‹ Lecture à haute voix [microforme] (volume 2)Chapitre 177 sur 184 · L'ILE SAINTE-HELENE · texte numérisé non relu

L'ILE SAINTE-HELENE

L'histoire de l’Ile Sainte-Hélène ne se perd pas dans la nuit des temps, ainsi que celle de certaines villes mystérieuses de l'Egypte ou de la Chaldée ; elle est, au contraire, contemporaine du berceau de la colonie.

Champlain, l’illustre fondateur de Québec, devint le premier propriétaire de l’île, qu'il paya en beaux et bons deniers, provenant de la dot de sa femme, Hélène Boulé.

Par une reconnaissance aussi galante que juste, le nouvel acquéreur ne trouva rien de mieux que de

donner à sa propriété le nom patronymique de sa compagne ; de 1à le nom d’île Sainte-Hélène. Ceci se passait dans les premières années du dix-septième siècle, en 1620, lors du troisième voyage de Champlain au Canada. Cette Hélène Boulé, qui avait épousé, à l’âge de treize ans, le sieur de Champlain, avait vingt-deux ans lorsqu'elle arriva dans la colonie. À la mort de son mari, elle se retira dans un couvent d’Ursulines à Meaux.

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En 1688, après des mutations dont la chronique lccale | ne mentionne aucune trace, l’île devint partie intégrante de ]*, concession faite par le roi à Charles Lemoine, qui fut en même temps anobli sous le titre de Sieur de Longueil.

Ce fut lui qui construisit sur l’île une maison avec . dépendance qu’on décora du titre de manoir.

Charles Lemoine était arrivé dans le pays en qualité d'interprète ; il s'établit à Montréal en 1650, et s’y maria en 1654. Ii eut quatorze enfants, dont sept du plus haut mérite, ont été surnommés les Machabées canadiens. Voici les noms de ces héros qui, à des titres divers, illustrèrent leur famille : d’Tberville, Sainte-Hélène, de Maricourt, François de Bienville, Sérigny, Louis de, Châteauguay, J ean-Baptiste de Bienville,

Sainte-Hélène, né en 1659, prit une part active aux expéditions de sca frère d’Tberville, dont les exploits à la Baie d'Hudson sont devenus légendaires,

Au siège de Québec par l’amiral Phipps, en 1690, c’est ce brave Sainte-Hélène qui abattit du premier coup de. canon tiré de la citadelle, le pavillon du vaisseau-amiral. Quelques jours après, 11 tombait frappé à mort, dans une sortie poussée jusqu'à la Canardière.

Sainte-Hélène avait été le deuxième propriétaire de l’île ; son titre se transmit à sa descendance, et finale- , ment au colonel Grant de Blairfindie, qui épousa la deruière baronne de Longueil.

Durant tout le cours du dix-septième siècle, aucun Ouvrage fortifié ne fut élevé sur l’île. Le seul document | que l’on possède, c'es: un vieux plan déposé à Ottawa, que l’on regarde comme datant de 1759 ou 1760, et où. se voit une espèce de fortin, à la partie méridionale de l’île. On aperçoit encore lez ruines de ces ouvrages à. l'extrémité de l'allée de Lévis, sur une terrasse où une,

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batterie d'obusiers brille au grand soleil, dans l’ennui de la solitude et de son inaction. La version la plus accréditée est celle attribuant ces travaux au chevalier de Lévis qui, dans des circonstances à jamais mémorables, passa plusieurs semaines sur ce modeste flot qui vit se terminer par un des épisodes es plus dramatiques, les désastres d’une campagne où la défaite fut, de l’avis de tous, aussi glorieuse que la victoire.

Voici comment les choses se passèrent. Le vainqueur de la bataille de Saïinte-Foye, le chevalier de Lévis, ayant été forcé d'abandonner le siège de Québec, venait d'atteindre Montréal avec le reste de ses troupes. Le surlendemain de son arrivée, trois corps d’armée anglais opéraient leur jonction à quelques ïiieues de Montréal. Devant la supériorité de ces forces, plus de vingt mille hommes, M. de Vaudreuil réunit un conseil de guerre et après une longue délibération on résolut de capituler.

Les termes uc la capitulation furent acceptés ; moins un nourtant : les honneurs de la guerre pour les troupes françaises,

Au refus, le chevalier de Lévis, saisi d'une noble indignation, ne voulut rien entendre, et, suivi de ses braves compagnons, environ deux mille hommes, se retira sur l'île Sainte-Hélène, disj'osé à faire payer cher au vainqueur ses exigences.

Les conseils de son chef M. de Vaudreuil, réussirent à la fin et le décidèrent à une obéissance qui, dans les circonstances, devenait une malheureuse maïs fatale nécessité. La reddition des armes devant s’opérer le lendemain, le chevalier de Lévis convoqua ses troupes pour une heure assez avancée de la soirée.

C'était par une nuit humide et froide de la fin de septembre ; de gros nuages gris, fouettés par la bise d'automne, ondulaient comme une houle sur le ciel, dont on

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