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PETITE QU GRANDE

A mon âge, on le dit bien souvent, tout est rose C’est le plus heureux temps ; moi, je ne le crois pas Car j'ai beaucoup d’ennuis, et pour la moindre chose. Si vous voulez, je vais vous les conter tout bas.

Je ne suis, croyez-le, colère ni boudeuse....

Gourmande, rarement ; entêtée.... oh! si peu! Menteuse.... C’est trop laid ! Presque pas raisonneuse ; Mais, je dois l’avouer, j'aime beaucoup le jeu.

Eh bien, pour ce goût-là, sans cesse l’on me gronde

Et je ne puis jamais jouer à la maison :

use ?

use ;

—" Cette enfant, me dit-on, étourdit tout le monde “ Elle ferait bien mieux d'apprendre une leçon,

“ D'ouvrir son piano, de broder ; à cet âge

“ Penser toujours au jeu n’est qu’un vilain défaut, “ Allons, mademoiselle, un peu moins de tapage; “Aux petits laissez donc les jouets, il vous faut,

“ Plus grande maintenant, être plus raisonnable.”

Je suis grande !.... Obonheur!....EÆEnfin je vais pouvoir Choisir mes vêtements et me servir à table, Demeurer au salon quand je voudrai le soir, Et puis, surtout, parler autant qu’il peut me plaire, J'aime tant à parler !.... Pourtant le croiriez-vous, Je ne puis dire un mot sans qu’on me fasse taire, Ainsi, je l’avouerai seulement entre nous, Je m'intéresse énormément à ma toilette ; Eh bien ! si, par malheur, parfois maman m’entend Dire : “ Oh! le beau manteau !.... Quelle robe mal faite! . ‘“ Ce chapeau me va bien!....

Comme elle me répond ‘ De quoi te mêles-tu ? N’es-tu pas trop petite “ Pour t’occuper ainsi de mode et de chiffons ; ‘ A ta poupée, à tes cahiers retourne vite, ‘“ A ton âge, il sied mal de faire ces façons.”

À mon âge..., à mon âge... Eh, je vous le demande, Car je voudrais enfin désormais le savoir, A mon âge, à dix ans, est-on petite ou grande ? Oh c’est très ennuyeux !

Tenez, hier au soir, Nous avions à dîner un monsieur à l'air grave, Un député. J'avais été bien sermonnée avant, (Tous s’en étaient mêlés, jusqu’à mon frère Octave) 4“ Tu seras sage au moins tu n’es plus une enfant.”

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N'étant plus uné enfant, je pouvais, j'imagine, Quelque peu me mêler aux conversations ; | Mais nul ne m'adressant la parole, on devine Que je m’ennuyais fort. Après réflexions, | L Croyant qu’à ce sujet notre hôte s'intéresse ; Je dis: ‘“ Monsieur, qué pensez-vous du Panama ?” Sans répondre, aux éclats, il a ri. Je confesse Que j'étais très vexée. Au même instant, papa Me fait ses plus gros yeux, son air le plus sévère ; Puis mère et lui fâchés m'ont tous deux, ce matin, Tant grondée et si fort, que j'ai promis (j'espère Tenir à ma promesse). Oui, c’est un fait certain Je veux me corriger. Quand on est jeune fille, Jele comprends très bien, sans rime ni chanson, Petite ou grande, il ne faut pas que l’on babille ; Les gens se moqueraient, ils auraient bien raison... Mais.... je bavarde encore... . Allez-vous aussi rire 1... J'ai trop parlé, peut-être! Ah ! de toute façon, Quand vous verrez maman, n’ailez pas le lui dire, Car je serais bien sûr grondée à la maison.

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