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dessus de tous les paniers, c’est-à-dire la fine fleur de mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, et puis le reste va comme il peut ?”
Quel naturel dans cette franche et bonne Francaise ! Elle défend à Mme de Grignan qe toucher à ses improvisations, “ Gardez-vous, lui dit-elle, de corriger vos lettres ; vous en feriez des pièces d’éloquence ; le naturel compose à lui seul le style parfait.” Quant à son talent, elle le juge ainsi : “ Mon esprit est si négligé qu’il faut avoir un esprit naturel pour :’eu accommoder.”
Ajouterons-nous comme antithèse à la gaieté vivace de la sémillante marquise : quel sérieux ! Oui, l’'amie de la cour et du monde, l’étincelante causeuse de l'hôtel de tambouillet, recueillie dans la solitude de ses Rochers, lit saint Augustin, médite avec Nicole et étudie les variations de l’Église protestante de Bossuet,
Admirons aussi la noble et loyale indépendance de ses jugements. Elle ne se soumet point à l'engouement de la mode pour les œuvres littéraires. Tandis qu’on accueille dans l'élan de l'enthousiasme le jeune Racine qui se lève à l'horizon théâtral, et que l’auteur du Cid vieilli, dédaigné, déjà oublié, gémit dans la misère, elle sécrie : “Vive notre vieux Corneille! jamais rien n’approche de son divin génie !” Amie de Port-Roval, elle défend Nicole et Arnauld, ce qui ne l’empêche pas d’être “enlevée jusqu'aux nues ” par l’Aïgle de Meaux et de se laisser pénétrer par l’éloquence persuasive de Bourdaloue.
Brillante chroniqueuse, elle saisit au vol tout événement, toute nouvelle. Que de sujets évoqués par cette plume d’or! Sous la magie d’une imagination toute-pnis-
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sante, les tableaux se colorent, s’animent pour lancer à la postérité l’écho de toutes les ‘joies, de tous les deuils, de toutes les grandeurs..…....C'est bien à Mme de Sévigné que l’on peut appliquer ces vers de Victor Hugo:
C’est que l’amour, la tombe, et la gloire, et la vie, L'onde qui fuit, par l’onde incessamment suivie, Tout souffle, tout rayon ou propice ou fatal
Fait reluire et vibrer mon âme de cristal.
Heureuse privilégiée de la Providence, la marquise de Sévigné eut le rare bonheur de vivre à l’époque qui pouvait le mieux servir de cadre à son talent. Elle qui aimait la gloire, put, en face de ce iïône éblouissant du plus grand roi de l’univers, célébrer les triomphes de la France, exalter les héros victorieux, saluer enthousiaste cette légion de génies, rayons incomparables du diadème de Louis le Grand, Si elle ressuscitait aujourd’hui pour venir errer là où furent tant de splendeurs évanouies, quels ne seraient pas sa honte et son effro1 !... Que verrait-elle, cette aristocratique marquise ?... — Le trône écroulé, la couronne royale brisée et ses diamants vendus à l’encan ; Versailles, muet tombeau où pénètrent seuls le philosophe rêveur, le paysan ébahi et l’anarchiste qui cherche à loger sa bombe incendiaire. Dans les palais de Paris contemplerait-elle sans frémir ceux qui tiennent les destinées de notre infortunée patrie : des juifs, des rastaquoères, des voleurs !.… Ah ! sans doute, elle briserait sa plume d’or plutôt que de retracer de telles ignominies et, dégoûtée d’un monde qui n’est plus le sien, la grande dame du grand siècle s'en
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irait peut-être respirer à l'ombre du cloître dans une atmosphère purifiée par le sacrifice et la vertu,
Ainsi est allée sa petite-fille, Mile (Germaine de Saint- Seine, blanche fleur de lis épanouie au monastère des Carmélites de Dijon. L'aïeule a donné à la France la flamme de son esprit : son génie; — la petite-fille lui offre l’encens de son cœur: la prière.
MaRiE RaBur, le Journal des jeunes personnes.