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apercevait parfois un pan étoilé à travers les déchirures des nuées ; de blanches vapeurs commençaient à monter du fleuve. Au loin, vers Saint-Lambert et Montréal, l'éclat de certaines lueurs piquaient le voile de brume de taches jaunâtres : c’étaient les feux des Grands-Gardes des camps anglais.
De grandes masses noires, coupées par intervalles d’éclairs intermittents, se meuvent dans l'ombre et déroulent leurs longs anneaux dans les fourrés du bois, pour marcher ensuite d’un pas lent et cadencé sur la route principale de l’île : ce sont les régiments qui défilent par compagnie, et les épées nues des chefs dont la lame brille sous un rayon de lune.
Le dernier peloton vient de se former à la gauche de l'armée. Les troupes sont rangées en ordre de bataille. En avant de leur front, un vaste brasier où flambent des troncs d’arbres, éclaire les mâles figures d’un groupe d'officiers, au milieu desquelles se détache pâle et crispé le visage du chevalier de Lévis.
Au mouvement décrit par l’épée du commandant en chef, les tambours de toutes les compagnies éclatent à la
fois, comme un coup de tonnerre: puis les roulements
diminuent, s’affaiblissent pour meduler ces gémisse-
ments lugubres et sourds au mili desquels les fifres jettent, semblables à des cris plaintifs, des notes entrecoupées et stridentes
À ce moment, trois hommes sortent des profondeurs des rangs et se dirigent vers le brasier ; ce sont les portcétendards de chacun des régiments, Tous trois tiennent d’une main ferme, mais le front incliné, la hampe du drapeau dont les plis, déchiquetés par la mitraille, re-
tombent en lambeaux.
À un second signal de l'épée du chevalier de Lévis, les officiers abaissent vers le feu, qui fait son œuvre, l’image de la France militaire.
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Pendant que s’accomplit cet holocauste de l'honneur, les tambours battent aux champs, les troupes présentent les armes, les officiers saluent de l'épée ; on dirait l’éclat : d’une parade à Saint-Germain, sous les regards du roi, Puis, lorsque la dernière fleur de lys eut crépité, lançant vers le ciel, sous forme de larmes de feu, une suprême: protestation, un cri, seul, formidable rumeur, jaillit à la fois de toutes les poitrines : ‘ Vive la France l” Et les: échos du rivage voisin répétèrent: ‘ Vive la Franee l”
Le chevalier de Lévis venait de brûler ses drapeaux plutôt que de les rendre à l’ennemi.
Tout était perdu pour la France au Canada, tout, “‘ jors l'honneur,” comme l’avait écrit jadis de Pavie Le plus: chevaleresque des Valois.
Vers 1807, la guerre menaçant d'’éclater entre les’ Etats-Unis et l’Angleterre, celle-ci acheta de la famille de Longueil l'île Sainte-Hélène, et y établit des ouvrages de défense. Ces constructions, aux murs percés de: meurtrières, commandent la baie d’Hochelaga.
À la même époque on éleva aux lieux où ils existent encore une caserne, une poudrière, un magasin militaire ; sous les voûtes de ces constructions massives s’entassaient les poudres, le matériel de l'artillerie :: affûts, canons, boulets, obus, etc. On construisit aussi: quelques cottages destinés au logement des officiers ; le’
tout à grands frais.
Un peu plus tard, on bâtit une prison militaire qui fut détruite par l’incendie, en 1848. |
L'île était devenue une espèce d’apanage de la cou
| ronne, de fief militaire. Chaque année, jusqu’en 1870, le :
| régiment ang'ais en garnison à Montréal envoyait successivement chacune de ses compagnies camper dans l’île. Son À. R. le prince Arthur, durant son stage € d’officier, y a passé quinze jours avec sa compagnie
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ineur, ntent : À la suite du-retrait des troupes anglaises du Canada, ’éclat : l’île resta au gouvernement canadien et servit de princiu roi. pal dépôt d'armes pour l'usage de la milice volontaire. nçant Le départ des troupes anglaises du pays lui fit perdre rême - Sa physionomie belliqueuse ; une partie du matériel fut it à la transportée en Angleterre, l’autre, vendue à l’encan ; et Et les: sauf quelques venérables canons préposés aux salves des lp” fêtes officielles, ou aux saluts réglementaires accordés EAUX aux personnages, l’île n’a plus l’aspect d’un camp ou | d’une forteresse, mais celui d’un bois tranquille et frais. tout, Depuis 1874, l’île Sainte-Hélène est devenue parc le plis public pour la ville de Montréal. L'administration mili- -tuire du Canada ne s’est point dessaisie de ses titres de e les’ propriété; elle a. simplement concédé à la ville un mille Wsufruit temporaire révocable à son bon plaisir et sous ja Où- certaines conditions.
68 de MM. A. AcrINmee et J. A. CREVIER.
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erie La fondation du collège de Québec fut la dernière
aussi : joie de Champlain sur la terre. Malade depuis six $se-
3; le maines quand elle fut commencée, il mourut le jour de Noël 1635, et la population tout entière le pleura comme
ni fut elle aurait pleuré un père. Ce grand patriote fut enterré dans la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, qu'il
cou: avait fait construire pour remercier Ja Vierge Marie
70, le: d’avoir exaucé son vœu en rendant la clef du Saint-
guc- ? Laurent :à la France.
dans Les sauvages rappelaient avec admiration ses vertus
stage et sa bonté; les Français louaient son courage et sa per-
Sévérance, les ennemis eux-mêmes rendaient hommage
À son désintéressement et à ses grandes qualités. Cn
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trouve dans l’histoire peu d'hommes dont la louange soit aussi unanime et la mémoire aussi respectée (1).
A ne considérer que le résultat matériel, Champlain avait fait peu de choses, puisque tout était encore à faire, mais l'impulsion était donnée. Seul entre tous les explorateurs qui se succédaient depuis un siècle, il n’avait point failli à la tâche ni dévié du programme qu'il s'était tracé : donner un empire colonial à la France et des enfants à l'Eglise. Il avait posé les jalons de cet empire qui devait un jour s'étendre de l’île de Terre-Neuve au golfe du Mexique, préparé les conquêtes de l'Evangile en se faisant aimer des sauvages et en leur amenant des apôtres dévoués pour les convertir; il avait donné luimême l'exemple des plus hautes vertus.
‘ Le salut d’une âme, disait-il, vaut mieux que la con: ‘“ quête d’un empire, et les rois ne doivent songer à ‘ étendre leur domination dans les pays infidèles que “ pour y faire régner Jésus-Christ.”
Cette devise était celle des grands navigateurs, Vasco de Gama, Christophe Colomb et Jacques-Cartier. La gloire de Champlain est de l'avoir toujours suivie, et d’avoir traversé vingt et une fois l'Atlantique pour la faire triompher.
(de Jacques DE BAuDoncouRT.)