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Soumise à la volonté divine, plus forte que la douleur, jamais révoltée contre la destinée, ouvrant son âme à la consolation au lieu de la laisser submerger par le flot du désespoir, cette veuve de vingt-cinq ans fit rejaillir sur ses enfants tous les ravons de tendresse qui s’échappaient de son cœur aimant. L'amour maternel, le seul qui ne trompe jamais, lui suffit pour ressusciter sa vie brisée à l'espoir, à la joie, au bonheur.
“ Elle s’extasia trop devant sa désagréable fille,” dit le peu galant Jules Lemaître, “ Elle fut une jolie païenne, faisant de sa fille son idole,” grommelait avant lui le sombre janséniste Arnauld d’Andilly. ! Nous préférons répéter avec le doux abbé de Leseures : “ Pardonnons cette faiblesse de l’amour maternel en faveur du chef-d'œuvre qu'il nous à valu, cet écrin si précieux des Lettres.”
Ah! ces lettres charmantes, elle les écrira en se jouant, pour le plaisir de son enfant qui s'éloigne ; elle ignorera son œuvre: la création du style épistolaire, de ces vraies lettres françaises, expansion de notre esprit national, pages inimitables, étincelantes de joie, emperlées de larmes, fleuries de toutes les roses de l'amitié. Ces missives ne seront pas seulement les liens de laffection qui uniront deux cœurs, elle deviendront “le merveilleux kaléïdos-
cope ” où nous verrons dans une glorieuse apothéose le pompeux cortège formé par tous les personnages de la cour: princes, ministres, guerriers, marins, courtisans, favo-
1. Arnauld d’Andilly, père du ministre Pomponne, frère du grand Arnauld, s’occupa de théologie, et fut un des solitaires de Port-Royal. Il
mourut en 16741.
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rites, etc, Autre Ariane, ! Mme de Sévigné tient le til de toutes les intrigues lorsqu'elle nous conduit à travers le labyrinthe de Versailles.
Elle est bien Parisienne par la naissance, par l'esprit, la grâce et les charmes, cette blonde marquise au caractère enjoué, aux lèvres souriantes. Le chagrin passe sur l’azur de ses yeux clairs comme un nuage dans le ciel bleu, Le joie est l’état véritable de son âme,
Et cependant, cette joie sereine qu’elle répandait comme une fleur exhale son parfum, n’excluait pas la raison chez cette femme prudente et sérieuse malgré tout, qui sut par une habile administration restaurer pour ses enfants la fortune compromise par les folles prodigalités de leur père. Cette mère dévouée, longtemps tourmentée au sujet de l'établissement de sa fille bien-aimée, “ la plus belle fille de France, ” voit les appréhensions de l'attente cesser, pour faire place à un autre chagrin: celui de la séparation, Mile de Sévigné épouse M. de Grignan, gouverneur de Provence, qu’elle suivra dans sa résidence d’Aix. Pour une Parisienne, toute autre ville que la capitale, c’est l'exil. Aussi, que fera l’ingénieuse mère? Pour consoler son enfant, elle restera gaie, et pour la charmer “ elle transportera Paris et Versailles en Provence. ” Incomparable magicienne, d’un coup de baguette, disons plutôt d’un
1. Ariane onu Ariadne, fille de Minas et de Pasiphaé, donna à Thésée le peloton de fi! à l’aide duquel il put sortir du labyrinthe quand il eut tué le Minotaure. Elle s'enfuit avec lui ; mais,abandonnée dansl’île de Naxos, elle y épousa Bacchus.
trait de plume, elle évoque sur le papier blanc toutes les É splendeurs dorées, toutes les pompes échlouissantes de |
vingt-sept années du grand règne, Comme dans un k merveilleux arc-en-ciel toutes les couleurs se fondent, ; j s’harmonisent en un suave ruban de lumière, ainsi les |
personnages les plus divers, les événements les plus disparates viennent, sans se heurter, former les sujets de dix volumes de lettres. Quelle gamme d’interjections admiratives monterons-nous à mesure que nous les relirons ! : Ah ! tout d’abord, nous louerons le charme de l’abundon : jusque-là inconnu ; les auteurs de mémoires ! ou d’épîtres ont travaillé, ciselé, poli leurs idées avant de les exprimer, tandis que Mme de Sévigné ‘“ laisse trotter sa plume, la bride sur le cou”. Et de quelle vive et gracieuse allure trotte-t-elle ! “ Ma plume, mon papier, mon écritoire, tout vole,” dit-elle encore. Et de quel vol hardi montet-elle, palpitante, jusqu’à Bossuet sur les cimes de l’éloquence sacrée pour redescendre, capricieuse, écouter les “ commérages ” ct laisser échapper “ un pauvre mot du prochain !” Nous nous laissons séduire par sa gréce | exquise ; n'est-elle pas charmante cette fin de lettre, ce À bouquet du cœur : “ Ma fille, je vous donne avec plaisir le
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