher longtemps la vérité à la j jeune convalescente : sa mère la surprit bientôt un miroir à la main et des larmes dans les yeux:

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‘Oh ! mère, murmura-t-elle en se penchant rougissante sur le cœur maternel, quel affreux visage! On ne m'appellera plus jamais la belle petite Laure. — Si tu le veux, ma chérie, lui répondit sa mère en essuyant doucement ses larmes, tu peux mériter qu’on t’'appelle désormais la bonne petite Laure, et la bonté, est si fort au-dessus de la beauté, que ce sera jouer à qui perd gagne.”

Cela arriva ainsi, et quand l'enfant devenue femme ne

‘put plus être appelée la bonne petite Laure, elle resta . bour tous la bonne Laure.

® La beauté est un bien dangereux et fragile ; la bonté nous fait aimer de Dieu et des’hommes et nous enrichit de mérites pour l'éternité.

Questionnaîïre.-—Comment : Laure perdit-elle sa beauté ? Quel surnom donna-t-on à la petite Laure L'un vaut-il mieux que l’autre — Pourquoi ?

ee ee LA DINETTE RENVERSÉE,

Une fillette gentiment Faisait seule et fort occupée La dînette pour sa poupée, Survint son frère étourdiment Qui renversant avec la table,

Tout son petit ménage, objet de tant de soins, Vous la culbute elle-même et l’accable Sous ce désastre épouvantable.

La fillette irritée (on le serait à moins)

Se relève et du poing veut frapper le coupable, Lorsque la mère accourue au fracas,

Lui dit en s’efforçant de calmer sa colère :

1 % Vous devriez, ma fille, embrasser votre frère.”

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L'enfant fut stupéfaite ; elle ne coraprit pas ; L’étonnement fit retomber son bras.

“ Qui, répéta la sage inère, “ Vous devriez, ma fille, embrasser votre frère ‘ I] faut le consoler, car il est malheureux ; ‘“ Le chagrin qu’il vient de vous faire ‘“ Le rend triste et tout honteux.”

En effet, le bambin, à ce tendre reproche, Baissait les yeux tout prêts à se mouiller Et sentait dans son cœur le remords s’éveiller. La jeune sœur aussi s’émeut et se rapproche.

Puis l’entourant de ses deux petits bras :

‘ Ce n’est rien, mon ami, va, va, ne pleure pas ; . “Tu ne m'as pas fait mal !” A ces mots le coupable Dans le sein de sa sœur « jette en sanglotant Pour le faire éclater, il n’en fallait pas tant. Muis elle aussi pleurait, la fille aimable,

Et, du coin de son tablier,

Elle essuyait les yeux du jeune inconsolable,

La mère n'aurait pas pour l’univers entier, Donné ce spectacle admirable,

Enfants, si vous avez jamais un ennemi,

C’est ainsi qu’il faudra réprimer une offense ; Vous y perdrez une vengeance,

Vous y gagnerez un ami.

Questionnaire.-—-Quel est le premier mouvement de la fillette à la vue du dégât = Comment traita-telle son

jeune frère ? Quelle réflexions vous suggèrent et le fond et la forme de ce récit ?

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UN PREMIER DEUIHL.

Il y a vingt-sept ans de cela... J'ai son portrait sous les yeux; je tâche de me rappeler cette figure que mon

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cœur connaît, mais dont ma vue n’a retenu aucune image. Aussi lorsque je contemple cette photographie je répète volontiers cette phrase d’une romance connue‘ ‘ Et pour elle, Ô mon Dieu, que j'aurais eu d'amour ! ”

Si ma mère eût vécu, je ne sais pas quelle direction ma vie aurait prise. Qui sait? Peut-être m’aurait-elle trop aimé, et l’aurais-je aimée plus quela volonté du bon Dieu. Rien de ce qui retourne à Dieu n'est perdu. Je cite un fragment écrit à quatorze ans, dans un de ces accès de mélancolie que bien des orphelins connaissent :

‘Nom béni d’une mère, faut-il que je sois condamné ne plus te savourer ? Faut-il qu’arraché de ma bouche par la mort, tu ne viennes plus épanouir mes levres. O mère chérie! Ce nom que je bégayai sur ton sein, que j’implorai dans mon enfance, montera toujours vers toi. Maintenant, plus rapide que la flèche, il percera cette voûte étoilée au delà de laquelle tu résides toute rayonnante de gloire ; il viendra dire à ton cœur ‘jue ton cœur soupire à te rejoindre, et qu'il manque toujours quelque chose à l'enfant qui n’eut pas de mère à son berceau. ”

Chose curieuse, sans me souvenir des circonstances de cette mort, la scène des funérailles est encore toute fratche à ma mémoire. On m'avait retiré de la foule en deuil qui remplissait la maison ; j’étais assis au bas de l’escalier, près d’un vieux domestique, et je suivais de l'œil le convoi funèbre qui se déroulait tout le long du jardin.

“ Où la mène-t-on ? ” m'écriai-je en voyant le corbillard prendre la route de l’église, Le vieux serviteur ne me répondit que par un sanglot.

Les chantres entonnèrent leurs psaumes de douleur... Je fus traîné dans la chambre de ma bonne. Voyant tout le monde pleurer, j’en fis autant, mais sans pouvoir encore apprécier mon malheur.

Explications. — Deuil, photographie, romance, fragment, funérailles, convoi

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